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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 17:13

 


 

François FILLON s'exprime devant l’université d’Indonésie "Universitas Indonesia" à Jakarta le vendredi 1er juillet 2011.

 

Madame et messieurs les Ministres,

Monsieur le Recteur,

Mesdames et messieurs les Professeurs,

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs les Etudiants,

Je voudrais m’adresser non seulement à ceux qui sont ici dans cette salle, mais à ceux qui suivent cette réunion dans plusieurs autres universités sur le territoire de la République d’Indonésie et je voudrais les en remercier.

C’est pour moi un très grand honneur d’avoir la possibilité de m’adresser à vous, à Jakarta, sur le campus d’Universitas Indonesia, c'est-à-dire sur le campus de l’une des plus prestigieuses universités de votre pays. Fondée il y a plus de 150 ans, cette université est l’un des emblèmes de cette Indonésie moderne dont vous incarnez l’esprit d’innovation et dont vous serez les bâtisseurs.



L’Indonésie, mesdames et messieurs, vit un moment décisif de son histoire, un moment où elle peut amplifier le potentiel extraordinaire qu’elle recèle, un moment où elle peut choisir d’assumer de plus grandes responsabilités dans le concert des nations.

Forte de la sagesse que lui a léguée son histoire et de toutes ses richesses naturelles et humaines, l’Indonésie se développe à grande vitesse et l’Indonésie est en train de s’affirmer sur la scène mondiale.

Sur cet archipel immense, aussi étendu que l’Europe, sur ce "collier de jade de l'Equateur" où les îles se comptent par milliers, des civilisations brillantes et des hommes courageux ont légué à votre nation un héritage, un héritage spirituel et matériel, qui fonde aujourd’hui les ambitions de l’Indonésie moderne. Ils ont établi des royaumes influents et prospères ; ils ont laissé des monuments qui sont parmi les plus belles réponses données par l’humanité à ses grandes interrogations sur le cosmos ; ils ont mis en valeur des paysages et des terres où les risques naturels n’ont jamais cessé de défier l’existence.

Cette œuvre de civilisation, cette œuvre de développement, elle se poursuit aujourd’hui dans toutes les directions de la vie et de l’économie moderne, elle se poursuit à travers la mise en valeur des ressources que recèle chacune des îles de l’archipel. Autrefois le nom des Moluques ou des Célèbes faisaient rêver les Européens pour leurs épices rares, à présent vos ressources en gaz font tourner les centrales électriques du Japon, vos métaux sont utilisés par les industriels en Chine ou aux Etats-Unis, votre huile de palme est consommée sur tous les continents et, cette œuvre de civilisation, elle se poursuit dans ces vastes territoires qu’il faut encore aménager pour offrir aux 240 millions d’Indonésiens des conditions de vie meilleures tout en respectant la biodiversité et l’environnement.

Elle se poursuit en veillant sur un patrimoine culturel diversifié, un patrimoine culturel que viennent découvrir chaque année plusieurs millions de touristes, dont, au minimum, 150.000 de mes compatriotes.

Pour avoir eu l'occasion il y a quelques années de me rendre aussi à Balikpapan, à Yogyakarta et à Medan, je sais la fierté que chacun tire de son appartenance à un groupe ethnique, à une province, à une île, où l'habitat, où les productions, où les règles de gouvernement local, où les expressions culturelles sont autant d'héritages auxquels nul n’est prêt à renoncer.

Les fondateurs de votre République, Soekarno et Hatta, ont eu la sagesse de voir dans cette diversité un atout et ils ont eu surtout la sagesse de voir dans la tolérance le moyen de son épanouissement.

En faisant de «l’unité dans la diversité» sa devise nationale, l’Indonésie a défini un modèle qui est devenu une référence pour tous les peuples, au cours de ces dernières années. Ce modèle indonésien a continué de s’affirmer et de gagner en exemplarité.

La nation indonésienne avait gagné sa liberté au lendemain de la seconde guerre mondiale mais le peuple indonésien a dû attendre plus longtemps pour conquérir l’ensemble de ses droits au sein d’une véritable démocratie. C’est aujourd’hui chose faite !

