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8 mai 2004 6 08 /05 /mai /2004 23:00
Mes amis,
Mes chers compagnons,
Deux mondes se chevauchent et se disputent l’avenir : celui du XXème siècle, avec ses nostalgies, et celui du XXIème avec ses incertitudes mais aussi ses promesses.

Dans cette dispute historique, notre mouvement à vocation à jouer le rôle de passeur.

Nous devons construire la France que nous voulons pour servir l’organisation du monde que nous souhaitons. Pour ce faire, nous avons le devoir de mesurer la force des mutations qui sont en cours.

La première est d’ordre géostratégique : le monde est désormais interdépendant. Ce qui se passe dans une madrasa de Kaboul, près d’un pipe line de Bakou, dans une centrale nucléaire d’Ukraine ou à la bourse de Pékin, peut avoir une forte incidence sur notre pays. Celui qui sous estime cette interdépendance et la nécessité d’y répondre, place la France en situation de marginalisation.

La seconde mutation est d’ordre géopolitique et économique. Nous assistons à la fin d’un cycle historique qui a vu nos anciennes puissances industrielles dominer de tout leur poids économique, culturel et militaire le système international. Désormais de nouveaux Etats, dont la Chine et l’Inde, entrent sans complexe dans un jeu dont nous avons pendant plusieurs siècles fixé les règles. Ce temps là est révolu ! Depuis un demi siècle, la puissance américaine nous a déjà livré un avant-goût de ce que signifiait la présence d’un acteur prédominant. Bientôt, ce seront trois, quatre, cinq acteurs de cet ordre auquel nous devrons répondre.

Face a cette nouvelle donne, le temps des nations n’est pas mort, du moins des nations fortes et décidées.

Plus que jamais nous aurons besoin de la France ; une France fière et parlant haut ; une France qui se modernise ; une France qui croit en ses atouts et son avenir.

Cette volonté nationale doit être mise à profit, non pour nier – comme le fait la gauche - les mutations que je viens de citer, non – comme le fait l’extrême droite - pour leur opposer une illusoire ligne Maginot, mais pour saisir ces changements, les réguler, les arbitrer à notre profit. Dans cette perspective, l’Union européenne est l’alliée évidente de l’ambition française.

Il nous faut être animé par un patriotisme ouvert et engagé dans la conduite de l’union européenne !

Un patriotisme hissé au niveau des larges défis du XXIème siècle !

En un mot, il faut un patriotisme éclairé !

Mes amis,

Cette élection européenne, je le sens, certains sont tentés de l’esquiver, certains la craignent, certains redoutent, à juste raison, de la voir dévoyer par nos adversaires pour des raisons tactiques.

C’est vrai, les circonstances ne se prêtent pas à un débat de fond. Il est possible que nous fassions, une fois encore, les frais d’une élection détournée de ses véritables objectifs.

Tout me laisse croire que la gauche s’apprête à faire l’une de ses campagnes les plus déloyales qui soit.

Elle oubliera tout ce qu’elle à fait de l’Europe et qu’aujourd’hui elle dénonce sans scrupule.

Elle oubliera toutes les directives qu’elle a agréée en son temps comme celles de la libéralisation du secteur des télécommunications, de l’énergie ou des transports.

Elle oubliera tout cela et fustigera cependant sans complexe les conséquences économiques et sociales de tout cela.

Elle stigmatisera - selon le vocable en vigueur au PS - l’Europe «ultra libérale» pour mieux vanter les mérites d’une Europe socialiste qu’aucun Etat européen, notamment ceux socialistes, n’appelle de ses vœux. Croyez-moi, Tony Blair et Gerhard Schroëder ne courent pas après le projet de François Hollande. A cet égard, la gauche française à une singularité qui est un peu déplaisante pour nous mêmes qui croyons dans les vertus d’une opposition crédible : elle est sans doute l’une des plus bravaches d’Europe mais l’une des moins écoutées de notre continent. Oui, cette élection ne sera pas aisée car la démagogie y sera sans doute à son aise.

Qu’importe, je vous propose d’aborder ce rendez vous avec passion et la hauteur de vue que le sujet exige.

Avec passion, parce que nous devons être fidèles au formidable événement historique que l’élargissement représente. Oui, l’Histoire est bien là, sous nos yeux. 10 pays, hier emprisonnés, martyrisés, rejoignent pacifiquement et librement notre communauté.

Ne faisons pas la fine bouche !

