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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 19:33



François Fillon, Premier ministre, rend compte de son voyage aux Etats-Unis lors d'une conférence de presse à Washington (version vidéo et version écrite intégrale) le mardi 24 mars 09.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais vous rendre compte des entretiens que j'ai eus à l'occasion de ce déplacement, qui avait été décidé pour préparer le sommet du G20 de Londres de la semaine prochaine.

Je suis venu porter un message d'amitié et de volonté de coopération. Coopération, d'abord et avant tout dans les affaires économiques. Face à la plus grande crise que le monde ait eu à affronter depuis la Seconde Guerre mondiale, rien ne serait pire que la division, que le repli sur soi et que le protectionnisme.

J'ai eu des entretiens avec le Vice-président des Etats-Unis, Joe BIDEN, avec le Président du National Economic Council de la  Maison Blanche, Larry SUMMERS, avec le Président de la Commission des Finances de la Chambre des représentants, Barney FRANCK, et à New York plusieurs rencontres avec des panels de banquiers, de chefs d'entreprises, d'économistes et de régulateurs.

En arrivant de France je pensais, à la lecture de la presse américaine et de la presse française, trouver des Américains et des Européens très divisés sur leurs priorités pour le G20 de Londres. Selon certains, les Européens perdraient inutilement leur temps à vouloir travailler à la régulation financière alors que l'urgence serait la relance économique. Les entretiens que j'ai eus m'ont convaincu que cette opposition était très, très exagérée.

Au contraire, j'ai pu constater de très nombreuses convergences et une volonté égale des deux côtés de l'Atlantique. Une volonté égale, d'abord pour une action ambitieuse de relance de l'économie, et sur ce point j'ai tenu à rassurer mes interlocuteurs. Les plans de relance européens sont ambitieux, ils représentent 400 milliards d'euros, soit 3,3 % du PIB européen. Et le plan de relance français représente à lui seul une injection de 50 milliards d'euros, soit 2,5 % du PIB, auxquels il faut ajouter les 30 milliards d'euros correspondants au jeu des stabilisateurs économiques qui n'existent pas ou peu dans le système économique et social américain.

Ensuite, il y a un accord général sur une démarche ambitieuse, coordonnée au niveau international en  matière de régulation financière. La correction des excès est vitale pour rétablir la confiance et pour assurer un consensus social au moment où des efforts très importants sont demandés à nos concitoyens.

À cet égard, mes interlocuteurs ont tous insisté sur leur volonté d'agir vite et en profondeur. Et comme l'a rappelé le Président OBAMA, "de refuser aux moins-disants réglementaires". Ce qui est évidemment le risque qui nous menacerait si il n'y avait pas un accord de l'ensemble des pays développés, de l'ensemble des puissances économiques, à Londres, la semaine prochaine.

J'ai constaté que nous avions sur la préparation du G20 de très nombreux points de convergence. Un ministre britannique a récemment évoqué un accord sur 80 % des sujets ; nous devons aller évidemment un cran plus loin : sur les hedge funds, sur les agences de notation, sur les rémunérations, sur les centres off-shore, sur les  normes comptables. J'ai exposé nos idées pour aboutir à des recommandations précises plus ambitieuses encore que celles sur lesquelles s'étaient mis d'accord nos ministres des Finances le 14 mars dernier.

Enfin, au-delà de la préparation du G20 et de la gestion immédiate de la crise, j'ai indiqué à tous, le souhait de mon Gouvernement de préparer au mieux l'avenir. Je sais que les nombreuses réformes engagées par le Gouvernement depuis 2007 ont suscité beaucoup d'intérêt aux Etats-Unis. Ces réformes, j'ai indiqué que nous comptions les poursuivre, sans provocation, dans le contexte de la crise économique et sociale que nous connaissons, mais sans faiblesse non plus. Parce que ces réformes nous aideront à sortir plus vite et plus fort de la crise, à l'image de la formidable capacité de rebond de l'économie et du peuple américains. Cette capacité de rebond sur laquelle d'ailleurs ont beaucoup insisté les responsables des entreprises françaises installées ici aux Etats-Unis, que j'ai eu l'occasion de rencontrer hier.

Enfin, préserver l'avenir c'est aussi préserver les finances publiques. Nous reportons l'objectif de retour à l'équilibre des finances publiques mais nous ne l'abandonnons pas, parce que nous refusons le danger d'une bulle de la dette publique.