Et je veux vous dire, au nom de la France, dont vous savez à quel point elle est attachée aux principes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, je veux vous dire combien nous admirons le chemin qu'a parcouru l'Indonésie depuis 1998. Un Président de la République élu au suffrage universel ; dans les provinces des gouverneurs qui sont désormais élus ; une Cour Constitutionnelle créée en 2003 ; la liberté de la presse ; la liberté des universités ; la paix en Aceh ; la coopération entre l'Indonésie et la République Démocratique de Timor Est.

Toutes ces avancées suscitent notre plus grand respect et je veux vous dire que vous pouvez tout simplement en être fiers, vous pouvez en être fiers parce qu’elles sont de votre fait, parce qu’elles sont aussi une source d’inspiration pour tous ceux qui croient dans le caractère universel des droits de l’homme et de l’aspiration des peuples à la démocratie.

Aujourd’hui encore alors que les peuples Tunisiens, les peuples Egyptiens ont fait leur révolution, alors que d’autres en Libye, au Yémen, en Syrie expriment une puissante volonté de liberté, il y a encore des voix qui s’élèvent pour prophétiser leur échec en nous expliquant que «l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie». Et bien je crois que ceux qui s’enferment dans ce genre de raisonnement devraient venir ici à Jakarta, ils constateraient que votre dynamisme, votre réussite, votre pluralisme religieux viennent chaque jour démentir ces affirmations pessimistes.

Les institutions démocratiques dont l’Indonésie s’est dotée permettent de favoriser une économie qui connaît une progression remarquable et continue, avec une croissance de plus de 6,5% cette année, une croissance dont certains prédisent même qu’elle pourrait être la plus rapide au monde pour les dix prochaines années.

Cette croissance s’appuie sur des productions diversifiées, elle s’appuie sur des percées technologiques qui font qu’aujourd’hui des pièces des avions Airbus sont usinées à Bandung avant d'être transférées à Hambourg ou à Toulouse pour l’assemblage. Cette percée technologique fait que les transformateurs électriques qui permettent aux trains français à grande vitesse qui, comme vous le savez, sont parmi les meilleurs du monde, d’être produits à Jakarta.

Un tel essor économique doit bien sûr être avant tout au service du développement, parce qu’il ne doit pas faire oublier les millions d’Indonésiens qui vivent encore aujourd’hui dans la grande pauvreté et qu’il faut aider à accéder à un niveau de vie plus digne.

Chaque année l’Indonésie, monsieur le Ministre, consacre 20% de son budget à l'éducation, chaque année 2 à 3 millions de foyers supplémentaires accèdent à un niveau de consommation qui est comparable à celui des pays développés, chaque année la couverture santé s'élargit et l'assurance privée devient accessible à un nombre croissant de vos concitoyens, comme l'a récemment constaté l'OCDE.

Et bien l’Indonésie doit poursuivre dans cette voie, ce sera l’une des clefs de la pleine réussite de son modèle, un modèle qui combine la démocratie, la croissance et le progrès social.

Mais il est importe aussi que votre nation soit consciente des responsabilités internationales que lui confère son nouveau statut, il en est ainsi dans le cadre du G20 - le G20 que la France préside cette année - et qui, sans remettre en cause le rôle des Nations Unies et des agences spécialisées qui dépendent des Nations Unies, est une enceinte appropriée pour progresser dans le traitement des effets de la globalisation.

L'Indonésie y joue un rôle très actif, en particulier en co-présidant avec la France le groupe de travail sur la lutte contre la corruption, et les vues exposées par votre Président en matière de réforme financière internationale, en matière de sécurité alimentaire, de régulation des prix des matières premières, de protection et de droits sociaux, seront très attentivement écoutées lors du Sommet de Cannes qui se déroulera en novembre prochain.

Je veux insister un instant sur l’enjeu de ce G20.

 

 

La mondialisation ça ne peut pas être la loi de la jungle, la mondialisation ça ne peut pas être la liberté du plus fort d’opprimer le plus faible et, donc, la mondialisation ça ne peut pas simplement être les marchés qui régulent l’ensemble des activités humaines.

C’est le contraire des droits de l’homme, c’est le contraire de la démocratie.

La mondialisation ça doit être l’ouverture, la circulation des biens et des personnes, ce doit être naturellement le respect de la loi de l’offre et de la demande, du fonctionnement des marchés, mais régulé, régulé par des pouvoirs politiques qui ont la responsabilité de protéger les plus faibles, qui ont la possibilité et qui ont le devoir d’assurer la liberté de chacun.

