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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 13:24

 

François Fillon prononce un discours à l'Université de la Sorbonne d'Abou Dabi aux Emirats arabes unis le 13 février 2011.

 

Altesse, Excellences, Madame la Ministre,

Monsieur le Président de l’Université Paris Sorbonne Abou Dhabi,

Monsieur le Directeur exécutif,

Mesdames et Messieurs les professeurs,

Chers étudiants,



C’est pour moi un très grand honneur que d’avoir la possibilité d’inaugurer ce matin les nouveaux locaux de la Sorbonne Abou Dhabi, au cours d’une visite que je me permets de qualifier d’exceptionnelle, puisque c’est en effet la première fois qu’un Premier ministre français se rend aux Emirats en visite officielle. Et pourtant notre amitié, l’amitié entre la France et les Emirats Arabes Unis remonte aux premières années de l’indépendance de votre pays. Elle s’est nouée d’une manière remarquable, alors même que la France ne bénéficiait pas d’une influence historique dans cette région. Le fondateur des Emirats, Cheikh ZAYED puis son successeur Cheikh KHALIFA ont tissé avec les différents Présidents de la République française des liens de confiance et de coopération très étroits, qui se sont encore intensifiés depuis l’élection de Nicolas SARKOZY.

Cette coopération, la France y est d’autant plus attachée qu’elle partage les valeurs que les Emirats portent dans la région et sur la scène internationale : la paix, la tolérance, l’ouverture au monde, la promotion des arts, des savoirs et de la diversité culturelle. Soucieux de préserver le fil de leurs histoires et de leurs civilisations, nos deux pays ont aussi en commun l’ambition de contribuer à bâtir le monde de demain sur les bases du progrès et de la modernité. L’avenir s’invente en partie ici, dans votre pays qui se projette avec audace et avec méthode dans le 21ème siècle.

Les Emirats Arabes Unis s’efforcent de concilier harmonieusement le développement économique et le développement durable, l’ouverture au monde et la préservation des traditions. Le grand district culturel de l’île de Saadiyat s’annonce comme un outil de rayonnement exceptionnel, auquel la France se réjouit et s’honore d’être associée à travers Le Louvre Abou Dabi.

Les Emirats jouent également un rôle de premier plan dans la lutte contre les menaces climatiques, avec l’organisation du Sommet mondial des Energies du futur, le projet de ville écologique de Masdar, l’installation à Abou Dabi du siège de l’Agence internationale des énergies renouvelables et la part active prise par votre pays dans le Sommet de Cancun.

 

A de nombreuses reprises, nous avons pu constater que les Emirats s’impliquent dans les grandes crises internationales, avec la volonté de faire entendre la voix du dialogue et de la raison. La France, qui préside le G20, a choisi d’associer pleinement les Emirats à ces travaux. Face aux grands enjeux internationaux, je veux dire que votre pays donne au monde une image de dynamisme et de responsabilité qui inspire le respect. Dynamisme et responsabilité, c’est dans ce même esprit que nous agissons pour que la France soit, aujourd’hui comme hier, un pays qui compte, un pays confiant dans son avenir, un pays qui se saisit de toutes les énergies pour être au premier rang dans la compétition internationale.

En 2007, l’une de nos premières réformes majeures a été celle de nos universités, conduite par Valérie PECRESSE qui m’accompagne aujourd’hui. Les universités françaises disposent désormais d’une réelle autonomie pour leur permettre de tenir leur rang dans le paysage universitaire mondial. Cette réforme commence à porter ses fruits, au fil des ans ses bénéfices pour les débouchés professionnels des étudiants, pour la revalorisation des carrières des enseignants, pour le soutien des entreprises à l’innovation ne vont cesser d’en prouver la pertinence et l’ampleur. Les projets de partenariat qui se multiplient avec les Emirats, outre la Sorbonne, l’INSEAD ou le lycée Louis-le-Grand attestent et confortent ce regain de dynamisme.

La France est par tradition un grand pays d’éducation et d’excellence académique. Elle entend se tenir toujours au côté des nations amies qui, comme les Emirats, croient en la puissance de l’éducation et de la culture au service d’un développement équilibré. Elle s’honore de la confiance que lui ont témoignée les Emirats, en lui permettant d’implanter ici l’université Paris Sorbonne Abou Dabi. C’est une marque d’amitié, c’est aussi un geste d’audace, un signe d’ouverture très fort en direction de notre culture. Les autorités émiriennes ont fait le choix d’un enseignement en français, et j’ajouterai à la manière française, c’est-à-dire reposant sur l’apprentissage de l’esprit critique, de la liberté de pensée et de la rigueur intellectuelle. Et tout cela dans une université mixte et laïque.

