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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 19:07

Intervention de François FILLON, Premier ministre lors de sa visite de l'entreprise LAFUMA à Anneyron (Drôme) le vendredi 13 mars 2009 (version vidéo et version écrite intégrale du discours)




Monsieur le président,
Monsieur le président du Conseil général,
Monsieur le député maire d'Auterive, Cher Gabriel,
Monsieur le maire d'Anneyron,
Mesdames et messieurs.


D'abord, je voudrais vous dire que cela me fait très plaisir de venir visiter votre entreprise et j'essayais de me remémorer mes premiers souvenirs Lafuma. Le premier, c'était le sac à dos que mon père avait ramené d'Algérie. J'ai essayé de l'utiliser mais j'étais un peu trop petit : l'armature m'écorchait le bas du dos et même un peu plus bas. Le deuxième c'est lorsque à douze ans, j'ai intégré la troupe scout du Mans, je suis allé à La Hutte acheter tout mon équipement et tout était Lafuma : le sac à dos, le duvet et l'ensemble du matériel. Puis ensuite, j'ai fait quelques courses en montagne, dans les Alpes proches, j'ai encore utilisé du matériel Lafuma. C'est dire si beaucoup de souvenirs me remontent en venant visiter votre entreprise.

J’essaie, chaque semaine, de me rendre dans une entreprise sur le territoire de notre pays. Pourquoi ? Parce que je veux apporter mon soutien, c'est-à-dire à travers moi celui du Gouvernement - et je suis ici accompagné par Hervé Novelli et par Eric Besson - d'abord, aux ouvriers qui travaillent dans les entreprises, aux cadres, aux entrepreneurs, à tous ceux qui font fonctionner l'entreprise, à l'environnement que vous avez évoqué tout à l'heure avec malice, parlant à la fois de l'administration chargée de veiller au règlement, des banquiers chargés d'assurer le financement de l'entreprise.

Je le fais dans un contexte qui est difficile, qui est exceptionnel, un contexte dont on se serait bien passé, qui est celui de cette crise mondiale, de cette crise globale qui secoue toutes les économies du monde, et dont la dureté et la longueur ne peuvent pas encore aujourd'hui être prévues, tellement nous sommes face à une situation totalement inédite. C'est la première fois qu'en même temps toutes les économies du monde marchent au ralenti. On espérait au début de l'automne que le moteur asiatique, comme on dit, les nouveaux pays, la Chine, l'Inde, fassent tourner une partie de l'économie mondiale. Et on pensait même qu'au fond la mondialisation rendrait la crise moins dure, parce que à la panne de l'économie américaine correspondrait la poursuite d'une économie asiatique dynamique. Eh bien, on s'était trompé. Toutes les économiques sont en panne, les économies asiatiques comme les autres, peut-être même encore plus durement.

Alors, face à cette situation, il faut d’abord faire preuve d'humilité. Personne n'avait prévu cette crise, personne n'a les solutions miracles pour en sortir, en tout cas ceux qui le prétendent racontent des histoires. Il faut essayer de se rassembler pour résister, ce n'est pas le moment de se diviser ; il faut essayer d'être plus solidaire vis-à-vis de ceux qui en ont besoin, que ce soit les entreprises qui en ont besoin parce qu'elles traversent des moments difficiles, ou que ce soit les salariés qui sont mis au chômage par les difficultés économiques et qui ont besoin de la solidarité nationale. Et puis, il faut être sérieux, il faut faire preuve de sérieux, parce qu'il faudra un jour sortir de cette crise. On en sortira et il ne faut pas qu'on ait gâché pendant cette crise tous les moyens permettant de continuer à nous développer après la crise. Il ne faut pas que, pour faire face à cette crise, on sacrifie l'avenir de nos enfants.

Il n’y a pas de baguette magique pour résoudre cette crise. Il y a des décisions qu'il faut prendre, qui sont difficiles, qu'avec le Président de la République on prend souvent en hésitant, en réfléchissant, en se demandant si on prend la bonne direction. Des décisions pour hâter la sortie de la crise, pas pour l'effacer et des décisions pour préparer l'avenir.