Et c’est dans cet esprit que la France a voulu que soit inscrit à l’ordre du jour du G20 des sujets fondamentaux : la question de la régulation financière.

On ne peut pas accepter que, parce que certaines banques dans le monde prennent des risques inconsidérés, à un moment donné l’ensemble du système financier international s’écroule et que cet écroulement du système financier international se traduise par du chômage, de la pauvreté et des malheurs pour un grand nombre d’habitants dans le monde.

Les banques, dans le monde entier, doivent respecter des règles et ces règles, elles doivent être fixées par le pouvoir politique et elles doivent être fixées au plan international pour être respecté par chacun.

A quoi sert qu’il y ait des règles en Indonésie ou qu’il y ait des règles en France, s’il y a des paradis fiscaux où certains peuvent placer leur argent en ignorant toutes les règles du fonctionnement du marché financier international.

De la même façon, nous pensons que les prix des matières premières doivent être régulés.

Bien entendu il ne s’agit pas de fixer de manière administrative le prix du pétrole, le prix du gaz, le prix du maïs ou le prix du riz, nous savons que ces systèmes ont été tentés par le passé dans beaucoup de pays, ils ont abouti à des catastrophes

Mais en même temps nous ne pouvons pas accepter la spéculation sur les matières premières, une spéculation qui n’a rien à voir avec la loi du marché, une spéculation qui n’a rien à voir avec l’offre et la demande, et qui se traduit par des augmentations brutales de cours des matières premières, qui provoque des famines dans le monde, ou, lorsqu’il s’agit de l’énergie, qui provoque la baisse de la croissance dans la plupart des pays.

Alors, oui, nous voulons que le prix du pétrole varie naturellement en fonction de l’offre et de la demande, mais il doit y avoir un maximum et un minimum. Lorsque le prix du pétrole est trop bas les nations productives sont incapables de faire face à leurs engagements, lorsque le prix du pétrole est trop haut c’est l’économie mondiale qui ralentit et c’est finalement le monde entier qui en est victime.

C’est la même chose pour les produits alimentaires, il n’est pas normal que certains à la Bourse de Chicago puissent acheter des récoltes entières sans dépenser un seul dollar, ils les revendent quelques heures après en faisant un énorme bénéfice.

Et ça n’est pas la liberté des échanges, ça n’est pas la loi de l’offre et de la demande, c’est une spéculation. Une spéculation qui pèse sur les cours de matières premières et c’est donc une spéculation qui provoque l’appauvrissement des producteurs et qui provoque la famine dans beaucoup de pays du monde.

Eh bien nous voulons interdire cette spéculation, si quelqu’un veut acheter des récoltes il peut le faire, il a simplement à les payer tout de suite et, à ce moment là, on verra que bien des défauts de ce système spéculatif disparaîtront.

Il en est ainsi également aux Nations unies.

Je veux rendre hommage au rôle que joue l'Indonésie, membre du Conseil de Sécurité en 2007 et 2008, qui engage des troupes et des navires dans les opérations de maintien de la paix, c’est le cas notamment au Liban où les bataillons français et les bataillons indonésiens se côtoient pour essayer d’assurer la paix et la stabilité de ce paix.

Alors que je me rendrai demain au Cambodge, où il y a vingt ans la France et l’Indonésie ont œuvré côte à côte pour ramener la paix après des décennies de conflit, je veux rendre hommage également aux nombreuses missions de conciliation et de médiation qu’entreprend l’Indonésie en faveur de la paix au niveau régional.

Je veux rappeler l'initiative prise il y a 3 ans, de la création d'un «Forum de Bali pour la démocratie», ouvert chaque année à tous les pays d'Asie et du Pacifique et aux observateurs Américains et Européens.

Je veux dire à quel point, dans la lutte qui nous unit contre le terrorisme, j'admire la résolution de votre pays à combattre les criminels mais aussi sa capacité à intervenir pour promouvoir le dialogue entre les cultures et le dialogue entre les religions.

Enfin, je veux souligner l’attitude exemplaire qui a été celle du Président très tôt face au défi que représentent le réchauffement du climat et la dégradation de l'environnement.