Enfin, vous savez tout l'enthousiasme qu'a suscité en France et en Europe l'élection du Président OBAMA. Cet enthousiasme se double d'attentes extrêmement fortes. La visite  du Président américain, la semaine prochaine en Europe va revêtir dans ce contexte une importance exceptionnelle. Face à la crise internationale, nous devons plus que jamais travailler ensemble pour trouver des solutions. C'est le sentiment que j'ai en quittant maintenant, dans quelques instants les Etats-Unis, et après avoir lu l'excellente tribune du Président OBAMA dans la presse européenne.

Voilà, Mesdames et Messieurs, je suis à votre disposition pour répondre à vos questions.


Journaliste : Monsieur le Premier Ministre, dans la même tribune, Barack Obama appelle quand même à consolider les plans de relance. On apprend au même moment que la consommation en France a chuté assez fortement au mois de février. Est-ce que c'est une hypothèse que vous excluez définitivement ou est-ce que vous y réfléchissez en fonction de l'évolution de la conjoncture ?

Le Premier Ministre : On a toujours dit qu'on adapterait notre stratégie en fonction de la conjoncture mais pas en fonction de la conjoncture tous les mois. Le plan de relance français, il a été annoncé en décembre, son application commence, pour l'essentiel, à partir du mois d'avril, les premières mesures financières dont vont profiter les ménages, elles vont avoir lieu en avril. Et ensuite, le plan de relance va s'appliquer d'avril au mois de juillet. On ne va pas en changer tous les mois, en fonction de l'augmentation de la consommation. Alors quand le mois dernier, la consommation augmentait, il fallait diminuer le plan de relance et le mois prochain, si la consommation augmente de nouveau, il faudra le changer ? Nous, nous estimons que la consommation doit s'apprécier trimestre par trimestre. Les perspectives pour le 1er trimestre, telles que l'Insee les avait publiées, sont une consommation à peu près stable, une légère augmentation de la consommation. Nous pensons que ces perspectives sont toujours crédibles. Après, on verra. Naturellement, personne n'avait imaginé que l'on aurait à affronter cette crise, personne n'aurait imaginé qu'on serait amené à doubler le déficit public pour faire face à cette crise exceptionnelle. C'est dire si nous sommes prêts, évidemment, à adapter la politique économique de notre pays, à la réalité de la crise. Nous considérons que les mesures qui ont été décidées tant sur le plan du sauvetage des banques que sur le plan de la relance de l'économie sont adaptées à la situation actuelle et doivent surtout, maintenant, être mises en oeuvre. J'ai beaucoup discuté avec mes interlocuteurs américains de cette question du calendrier cela ne suffit pas d'annoncer des plans de relance, il faut qu'ils s'appliquent, il faut que les mesures soient mises en œuvre, il faut que les investissements soient réellement lancés, il faut que l'argent arrive dans le portefeuille des ménages. Et on est en train, et ce sera un des sujets du G20, de regarder justement, comment harmoniser la mise en œuvre de ces plans de relance. Il y a beaucoup de chiffres qui sont lancés, il y a beaucoup de dépenses qui, dans un certain nombre de pays, ne seront pas effectives avant l'année prochaine. Ça, c'est un vrai sujet, bien plus que le montant global annoncé des plans de relance.

Journaliste d'Associated Press : Monsieur le Premier Ministre, vous avez dit à différentes occasions qu'il y avait un accord substantiel à l'approche du G20. Est-ce que Monsieur BIDEN ou Monsieur SUMMERS, ou d'autres représentants américains que vous avez rencontrés ont fait part de leur satisfaction quant au niveau de dépenses à court terme, de dépenses publiques en Europe et en France. Ensuite, vous ont-ils dit si les Etats-Unis étaient disposés à prendre des mesures concrètes en matière de régulation pour adopter de nouvelles régulations pour les hedge funds et les institutions ? Et pas simplement les déclarations générales qui ressortent des G20.

