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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 15:41

Tribune publiée ce matin dans le journal Le Figaro

 

 

Les temps que nous vivons sont ceux d’un cruel rappel à la réalité. La réalité des réfugiés qui fuient les zones de guerre, et qui meurent en nombre en traversant la méditerranée à la recherche d’un asile sûr. Ces morts sont un scandale, pour la conscience humaine, pour les Etats des pays d’accueil qui peinent à définir les politiques utiles, mais aussi pour les autorités publiques des pays d’origine, incapables quand elles ne sont pas criminelles, et qui font le malheur de leurs peuples. La réalité de l’Occident, de l’Europe, de la France, paralysées par la peur et les divisions, gênées par l’absence de hauteur de vue et l’électoralisme de nombre de responsables politiques, mais dont les carences de tous ordres ne doivent pas faire oublier les élans de générosité. Oui, c’est un moment de vérité qu’il faut aborder dans un esprit de lucidité et de grandeur.

 

L’Europe doit faire face à un afflux de réfugiés. Le mot de « migrants » est ici impropre. La grande masse de ceux qui traversent la méditerranée sur des embarcations de fortune ne sont pas des demandeurs d’emploi à la recherche d’une vie meilleure, ni des adeptes d’un « tourisme social » dont la mort d’Aylan devrait empêcher a jamais d’utiliser la formule indigne. Ils viennent de Syrie, d’Irak, d’Erythrée, du Soudan, d’Afghanistan. Ils fuient la guerre, la barbarie. Ils n’ont pas d’autre choix. Et ils ne souhaitent pas d’abord un refuge matériel, mais d’être accueillis dans des pays qui mettent au dessus de tout, contrairement aux leurs, les droits imprescriptibles de la personne à vivre libre et dans la dignité. Ne nous donnons pas de faux prétextes pour refuser de les entendre, et ne décevons pas leur espérance, qui est aussi un hommage à ce que génération après génération, au prix de tant d’efforts et de sacrifices, nous avons réussi a bâtir.

 

Depuis un an, j’alerte le gouvernement sur les limites de sa stratégie diplomatique et militaire face au conflit qui meurtrit la Syrie et l’Irak. Un an que je l’exhorte à prendre des initiatives pour bâtir une vraie coalition internationale. Un an aussi que je l’avertis sur les tragédies humaines de ce conflit civil qui s’enlise. Dans les camps de réfugiés, j’ai entendu les témoignages horrifiés de ceux qui fuient la terreur des intégristes. Parmi eux, les chrétiens d’Orient qui appellent la France au secours.

Face au drame humanitaire, l’Union européenne et ses Etats agissent avec retard, hésitations, en ordre dispersé, tétanisés à l’idée de convaincre leurs opinions que le droit d’asile constitue un droit sacré. La France a été vacillante sur le sujet, et c’est donc l’Allemagne qui a courageusement  intimé à l’Europe de prendre ses responsabilités afin d’être fidèle à ses valeurs.

 

Il a fallu du temps pour que notre gouvernement se réveille et s’élève au-dessus des crispations de notre pays qui craint la poussée des flux migratoires. L’immigration irrégulière et les échecs de l’intégration nourrissent dans l’opinion un amalgame terrible concernant les étrangers. Ceux qui nous demandent honnêtement l’asile n’ont pourtant rien à voir avec les migrants économiques et ceux qui, irrégulièrement, défient nos lois et notre hospitalité. Les premiers doivent âtre accueillis et protégés, les autres, arrêtés et renvoyés dans leurs pays.

 

Je combats cet amalgame exploité par ceux qui veulent que notre pays soit fermé à tous, y compris à ceux qui voient en lui le refuge de leur vie. Que serait l’âme de la France sans ce droit d’asile qui est aussi vieux que la chrétienté, aussi ancien que notre république qui a placé la fraternité au cœur de sa devise.

Nos difficultés économiques ne peuvent justifier notre absence de principes éthiques. La France a sa grandeur. Les voix aujourd’hui trop dispersées des Républicains devraient être claires, unies : nous devons protéger et accueillir ceux qui fuient la guerre et la mort.