A Copenhague l’Indonésie a pris un engagement courageux, celui de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 26% par un effort national et de 41% avec l'aide internationale.

Cet engagement remarquable, au moment où d’autres refusaient de prendre leurs responsabilités, mérite notre soutien, et c’est la raison pour laquelle l'Agence Française de Développement contribue à sa réalisation par un prêt de 800 millions de dollars.

Tout cela nous démontre que l’Indonésie est, au fond, bien plus qu’un simple «pays émergent».

Cette Indonésie démocratique, en pleine croissance économique, attentive au caractère durable de son développement, faisant entendre une voix responsable sur les scènes diplomatiques mondiales.

Et bien je suis venu lui témoigner de notre volonté de travailler à ses côtés.

Lorsque le Président YUDHOYONO s'est rendu à Paris en décembre 2009, Nicolas SARKOZY lui a proposé que nous établissions entre nos deux pays un "partenariat stratégique", un partenariat qui institutionnalise notre action commune sur les grandes problématiques du monde actuel, un partenariat qui incite aussi l'ensemble des acteurs de notre relation bilatérale à augmenter toujours plus leurs échanges, eh bien cette visite va être l’occasion de formaliser ce partenariat.

Cela signifie que nous procéderons désormais à des consultations politiques plus régulières, nous allons ainsi renforcer notre dialogue en matière de Défense.

Ce dialogue portera sur les enjeux stratégiques, sur la coopération entre nos Armées, sur l'acquisition d'équipements militaires et sur nos expériences dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Des perspectives économiques nouvelles doivent s'ouvrir entre nos entreprises.

Je ne peux me satisfaire de savoir que la France n'est que le 12ème fournisseur de l'Indonésie, nos exportations n'ont d’ailleurs pas encore retrouvé le niveau qu'elles avaient atteint en 1997 et votre pays n'est que notre 50ème client.

Le gouvernement français soutiendra les grands projets menés par nos entreprises en collaboration avec les autorités publiques et avec les partenaires indonésiens, qu’il s’agisse de l'exploitation raisonnée des matières premières, des transports routiers, ferroviaires et aériens, de la spécialisation sur des technologies de pointe ou de la consommation privée des ménages.

L'Institut français d’Indonésie poursuivra ses efforts pour offrir un enseignement de la langue française à tous ceux qui souhaiteront rejoindre les 50.000 jeunes Indonésiens qui apprennent déjà le français.

Notre coopération universitaire va s'intensifier et vous en serez, ici même à Universitas Indonesia les premiers acteurs, puisque vous qui avez déjà des accords avec de nombreuses universités et écoles françaises et vous allez en signer de nouveaux, ce qui permettra certains étudiants et certains futurs enseignants de venir rejoindre ceux qui se forment déjà dans notre pays.

Enfin, mesdames et messieurs, en cette année où l'Indonésie préside l'ASEAN, je crois que le temps est venu pour l'Europe de prendre conscience de la dynamique régionale désormais enclenchée en Asie du Sud-Est.

Nous savons bien en Europe que, au-delà des lenteurs, des obstacles inévitables, la construction d'un espace de paix et de solidarité, d’un espace générateur de développement économique et social, est l’une des plus belles œuvres que peut réaliser la volonté politique.

Aujourd'hui, la zone économique constituée par l'ASEAN est déjà un poids lourd de l'économie mondiale, le cinquième pôle économique après l'Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et le Japon, mais devant l'Inde.

Avec 1.000 milliards de dollars d'exportations par an, l’ASEAN est même le quatrième exportateur mondial.

L'ASEAN a attiré près de 700 milliards d'investissement au cours des dix dernières années, soit plus que l'Inde et plus que la Chine réunies.

L'Europe et l'ASEAN doivent plus que jamais développer un dialogue politique, un dialogue politique confiant, en augmentant leurs échanges. Notre objectif c’est de pouvoir lancer les discussions en vue d’un accord de partenariat économique ambitieux et équilibré avec l’Indonésie et avec l’ASEAN.

Voilà, mesdames et messieurs.

Je suis venu pour dire l’hommage et l’admiration de la France devant les progrès de l’Indonésie et son intention de contribuer à ses succès futurs.

Je suis venu pour réaffirmer les valeurs et les préoccupations que nous partageons sur la scène internationale.