Nous avons gagné notre pari contre le totalitarisme, contre cette division idéologique et militaire qui brimait l’unité géographique et culturelle de l’Europe. Dans sa tombe, le Général de Gaulle doit sourire devant cette revanche de l’Histoire qu’il pressentait, mais que personne n’envisageait il y a quinze ans à peine.

Oui, avec passion, parce que le monde a besoin de l’Europe et l’Europe besoin de la France. Devant la puissance américaine, face aux défis planétaires - militaires, économiques, sociaux, écologiques - le système international a besoin d’une force d’équilibre et d’expérience. Cette force, si nous le voulons, c’est l’Europe !

Avec passion enfin, parce que nos concitoyens attendent, je le crois, qu’on leur parle de politique autrement. L’un des problèmes de notre démocratie, l’une des raisons du zapping électoral que nous subissons depuis 20 ans, l’un des motifs de cette catégorisation électorale si meurtrière pour la République, c’est l’absence d’un horizon politique transcendant l’hexagone. Un horizon qui explique pourquoi nous nous réformons, pour quels buts, pour quelle civilisation.

A l’occasion de notre défaite aux régionales, j’ai dit avec franchise – et cela me fut reproché par certains – que « c’était un 21 avril à l’envers ! ». Je persiste et signe ! Quant un pays en l’espace de deux ans est capable d’un revirement aussi brutal, c’est que les desseins stratégiques qui l’animent ne sont plus perçus avec acuité. Voilà pourquoi il faut profiter de cette élection pour hisser notre ambition modernisatrice à un niveau supérieur : celui de l’Europe de demain.

C’est cette passion, cette hauteur de vue, que nous devons tenter d’incarner.

Dans cet esprit, je suis heureux de voir qu’au sein de l’UMP la question européenne suscite un débat contradictoire. Ce débat est normal, il est utile, il est vital. Conformément à notre vocation de rassemblement populaire, il est à l’image des sensibilités qui traversent notre pays. Il doit préfigurer une démocratisation mieux structurée de l’UMP au sein de laquelle républicains, souverainistes et libéraux doivent pouvoir échanger avec clarté et tolérance.

Aux fédéralistes qui sont parmi nous, je veux amicalement dire que l’Europe élargie est désormais trop panachée pour obéir à des règles uniformes. D’expérience, je puis leur dire que j’ai expérimenté par le passé cette Europe aux règlements trop rigides qui généralement aboutissent à des mesures décevantes pour les européens les plus convaincus. Mais je veux aussi leur dire qu’une part de leur intuition est juste : l’Union européenne a besoin de clarté institutionnelle.

A mes amis souverainistes, avec lesquels j’ai partagé de nombreuses batailles comme celle qui nous opposa ensemble au traité de Maastricht, je veux dire que l’Europe élargie édulcore une partie de leurs craintes. Dans cette Europe à 25 et un jour à 30, la politique devrait, plus que par le passé, retrouver ses droits naturels.

La souplesse dans l’action qui épouse les principes de la géométrie variable et des coopérations renforcées va progressivement devenir réalité. S’il en était autrement, alors l’Union européenne serait condamnée au surplace. C’est pourquoi je leur dit qu’il ne faut pas confondre le combat d’hier et celui de demain. Notre place est désormais au cœur du fonctionnement de l’Europe et non dans une posture plus contestataire qu’influente.

Les griefs adressés à la future constitution européenne ne sont pas tous erronés. Je les mesure. Mais soyons sincères. Cette constitution – et pouvait-il en être autrement ? - est à l’évidence un compromis. Dans ce compromis institutionnel, il y a des marges de manœuvres que nous devrons, dans la pratique, savoir saisir pour donner un relief plus politique à l’Europe et à ses initiatives.

Cette Europe des grandes priorités – économiques, industrielles, scientifiques et militaires - c’est à nous de l’impulser. Mais soyons clairs : notre volonté européenne ne peut être respectée et convaincante que si la France est en position de force.

On revient là à la politique nationale ; à la nécessité de poursuivre la modernisation de notre pays ; de former notre jeunesse ; de libérer son potentiel économique et scientifique ; de rétablir l’autorité et la fraternité du pacte républicain.

Mes amis,

Derrière le Président de la République et le Premier Ministre nous devons faire bloc. Nous devons être uni dans l’action, mais aussi ouvert dans notre organisation et divers dans notre réflexion.

Après ces élections régionales qui ont été pour nous comme un coup de tonnerre, il n’y a pas d’autre voie possible que celle de l’audace intellectuelle et du courage politique.

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Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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