Le Premier Ministre : Non, non, pas du tout. Nous avons abordé toutes ces questions dans le détail. Sur les plans de relance, je viens de m'en expliquer, nous avons besoin de clarifier la réalité des plans de relance des deux côtés de l'Atlantique, en intégrant des notions qui ne sont pas familières aux analystes américains et qui sont les dépenses sociales très importantes qui existent notamment en France et qui sont des éléments de la relance. Quant à la régulation, nous sommes arrivés à un accord extrêmement précis sur la régulation des hedge funds. Au fond, l'idée est simple, je crois que le Président OBAMA l'a exprimée de cette façon, il ne faut pas réguler les activités pour ce qu'elles sont mais pour ce qu'elles font. Il ne faut pas réguler les institutions pour ce qu'elles sont mais pour ce qu'elles font. Et nous, nous voulons qu'il n'y ait pas d'institutions financières, il n'y ait pas de territoire, il n'y ait pas d'acteurs qui soient des acteurs qui génèrent du risque financier qui ne soit pas régulé. Nous sommes tombés d'accord sur la régulation des hedge funds, sur la nécessité de réformer les agences de notation, sur la nécessité de mettre en place des règles en matière de rémunération qui permettent d'éviter cette incitation à la prise de risques excessifs. Nous sommes d'accord sur la nécessité de réformer les règles comptables, règles comptables qui aggravent la crise, avec notamment la fameuse règle du "mark to market". Et puis, nous sommes d'accord sur l'idée de publier, même s'il y a encore quelques mises au point techniques à faire, de publier une liste des pays qui n'acceptent pas les règles communément admises au plan international en matière de transparence fiscale, c'est-à-dire ce que l'on appelle à tort les paradis fiscaux. Donc, franchement, je serai très étonné, dans ces conditions, qu'il n'y ait pas au G20, en tout cas entre les Américains et les Européens, une très grande identité de vue sur la nécessité d'une régulation ambitieuse.

Journaliste :
Monsieur le Premier Ministre, bonjour. On a appris en France ce matin que le PDG de Valeo avait bénéficié d'un parachute doré évalué à plus de 3 millions d'euros. Je voudrais savoir, un, est-ce que cela vous choque; deux, est-ce que vous demandez au PDG de rendre l'argent, puisque l'argent dispose d'une partie du capital ; et puisque le code de bonne conduite du Medef ne semble pas fonctionner, est-ce que vous êtes déterminé à légiférer sur le salaire des patrons ?

Le Premier Ministre : Alors, un, il y a des règles qui avaient été admises par l'ensemble du patronat qui doivent s'appliquer. Si elles ne s'appliquent pas, j'ai indiqué que nous serions amenés à légiférer. Nous avons donné à Madame PARISOT une date, celle du 31 mars, pour nous faire des propositions pour aller plus loin que le code de bonne conduite qui a été élaboré. S'agissant de Valeo, il se trouve qu'il s'agit d'une entreprise au capital duquel l'Etat se trouve désormais grâce à l'intervention du Fonds stratégique. Le représentant de l'Etat au conseil d'administration fera savoir qu'il est opposé à l'application de cette prime de départ du président de Valeo, il faut que les choses soient claires et que chacun comprenne que l'heure est à faire preuve de responsabilité. Et ceux qui ne font pas preuve de responsabilité mettent en péril l'ensemble de notre système économique et social.

Journaliste :
Monsieur le Premier Ministre, bonjour. Hier, vous avez rencontré le vice-président BIDEN, vous avez parlé de l'Afghanistan. Premièrement, quelle est votre réaction lorsque le Président OBAMA dit que l'Afghanistan sera pire que l'Irak, et deuxièmement, quel va être précisément l'engagement de la France en Afghanistan pour aider les Américains ?

Le Premier Ministre : J'ai entendu le Président OBAMA indiquer qu'il fallait préparer la sortie d'Afghanistan. Et le Président BIDEN m'a dit hier : nous ne resterons pas en Afghanistan plus longtemps que nécessaire. C'est parfaitement l'appréciation de la France. Le gouvernement français a décidé à la suite d'un débat parlementaire de renforcer les moyens militaires français en Afghanistan, parce que nous pensons qu'il est absolument indispensable de consolider le régime afghan, et de consolider la démocratie en Afghanistan, de poursuivre l'effort de sécurisation des territoires, et en même temps, nous avons indiqué – c'est la mission qui a été confiée à Pierre LELLOUCHE, représentant du Président de la République sur ce sujet, - qu'il était nécessaire d'augmenter considérablement l'effort de reconstruction, l'effort de soutien, d'aide au peuple afghan. Et c'est d'ailleurs dans cet esprit que nous avons décidé nous-mêmes d'augmenter en les doublant les moyens qui sont consacrés à la reconstruction. C'est dans cet esprit que nous allons agir en parfaite unité avec les Etats-Unis. Nous avons aussi été à l'origine d'un projet qui est en cours de discussion dans le cadre de l'Union européenne, pour encadrer, former les forces de sécurité intérieure afghane, les forces de gendarmerie. Il y a sur ce sujet une grande identité de vue. Comme toujours, l'action militaire est nécessaire pour sécuriser les territoires, mais ce n'est pas elle qui pourra résoudre les problèmes de l'Afghanistan, c'est la coopération politique, c'est la coopération économique, et nous allons, au fil du temps, mettre l'accent sur cette coopération économique et sur le soutien aux infrastructures et au développement.