Je suis venu pour donner un nouvel élan aux relations entre la France et l’Indonésie.

Dans un monde qui cherche sa stabilité après la grande crise économique que nous venons de connaître, dans un monde où les équilibres sont constamment bousculés et redéfinis, dans un monde où de plus en plus nombreux les peuples réclament avec force, la justice, la liberté, la démocratie, l’Indonésie s’impose comme une nation d’avenir parce que ses forces sont solides mais aussi et surtout parce qu’elle place l’harmonie et le droit au cœur de son développement.

 

Je vous remercie.

 

 


 

François Fillon répond aux questions des étudiants de l’université d’Indonésie à Jakarta le vendredi 1er juillet 2011.

 

Bonjour Monsieur le Premier ministre. Je suis étudiante en 8èmesemestre au département de français de l’université d’Universitas Indonesia. Je voudrais vous poser une question : malgré la distance, l’Indonésie est un des pays qui a l’honneur de votre visite et quelle est donc l’importance de l’Indonésie pour la France ? Merci.


Je crois que le président YUDHOYONO a coutume de dire qu’il souhaite que l’Indonésie, je le cite, ait zéro ennemi et un millier d’amis !

Et bien, la France souhaite aujourd’hui être l’un des tout premiers amis de l’Indonésie, c’est tout le sens de la visite que j’ai décidée d’effectuer aujourd’hui à Jakarta et c’est surtout tout le sens du partenariat stratégique que nous allons signer cet après-midi.

J’ai eu l’occasion de le dire dans mon propos.

L’Indonésie est devenue un acteur majeur en Asie, un acteur majeur sur la scène internationale et c’est vrai que dans les relations entre les États, en particulier avec les vieilles démocraties européennes, nous avons des habitudes et lorsque surgissent de nouveaux acteurs, lorsque surgissent de nouvelles puissances économiques, lorsque surgissent de nouvelles puissances politiques, il faut parfois un petit temps d’adaptation à notre logiciel diplomatique et économique pour s’adapter à cette nouvelle réalité.

C’est ce que je suis venu faire aujourd’hui : remettre à jour le logiciel diplomatique et économique français, faire une sorte de « reset » sur notre ordinateur pour qu’il prenne en compte la réalité de l’arrivée sur la scène internationale du quatrième pays au monde par sa population, un pays dont la croissance économique est en train de bouleverser tous les pronostics et enfin, un pays qui a démontré par les réformes qu’il a engagées et en particulier par le choix qu’il a fait de la démocratie qu’il va compter parmi les toutes premières puissances du monde au XXIe siècle.

L’Indonésie est devenue un acteur majeur en Asie et donc nous, nous avons décidé de placer l’Indonésie sur le même pied de relation que des pays comme la Chine, comme l’Inde ou comme le Japon.

L’Indonésie est un pays dont nous apprécions particulièrement les prises de position sur la scène internationale qu’il s’agisse de faciliter le règlement pacifique des différends, qu’il s’agisse de son engagement très courageux sur le changement climatique ou encore qu’il s’agisse de la création du forum régional de Bali pour la démocratie.

Nous allons donc renforcer nos échanges dans tous les secteurs et de façon systématique, d’abord en matière culturelle et en matière d’échanges dans le domaine de l’éducation. C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à venir m’exprimer ici devant des étudiants et des enseignants indonésiens. Nous voulons qu’il y ait plus d’échanges entre les universités françaises et les universités indonésiennes.

Ca sera d’ailleurs beaucoup plus facile vu que nous avons dans notre pays profondément réformé notre système universitaire en donnant aux universités françaises une autonomie complète qui va leur permettre de nouer tous les partenariats qu’elles souhaiteront nouer.

 

Nous voulons accroître la coopération en matière culturelle, c’est la raison de la présence ici de Frédéric MITTERRAND qui est le ministre de la Culture de mon gouvernement.

Il y a beaucoup de domaines où les échanges culturels entre la France et l’Indonésie peuvent être accrus.

Nous avons exploré tout à l’heure un domaine très important qui est celui du cinéma et de la création audiovisuelle. La France a un grand savoir-faire dans ce domaine, des artistes de renom, des écoles puissantes.