 

L'Union européenne doit fédérer ses efforts et se doter de nouvelles règles de répartition des demandeurs d'asile. Le règlement de Dublin date d’un quart de siècle. Il ne faut pas hésiter à renégocier un règlement obsolète.

En attendant, la France s'honorerait de suspendre l'application du règlement de Dublin pour les demandeurs d'asile de nationalité syrienne qu'il est inhumain de prétendre renvoyer en Italie ou en Grèce au seul motif que c'est par ces pays qu'ils sont entrés dans l'Union européenne.

Plus que jamais, la distinction entre demandeurs d'asile et migrants économiques est pertinente.  Mais cette distinction n’a de sens que si les demandes d’asiles sont instruites rapidement. Or tel n'est pas le cas chez nous où les délais d'examen des dossiers atteignent deux ans. Le Parlement vient de voter une loi pour réduire  ce délai, mais elle est d'ores et déjà dépassée face à l'afflux des demandeurs d'asile.

 

Dès le printemps, j'avais proposé que ces demandes d'asile puissent aussi être instruites dans les pays de transit ou de premier refuge que sont la Turquie, le Liban, la Jordanie. Je regrette qu'aucune initiative n'ait été prise en ce sens par le gouvernement en lien avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés et les gouvernements des pays concernés. 

L’accueil des demandeurs d'asile n'a de sens que si les déboutés sont reconduits rapidement à la frontière. Or rien n’est fait pour organiser sérieusement l'éloignement de ceux qui n'ont pas obtenu le statut de réfugié.

 

Il y a l’urgence humanitaire. Mais le cœur du drame est en Syrie et en Irak, dans une guerre civile qui n’en finit pas et que nos bombardements aériens ne résoudront pas. Seule une coalition internationale associant la Russie et l’Iran qui ont le pouvoir de négocier avec le régime de Damas et d’agir avec les chiites peut encore changer la donne.  Il est temps d’enrôler tous les pays de la région et de les conduire à agir ensemble pour démanteler l’Etat Islamique et ses réseaux.

Si le fanatisme de l’Etat islamique est vraiment notre principal adversaire et puisqu’il est largement à la source des drames humanitaires qui nous révoltent, alors il est temps de mettre tous les moyens pour l’éradiquer et créer les conditions de la stabilité au Moyen Orient.

 

Nous sommes à un moment de vérité, l’un de ceux ou l’on peut juger de la capacité d’un peuple et d’une classe politique a considérer la réalité en face, et de vivre a la hauteur des idéaux qui fondent un pays. On voit une « porte de l’asile » à Notre Dame de Paris. La déclaration des droits a donné sa forme moderne au principe ancien. Nous n’avons rien de plus précieux. J’espère que nous en serons dignes.

Réfugiés : la France doit adopter une politique équilibrée et cohérente

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Publié par François Fillon
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commentaires

leclercq carole 16/09/2015 14:48

Entièrement d'accord avec votre analyse

Frederic MAILLARD 13/09/2015 22:05

"Ils viennent de Syrie, d’Irak, d’Erythrée, du Soudan, d’Afghanistan."
Désolé mais 40% au moins viennent des Balkans et donc pour des raisons économiques.

"Plus que jamais, la distinction entre demandeurs d'asile et migrants économiques est pertinente."
Sauf que tous vous jureront qu'ils ne sont pas des migrants économiques. Qui croire alors ?

Ceci dit, je suis d'accord avec 99% de votre programme !

de Boisgrollier Diane 10/09/2015 10:15

Le problème des français (dont la générosité n'est plus à démontrer), à l'heure actuelle, c'est le manque de confiance dans son gouvernement. Ce que nous refusons, ce sont les politiques clientélistes et à courte vue, concernant l'immigration, les réfugiés et tous autres problèmes.
Oui à des leaders forts, aux vues stables et à long terme, à qui nous pouvons faire confiance et que nous pouvons suivre comme les Allemands, qui ne sont pas moins "racistes" que nous, suivent Angela Merkel aujourd'hui.
Oui nous sommes solidaires, mais oui aussi nous avons peur des décisions dogmatiques et méprisantes de notre gouvernement actuel. Du haut de quelle supériorité Manuel Valls fustige-t-il les maires qui cherchent à concilier accueil humanitaire et acceptation de leurs administrés?

