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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 17:08

François Fillon, Premier ministre, remet les insignes de commandeur de la Légion d'honneur à Wladislaw Bartoszewski figure politique et morale polonaise (version vidéo et version écrite intégrale) à l'occasion de sa visite en Pologne, le jeudi 30 avril 09.

Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs,

Tout juste cinq ans après l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, je veux vous dire que j’éprouve une joie particulière à célébrer le lien si profond et si amical qui existe entre nos deux pays.
A l’issue de mes entretiens avec le Premier ministre et avec le Président de la République, j’ai constaté une nouvelle fois combien notre travail commun était, dans tous les domaines, à la fois si dense et si constructif.

La France et la Pologne ont une vision proche des enjeux européens. Elles partagent l’énergie de les faire aboutir ensemble.
Je voudrais adresser tous mes remerciements aux Français présents, qui servent cette amitié avec dynamisme, et qui ont voulu que l’hommage rendu par leur pays à l’une des figures les plus lumineuses de la Pologne contemporaine soit aussi le leur.

Votre parcours, Monsieur le Ministre, invite nos deux pays à s’engager sans hésitation dans l’aventure de la construction européenne.
Mieux, il fait de vous l’un des fondateurs de notre réalité européenne, c’est-à-dire d’un libre dialogue entre les nations et des peuples, sous le signe de la paix.

Toute votre vie, vous avez accompli des choix essentiels, des choix que l’admiration nous porte à qualifier aujourd’hui d’héroïques.
Vous avez su trancher entre la sécurité et le courage, entre la résignation et la résistance, entre l’acceptation de la dictature et la lutte pour le droit.
Résolu à ne pas rester spectateur de l’Histoire, vous avez, dans des circonstances dramatiques, dressé votre volonté contre les ombres du nazisme.
A 17 ans, vous participez comme brancardier à la défense de Varsovie assiégée.
Pris par une rafle l’année suivante, vous êtes conduit à Auschwitz, où vous figurez parmi les premiers détenus, sous le numéro 4427.
Libéré sur l’intervention de la Croix Rouge, en avril 1941, vous vous engagez aussitôt dans la résistance armée polonaise et auprès du Front pour la Renaissance de la Pologne, un mouvement d’action sociale catholique.

Vous faites en sorte que le parti de la lutte soit aussi le parti de l’esprit. A l’époque où les autorités allemandes démantèlent l’enseignement supérieur polonais, vous poursuivez vos études supérieures dans un département clandestin de l’Université de Varsovie.
Au cœur des persécutions atroces déclenchées contre les Juifs, alors même que leur venir en aide est passible de la mort, vous rejoignez la Zegota, un comité secret qui leur porte assistance.

Journaliste, animateur des réseaux d’information, agent du Gouvernement polonais en exil, vous organisez en avril 1943 le soutien aux insurgés du Ghetto de Varsovie.
L’année suivante, à 22 ans, vous participez à l’insurrection de la capitale.
A aucun moment, vous ne renoncez à lutter. Contre le totalitarisme nazi, pour qu’une autre histoire européenne s’écrive, vous jouez votre jeunesse avec une générosité absolue.
Vous faites partie, Monsieur le Ministre, de ces hommes qui, entre 1939 et 1945, ont sauvé l’honneur de l’Europe, en plaçant plus haut que tout l’humanité de ses citoyens.
Pour ces actes, vous recevrez en 1963 de l’État d’Israël le titre de « Juste parmi les Nations ».

La victoire, hélas, ne va pas mettre fin à vos sacrifices.
La guerre finie, l’influence soviétique étend sur la Pologne un nouveau manteau d’oppression.
Contre le gouvernement communiste qui la relaie , vous êtes alors de toutes les résistances - auprès des intellectuels, au sein du Parti paysan, dans les universités clandestines, dans les clubs de débats, puis, le moment venu, dès 1980, aux côtés du syndicat « Solidarité ».
Cet engagement vous vaut plusieurs séjours en prison. De 1946 à 1948, une fausse accusation d’espionnage interrompt vos études. En 1949, un nouveau procès, tout aussi falsifié, débouche sur cinq ans de détention. En 1981, vous êtes interné une dernière fois, pour avoir protesté contre l’application de la loi martiale.
Renvoi de l’université, interdiction de publier, privation de passeport, les pressions ont beau croître : jamais votre intelligence ne désarme, dans son effort constant pour dénoncer, texte après texte, article après article, les mensonges de l’appareil communiste.
En 1978, vous fondez pour les combattre une université clandestine, la Société des Cours Scientifiques. Faute de pouvoir déployer toute votre énergie en Pologne, vous reportez sur vos voyages une activité exceptionnelle de journaliste, d’enseignant et d’animateur des cercles intellectuels.

Le terrain privilégié de votre combat est celui de la mémoire historique.
Dès 1945, vous entamez un travail d’écriture et de réflexion sur l’extermination des juifs d’Europe. Vous êtes parmi les premiers à comprendre la nécessité du témoignage, pour faire entendre la voix des morts et pour conjurer la résurgence de la haine.