Journaliste : Monsieur le Premier Ministre, vous parliez d'un accord extrêmement précis, auquel vous seriez parvenu, sur la régulation des hedge funds. Pourriez-vous nous donner un peu plus de précision sur cet accord ?

Le Premier Ministre :
Non, vous allez… La discussion du G20 va avoir lieu. Il faut laisser une discussion qui va s'ouvrir au G20. Ce que je veux dire, c'est qu'on est en accord que l'idée que les hedge funds doivent être régulés, qu'il faut distinguer au sein des hedge funds les activités les plus à risque et qu'il faut faire en sorte que les hedge funds ne soient pas une manière pour les institutions financières classiques d'échapper à la régulation, parce qu'au fond, c'est cela le vrai sujet. Le vrai sujet, c'est qu'à chaque fois qu'on met en place une régulation plus stricte, pour une activité financière, cette activité financière cherche un autre territoire, un autre véhicule, pour échapper à cette régulation. Donc, l'idée générale aux Etats-Unis comme en Europe, c'est de mettre en place un système de régulation qui s'attache à couvrir toutes les activités financières, et pas seulement les secteurs, séparément. Voilà. Merci beaucoup. Peut-être la dernière, alors.

Journaliste : Je voudrais savoir, Monsieur le Premier Ministre, si vous croyez que les institutions de réglementation financière actuelles et existantes seront suffisantes pour faire face à cette crise et d'établir et d'appliquer les règlementations, par exemple sur les hedge funds dont vous avez parlé, ou est-ce qu'il faut d'autres institutions peut-être multinationales pour cette réglementation, ou bien un traité. Comment précisément est-ce que cela peut marcher, parce que ce sont de bons mots, mais comment les appliquer ?

Le Premier Ministre : D'abord, nous, nous pensons que la priorité c'est d'avoir des règles communes plus efficaces, plus strictes dans un certain nombre de cas en matière de régulation, dans l'ensemble des pays, dans l'ensemble des économies développées. Pourquoi est-ce qu'on attache tellement d'importance à ce rendez-vous du G20 ? C'est parce qu'on pense que s'il n'y a pas rapidement un effort de coordination des différents pays développés pour se doter de règles communes en matière de régulation, chacun va agir de son côté, confronté à des événements, comme celui qui vient de se produire aux Etats-Unis avec AIG, qui conduit tout d'un coup le Gouvernement américain, le Congrès, à des réactions. Nous-mêmes, nous avons évidemment, à chaque fois qu'il y a un nouvel incident dans le système financier, un comportement choquant, comme on en a connu plusieurs ces dernières semaines, on a la tentation de réagir en mettant en place des règles, et on va se retrouver dans quelque temps, avec un système de régulation, un système de règles, un système d'encadrement de nos systèmes financiers qui sont complètement incompatibles d'un pays à l'autre. Donc, il y a une vraie nécessité, une vraie urgence à se coordonner pour mettre en place des réponses communes. Est-ce qu'il faut une institution financière internationale nouvelle pour assurer la régulation ? Nous ne le pensons pas. D'ailleurs, la France ne l'a jamais proposé. Nous ne pensons pas que ce soit réaliste. Nous ne pensons pas qu'il faille, comment dirais-je, accroître la bureaucratie internationale. En revanche, nous pensons qu'il faut moderniser les institutions existantes. Le G20 pour une coopération plus étroite des pays développés, et le Fonds monétaire international auquel nous voulons donner un rôle accru en matière de supervision, d'alerte avancée, permettant d'éviter de se retrouver dans la situation de crise grave que nous rencontrons. Mais nous ne proposons pas une instance de régulation internationale. Voilà. Je vous remercie, mais j'ai encore un rendez-vous au Congrès et donc, je vais être obligé de me sauver.

Merci beaucoup.


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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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commentaires

Barbin A. 25/03/2009 18:12

Pourquoi mes commentaires ne sont-ils jamais publiés ? Pourtant ils ne sont pas insultants..../

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