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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 10:51

François Fillon fait le point avec la presse de sa visite au Nigéria les 22 et 23 mai 09 (version vidéo)

François Fillon s'exprime devant la commission de la CEDEAO à l'occasion de sa visite au Nigéria, le 22 mai 09 (version vidéo)

François Fillon visite le port et le chantier naval d'Onné au Nigéria (version vidéo) le 23 mai 09



intervention de François FILLON, Premier Ministre, au siège de la CEDEAO à l'occasion de sa visite au Nigeria, le 22 mai 2009 (version écrite intégrale)

Le Nigeria et la France à l’heure de la mondialisation

Monsieur le président de la Commission exécutive de la CEDEAO,
Monsieur le ministre des Affaires étrangères du Nigeria,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs

C’est, comme vous l’avez rappelé, Monsieur le ministre, à l’instant, mon premier voyage en Afrique en tant que Premier ministre, et je veux vous dire combien je suis heureux qu’il m’ait conduit au Nigeria, parce que ce pays a un rôle déterminant pour l’avenir du continent africain tout entier. Et si vous me le permettez, Monsieur le ministre des Affaires étrangères, le titre de mon livre c’était « La France peut supporter la vérité » – c’était d’ailleurs une phrase qui n’était pas de moi, mais que j’avais empruntée à Pierre MENDES-FRANCE, un grand homme politique français –, et donc, c’est à vous d’écrire celui qui permettra d’affirmer que le Nigeria, ou que l’Afrique, peut supporter la vérité. C’est un très grand honneur pour moi de pouvoir m’exprimer au siège de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, qui est aujourd'hui présidée par le Nigeria, dont je veux saluer le président de la Commission, le docteur CHAMBAS.

Le Nigeria aspire à devenir, dans les 20 prochaines années, la 20e puissance mondiale. Et je le dis sans détours, la France estime que cette ambition est légitime, et qu’elle est justifiée. Les atouts du Nigeria sont immenses ; mais c’est vrai que les défis qu’il doit surmonter le sont également. Avec un peuple nombreux, avec des ressources naturelles en quantités enviables, et surtout, avec une volonté, avec un talent, avec une fierté nationale solide, le Nigeria a en main toutes les clés d’un avenir prometteur. La France croit dans le Nigeria, comme d’ailleurs la France croit dans l’Afrique, comme la France a toujours cru dans l’Afrique. Au fil des décennies, nous avons noué avec le continent africain une relation que nous considérons comme inestimable, parce qu’elle est faite d’amitié, elle est faite de respect, et elle est faite de confiance. Eh bien, cette relation, elle ne cesse de s’enrichir, et je veux dire qu’aujourd'hui elle gagne en maturité.

Je suis venu ici au Nigeria pour contribuer à étendre cette confiance entre nos deux pays. J’ai rencontré, il y a quelques instants, votre Vice-président, Monsieur JONATHAN, et votre Président, Monsieur YAR’ADUA ; je veux dire que j’ai trouvé en eux des dirigeants tournés vers l’avenir, des dirigeants qui sont soucieux de construire avec la France une relation qui soit mutuellement enrichissante. J’aurai l’occasion, demain, de me rendre à Port Harcourt, où je veux manifester la présence de la France aux côtés de ses amis Nigérians.

Nous, Français, nous avons confiance dans la capacité du Nigeria à relever les immenses défis qui se posent à lui. Nous avons confiance dans sa capacité à jouer un rôle positif pour la région, et un rôle moteur pour l’Afrique. Nous avons confiance dans le Nigeria pour participer à une meilleure régulation de la mondialisation. Et d’ailleurs, dans la plupart des enceintes internationales, chacun pourra constater que la France et le Nigeria sont le plus souvent d’accord : d’accord sur le développement, sur la démocratie, sur la lutte contre la corruption et les trafics ; d’accord sur la réforme nécessaire de l’Organisation des Nations Unies ; d’accord sur les décisions à prendre pour lutter contre les risques du changement climatique, pour assurer la sécurité alimentaire, pour défendre la diversité culturelle, qui est si importante pour nous. Eh bien, sur tous ces sujets, nous avons montré – et le voyage du Président YAR’ADUA à Paris l’a confirmé de façon éclatante – que nous étions sur la même longueur d’onde. D’ailleurs, à l’occasion de cette visite à Paris de votre Président, nos deux Présidents sont convenus d’un partenariat stratégique entre la France et le Nigeria, qui va nous servir de cadre pour approfondir notre approche commune de toutes les grandes questions que je viens d’énumérer devant vous.

