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21 juin 2004 1 21 /06 /juin /2004 23:00
Mesdames et messieurs,
Mes chers amis,

Je dois vous avouer que j’attendais ce moment de vous retrouver avec beaucoup d’impatience. Il faut dire que depuis deux ans, les occasions de nous voir ont été trop rares. De la réforme des retraites à celle du dialogue social, du règlement du conflit des chercheurs à la préparation de la loi sur l’école, je n’ai pas pu vous consacrer le temps que je souhaitais. Ne m’en veuillez pas.

Mais croyez-moi, dans les moments difficiles de ces derniers mois, j’ai toujours senti votre proximité et votre fidélité.

C’est pourquoi je veux d’abord vous remercier pour votre présence et votre soutien ce soir, avec une attention spéciale pour ceux et celles qui se sont déplacés et qui parfois viennent de loin.

Je tiens à saluer mes amis députés et sénateurs en leur disant combien j’apprécie leur amitié. Aucune des réformes entreprises depuis deux ans n’aurait pu être menées à bien sans leur engagement à mes côtés, et leur vote.

Mais je veux surtout m’adresser ce soir aux jeunes de France.9 qui savent que le débat public ne se fait pas sans flamme ni idées. À l’heure où l’engagement politique devient dangereusement rare, votre action me fait chaud au cœur.

Sans vous, France.9 n’aurait aucune raison d’être.

Mes chers amis,

Cette réunion tombe à pic. L’assemblée générale de notre association me permet de m’adresser à vous, et à travers vous à tous les sympathisants de la majorité ou d’ailleurs, à un moment crucial de notre vie politique.

Nous sommes à mi-chemin du quinquennat. Un quinquennat fondé par l’événement sans précédent sous la Vème République que fut le 21 avril 2002. Nous nous trouvons à la charnière : après deux ans et demi de gouvernement et deux échecs électoraux, la majorité dispose de près de trois années sans élections.

Seuls face à nos responsabilités.

Alors je n’irai pas par quatre chemins : le moment est crucial parce que si nous ne réagissons pas et si nous ne reprenons pas tout de suite l’offensive, nous allons droit à un échec retentissant aux présidentielles et aux législatives de 2007.

Tout est réuni pour la chronique d’une défaite annoncée.

Notre électorat, déboussolé dans sa lecture de notre action, s’est perdu en route. Avec une UDF qui ne roule que pour elle-même et une UMP paralysée par les luttes d’influence, l’union de la droite et du centre que nous avons tous ardemment souhaitée est revenue à la case départ. Ce qui permet au Parti socialiste de plastronner comme la première formation politique de France.

Si à ce paysage, j’ajoute le zapping électoral des Français, lesquels n’ont reconduit aucune majorité depuis plus de vingt-cinq ans, vous comprendrez la sévérité de mon diagnostic.

Si par malheur nouvelle alternance il y avait, n’en doutez pas : elle serait très dure.

Une alternance beaucoup plus dangereuse que les précédentes.

D’abord parce qu’elle sera totale. Au pouvoir régional qui a déjà basculé s’ajoutera la force de frappe d’une fonction présidentielle désormais renforcée par la logique du quinquennat.

Ensuite, parce c’est la gauche la plus archaïque d’Europe qui aura toutes les commandes. Une gauche sans idées qui refuse la réalité du monde d’aujourd’hui, une gauche qui cherche dans l’alternance une revanche idéologique, une gauche qui arrivera avec sa hote de chimères.

Et tout cela à l’heure historique où la France doit plus que jamais mobiliser son énergie face aux défis du monde ; à l’heure où les nouveaux pays membres de l’Europe ont faim de nous concurrencer au sein du marché unique que nous avons créé et où les puissances émergentes comme la Chine et l’Inde s’apprêtent à bousculer toutes les certitudes économiques, sociales et culturelles de notre vieil occident !

Bref, la France risquerait tout simplement d’être mise hors-jeu.

Mes chers amis,

À tous ces échecs que l’on nous dit programmés, je ne me résoudrai jamais.

Tout est possible à condition de saisir l’opportunité des deux années qui viennent pour gouverner avec une ligne claire, pour faire la chasse aux contradictions profondes que nous vend la gauche, pour enfin reconstruire l’union, oui l’union de la droite et du centre.

Au stade où nous en sommes, la réussite tient d’abord à la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes. Ayons la détermination d’agir, non pas au gré des circonstances, mais comme l’intérêt de la France l’exige !

Faire ce que nous devons faire, c’est nous donner un cap à la France et nous y tenir.

Le Président de la République est sur ce plan le seul maître à bord. Il a raison de refuser aux circonstances de dicter ses choix. Mais le sursaut ne doit pas être trop longtemps différé. Nous aurions beaucoup à perdre aux yeux de l’opinion si tout à la rentrée était focalisé sur la seule bataille pour la présidence de l’UMP.

N’oublions pas que notre victoire de 2002 c’est d’abord la sanction de l’inaction socialiste. Ce que nous ont demandé les Français, c’est que la politique traite enfin les problèmes réels de nos concitoyens. De ce volontarisme, le Président nous a donné un exemple. Dans la crise irakienne, il a fait la démonstration que lorsque l’on veut on peut.

Tout est question de courage !

