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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 13:48
Entretien du Premier Ministre, François Fillon au journal « Le Parisien »
Vendredi 7 juin 2007
entretien par Dominique de MONTVALLON
 
 
Francois Hollande chiffre à 15 milliards le coût de vos mesures économiques et fiscales. Et certains vous reprochent d'oublier les équilibres budgétaires et le poids de la dette...
 
François Fillon. Notre objectif principal, c'est de rétablir la confiance. Cela fait vingt-cinq ans que notre pays traverse une crise politique, qui a provoqué le 21 avril 2002 et quelques autres événements du même genre. Pour rétablir la confiance, il y a, pour nous, deux choses fondamentales. Il faut d'abord tenir tous les engagements pris car la principale cause de la crise de confiance, c'est la déception qui a suivi pratiquement toutes les élections. En 1997, la gauche  fait campagne contre les privatisations, et puis elle privatise. En 2002, la droite fait campagne pour la revalorisation de la valeur travail et, après la réforme des retraites, renonce aux réformes de structure. Mon premier rôle c'est d'être le gardien des engagements pris. Le rétablissement de la confiance passe ensuite par la densité des mesures qui vont être prises dès juillet pour qu'il y ait une  vraie impulsion. C'est la raison pour laquelle nous avons voulu, dans un temps très court, soumettre au Parlement des mesures aussi différentes que le crédit d'impôt pour l'acquisition d'un logement principal, la défiscalisation du travail étudiant, les exonérations de charges et d'impôts sur les heures supplémentaires, la réglementation des parachutes dorés et des stocks options, le bouclier fiscal, la réduction de l'ISF. Avec un objectif central: rendre au travail toute sa valeur. Nous, nous voulons que le travail paie. Nous voulons que la réussite soit encouragée, et donc que le mérite ne soit pas découragé. Avec ces mesures -et il y en aura d'autres derrière- nous  commençons à tourner le dos à l'esprit des 35 heures, à cet esprit qui, avec le partage du temps de travail, a dominé depuis une quinzaine d'années la politique économique de notre pays.
Quant au coût de ces mesures, il n'est pas de 15 milliards, mais de 11 milliards: entre 5 et 6 milliards pour les heures supplémentaires, 3 milliards pour l'accession au logement et 1,7 milliard pour les droits de mutation. S'agissant du bouclier fiscal, nous estimons que le coût sera peu élevé parce que, s'il fonctionne, il réduira la fuite des capitaux. La réduction ISF pour les investissements dans les PME coûtera environ 500 millions. La défiscalisation du travail étudiant, 30 millions.

L'objectif, c'est quoi ?

Avec tout cela, et ce qui suivra en septembre, il s'agit d'aller chercher le point de croissance supplémentaire que les autres pays ont et qui nous manque. Notre objectif, c'est donc de provoquer un choc de confiance et de croissance.

Que ferez-vous en septembre ?

Nous proposerons une série de réformes qui visent à améliorer la compétitivité de l'économie française. Des réformes qui vont moderniser l'organisation du travail, alléger les  règlementations qui pèsent sur les entreprises. On relance l'étude sur la TVA sociale. Il peut être utile  de taxer un peu les importations pour qu’elles participent au financement de la protection sociale. Car faire supporter au seul travail des français le coût de cette protection socialel, c'est handicaper notre économie.
 
Et comment allez-vous financer ses réformes ?

Par un effort de réduction de la dépense publique qui est indispensable non seulement à la tenue de nos engagements et à la réduction de la dette, mais tout simplement à la compétitivité de notre économie. On tiendra, là aussi, nos engagements: le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, une franchise médicale qui est à l'étude, et la réorganisation de l'Etat pour réduire son train de vie. Avec une fusion d'organismes comme l'ANPE et l'UNEDIC , la révision de la carte judiciaire. Dans le budget 2008, on doit pouvoir recueillir les premiers fruits d'un certain nombre de restructurations.

Ceux qui ne sont pas imposables peuvent-ils trouver leur compte dans ces mesures ?