C’est vrai qu’il y a eu parfois des relations plus difficiles entre la France et le Nigeria, mais depuis quelques années, nos deux pays ont appris à se connaître. Les échanges se sont développés de façon spectaculaire. Le Nigeria est aujourd'hui le premier partenaire économique de la France dans l’Afrique subsaharienne. Plus de 120 entreprises françaises sont présentes ici au Nigeria, dans des secteurs clés comme les infrastructures, comme l’électricité, comme les services ; et nombre de ces entreprises sont des leaders mondiaux – je pense en particulier au groupe TOTAL.  La France est ensuite le second investisseur direct au Nigeria. Et le site d’AKPO, où j’irai demain, illustre bien la qualité de ces partenariats.

Nos deux pays ont ensuite une coopération très fructueuse en matière de promotion de la démocratie et de lutte contre la corruption. Nous avons d’ailleurs à l’instant signé un accord d’entraide judiciaire en matière pénale, parce que nous voulons intensifier notre coopération contre le crime organisé, contre les trafics humains, contre les trafics d’armes ou de drogue. La France considère donc le Nigeria comme un partenaire majeur ; pas seulement un partenaire majeur sur le plan économique, mais aussi un partenaire majeur sur le plan politique. Et nous voulons faire de notre relation avec le Nigeria un exemple, et une référence en Afrique. Pour nous, votre pays est aux avant-postes de ce que j’appellerais cette Afrique nouvelle : cette Afrique nouvelle qui est destinée à prendre toute sa place dans la mondialisation ; cette Afrique qui connaît maintenant, depuis plus d’une décennie, une croissance soutenue, où une décennie d’efforts a assaini les économies, a allégé l’endettement, et a renforcé la compétitivité des entreprises ; cette Afrique où des conflits gravissimes, qui duraient souvent depuis des années et des années, ont été enfin réglés, et où, malgré la persistance de crises très sérieuses, les guerres civiles semblent s’éloigner ; cette Afrique où la gouvernance a fait des progrès notables, où la technologie se diffuse, à l’image de la téléphonie mobile qui a connu un essor exceptionnel, qu’aucun expert n’avait été capable de prévoir ; cette Afrique où sont menés des projets d’infrastructures très ambitieux – je pense au West African Pipeline, ou au projet de la CEDEAO d’intégration du marché électrique régional.

Nous avons confiance dans l’avenir de l’Afrique, même si nous savons, bien sûr, qu’il reste des défis immenses à relever. Mais je crois que personne ne peut contester que l’Afrique est aujourd'hui plus forte qu’il y a dix ans. Et dans la crise économique que le monde traverse, et qui ne doit rien, en termes de responsabilité, à l’Afrique, je suis convaincu que l’Afrique a des atouts considérables à faire valoir. Dans les décennies qui viennent, le rôle de l’Afrique dans le monde va mécaniquement progresser, pas seulement parce que son économie se renforce, mais aussi parce que le poids de sa population dans la population mondiale, est en train d’augmenter de façon spectaculaire ; et d’ailleurs, ces deux phénomènes sont intimement liés, le second étant un facteur déterminant du premier. La population africaine va doubler d’ici une génération. Ça signifie qu’en 2050, la population de l’Afrique représentera un cinquième de l’humanité, contre à peine 14 % aujourd'hui. Pour la première fois, la croissance démographique africaine n’apparaît plus comme un handicap, mais au contraire comme un atout pour le continent africain. Pour le Nigeria, qui compte près de 150 millions d’habitants, Monsieur le ministre, cette évolution est évidemment un fait historique capital.