La Sorbonne du 13ème siècle avait révolutionné l’enseignement dans quelques modestes maisons austères,  autour d’un petit jardin du Quartier Latin. C’est aujourd’hui dans des conditions matérielles exceptionnelles que la Sorbonne Abou Dabi va pouvoir devenir l’une des universités d’élite du Proche et du Moyen-Orient. Je veux dire aux étudiants qu’ils ont une chance exceptionnelle d’étudier ici ; et je veux saluer les jeunes Français qui sont présents aujourd’hui et les féliciter du choix qu’ils ont fait d’enrichir leur parcours personnel en venant aux Emirats. Vous démontrez l’attractivité internationale qu’exerce déjà cette institution, dont le rayonnement ne va cesser de croître . Vous soutenez par votre enthousiasme un projet ambitieux qui porte des valeurs fondamentales ; vous allez aussi bénéficier d’enseignements qui seront de plus en plus variés. Il est en effet essentiel que Paris Sorbonne Abou Dabi couvre l’ensemble des champs du savoir. Elle offre aujourd’hui des cursus de sciences humaines, de droit et d’économie, elle doit demain s’ouvrir aux sciences exactes et je me félicite que le président MOLINIE ait commencé à travailler dans cette direction.

Aux professeurs, je veux dire qu’ils ont ici un rôle d’ambassadeur de notre excellence académique. Grâce à vous, la Sorbonne Abou Dabi doit devenir un pôle de rayonnement francophone et scientifique. Un pôle de rayonnement francophone car les Emirats sont désormais membres observateurs de l’Organisation internationale de la francophonie. Ils sont le premier pays du Golfe à rejoindre cette organisation, et la présence de la Sorbonne à Abou Dabi n’y est évidemment pas pour rien. L’Agence universitaire de la francophonie a vocation à accueillir très vite en son sein cette université qui est la première université francophone du Golfe. Un pôle de rayonnement scientifique ensuite car les forces d’une université tiennent à la recherche qui s’y accomplit, mais aussi à la manière dont – au-delà des cercles spécialisés – elle influence les idées et les œuvres d’une époque. Pour l’histoire des peuples, des idées et des sciences, la région où nous nous trouvons est aussi bien un thème d’étude qu’une source d’inspiration des plus profondes. Quel plus beau terrain de recherche que ce Moyen-Orient, creuset des civilisations pour les historiens, lieu de naissance du premier Code pour les juristes, berceau de l’algèbre pour les mathématiciens.

Il y a maintenant 5 ans presque jour pour jour que l’accord fondateur de la Sorbonne Abou Dabi a été signé, je m’étonne encore que certains en France aient voulu dénoncer la compromission du savoir dans une démarche mercantile. L’enjeu n’était vraiment pas là. Et j’espère qu’il y aura autant de retombées des succès de cette coopération qu’il y en eût du débat qui a présidé à sa mise en œuvre. La France doit être fière du prestige de la Sorbonne, et à travers elle de celui de ses universitaires, et n’a aucune raison de le maintenir sous je ne sais quel éteignoir. Elle doit être fière aussi d’avoir créé avec ses partenaires émiriens une institution dont l’ambition la plus fondamentale est de contribuer au dialogue des cultures.

La thèse de l’affrontement des civilisations, qui n’appartient pas à l’héritage intellectuel de la France, est dangereuse et sans valeur. Elle ne peut fonder aucune vision d’avenir de l’ordre international. Elle n’a pour conséquence que la destruction et le nihilisme, elle n’a pour fondement que la peur et l’ignorance. C’est au contraire sur l’accroissement et le partage des connaissances que reposera l’harmonie d’un monde complexe dont la diversité est respectée, où chaque civilisation apporte les richesses de son histoire et les grandeurs de sa spiritualité au développement humain. Il y a peu d’endroits où un tel dialogue pouvait s’enraciner aussi bien qu’ici, dans ce pays capable d’ériger l’une des plus grandes et l’une des plus belles mosquées au monde ; et en même temps de restaurer et d’ouvrir au public les vestiges d’une église chrétienne du 5ème siècle sur l’île de Sir Bani Yas.Cet équilibre entre l’attachement à l’identité arabe et le respect de l’altérité force notre admiration. L’université Paris Sorbonne Abou Dabi a choisi d’être un pont entre les civilisations, telle est sa devise qui exprime parfaitement ce qui s’accomplit ici. Cette université c’est un lieu de dialogue et de partage, c’est un lieu où l’on apprendra comment une civilisation peut nourrir le développement d’une autre ; et comment les échanges entre les individus et les sociétés n’ont cessé de féconder les œuvres de l’esprit. C’est un lieu où les étudiants du Golfe pourront remonter aux sources de leur propre droit et découvrir le Code Napoléon sous l’héritage juridique égyptien. Un lieu où derrière l’œuvre des cubistes, dont s’inspire souvent la génération montante des artistes du Moyen-Orient, on retrouvera l’influence de la Renaissance italienne. Un lieu où la philosophie occidentale rejoindra ce monde arabe où s’était préservé l’héritage des penseurs grecs pendant le Moyen Age européen, à une époque où Bagdad brillait bien plus que Rome. Dans cette université, où la connaissance de l’histoire dément les préjugés et nous enseigne une admiration réciproque, c’est aussi l’avenir qui se construit. Et les étudiants de la Sorbonne Abou Dabi seront particulièrement bien placés pour en être des acteurs éclairés.