La mesure qui va toucher le plus de Français, c'est la mesure sur le logement, parce que le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts sera cumulable avec le prêt à taux zéro. 60% des emprunteurs bénéficieront à plein de cette mesure à hauteur du plafond. Cela représente, si on prend le montant moyen des emprunts immobiliers des Français, un avantage équivalent chaque année à deux mensualités d'intérêts. On proposera dans un deuxième temps une batterie de mesures pour que les engagements de construction soient tenus. Cette mesure peut amener les gens qui sont dans le parc social à accéder à la propriété.

S'agissant des heures supplémentaires, dans quelle mesure les salariés peuvent ils décider d'en bénéficier?

Cela dépend complètement de la situation de leur entreprise. Il y a beaucoup d'entreprises où il y a un vrai dialogue entre le patron et le salarié sur la question des heures sup, et il y en a où ce n'est pas le cas. On n'a pas voulu toucher au Code du travail. Il y a des heures sup choisies, des heures sup subies. Cela dit, je voudrais insister sur un point: quand on a imposé les 35 heures à tout le monde, on ne s'est pas posé la question de savoir si les salariés avaient leur mot à dire. Pour desserrer aujourd'hui la contrainte des 35h, on agit dans le contexte qui nous est imposé. L'objectif sur le long terme devrait être de donner une beaucoup plus grande liberté aux partenaires sociaux dans l'entreprise pour négocier le temps de travail. Cet objectif passe par une révolution dans la nature des relations sociales en France.

Qu'attendez vous des partenaires sociaux ?

J'attends qu'ils soient à la fois imaginatifs, exigeants et responsables. Et qu'ils nous aident à moderniser une société française qui est pleine de talents et pleine d'atouts, mais qui ne cesse de perdre du terrain par rapport à ses voisins européens parce qu'elle refuse d'évoluer. J'attends qu'ils fassent demain ce que certains ont fait sur la réforme des retraites ou  sont en train de faire sur la pénibilité. Plus ils seront forts, plus je pense qu'ils pourront être responsables.

Qu'en est-il du contrat unique?

On a toujours dit que, sur les questions qui toucheraient au droit du travail, on respecterait scrupuleusement la loi qui vient d'être votée et qui prévoit que les partenaires sociaux ont un délai pour traiter eux mêmes le problème avant que le législateur ne s'en saississe. C'est typiquement le cas. Sur le contrat de travail, on leur a donné, grosso modo, six mois pour avancer, et on leur a dit aussi, que si il n'y avait pas de progrès durant ces six mois, le gouvernement prendrait ses responsabilités. C'est fondamental.

N'est-ce pas mettre la pression sur les partenaires sociaux ?

Leur accorder six mois ne doit pas être interprété comme un manque de considération à leur égard, mais simplement comme la conséquence d'une accumulation de retards de l'économie française. Des retards qui nous coûtent extrêmement cher. Nous savons très bien que, pour des résultats soient enregistrés par les Français, il va falloir deux ou trois ans. Il faut donc agir vite. Le texte sur les peines plancher et les mineurs récidivistes sera débattu par le Sénat dès le début de la session. Le texte travail-emploi-pouvoir d’achat le sera au même moment par l'Assemblée nationale. Ils seront suivis immédiatement par le texte sur le service minimum, et par celui sur l'Université.

Ne prenez vous pas des risques à discuter en plein été un texte sur l'autonomie des Universités?

Nous avons été élus pour agir. L'Université française qui était au premier rang des universités mondiales est aujourd'hui, pour la meilleure, au 45ème rang. Cela aboutit au gâchis que l'on connaît avec 50% d'échec en première année et 37% seulement d'une classe d'âge qui obtient un diplôme de l'enseignement supérieur contre plus de 60% aux Etats-Unis. C'est une situation qui n'est pas acceptable. Cette réforme des Universités, il aurait fallu la faire depuis longtemps. Cette fois, on ne va pas tergiverser : elle sera lancée dès le mois de juillet avec une réforme qui, certes ne réglera pas  tous les problèmes, mais qui créera un cadre dynamisant.

Comment définiriez-vous la fonction de Premier ministre avec un chef de l'Etat aussi omniprésent que Nicolas Sarkozy ?