L’Afrique va donc s’affirmer comme un acteur à part entière de la mondialisation. Les nations qui la composent vont bénéficier des bienfaits de l’ouverture internationale : les économies d’échelle, le dialogue des cultures, la circulation des idées et de l’innovation, la spécialisation, la complémentarité. Mais en même temps, il faut le reconnaître, les nations qui composent l’Afrique seront aussi plus exposées aux soubresauts du monde, et il est donc nécessaire que l’Afrique participe davantage à la régulation de ce monde, dont chacun voit bien qu’il est un peu prometteur, et aussi, en même temps, beaucoup instable.

La crise économique actuelle, qui est la conséquence d’excès, d’excès qui ont été mal perçus, qui ont été mal anticipés, qui ont été mal régulés, cette crise économique, elle n’est pas née en Afrique. Mais en même temps, chacun voit bien que l’Afrique, comme le reste du monde, va en subir les conséquences : la baisse des matières premières, qui est la suite du ralentissement économique causé par la crise financière ; la baisse des exportations ; la baisse des flux de capitaux. On voit déjà, sur certaines places boursières africaines, les troubles que cette crise est en train d’occasionner. Tous ces phénomènes, malheureusement, auront un impact direct sur la vie des habitants de l’Afrique.

Alors c’est vrai que le continent africain résiste relativement bien ; il résiste bien parce qu’il est moins exposé aux dérives du système financier mondial, que les Etats-Unis ou l’Europe. Mais en même temps, nous avons une responsabilité collective : celle de tout faire pour que la crise ne compromette pas les efforts qui ont été accomplis ces dernières années, et qui ont donné des résultats, en matière de croissance et en matière de lutte contre la pauvreté.

L’autre défi mondial que l’Afrique doit, avec nous, relever, c’est celui du changement climatique. L’Union européenne a pris des décisions spectaculaires, difficiles, courageuses, à l’occasion de la présidence française de l’Union, à la fin de l’année 2008. Ces décisions, je veux vous en convaincre, n’étaient pas si faciles à accepter, car tous les pays européens n’ont pas le même niveau de développement, tous les pays européens n’ont pas la même structure en termes de production d’énergie ; et il a fallu beaucoup de persuasion, beaucoup d’efforts, beaucoup de conviction, pour que les 27 pays de l’Union européenne adoptent l’engagement de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Mais une des raisons qui nous a poussés à prendre cette décision courageuse, malgré les risques qu’elle représentait, c’est notre volonté de faire en sorte que le sommet de Copenhague, qui va se tenir à la fin de l’année, et qui doit voir l’ensemble des nations qui composent le monde prendre leurs responsabilités vis-à-vis du réchauffement climatique, que ce sommet de Copenhague soit, au fond, encouragé, tiré vers le haut, par l’accord de l’Union européenne.

Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit en aucun cas d’accabler les industries de contraintes supplémentaires dans la crise ; mais il s’agit de tirer les conséquences de cette crise économique, pour transformer nos modes de production, et pour faire du développement durable un atout pour la croissance et l’emploi. Au fond, la question du réchauffement climatique, si elle est prise dans les délais et correctement, par l’ensemble des pays qui composent la communauté internationale, peut être une chance pour redonner un moteur à la croissance mondiale. Et dans cet esprit, le rôle des pays émergents, et celui du Nigeria en particulier, sera absolument primordial. Je pense naturellement à l’autorité morale qui sera celle du Nigeria dans cette négociation ; je pense aussi à des problèmes pratiques, comme la question du torchage des gaz issus de l’activité pétrolière, dont chacun sait qu’il provoque une pollution atmosphérique, dont nous devons trouver ensemble les moyens d’y mettre fin.

Cette crise économique mondiale, elle vient s’ajouter à tous les autres défis auxquels l’Afrique est confrontée : défi, la recherche de la paix et de la sécurité ; défi, la lutte contre la pauvreté et les pandémies ; défi, le terrorisme, notamment dans le Sahel ; défi, l’insécurité maritime, et la multiplication des actes de brigandage et de piraterie dans le Golfe de Guinée, et les attaques contre les installations pétrolières ; défi, les trafics d’arme, de main-d’œuvre, de drogue. Tous ces défis appellent une beaucoup plus grande coopération mondiale, et une plus grande implication de l’Afrique.