gilles 07/09/2015 19:47

Les allemands l'ont parfaitement compris. Ils accueillent des trains entiers de médecins, infirmiers, ingénieurs, techniciens qualifiés, designers. 800 000 personnes !!!! Ils peuvent avoir du déficit de naissances à ce rythme.
Et nous français, récupérerons les non qualifiés demandeurs d'allocations familiales...
Je carricature, mais les allemands sont entrain de montrer l'exemple et nous bottent le c..... et je suis encore une fois content d'être européen ou plutôt rassuré que nos dirigeants politiques soient sous pression de leurs homologues d'Outre Rhin et soient obligés de se remuer.
Vive l'amitié franco allemande !

caye 07/09/2015 15:10

Effectivement on ne peut que souscrire à ce que dit M.Fillon,néanmoins je ne pense pas que nous devons intégrer ces réfugiés. Les accueillir oui, mais les renvoyer à la fin du conflit, On pourrait aussi leur demander de participer à l'éradication de Daesh. Je ne souhaite pas voir mon pays se transformer!

COLAS Philippe 07/09/2015 13:54

Ce problème est international : pourquoi l'ONU (qui dispose d'un haut commissariat aux réfugiés) reste-t-elle silencieuse ?

Denis 07/09/2015 11:46

Je crois que dans la guerre contre DAESH, il est important d'associer les Etats-Unis, l'Europe, la Russie et aussi la Chine.
Il est important d'unir nos forces et la Chine est aujourd'hui parmi les puissances les plus fortes au monde. Il ne faudrait pas faire appel aux Chinois quand il sera trop tard…

Oui au droit d'asile. Malheureusement les pays Européens et en particulier la France, vont vite être débordés. L'idée de mettre en place des centres de rétention en Afrique est une solution humaine pour répondre à l'afflux important des demandeurs d'asile.

jourdain 07/09/2015 11:01

excellent article du Figaro.
il manque à mon avis pour obtenir un consensus sur cette situation dramatique, les questions suivantes.
comment supporte-t-on cette arrivée humaine?
quelles sont les économies que nous devons faire en complément, pour absorber cette engagement humanitaire?
comment se déroulera le retour de ces personnes après la crise? qui pourra rester ?
ainsi le projet serait bouclé comme on dit dans une entreprise.

François Carmignola 07/09/2015 10:36

Il est difficile d'échapper au caractère contradictoire de ce type de discours: dès qu'un pays "zone de guerre" est l'origine de réfugiés, il ne peut plus y avoir de limites à l'accueil. Mieux: dès ce moment, l'Europe se trouve (l'océan atlantique protégeant les US) l'unique destination de ce type de migration.
Le refus et l'impossibilité de l'intervention militaire ou de solutions du type dont vous parlez (camps organisés hors de l'Europe, renvoi des réfugiés "refusés") conduisent mécaniquement à l'aspiration des réfugiés sans que leur nombre puisse être contrôlé.
L'affaire de Lesbos montre que cette aspiration se fait aujourd'hui en Grèce à porté de canon de la Turquie, qui accueillant déjà un million de syriens, se trouve presque en position d' exiger que les paquebots européens viennent directement (pour éviter les noyades) chercher les migrants sur son sol...
L'incroyable cynisme du dirigeant turc doit être dénoncé. Il doit payer en nombre de réfugiés sa non intervention à ses frontières directes et l'Europe qui n'est en aucun cas responsable de ses guerres ne DOIT pas en assumer le cout financier ou humain, car cela est contraire à ses intérêts.

Que vous ne puissiez assumer cette évidence est une erreur de votre part. Là encore, vous pourriez faire entendre un voix "autre", et vous n'avez rien à perdre.
Car comme vous le savez, bien au delà de la générale émotion, une partie de l'opinion, complètement insensible à des malheurs qui ne sont pas les siens, est absolument furieuse de l'effroyable déferlement de moralisme à quoi nous assistons, surtout quand il est accompagné d'une charité qui n'est évidemment pas financée. Cela se paiera en cynismes et en égoismes et en votes extrêmes hélas.
Exprimer ce souci est donc nécessaire, c'est à votre portée.