Comme une équipe avec un pilote et un co-pilote. Depuis un mois, nous avons pris toutes les décisions ensemble. Certes, la situation actuelle est un peu particulière car; pour l'instant, il n'y a ni Parlement ni majorité. Cela changera dès le lendemain des législatives :  le Premier ministre devra aller chaque jour expliquer sa politique auprès des parlementaires et prendre en compte leur point de vue. Ma conception, c'est donc celle d'une équipe extrêmement soudée qui agit de concert, et pas d'une cohabitation au sommet. La légitimité est d'abord celle du président de la République, qui a été élu au suffrage universel. Le 6 mai, les Français ont choisi un projet de rupture. Le rôle du Premier ministre, c'est de mettre ce projet en oeuvre. Et de faire en sorte que le jour où le président voudra changer de gouvernement, Le Premier ministre puisse, avant de partir, cocher les cases du programme réalisé.

Qui est le chef de la majorité ? Le Président ou le Premier ministre?

C'est le Premier ministre qui est à la tête de la majorité parlementaire et pour une raison simple: le président de la République a vocation à dépasser la majorité, à rassembler l'ensemble du pays.

Le PS met en garde contre la vague bleue annoncée pour ces législatives et plaide, comme François Bayrou, pour qu'il y ait à l'Assemblée un contre-pouvoir...

Chacun est dans son rôle. Dans d'autres circonstances, j'ai entendu la gauche souhaiter avoir une majorité écrasante. M. Fabius parle aujourd'hui d'un risque d'absolutisme. J'étais député à l'époque où il était Premier ministre, et il ne se plaignait pas à l'époque d'avoir une majorité forte. En plus, l'élection du 6 mai est particulière. On a compris, à travers l'importance de la participation, qu'il y avait vraiment un choix de rupture. Or on sait que, dans une société française conservatrice, ce changement ne sera pas facile à mettre en œuvre. Si les législatives marquaient une sorte de recul par rapport à la présidentielle, l'élan serait sinon brisé, du moins freiné. Alors je dis aux Français qui hésitent à aller voter parce qu'ils ont le sentiment que l'essentiel est joué que ce n'est pas le cas.

Craignez-vous une abstention forte ?

Vous savez, nous sommes sur le terrain pratiquement tous les soirs depuis le 14 janvier, et on peut comprendre que les Français commencent à se fatiguer et puissent se dire qu'avec l'élection de Nicolas Sarkozy, ils ont fait le boulot. Eh bien non! La suite ne va pas de soi. L'Assemblée nationale n'est pas un contre-pouvoir, c'est le coeur du pouvoir. Sans majorité au Palais-Bourbon, ce que les Français ont décidé le 6 mai ne pourrait pas se traduire dans les faits.

Etes-vous en phase avec la volonté de Nicolas Sarkozy d'aller encore plus loin dans l'ouverture?

Oui, je souscris pleinement à cette démarche. Et dans le fonctionnement des premières semaines de mon gouvernement, je n'ai qu’à me louer des ministres d'ouverture. Il s'agit
d' une ouverture claire, à partir d'un contrat politique  précis, Nicolas Sarkozy ayant annoncé ce qu'il allait faire. Il n'y a donc pas d'ambiguité. Les hommes de gauche qui nous ont rejoints viennent avec leur sensibilité et leurs propositions, comme Martin Hirsch et son revenu de solidarité active. Ils apportent un regard différent et, pour nous, c'est incontestablement une richesse complémentaire.

Sur l'instauration d'une dose de proportionnelle aux législatives, êtes-vous aussi sur la même longueur d'onde que Nicolas Sarkozy?

Chacun sait que je suis un franc partisan du scrutin majoritaire. J'entends bien l'argument d'une représentation de la diversité de la société française, mais je pense que la Ve République a besoin d'une majorité forte à l’Assemblée nationale. C'est même l'atout principal de cette Constitution. Tout ce qui pourrait conduire à un émiettement de la vie politique me paraît dangereux dans un pays sensible à toutes les sirènes de la division. C'est pour cela que je préférerais l'idée d'introduire cette diversité au Sénat. En tout cas, si on doit le faire à l'Assemblée, il faut impérativement respecter deux conditions: que cela ne porte que sur peu de sièges, et que l'on n'augmente pas le nombre de députés.