C’est d’ailleurs, Mesdames et Messieurs, un des principaux messages du sommet du G20 de Londres. Nous avons – et la France s’est particulièrement mobilisée pour cet objectif –, avec l’Union européenne, obtenu que 1.100 milliards de dollars supplémentaires soient mobilisés pour les pays mis en difficultés par la crise économique et financière. Nous nous sommes battus pour que la gouvernance mondiale soit rééquilibrée, au profit des pays émergents et des pays les plus pauvres. En effet, il est absurde que la gouvernance mondiale soit toujours basée sur des équilibres qui datent de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique s’est transformée, le rideau de fer est tombé, l’empire soviétique a disparu, la Chine a émergé, l’Inde est en passe de devenir une des plus grandes puissances du monde ; comment ne pas voir tous ces changements, et comment ne pas les traduire dans une nouvelle organisation de la gouvernance mondiale ?

Les ressources du Fonds monétaire international seront triplées ; ses prêts concessionnels aux pays à faibles revenus seront doublés. Les banques multilatérales de développement vont engager 100 milliards de dollars supplémentaires, pour des projets dans les pays en développement. Enfin, une initiative massive, de plusieurs centaines de millions de dollars, va être lancée pour soutenir le financement du commerce international, qui a été fragilisé par la raréfaction du crédit. Voilà toutes les décisions qui ont été prises à l’occasion de ce G20 de Londres, qui restera dans l’histoire, mais dont il faut maintenant mettre en œuvre concrètement les conclusions.

La France a déjà annoncé, pour sa part, qu’elle contribuerait au renforcement des moyens du FMI à hauteur de près de 12 milliards d’euros. Nous allons cofinancer, à hauteur de 1,2 milliards d’euros, le Fonds contre les vulnérabilités, que la Banque mondiale va mettre en place, et en particulier sur des projets d’infrastructures. Enfin, la France contribuera pour 160 millions d’euros au dispositif international de soutien au financement du commerce.

Je voudrais faire remarquer, Mesdames et Messieurs, que ces efforts qui sont réalisés, qui vont être réalisés par l’ensemble des pays du G20, se situent dans un contexte budgétaire qui est évidemment extrêmement difficile ; il est difficile pour tout le monde, avec un risque que les tensions qui pèsent sur les budgets des pays les plus développés, conduisent à une baisse de l’aide au développement. Eh bien, je veux vous dire que la France est absolument déterminée à veiller, avec les pays de l’OCDE, à ce que l’Afrique ne soit en rien pénalisée du fait de ces difficultés budgétaires. Et nous avons décidé, en ce qui nous concerne – et nous invitons nos partenaires à faire la même chose –, de maintenir le niveau de notre aide au développement, malgré les difficultés économiques et financières que nous rencontrons.

Dans ce contexte, le Nigeria qui est un géant de l’Afrique, a un rôle absolument capital à jouer. Le Nigeria doit être présent dans les enceintes internationales, pour traiter les questions que je viens d’évoquer ; le Nigeria a une voix utile à faire entendre. Et d’une façon générale, je veux dire que nous pensons que la place de l’Afrique dans ces enceintes internationales, n’est pas suffisante. Nous demandons ainsi que l’Afrique soit représentée parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies.

Nous disons que la réforme de ce Conseil est absolument essentielle : il doit être plus représentatif, il doit être plus légitime, il doit être plus efficace. Alors les négociations sont lancées ; elles sont malheureusement lancées depuis longtemps, et vous savez bien qu’il existe de forts risques de blocage, comme ça a déjà été le cas en 2005. Nous pensons que la meilleure voie pour ne pas échouer à nouveau sur un blocage, comme ça a été le cas dans le passé, c’est une réforme intérimaire, qui permettrait d’aller progressivement vers l’objectif que nous nous sommes fixé ; et c’est cette réforme intérimaire que le Premier ministre britannique, Gordon BROWN, et le Président de la République française, Nicolas SARKOZY, ont proposée. Il faut maintenant, si on veut enclencher le processus qui conduira à la mise en œuvre de cette réforme, que les pays africains se mettent d’accord sur leurs candidats aux différentes instances internationales.