Un nouveau monde est en train de se dessiner sous nos yeux, nous devons l’aborder avec la sagesse des savoirs, avec des idées neuves aussi, pour en mesurer les risques mais surtout pour en saisir les chances. La chance d’une prospérité globale au lieu d’un affaiblissement réciproque des nations à travers leur rivalité ; la chance d’une gouvernance mondiale réformée autour d’une volonté d’agir sur le cours des choses, au lieu du fatalisme et de l’absence de responsabilité ; la chance d’une progression des valeurs humanistes et des libertés avec l’élévation générale du savoir et du niveau de vie. Les anciens mondes ne nous inspirent guère de regret, ni le monde d’il y a un siècle où quelques puissances européennes exerçaient un impérialisme sans partage, ni le monde d’il y a 50 ans clivé et figé par la guerre froide, ni même le monde récent dont nous sortons à peine, où la profondeur de l’inégalité économique maintenait des continents entiers hors de la prospérité et de la capacité de faire entendre leur voix. Le nouveau monde qui est devant nous fera la part belle à la création, à la recherche, à l’innovation technologique, à la mobilité, à l’échange des cultures Nous avons l’espoir qu’il sera plus ouvert, plus équitable, à condition de relever ensemble les défis qu’il nous présente aussi.

Il y a d’abord le défi de la mondialisation économique, la crise a exacerbé la concurrence, mais elle a aussi rendu plus impératives les logiques de solidarité. Les désordres bancaires et financiers, les déséquilibres monétaires, la volatilité des prix des produits agricoles et des matières premières énergétiques se conjuguent de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement dans un contexte marqué par l’interdépendance croissante de toutes les régions du globe. Ces bouleversements mettent en cause les modèles de développement économique que nos pays se sont choisis. Nous devons y répondre par la volonté politique en jetant les bases d’une meilleure régulation financière mondiale. C’est l’ambition de la France, au moment où nous prenons la présidence du G20, que nous abordons avec humilité mais aussi avec le désir de faire œuvre utile.

 

Il y a ensuite le défi environnemental, et j’ai dit combien l’engagement des Emirats dans la lutte contre le réchauffement climatique est essentiel. Il y a enfin le défi de la sécurité, la communauté internationale reste confrontée à la menace du terrorisme et à la prolifération nucléaire. La France a depuis toujours défendu le droit aux usages pacifiques de l’énergie nucléaire, qui est l’une des clés du développement durable sur notre planète. Mais ce droit implique aussi des obligations internationales strictes. Les Emirats Arabes Unis ont lancé un grand programme électronucléaire civil qui atteste une démarche exemplaire. En ratifiant tous les accords internationaux pertinents et en s’interdisant de développer une filière d’enrichissement de l’uranium ou de recyclage sur leur sol, ils ont fait le choix d’une politique éminemment responsable

 

C’est un message, c’est un message pour toute la région, alors même que nous nous efforçons de convaincre l’Iran de choisir la voie du dialogue et de la transparence, de répondre aux inquiétudes de la communauté internationale sur son programme nucléaire, de coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique.

 

Dans tous les domaines, la France est heureuse de pouvoir compter sur l’amitié des Emirats. Les Emirats savent aussi qu’ils peuvent compter sur l’amitié de la France, sur son engagement sans faille à leur côté dans leurs ambitions de développement mais aussi dans leur préoccupation légitime de sécurité et de défense. Notre relation est exemplaire, elle illustre le dialogue entre l’Orient et l’Occident, ce dialogue qui ne doit pas cesser de se renforcer. Mesdames et Messieurs, la Sorbonne Abou Dhabi est un magnifique emblème de ce dialogue que nous voulons ensemble promouvoir.

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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