L’Indonésie a une passion pour le cinéma et a une industrie cinématographique qui est en pleine croissance. C’est vraiment un secteur où nous pouvons créer ensemble des synergies.

Et puis, enfin, j’ai amené avec moi aujourd’hui plus de 25 grandes entreprises françaises que nous voulons voir se développer en Indonésie, dans le cadre de partenariats permettant de transférer des technologies, permettant de partager des marchés en Asie du Sud-Est.

Je pense à plusieurs secteurs qui sont des secteurs d’excellence pour notre pays, qui sont des secteurs pour lesquels l’Indonésie a beaucoup de besoins : l’énergie sous toutes ses formes ; les infrastructures ; le transport ; la question de la distribution de l’eau et du traitement de l’eau où les entreprises françaises sont au premier rang mondial.

Nous avons déjà d’ailleurs une centaine d’entreprises françaises qui sont implantées en Indonésie et ce que nous voulons, c’est augmenter ces partenariats industriels et technologiques et enfin, nous voulons que la France soit un acteur privilégié du dialogue qui est en train de s’instaurer entre l’Indonésie et l’Union européenne et nous voudrions surtout que l’Union européenne et l’ASEAN puissent jeter un pont qui permettrait un dialogue politique et un dialogue économique accru entre les deux puissances qui par bien des aspects partagent beaucoup de valeurs et beaucoup d’objectifs communs.

Je sais que l’Europe n’est pas toujours facile à comprendre vue de loin.

En réalité, l’Europe, c’est aussi compliqué que l’ASEAN. Ca consiste à faire vivre ensemble des peuples qui ont des traditions différentes, qui ont des histoires différentes et s’agissant de l’Europe, des peuples qui ont été des ennemis farouches pendant des siècles et des siècles et qui ont choisi au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale de se rassembler pour faire la paix.

Mais aujourd’hui, l’Europe, c’est beaucoup plus qu’une alliance entre des pays qui ont décidé de faire la paix. L’Europe aujourd’hui, c’est une grande puissance économique mondiale, c’est même la première puissance économique mondiale si l’on ajoute l’ensemble des produits intérieurs bruts des différents pays qui composent l’Europe et c’est l’apprentissage quotidien du dialogue et du compromis à 27.

27 pays européens qui doivent se mettre d’accord sur tout, c’est très difficile, c’est très compliqué, mais en même temps, ça progresse et on s’aperçoit que face aux crises que nous venons de connaître, l’Europe a toujours réussi à surmonter les difficultés.

Je veux rappeler que c’est l’Europe qui a stoppé la crise systémique financière qui avait démarré avec la faillite de la banque LEHMAN BROTHERS.

Les Etats-Unis avaient cru que l’on pouvait laisser une banque faire faillite et que ça n’aurait pas de conséquence. En réalité, cette faute d’appréciation du gouvernement américain a conduit à une crise économique et mondiale dont les conséquences ont été désastreuses. Mais cette crise, nous en avons limité les effets en stoppant la contagion au système bancaire.

Le jour où les dirigeants européens à l’Élysée, à Paris, ont affirmé d’une seule voix « il n’y aura pas de faillite de banques en Europe parce que les États vont garantir les fonds des établissements bancaires », à ce moment là, on a stoppé la crise systémique qui était en train de se développer.

Et puis, ensuite, quand le Portugal a été en difficulté du fait de son endettement, l’Europe a soutenu le Portugal.

Et puis quand l’Irlande a été en difficulté du fait des erreurs qui avaient été commises par ces banques, l’Europe a apporté une solution à la question de la crise financière en Irlande.

Et maintenant, l’Europe soutient la Grèce malgré toutes les difficultés parce que la Grèce appartient à l’Union européenne, parce que la Grèce appartient à la zone euro et donc les pays européens seront solidaires de la Grèce pour éviter qu’elle ne connaisse à son tour le drame d’une faillite financière. Voilà tout ça pour vous dire que l’Europe, on peut la regarder comme un ensemble très compliqué à faire fonctionner et c’est la réalité, mais on peut aussi la regarder comme une véritable réussite à la fois en termes de paix et en termes de réussite économique. 