Parallèlement, nous souhaitons que le G8 se transforme en G14, et qu’il y ait au sein de ce G14 au moins un représentant du continent africain. De la même façon nous voulons que dans le cadre du G20, on donne une place beaucoup plus importante à l’Afrique. Enfin, nous avons plaidé pour une meilleure représentation de l’Afrique au conseil d’administration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

Là encore, il faut que les pays africains se mettent d’accord sur la désignation de leurs représentants, pour occuper la troisième chaise donnée à l’Afrique à la Banque mondiale. Parmi tous les domaines où la coopération et la régulation doivent absolument se renforcer, il en est un qui concerne tout particulièrement le Nigeria : je veux parler évidemment du pétrole. Les variations des prix du baril que nous avons connues en 2008, ont atteint des proportions extraordinaires, exagérées, déraisonnables. Et ces phénomènes, vous le savez bien, ont un impact extrêmement nocif sur l’économie mondiale, pour les consommateurs, naturellement, mais aussi pour les pays producteurs : quand le niveau du baril est trop élevé, il y a un effet de ralentissement sur l’ensemble de l’économie, qui, d’une certaine façon, plombe la croissance de tous les pays. En même temps, il est tout à fait inacceptable d’avoir des prix du pétrole qui soient trop bas, qui ne correspondent pas aux besoins de développement des pays producteurs, et qui n’assurent pas la croissance de ces pays. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il faut imaginer des mécanismes de régulation pour empêcher, ou en tout cas pour limiter, ces excès dans les variations du prix du baril de pétrole.

Il faut envisager un système de discussions entre les pays producteurs et les pays consommateurs, pour parvenir à un prix raisonnable, à un prix qui soit acceptable par tous, et qui puisse être fixé sur une certaine durée. Je crois que c’est dans l’intérêt de tous les pays. C’est une proposition qui a été faite notamment par le Premier ministre britannique, Gordon BROWN, que la France soutient, et qui nous parait aller dans le sens d’une économie mieux organisée, qui permettrait en particulier aux pays producteurs de planifier leur effort de développement, en comptant sur des prix rémunérateurs du baril de pétrole.

C’est d’ailleurs un enjeu dont on peut considérer qu’il dépasse la seule question des hydrocarbures, et qui pourrait faire l’objet de réflexion pour toutes les matières premières. Là encore, je pense que la voix du Nigeria serait très utile pour concevoir ces nouvelles régulations ; je veux même dire, de toute façon, qu’il est inimaginable que ces régulations puissent avoir une chance d’être réalisées sans vous, sans votre accord, sans votre participation.

Mesdames et Messieurs, si l’Afrique veut étendre son influence dans la mondialisation, alors il faut impérativement qu’elle accélère son intégration régionale. Ça passe évidemment par le renforcement de l’Union africaine et des organisations régionales, et en particulier de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Vous savez que la France et l’Europe sont totalement prêtes à participer à ce renforcement ; c’est d’ailleurs l’esprit de la signature du cadre de partenariat qui a été signé entre l’Europe et l’Afrique, à Lisbonne, en décembre 2007.

Au fond, nous-mêmes, les Européens, nous n’avons aucune leçon à donner en matière de conflits, puisque pendant des siècles et des siècles, nous nous sommes affrontés, et de la façon la plus violente, la plus brutale, et parfois la plus inhumaine qui soit. Mais nous avons fini par comprendre, après la Seconde Guerre mondiale, que la seule façon d’établir la paix entre les nations européennes, c’était d’organiser la coopération économique entre nous, et d’organiser progressivement l’intégration des économies européennes. Eh bien, cette expérience – qui, naturellement, n’est pas totalement transposable aux autres régions du monde –, je pense que c’est une expérience dont vous pouvez vous inspirer. Et puis comme nous avons 50 ans d’expérience derrière nous, vous pouvez regarder toutes les erreurs que nous avons faites, pour naturellement ne pas les reproduire.