La première des décisions que nous avons prise, ça a été celle de sauver le système bancaire. Il est utile parfois, dans notre pays on est toujours très critique sur tout ce que fait le Gouvernement, naturellement ça fait partie du jeu, enfin, de temps en temps, il faut s'arrêter, regarder ce qui a été fait. On a sauvé le système bancaire. Ca c'est fait. Il y a des pays qui ne l'ont pas encore réussi. Il y a des pays où les banques sont en grande difficulté. Les banques françaises ne sont pas en grande difficulté et elles n'ont pas mis la clé sous la porte, comme ça a été le cas dans beaucoup d'autres pays.

Ensuite, nous nous sommes attelés à soutenir l'activité, faire en sorte que par ses moyens, notamment ses moyens d'investissement, l'Etat puisse aider toutes les entreprises qui dépendent pour une large part de la commande publique, qui dépendent de l'argent de l'Etat, de l'argent des entreprises publiques, et nous avons essayé de le faire en faisant coup double d'une certaine façon : c'est-à-dire en veillant à ce que l'effort qu'on fait de relance, en ce moment, pour sauver les emplois, ce soit aussi un effort qui corresponde à la réalisation d'investissements qui vont améliorer la compétitivité de notre pays, qui vont en faire un pays plus moderne de façon à ce que nos enfants ne nous reprochent pas d'avoir creusé la dette pour rien. On creuse la dette, en ce moment, c'est vrai, on est obligé de le faire mais on le fait pour aller plus vite dans la construction des lignes de Trains à Grande Vitesse, pour moderniser les réseaux d'énergie, pour moderniser les réseaux de transports, pour moderniser les universités, enfin pour investir partout où les équipements publics permettront demain à la France d'être plus efficace et plus compétitive.

Et puis, je le disais, il faut soutenir ceux qui sont le plus frappés par la crise, c'est-à-dire ceux qui perdent leur emploi ; quand on est face à des responsabilités, on commence d'abord par s'occuper de ceux qui en ont le plus besoin. Et ceux qui en ont le plus besoin, aujourd'hui, ce sont ceux qui perdent leur emploi, ou ce sont ceux qui ont des horaires réduits, en raison de l'activité économique ralentie. C'est dans cet esprit que nous avons considérablement augmenté les possibilités de chômage partiel, à la fois en durée et en niveau d'indemnisation, puisqu'on sera désormais à 90 % du salaire net, sur cinq mois. On a avec les partenaires sociaux augmenté le niveau de l'indemnisation du chômage. On agit pour mieux protéger ceux qui sont en fin de CDD et les jeunes qui sont au chômage.

On a décidé d'alléger les impôts sur ceux qui ont des salaires modestes, sur les classes moyennes et sur les familles, avec la baisse exceptionnelle, en 2009, de l'impôt sur le revenu, avec l'augmentation des allocations familiales, avec la mise en place de chèques emploi service pour aider notamment les femmes qui sont à la recherche d'un emploi ou les personnes âgées. Et puis aujourd'hui, dans les prochains jours, au début du mois d'avril pardon, nous allons distribuer une Prime de solidarité active à 3,8 millions de Français, qui sont ceux qui, à partir du mois de juillet, auront droit au Revenu de solidarité active, pour compléter leur niveau de revenu. Nous avons décidé qu'au début du mois d'avril, le minimum vieillesse augmenterait de près de 7 %, et l'allocation d'adulte handicapé de 4,6 %.

Ensuite, nous avons décidé naturellement de nous mobiliser pour aider les entreprises à passer ce moment difficile, et c'est tout le problème du financement qui nous rassemble aujourd'hui, monsieur le président, autour de votre entreprise.