Le défi du gouvernement, c’est de transposer cette démonstration au plan national. Par un volontarisme réformateur certes, mais qui tienne pleinement compte des inquiétudes légitimes des Français, de leur crainte viscérale d’un libéralisme débridé trop indifférent à la pérennité de notre modèle social et aux raisons de l’humanisme.

La clef, c’est encore le Président de la République qui nous l’a donnée en plaçant la cohésion sociale au cœur de l’action gouvernementale.

Cette idée-là, il faut la conforter et la poursuivre.

La gauche a bien compris le danger qu’elle représente. Preuve en est qu’elle ne cesse de crier à la casse sociale, à notre prétendue incapacité de répondre au besoin de protection des Français. Et bien entendu, le social c’est leur monopole, leur chasse gardée, leur fond de commerce.

Mais qu’entendent-ils lorsqu’ils parlent du social ? S’agit-il simplement de cibler les efforts de la puissance publique sur les plus faibles, les plus défavorisés, ceux qui souffrent manifestement le plus ? C’est une conception trop étroite du social. Pour moi, ce n’est pas faire du social. C’est faire au mieux de la charité. C’est donner un minimum vital mais jamais d’espoir. Mais c’est surtout installer la puissance publique dans l’impuissance en lui enlevant tout dynamisme.

Il y a une autre façon de concevoir l’action sociale de l’Etat.

Elle consiste à s’adresser aussi - et peut être même d'abord - à ceux qui, chacun à sa mesure, contribuent à la richesse nationale mais ressentent durement la peur de l’exclusion. Les études nous montrent que 55 % des salariés français vivent dans cette inquiétude.

Qui sont-ils, ces Français ?

Vous, votre voisin, et tous ceux qui ne bénéficient pas d’un statut protégé qui leur permet de descendre sans crainte dans la rue.

Combien sont-ils, ces Français ?

Des millions.

Depuis vingt ans, par le déplacement de leur désarroi, ce sont eux qui font tomber les majorités, d’un bord à l’autre. Ce sont les oubliés des statistiques et des médias. Je parle de ce vaste ensemble jamais décrit et mal compris ; de ces Français qui ne ménagent ni leur temps, ni leur peine au service de notre pays ; ces Français actifs et courageux que l’on appèle inélégamment la « classe moyenne ».

Que veulent-ils, ces compatriotes ?

Une bonne santé, un emploi stable, une vie familiale épanouie, un logement dont ils sont propriétaires et une bonne formation pour assurer l’avenir de leurs enfants.

C’est ce que nous voulons tous.

Et pourtant, ces souhaits expriment aujourd’hui, en creux, une vision pessimiste d’une société où la santé n’est plus forcément un droit acquis ; une société où les inégalités se creusent, où accéder à la propriété est trop souvent un rêve. Oui, ils vivent mal ce monde où l’emploi devient de plus en plus fluide, « flexible », où le chômage est à un moment ou à un autre inévitable ; un monde où les enfants ne sont même plus assurés d’obtenir par l’effort et le mérite une situation meilleure que celle de leurs parents.

Bref, un monde ressenti comme incertain, un monde de l’injustice.

Toutes ces angoisses se rejoignent : face aux nouveaux risques, elles expriment un besoin de nouvelles sécurités, de nouvelles idées, de nouveaux horizons.

C’est bien pourquoi le thème de l’insécurité sociale fait florès. La crise que nous vivons affecte d'abord les espérances de promotion sociale. La crise que nous vivons ne se noue pas autour d’une rupture entre la France d’en haut et la France d’en bas. Elle se noue au cœur de notre société active dont elle fige le jeu des énergies individuelles.

Il faut les libérer en insufflant de l’espoir à cette France courageuse qui tient la France sur ces épaules.

Ce qui me frappe, c’est combien cette France-là estime être, à juste titre, la grande oubliée des politiques sociales, et de la politique tout court. Depuis deux ans, c’est cette France-là, la France de tous les équilibres, qui nous a fait progressivement défaut, pour ne pas dire faux-bond.

C’est elle qui nous dit qu’elle en a assez !

C’est elle qui s’abstient ou qui vote ailleurs !

C’est elle qui s’impatiente !

Vous en voulez la preuve ? Aux élections européennes du 13 juin, c’est péniblement 13% des salariés qui votent pour l’UMP !

Tout est là.

Retrouver la confiance de la France salariée : voilà la bataille décisive de la majorité pour les deux années à venir.

Deux années pour avoir le courage de faire sauter, un par un, ces verrous posés sur la société française en s’attaquant à la grande chaufferie des préjugés. Il faut en finir avec notre obsession égalitariste qui n’a aucun rapport avec la méritocratie républicaine !

Deux années pour faire sauter le bouchon de l’échangeur social.

Comment libérer ce carrefour au sein duquel les espoirs de la France du milieu doivent se réaliser ?

Quatre axes d’action me paraissent prioritaires.

Le premier, c’est celui de l’emploi.

Si la France demeure, depuis vingt ans, dans le bas du tableau européen, c’est parce que nos règles du travail dissuadent tout à la fois l’embauche et la promotion sociale et professionnelle.

En France, nous n’avons pas choisi le plein emploi pour tous, mais la sécurisation de l’emploi pour certains.

Voilà la vérité !

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Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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