En tout cas, l’aspiration à la paix, à la justice, et à la prospérité, est une aspiration universelle. C’est vrai qu’il y a des cultures différentes, mais je pense que personne ne peut nier que cette aspiration universelle, à la paix, à la justice, et à la prospérité, elle existe partout ! Elle existe partout dans le monde ! Elle existe, quelles que soient les histoires et les cultures des nations. C’est la raison pour laquelle nous pensons que le processus de coopération et d’intégration régionale en Afrique, est si porteur d’espoir : parce qu’il permet le dialogue des cultures, et parce que c’est ce dialogue des cultures qui permettra de déboucher sur la construction de la paix.

Voilà pourquoi nous pensons que le rôle déjà joué par votre organisation, Monsieur le Président, a vocation à se renforcer. Et je voudrais profiter de l’honneur qui m’est fait pour rendre un hommage tout particulier aux pères fondateurs, et notamment aux pères fondateurs nigérians, qui ont contribué à cette grande et belle œuvre collective et novatrice.

Les obstacles à ce processus d’intégration sont nombreux ; ils sont parfois de nature identique à ceux que nous avons connus en Europe, et même à ceux que nous connaissons encore. La région ouest-africaine demeure fragile. Au niveau économique, la fragmentation de l’espace, le manque d’infrastructures de développement, et le tissu industriel encore trop faible, constituent des handicaps certains. La recherche d’une meilleure convergence avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine, s’avère également indispensable pour progresser sur la voie de cette intégration régionale.

Il y a des négociations en cours entre l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne, pour un accord de partenariat économique. Je constate que ces négociations progressent, et je m’en félicite. Notre espoir, c’est que l’Afrique de l’Ouest, avec le Nigeria, soit dès le mois de juin 2009 la première région d’Afrique à signer un accord de partenariat économique définitif avec l’Union européenne.

L’intégration régionale en Afrique vous rendra plus forts ; elle vous rendra plus forts pour faire face aux nouvelles menaces communes – je pense aux trafics d’armes, je pense aux trafics de drogue, à l’insécurité maritime, au terrorisme dans le Sahel, aux atteintes aux droits de l’homme, ou aux crises alimentaires. Elle améliorera vos capacités d’analyse et de réaction, avec par exemple l’excellente initiative de la Brigade Ouest de la Force africaine en attente. La nature de certains de ces enjeux, je pense en particulier à l’insécurité dans le Golfe de Guinée, impose de développer des synergies avec les organisations régionales voisines.
Nous sommes, Mesdames et Messieurs, face à tous ces défis, la France est aux côtés de l’Afrique, nous sommes son meilleur partenaire, parce que nous lui sommes liés profondément, nous lui sommes liés de façon durable, et parce que nous lui sommes fidèles. Comme je l’ai déjà dit, l’Afrique subsaharienne est et restera au cœur de notre politique de développement. Nous y consacrons aujourd'hui plus de 60 % du total de notre effort budgétaire. Nous allons doubler les crédits de l’Agence française de développement, s’agissant de ces engagements financiers en Afrique subsaharienne, qui vont passer de 5 à 10 milliards d’euros. Nous allons réorienter notre politique de développement vers le soutien au secteur privé africain. Nous voulons aussi aider l’Afrique à faire face à la baisse de crédits à laquelle elle est confrontée. C’est la raison pour laquelle nous allons mettre l’accent sur la mise à disposition d’outils financiers pour les entreprises africaines. Le Président de la République française a annoncé que nous voulions soutenir jusqu’à 2.000 entreprises, principalement des petites et moyennes, avec à terme la création de plus de 300.000 emplois. C’est naturellement un effort qui bénéficiera au Nigeria, où l’Agence française de développement est implantée.

Mesdames et Messieurs, cette relation ancienne qui unit la France à l’Afrique, elle est en train d’évoluer de façon très profonde ; nous voulons désormais qu’elle soit plus franche, qu’elle soit plus transparente. En un mot, nous voulons qu’il s’agisse d’un véritable partenariat entre la France et l’Afrique. Nous avons décidé de multilatéraliser notre politique africaine : c’est-à-dire que nous voulons y mettre, d’un côté, plus d’Europe, et de l’autre côté, plus d’intégration régionale africaine.