Beaucoup d'entreprises ont des bases saines ; elles ont été bien gérées ces dernières années, elles ont investi, elles ont embauché intelligemment, elles sont compétitives sur des marchés porteurs, et pourtant, elles se trouvent en difficulté, parce qu'elles ne trouvent pas les financements suffisants pour fonctionner et pour se développer. La crise de confiance a provoqué une crise du crédit qui aujourd'hui menace dans leur existence même des entreprises qui, par ailleurs, sont des entreprises qui sont parfaitement viables.

C'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'engager toute l'influence et toute l'autorité des pouvoirs publics pour débloquer ce système qui était en voie de paralysie. Nous avons mis en place un médiateur du crédit, René Ricol, qui m'accompagne aujourd'hui, pour dénouer les situations injustement bloquées, et nous commençons à avoir les résultats, puisque 7.200 entreprises ont demandé une intervention du médiateur du crédit. 90 % des dossiers déposés ont été acceptés en médiation, les 10 % qui ne l'ont pas été, c'est parce que simplement ils ne le méritaient pas, ils ne correspondaient pas à un vrai problème de financement. 2.400 entreprises ont déjà été confortées par un accord dans la poursuite de leurs activités, ce qui représente grosso modo 60.000 emplois, qui ont été préservés grâce à l'intervention de René Ricol, de son équipe et du médiateur du crédit.

Pourquoi est-ce que je suis venu ici à Lafuma ? Eh bien, parce que Lafuma connaît cette situation, parce que votre groupe qui compte de nombreuses marques appréciées et un savoir-faire reconnu, avec des produits de qualité, avec une main d'œuvre compétente, avec des marques solides, pourtant, ce groupe a rencontré des difficultés à se financer. Je suis donc heureux qu'aujourd'hui une solution ait été trouvée avec le médiateur du crédit, et je me félicite aussi que Lafuma bénéficie directement du plan de relance mis en place par le Gouvernement, puisque nous avons décidé de rembourser par anticipation toutes les sommes que l'Etat doit aux entreprises – je pense aux remboursements d'impôts, je pense aux remboursements de TVA, je pense au crédit impôt recherche. Ce sont des sommes qui, dans un fonctionnement normal, auraient été remboursées aux entreprises dans un an, dans deux ans, dans trois ans, et qui, là, l'ont été immédiatement, massivement, pour permettre à ces entreprises de faire face aux périodes difficiles qu'elles rencontrent.

Et enfin, monsieur le président, comme je vous le disais à l'instant, je me réjouis que la Caisse des Dépôts et Consignations soit aujourd'hui disposée à participer au renforcement des fonds propres de l'entreprise Lafuma, pour lui permettre d'affronter la compétition avec plus de moyens, plus de capacités, pour bien mettre en valeur ses capacités technologiques, les capacités de son personnel et ne pas buter sur des manques de financement.

C'est aussi ce que nous avons fait pour l'automobile. On a décidé de prêter deux fois 3 milliards d'euros aux grands constructeurs automobiles. Pourquoi ? Simplement, parce qu'ils ne trouvaient pas sur le marché financier aujourd'hui les crédits nécessaires à leur développement, dans des conditions qui soient des conditions favorables.

Enfin, mesdames et  messieurs, après tous ces efforts, il reste une étape à franchir, cette étape c'est celle de la réforme du système financier international pour qu'on ne se retrouve pas dans quelques années, dans la même situation que nous rencontrons aujourd'hui. Les crises, il faut en apprendre, tout ce qu'on peut en apprendre, pour essayer de faire en sorte qu'elles ne se reproduisent pas.