 

Bonjour monsieur le Premier ministre. Je suis la Présidente de l’association des professeurs de français d’Indonésie, à Jakarta. Et je suis aussi enseignante de l’Universitas Jakarta. Jusqu’à présent la coopération dans le domaine de l’éducation, est en priorité plutôt scientifique. Or la France est connue comme un pays riche, en culture et en littérature. Nous aimerions savoir quand le gouvernement français donnera le privilège à la discipline des langues, de la littérature et de la civilisation française en Indonésie. Merci monsieur.

 

D’abord j’ai envie de vous répondre que c’est à vous de choisir les secteurs de coopération que vous voulez privilégier avec les universités françaises.

C’est vrai que la France est un pays doté d’une culture extrêmement riche, en même temps un pays d’innovation scientifique et technologique.

Je ne néglige pas le fait qu’ici en Indonésie les sciences humaines et sociales représentent près d’un tiers des étudiants indonésiens qui sont venus en France en 2010.

Pour les étudiants de Universitas Indonesia par exemple, on me dit qu’il est possible de bénéficier des accords universitaires qui ont été établis en économie avec les universités françaises de Rennes 1. Il y a d’ailleurs je crois un double diplôme en finances publiques qui a été mis en œuvre depuis 2009, avec l’institut de l’administration des entreprises de Grenoble, avec un master de 18 mois, moitié en langue anglaise, moitié en langue française.

Il existe d’autres accords universitaires qui permettent d’étudier en littérature avec l’université de La Rochelle, en sciences politiques avec Sciences Pô Paris, ou encore dans le domaine du tourisme et de la gestion du patrimoine culturelle avec l’université Paris I, et avec l’université d’Angers.

Enfin la France dispose, ici même en Indonésie, d’un réseau culturel de quatre centres, Jakarta, Bandung, Yogyarkarta et Surabaya, et de deux alliances françaises à Kalimantan et à Bali qui répondent à une demande de plus de dix mille inscriptions d’étudiants par an.

Nous allons d’ailleurs fédérer tous ces établissements dans un établissement unique qui s’appellera l’Institut français d’Indonésie.

Mais vraiment les universités françaises sont totalement ouvertes aux demandes de coopération et d’accord qui émaneraient des universités indonésiennes.

Et comme je vous l’ai indiqué il y a un instant, désormais, les universités françaises sont totalement libres de passer les partenariats qu’elles souhaitent avec les universités du monde entier.

C’est une grande réforme que nos avons porté avec le Président de la République, et avec le gouvernement que j’ai l’honneur de conduire. Et c’est une réforme qui est en soi une réponse à votre question puisque désormais c’est votre liberté, c’est votre initiative, de passer les accords que vous voulez avec les universités françaises que vous choisissez.

Bonjour monsieur le Premier ministre. Je suis étudiant, et je vais continuer mes études en France grâce à une bourse du ministère de l’Education nationale de la République indonésienne. J’ai une question à vous poser sur la loi des 35 heures dont vous êtes l’un des acteurs principal, si je ne me trompe pas. J’aimerais savoir la situation actuelle du monde du travail en France concernant l’application de la loi des 35 heures. Merci.

D’abord, je voudrais rectifier tout de suite votre information. Je ne suis pas le créateur de la loi sur les 35 heures. Je fais même partie de ceux qui depuis quelques années essayent d’en limiter les effets, et les dégâts.

Il y a quelques années, en France, une idée assez générale courait, pour faire face au chômage, qui est assez important dans les économies européennes, et en particulier dans l’économie française : il fallait partager le travail.

Au fond, beaucoup d’économistes, beaucoup d’hommes politiques raisonnaient comme si la capacité de production de notre pays était figée une fois pour toute, et pour permettre à tout le monde de trouver un travail, dans un cadre qui était figé, il fallait diviser le travail, diviser les horaires de travail, partager le travail.

Et cette idée a eu deux applications.

La première a été la réduction à 35 heures du temps de travail hebdomadaire à partir des années 2000, et l’autre conséquence, qui est plus ancienne, consistait à mettre en retraite de plus en plus tôt des travailleurs lorsqu’il y avait une difficulté sociale dans une entreprise.

Au fond, quand une entreprise était en difficulté, un des moyens de réduire ses dépenses, de réduire ses effectifs, consistait à faire partir à la retraite des hommes et des femmes qui avaient 50, 51, 52, 53, 55 ans.

Cela a été une grave erreur.