En matière de défense, nous avons décidé de proposer aux pays africains de les appuyer dans leurs gestions de crises. Il faut que l’Afrique devienne autonome en termes de défense. J’ai signé, hier, à Yaoundé, un nouvel accord de défense avec le Cameroun ; c’est un accord qui est public, c’est un accord qui sera soumis au vote du Parlement français. Et j’ai indiqué, à cette occasion, que la France n’avait pas vocation, comme les autres pays développés, à maintenir éternellement des forces en Afrique. Il faut, tous ensemble, que nous souhaitions que le jour où ces forces pourront être rapatriées dans nos pays respectifs, vienne le plus vite possible ; parce que ce jour-là signifiera que l’ensemble des pays africains, dans le cadre de l’organisation régionale, de leurs organisations régionales, auront pris directement en charge ces missions. Dans le cadre de l’évolution de ces accords de défense, nous souhaitons mettre l’accent, parce que c’est un nouveau défi, sur l’action de l’Etat en mer. Nous voulons mener des partenariats positifs avec tous les pays du Golfe de Guinée, avec la Commission du Golfe de Guinée – qui bénéficie, d’ailleurs, de l’implication très active du Nigeria –, et avec les autres organisations régionales. Nous avons signé, dans cet esprit, un mémorandum d’entente avec le Nigeria, il y a quelques instants.

Autre exemple de cette nouvelle relation : nous voulons soutenir davantage la jeunesse africaine. Et c’est dans cet esprit que nous avons décidé de moderniser notre politique migratoire, pour qu’elle soit un atout, pour la France comme pour l’Afrique. Et nous avons indiqué au Président du Nigeria, aujourd'hui même, que nous souhaitons conclure un accord avec le Nigeria dans ce domaine.

Nous souhaitons, enfin, faciliter les liens du Nigeria avec les pays francophones de la région –ça ne vous étonne pas que j’évoque cette question. Et comme le souhaite le gouvernement nigérian, nous allons intensifier notre effort en faveur de l’apprentissage de la langue française. Il y a déjà près de 15.000 Nigérians qui apprennent le français, dans le réseau culturel français ; nous allons développer cette dynamique.
Mesdames et Messieurs, pour la France, le Nigeria est un partenaire majeur pour œuvrer à l’avenir de l’Afrique. Et à cet égard, je veux saluer une nouvelle fois l’engagement du Nigeria au service de la paix et de la stabilité. Avec près de 6.000 hommes déployés notamment au Darfour, le Nigeria est aujourd'hui l’un des plus grands contributeurs aux opérations de maintien de la paix. Votre pays, Monsieur le ministre, joue un rôle essentiel dans la prévention des crises, dans la médiation en Afrique de l’Ouest. Il a d’ailleurs montré l’exemple, de façon spectaculaire, en réglant ses problèmes frontaliers avec ses voisins ; je veux en particulier évoquer la négociation sur la presqu’île de Bakassi, où le Nigeria a offert à l’Afrique un exemple : un exemple de respect de l’Etat de droit, un exemple de recherche de médiation, qui a abouti à un accord.

Enfin, Mesdames et Messieurs, je voudrais vous dire combien j’ai été heureux et honoré, de pouvoir m’exprimer ce soir devant vous, et de pouvoir simplement vous livrer quelques réflexions que m’inspire la relation entre la France et le Nigeria, et surtout, que m’inspire l’évolution de l’Afrique, dont le Nigeria est un exemple. Je suis venu au nom de mon pays, témoigner aux dirigeants du Nigeria, et à tous ses habitants, notre admiration, notre amitié, et notre espoir de voir les relations entre nos deux pays se développer encore. Je pense qu’ensemble nous pouvons contribuer à une Afrique meilleure, et donc à un monde meilleur. Vive l’Afrique ! Vive le Nigeria ! Vive la France !

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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