J'utilise une image que le maire va bien comprendre ; j'ai été maire moi-même pendant très longtemps d'une petite ville de la Sarthe, qui est traversée par plusieurs rivières, et en 1995, il y a eu des inondations très graves. A l'occasion de ces inondations, j'ai fait mon travail de maire, j'ai acheté des cuissardes, je ne sais pas si vous en fabriquez. On a pris une barque et puis on est allé voir tous les jours les gens qui étaient en situation difficile, pour les secourir, pour leur remonter le moral, etc. Cela a duré près d'une semaine et le climat était excellent, les gens étaient charmants, ils étaient contents qu'on vienne s'occuper d'eux, il y avait une ambiance formidable. Et puis, cinq ans plus tard, en 2000, ça a recommencé les inondations. Alors, j'ai ressorti mes cuissardes, j'ai repris la barque et puis je suis allé voir les gens. Mais là, ils n'étaient plus contents du tout. Et ils avaient raison, parce que au fond, ils disaient : qu'est-ce que vous avez fait pour empêcher que ces inondations se reproduisent ? Eh bien, on est exactement dans cette situation aujourd'hui. On n'a pas le droit de laisser cette crise passer, sans changer le système financier international.

La France a pris l'initiative d'un grand mouvement, qui est très difficile, parce qu'il y a beaucoup de pays qui ne suivent pas, en tout cas qui sont hésitants, qui ne voient pas forcément de la même façon que nous cette urgence, cette nécessité de moraliser le système financier international. Il y a une réunion à Londres dans quelques jours des 20 plus grands pays sur le plan économique. Il faut absolument que cette réunion débouche sur des décisions très fortes. D'abord, sur des décisions de régulation ; il n'y a pas d'acteur financier qui doit pouvoir agir sans être contrôlé et sans être surveillé par un système de régulation public, sinon cela aboutit aux scandales auxquels on assiste en ce moment ; et, deuxièmement, il faut que les pays qui ne jouent pas le jeu de la transparence fiscale soient sanctionnés s'ils n'acceptent pas de changer leur organisation. Je pense à ce qu'on appelle les paradis fiscaux, avec un mot qui d'ailleurs n'est pas un mot propre, parce que au fond, cela regarde chaque pays d'avoir des impôts élevés ou pas élevés, ça c'est de la responsabilité de chacun. Par contre, ce qui n'est pas normal, c'est qu'il y ait des pays dans lesquels on puisse placer de l'argent, on puisse mettre de l'argent dans les banques sans savoir d'où vient cet argent, sans savoir où il va ; ça sert à tout, ça sert au blanchiment de l'argent sale, ça sert à échapper à la fiscalité qui doit normalement frapper la circulation des capitaux.

Nous allons prendre en France une première décision pour faire en sorte que toutes les banques qui sont aidées par l'Etat soient obligées de publier l'état de leurs relations avec ce qu'on appelle « les centres offshores ». Nous faisons pression sur les Etats européens, qui ont encore en particulier la pratique du secret bancaire, pour qu'ils l'abandonnent, et je pense qu'il faudra aller plus loin et qu'il faut aller vers un système dans lequel on pourra un jour dire aux banques du monde entier qu'elles ne sont pas les bienvenues en Europe si elles ne respectent pas ces règles de transparence qui sont indispensables.

Voilà, mesdames et messieurs, ce que je souhaitais vous dire à l'occasion de cette visite qui symbolise les efforts que nous essayons de faire. Je le disais au début, ce n'est pas facile, il faut faire preuve de modestie, personne n'a de solution miracle pour sortir de cette crise. Mais moi, ma conviction c'est qu'on en sortira en étant rassemblés, on en sortira en étant sérieux dans notre gestion, et on en sortira en essayant tous, oubliant parfois nos querelles politiques, de faire le mieux possible, comme chacun d'entre vous dans son travail ou dans la gestion de sa famille, essaye de faire le mieux possible. J'espère que ce message, qui permet à une entreprise comme Lafuma de réussir, nous permettra aussi de sortir vite de cette crise.

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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Gaetan 14/03/2009 09:16

http://www.lefigaro.fr/economie/2009/03/13/04001-20090313ARTFIG00253-en-bretagne-la-restauration-du-patrimoine-comme-relance-.phpC'est un investissement pour l'avenir de restaurer des cathédrales bretonnes ?Dites vous êtes sûr que c'est ce que vous vouliez comme la bonne relance ?

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