Cela a été une grave erreur pour l’économie française, parce que ça a contribué à affaiblir la compétitivité de l’économie française par rapport aux autres économies européennes. Et deuxièmement cela a consisté à priver l’économie française de personnes qualifiées, notamment les salariés de plus de 50 ans, qui connaissaient des métiers, qui avaient un savoir-faire, qui avaient une expérience, et qui se sont retrouvés en retraite, privant leurs entreprises et privant notre économie de cette expérience.

Nous avons décidé de rompre radicalement avec cette stratégie depuis plusieurs années.

Nous l’avons fait d’abord en permettant aux salariés qui veulent faire plus de 35 heures, c’est-à-dire qui font des heures supplémentaires, de ne pas payer d’impôts et de charges, sur ces heures supplémentaires. Nous avons défiscalisé les heures supplémentaires pour inciter les entreprises et inciter les salariés à faire plus d’heures supplémentaires. Ca a été un vrai succès, puisqu’il y a aujourd’hui un volume d’heures supplémentaires très important dans notre pays.

Et puis deuxièmement, nous avons mis en place une plus grande liberté de négociation dans les entreprises, sur le temps de travail.

Désormais les salariés, les organisations syndicales et les patrons dans les entreprises peuvent débattre librement et conclure des accords pour fixer le niveau du temps de travail.

Le résultat de tout cela, c’est qu’aujourd’hui le temps de travail réel en France, le temps de travail effectif est autour de 39 heures.

Il n’est donc pas de 35 heures comme la loi l’a prévue à l’origine.

On va continuer à assouplir ces dispositifs avec un objectif qui est de donner la plus grande liberté possible aux salariés et aux entrepreneurs pour adapter le temps de travail à l’activité économique et aux besoins de chacun.

Et avec un deuxième objectif qui est de nous rapprocher toujours de notre voisin allemand. Les Allemands dont l’économie était moins compétitive que l’économie française il y a une quinzaine d’années, sont passés devant nous notamment parce que nous nous avons suivi cette voie erronée des 35 heures alors que eux-mêmes, pendant cette même période faisaient des efforts pour contenir l’augmentation des salaires, pour augmenter un petit peu le temps de travail, pour améliorer leur compétitivité.

Aujourd’hui il y a un impératif pour tous les pays européens, et en particulier pour la France : cet impératif, c’est dans la zone euro, puisque nous avons la même monnaie, d’avoir les mêmes règles en matière de durée de travail, en matière d’âge de retraite, et progressivement en matière de fiscalité.

Et c’est tout l’effort que nous devrons faire pendant les prochaines années.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que le Président de la République française se bat avec beaucoup d’énergie pour que l’on mette en place un gouvernement économique de la zone euro. Et le gouvernement économique de la zone euro, il aura notamment pour objectif de pousser à une harmonisation des conditions de travail, des conditions sociales, des conditions fiscales à l’intérieur de cette zone euro.

Donc voyez, les 35 heures, c’était une mauvaise idée. Ce n’est plus une réalité aujourd’hui dans l’économie française. Ca ne veut pas dire naturellement qu’on ne doive pas chercher à limiter le temps de travail. Les progrès de l’humanité ont été vers une limitation du temps de travail, mais simplement il faut que cette limitation du temps de travail elle soit compatible avec la compétition économique et en particulier avec la compétition économique en Europe.

 

 

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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barbecue 23/08/2011 21:40



Ce discours était vraiment plein de profondeur et très intelligent. L'Indonésie est en effet un grand pays qui a un poid de plus en plus important en Asie du Sud-est



Laura 25/07/2011 23:25



Il est en effet important de soutenir les progrès de l'indonésie, donc bravo!



Simonet Valérie 20/07/2011 11:48



Monsieur Le Premier Ministre,    Les actualités ont diffusé récemment des images  choquantes sur la Somalie et ses régions environnantes....on y voit des animaux morts
amaigris, des petits enfants qui n'ont plus la force de se nourrir à cause de leur faiblesse. L'ONU commence à intervenir, mais ne serait-il pas possible d'éviter une telle misère, sachant que
dans plusieurs pays, le gaspillage existe et que le surplus de denrées alimentaires pourrait leur être donné....Peut-être, pourriez-vous intervenir pour en discuter auprès de la Commission
Européenne ou l'ONU ?



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