Bonningue 07/09/2015 10:28

Merci pour cet article qui colle parfaitement à la réflexion d'un grand nombre de citoyens. L'atermoiement dont le gouvernement fait preuve à l'égard de ce drame, qui n'a que trop duré, est minable et peu digne de dirigeants d'un pays tel que la France. Avec ce genre d'attitude, l'image que notre pays renvoie au monde est faussée car elle est à l'opposé des idées et souhaits du français moyen.

Roger 07/09/2015 10:25

Non monsieur Fillon, le cœur du drame n'est pas en Syrie. Ce n'est qu'une partie d'un drame bien plus vaste qui voit des guerres et des révoltes dans de nombreux pays et pousse leurs populations à l'exil. Les accueillir peut vous sembler une urgence humanitaire mais c'est tout simplement impossible. Même l'Allemagne qui n'a pas nos problèmes et a besoin de main d'oeuvre à bas coût pour maintenir sa compétitivité industrielle va voir son rêve se transformer en cauchemar et se réveiller... trop tard !

Franck 07/09/2015 10:13

Pouvons-nous accueillir toute la misère du monde ? Ne sommes-nous pas tout simplement convoité aussi ? Puis comment voulez-vous que des hommes et des femmes qui quelque part n'ont pas su engager une démocratie dans leur pays puissent aspirer à une démocratie chez nous ? La chute de l'empire romain c'est déroulée ainsi et en moins d'un siècle, pour tomber dans la féodalité... On vient dans notre pays, la viande n'est pas ceci, n'est pas cela, autrement n'est pas assez bien pour eux et bientôt on nous interdira peut-être même de manger du porc... C'est ce qui s'appelle l'égocentrisme et c'est ce qui a hissé toutes les guerres. Excusez-moi, mais nous rêvons ! Mais rêvons avec TOUTE NOTRE BONNE CONSCIENCE !!!. Quand on vient s'installer dans un pays on accepte sa culture. Si non, c'est que l'on aime pas beaucoup ce pays et on voit bien ce que cela donne...

Henri 07/09/2015 09:35

Quand l'Etat se disperse à assumer ce qui n'est pas de son ressort, il n'a plus les moyens de faire face à ce qui relève de sa responsabilité.
Depuis longtemps, sont dénoncées les surcharges de l'Etat qui coûtent à l'économie, entravent l'activité et paralysent la "grande" action publique.

rene fegueux 07/09/2015 09:30

c est une prise de position lucide et courageuse-il faut la financer :par exemple en renvoyant chez eux tous les immigres irreguliers qui coutent cher.......

Leclercq Yves 07/09/2015 09:16

Je ne peux qu'être d'accord avec vous sur les valeurs qui nous obligent, sans obligation de croyance en la religion qui nous les a apportées. Je suis aussi d'accord avec un engagement plus important dans les conflits du Moyen Orient, qui résultent, comme ceux qui déchirent l'Afrique, de l'expansionnisme de l'Occident des deux siècles précédents. Il faudra en revoir les conséquences.
Je ne suis pas très confiant en les possibilités d'une entente franche avec Vladimir Poutine, qui joue son jeu spécifiquement russe. Mais il faudra évidemment tester ses véritables intentions.

Denis 07/09/2015 08:56

Je crois que dans la guerre contre DAESH, il est important d'associer les Etats-Unis, l'Europe, la Russie et aussi la Chine.
Il est important d'unir nos forces et la Chine est aujourd'hui parmi les puissances les plus fortes au monde. Il ne faudrait pas faire appel aux Chinois quand il sera trop tard…

Oui au droit d'asile. Malheureusement les pays Européens et en particulier la France, vont vite être débordés. L'idée de mettre en place des centres de rétention en Afrique est une solution humaine pour répondre à l'afflux important des demandeurs d'asile.

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