Prévoyez-vous toujours de proposer la présidence de la Commission des Finances à l'opposition?

C'est un engagement que nous avons pris. Il sera respecté.

Au risque de bloquer parfois le travail parlementaire?

Je souhaite qu'on engage simultanément, avec l'opposition, un travail de rénovation du rôle du Parlement. Il faut réfléchir à la création, par exemple, d'une commission qui traiterait de tout le secteur confié à Alain Juppé sur le développement durable, au renforcement des moyens de contrôle mis à la disposition du Parlement pour contrôler l'exécutif, au contrôle des nominations, au fonctionnement même de la séance. Cela fait beaucoup de chantiers.

Est-il raisonnable de cogner sur la gauche, comme vous le faites?

J'ai de la marge: je ne serai jamais aussi brutal que la gauche l'a été à l'égard de Nicolas Sarkozy (rire). Je suis surtout très étonné de voir que, pendant cinq ans, la gauche a refusé toutes les mains que nous lui avons tendues, et s'est opposée à toutes les réformes, y compris celles qui étaient inspirées par des principes pas très éloignés des siens. Les socialistes viennent de perdre. Au lieu de se dire que c'est sans doute parce qu'ils n'avaient pas fait le travail de réajustement de leur corps de doctrine aux changements de la société, ils continuent comme si rien ne s'était passé. Mme Royal dit qu'elle a fait une campagne électorale formidable, et M. Hollande continue de vanter la réduction du temps de travail. Il faut placer la gauche devant ses responsabilités.
 
En somme, vous voulez lui rendre service!

Notre intérêt à court terme, c'est que la gauche reste ce qu'elle est. Mais l'intérêt du pays à long terme, c'est qu'elle se modernise car, derrière elle, il y a des millions de Français qui ont voté pour elle. Comment moderniser la société française si le PS ne reconnaît même pas que l'allongement de la durée du travail est la seule solution pour financer les retraites ? La clé des problèmes de la gauche, c'est l'attitude qu'elle a adoptée au moment de la réforme des retraites

Pourquoi ne pas lancer la réforme des régimes spéciaux?

 Cette réforme nécessite une négociation avec les partenaires sociaux. Un rendez-vous est fixé en 2008 sur l'actualisation de la réforme des retraites : ce serait provocateur de ne pas respecter ce rendez-vous.

Où en est le dossier GDF-Suez?

GDF est une grande entreprise qui a besoin d’alliances pour jouer dans la cour des grands. Le projet de fusion avec Suez est valable. Mais il y a d'autres options : l'option algérienne, l'option EDF et d’autres encore. Nous avons demandé aux entreprises d'examiner ces options, et nous travaillons pour prendre une décision.

Vous employez le mot «rupture» et vous dites que le résultat du 6 mai n'est pas ordinaire. Avez-vous les sentiment d'être aux commandes dans une phase «historique»?

Oui. Je compare la situation à celles de 1958 et de 1981. Pourquoi 83% des Français sont-ils sortis de chez eux pour aller voter? Parce qu'ils ont senti que le changement est possible avec l’arrivée d’une nouvelle génération. Cela crée pour le gouvernement et la majorité une obligation et une exigence considérables, que n'ont sans doute pas ressenti les majorités précédentes. Si on ne relève pas ce défi, la crise de confiance politique repartira de plus belle et économiquement, des rendez-vous essentiels seront manqués.

C'est la dernière chance?

On ne peut jamais dire cela. Mais sur la modernisation du système universitaire ou la compétitivité, sur lesquels on a déjà pris quinze ans de retard, le décrochage serait extrêmement sérieux si on ne réussissait pas.

Qu'est-ce que ça fait d'être Premier ministre?

Je savais que c’était une charge difficile mais j’ai eu le temps de m’y préparer. Pendant deux ans, j'ai été le coordinateur du projet. Et j'avais réfléchi pendant des années au mauvais fonctionnement de notre système institutionnel et politique. J'ai avec le président de la République une relation de confiance totale. Je déroule donc la feuille de route. Je sais que nous serons confrontés à des difficultés mais je sais aussi que nous les affronterons ensemble.

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Publié par Francois Fillon - dans INTERVIEWS
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