Aujourd’hui encore, en présidant le Conseil international d’Auschwitz, vous poursuivez cette œuvre de conviction, et je veux vous dire que mon pays vous est profondément reconnaissant.

La France apportera d’ailleurs un plein soutien au futur musée d’Histoire des juifs de Pologne, dont vous présidez le conseil de direction et qui rappellera la participation des juifs de Pologne, sur plus de neuf siècles, à la grande histoire européenne.

Mais si j’ai placé votre éloge sous le signe de la construction européenne, c’est aussi parce que la mémoire historique est inséparable, chez vous, d’un dialogue pacifié des nations.

Dans une Pologne muselée, surveillée, privée d’ouverture, vous avez très tôt la vision de notre Europe, celle où, sans rien oublier du passé, les peuples bâtissent ensemble un nouveau destin.

Au milieu des années 60, au moment même où en France, le général de Gaulle rassemble le couple franco-allemand, vous préparez la réconciliation germano-polonaise. Düsseldorf vous attribue le prestigieux prix Heinrich HEINE pour les droits de l’homme et l’entente entre les nations. A partir des années 1980, vous enseignez à Munich, à Ingolstadt, à Augsbourg.
De la même manière, vous êtes l’un des premiers à rouvrir, après la Shoah, le dialogue entre juifs et catholiques. A l’Université Catholique de Lublin, vous défendez avec beaucoup de courage une lecture lucide de l’histoire polonaise contemporaine. Et dans cette entreprise, votre chemin croise celui d’un autre visionnaire, Jean Paul II.

Pour donner toute leur résonance à vos convictions, vous vous engagez enfin dans l’action gouvernementale. Ambassadeur de Pologne à Vienne entre 1990 et 1995, vous êtes ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Olszewski, en 1995, puis dans le gouvernement Buzek, en 2000.
Vous êtes ainsi le prédécesseur et le successeur de Bronislaw GEREMEK, dont je veux rappeler ici la mémoire exemplaire. Partageant les mêmes espoirs et la même détermination, vous avez tous deux ouvert à la Pologne les portes de l’Alliance atlantique, puis de l’Union européenne. Vous avez, en somme, ramené la Pologne chez elle.
Depuis 2007, au service d’un idéal démocratique inchangé, vous êtes secrétaire d’État et plénipotentiaire pour les Affaires internationales auprès du Président du Conseil polonais, Monsieur Donald TUSK.
 
Monsieur le Ministre,
Ce parcours fait de vous un Européen d’exception, couronné en 2002 par la médaille Schuman.
Mais il fait aussi de vous un Français d’honneur.
Peu d’hommes ont, dans ce siècle, défendu aussi bien que vous la devise de la République française : liberté, égalité, fraternité. Peu d’hommes ont porté aussi haut que vous l’humanisme et le dévouement. Dans votre attitude et dans vos choix, éclate une fidélité intransigeante aux valeurs de mon pays.

Nous commémorons cette année plusieurs grands moments de votre histoire :
le 70e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale,
le 65e anniversaire de l’insurrection de Varsovie,
le 20e anniversaire des premières élections libres en Pologne et de la chute du communisme en Europe centrale.

En vous décorant cette année, je veux exalter l’Europe que vous avez érigée sur ces épreuves ; l’Europe des droits de l’homme, l'Europe des libertés, l'Europe de la tolérance.

Monsieur le Ministre,
Pour triompher du nazisme et du communisme, il fallait des héros.
Aujourd’hui, pour défendre la liberté en Europe, il faut de vrais citoyens.
Notre responsabilité historique est de prolonger votre œuvre, en renforçant les structures de la démocratie européenne, pour affronter ensemble les défis de l’époque.

Face à la crise économique actuelle, certains prennent l’Europe pour un bouc émissaire. Certains agitent des divisions qui n’existent pas, certains agitent des querelles qui sont sans objet.

Ici, à Varsovie, avec vous, je veux réaffirmer les choix franco-polonais de la solidarité et de la coopération.
Ensemble, nous devons construire une Europe de la connaissance, une Europe de la recherche, une Europe de l’innovation, une Europe de l’industrie. Ensemble, nous devons rebâtir notre système financier. Et pour y parvenir, nous devons faire du triangle de Weimar une force de proposition écoutée.
Je sais, Monsieur le Ministre que cette conviction déjà ancienne guide toujours vos fonctions actuelles.
C’est pourquoi l’Europe ne cesse de compter sur vous, comme elle a pu compter, il y a longtemps déjà, sur le courage et sur l’humanisme d’un adolescent de 17 ans.


Wladislaw BARTOSZEWSKI,
C’est avec beaucoup de respect et beaucoup de reconnaissance que je vais maintenant avoir l'honneur de vous faire commandeur dans l'ordre de la Légion d'honneur.
Wladislaw BARTOSZEWSKI, au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons commandeur de la Légion d'honneur.

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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