Ce site n'est plus à jour

Découvrez Fillon2017.fr
5 mai 2004 3 05 /05 /mai /2004 23:00
Un cimetière dévasté, des stèles renversées, des inscriptions nazies : un mal abject a traversé ce lieu de paix, ce lieu sacré. Dans aucune civilisation digne de ce nom on ne bafoue ainsi les morts. Injurier les défunts pour mieux blesser les vivants, parce qu’ils sont juifs : voilà ce que quelques individus ont cherché à faire ici.

Au nom du Gouvernement de la République, je suis là, avec vous, pour condamner un acte de haine nihiliste. Un acte qui dans sa symbolique atroce nous renvoie à l’inhumanité absolue de l’humain, l’antisémitisme, qui a aboutit, il y a un demi siècle, au génocide des Juifs, la Shoah, dont les profanateurs sont apparemment fiers et sans remords, assez pour raviver la mémoire de ce crime contre l’humanité, fondateur à leurs yeux d’un engagement sinistre.

Les mots ne peuvent qualifier le dégoût qu’inspire un tel acte.

Je veux vous dire que ses auteurs seront poursuivis et condamnés. Devant l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie, face à tous ces maux qui salissent le visage de la France, la République est intraitable. La justice passera. Il lui appartiendra d’élucider cette affaire, de décrypter les objectifs avoués ou masqués qu’elle recèle et de les sanctionner sans faiblesse.

Aujourd’hui, nous n’avons ni le temps, ni l’envie de gloser sur le mobile des criminels. D’où que vienne cet acte sordide, rien ne l’explique, rien ne l’excuse. La réponse du gouvernement, c’est le combat tenace et ferme contre l’antisémitisme.

Le Président de la République l’a dit avec force, cela fait 2000 ans que les juifs vivent sur notre terre commune, parmi nous, en Français à part entière qu’ils sont aux yeux de toute la communauté nationale. 2000 ans de passion Française liant les juifs à leur nation, mais aussi à l’Alsace, cette terre d’ouverture et de liberté.

Devant cet acte de vandalisme qui méprise la mémoire de l’histoire, je veux me souvenir que pour beaucoup de juifs, c’est en Alsace, et dans la Lorraine si proche, que s’est jouée dès la fin du 17 ème siècle, leur entrée magnifique dans le récit national. Déjà les intendants d’ancien régime avaient peu à peu aboli, conformément aux idéaux des Lumières, les formes les plus odieuses d’assujettissement et l’Alsace devenait déjà terre d’ouverture.

Mais il ne suffisait pas, ainsi que le comprit si vite l’Abbé Grégoire, de mettre fin aux injustices et aux humiliations les plus courantes par les voies, toujours aléatoires, du despotisme éclairé. Il fallait la justice, toute la justice, c’est à dire la citoyenneté, toute la citoyenneté. Celle-ci vint, pour la première fois en Europe, avec le vote de l’Assemblée Constituante : du jour au lendemain, les juifs, tous les juifs devenaient égaux à tous leurs concitoyens dans les droits et les devoirs. Rigoureux et enthousiaste, le judaïsme alsacien répondit tout de suite, sur cette terre même du Haut-Rhin, à l’invite qui lui était faite de rejoindre définitivement et sans aucune restriction la communauté nationale. Il le fit sur trois preuves décisives : par l’armée, par l’école, par la loi.

Avec quels exceptionnels résultats : la loi, bien sûr, dont le Grand Rabbin Weil de Strasbourg explique très vite que lorsqu’elle était le fruit de la volonté générale et de la Constitution, elle avait aux yeux de chaque juif la même valeur que la loi révélée. On en connaît la suite, avec ces serviteurs de l’Etat que furent Léon Blum, Pierre Mendès France, et de l’autre côté de la France, à Bayonne, René Cassin qui nous donna la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Par l’école, où bientôt là aussi, des élèves assidus de la première génération, émergèrent les maîtres de la seconde, médecins, mathématiciens de génie tel Laurent Schwartz, historien comme Marc Bloch, économistes à la Jacques Rueff, sociologues, hellénistes, qui apportèrent leur féconde méditation au grand fleuve de l’intelligence française.

Par l’armée enfin, et sur cette terre d’Alsace chargée de drames et de gloires, c’est moins que partout ailleurs, une affaire indifférente : dès 1814, on retrouve trois juifs alsaciens, généraux de l’Empereur Napoléon. Dans la tragédie de 1871, d’autres encore, officiers, sous-officiers et soldats juifs de la France s’illustrent à Saint Privat, à Bazeilles, hélas en vain. Mais pas tout à fait en vain tout de même : car de ce Haut-Rhin bafoué et perdu, émergent dans l’immigration, une nouvelle génération de talents patriotes et républicains, au sein de laquelle surgit la figure d’Alfred Dreyfus qui manifeste par sa fermeté d’âme et son courage dans l’épreuve, les plus belles qualités françaises et les plus profondes harmonies de ce judaïsme alsacien.

Ce sont les ombres de tous ces hommes et de tant d’autres encore qui reposent sous ces arbres, ici, en ce cimetière, au cœur de l’Alsace française. Mais, ne sont pas bien loin non plus les âmes de tous ces justes catholiques et protestants qui ont fait de cette belle terre le réceptacle de la tolérance religieuse et d’un humanisme laïque de réconciliation, celui qu’aura prôné par la force de l’exemple un Albert Schweizer. Et pas loin non plus, mêlés à celui des héros de la Brigade Alsace-Lorraine, commandée par André Malraux, le souvenir de ces soldats épiques, descendus de l’Atlas et des Aurès pour faire don de leurs vies à la France, tirailleurs, spahis, tabors mêlés à leurs frères pied-noirs qui en rétablissant au prix de leur sang, la liberté française se trouvaient en fait engagés dans le processus qui, rapidement, allait aussi établir la leur.

Pas de désespérance, pas d’idées noires en ce lieu apaisé ou reposent fraternellement nos morts.

Mes amis,

Aujourd’hui, nous sommes ensemble, toutes confessions réunies, aux côtés de celles et ceux qui souffrent de voir le passé ressurgir pour salir la communauté juive. Sa douleur est la nôtre ; sa colère digne est celle de la France toute entière.

Devant ce cimetière outragé, le cœur serré, nous ne faisons qu’un. Par delà nos différences spirituelles ou nos origines, nous sommes les membres de la même famille ; nous sommes de la même nation, fière, libre et tolérante.

Les auteurs de cet acte ont insulté la France. Ils ont insulté sa tradition Républicaine. Ils ont insulté l’Alsace et sa vocation d’ouverture. Ils ont insulté nos racines culturelles et spirituelles communes. Ils ont insulté la paix des morts.

L’Etat ne ménage pas les adversaires de la fraternité.

Vive la République, vive la France.

Partager cet article

Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
commenter cet article

commentaires

Mes vidéos

Fil Twitter

Recherche