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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 17:34

Texte de mon itervervention ce jeudi à Moscou dans le cadre de la conférence internationale  "Russie – Union européenne : potentiel pour un partenariat"


 

 

Mesdames et messieurs,

 

Depuis longtemps, je suis convaincu que les destins de l’Europe et de la Russie sont liés.

D’immenses progrès ont été réalisés depuis une vingtaine d’années.

Mais disons la vérité : notre partenariat est essoufflé et chaotique !

Les tentations de se détourner l’un de l’autre existent.

Du côté européen, les esprits ne sont guère disponibles pour s’investir et prendre des risques sur la scène internationale.

L’énergie consacrée à la survie de la zone euro puis à la gestion de la crise économique a accentué le «nombrilisme» européen.

La défiance des citoyens envers l’Europe et ses institutions, alimente les populismes et les replis identitaires.

Elle aggrave les divisions au sein de l’Union européenne entre Nord et Sud, entre Est et Ouest et limite d’autant la capacité de projection externe de l’Union européenne.

Du côté russe, le débat entre « européens » et « eurasiens » prend un nouveau tour.

Tirant ses racines dans une histoire ancienne, le rêve de reconstitution de la puissance russe peut trouver de nouveaux arguments dans la faiblesse actuelle de l’Europe dont la « soft power » paraît moins convaincante en comparaison du dynamisme économique de l’Asie et des grands émergeants.

Le discours soupçonneux face aux risques de déstabilisation externe peut donner l’impression qu’une « autre voie » que celle de la coopération européenne est possible.

 

Bref, les tentations de frictions existent. Elles sont dangereuses et négligent les réalités.

L’UE ne peut se passer d’une relation étroite avec la Russie comme la Russie ne peut faire l’économie d’un ancrage européen fort.

Ni l’une, ni l’autre ne peuvent se refugier dans une posture de donneuse de leçons.

A défaut de pouvoir s’adapter ensemble au nouveau contexte international, l’Europe et la Russie seront inexorablement condamnées au déclin et à la marginalisation.

Rien ne justifie en effet que l’une ou l’autre bombe le torse :

-       l’UE traverse la période économique la plus difficile depuis la crise de 1929 et décroche pour la première fois de son histoire ;

-       la Russie a été au sein des BRIC le pays le plus durement touché par la crise (chute du PIB de 9% en 2009, reprise très timorée en 2010-2012…) et souffre d’incontestables faiblesses structurelles (langueur démographique, régulation institutionnelle défaillante, investissement en berne…).

Bref, les deux acteurs, confrontés à des problèmes très sérieux n’ont d’autre choix à moyen terme que de considérer leur relation comme incontournable.

 

Notre interdépendance économique est évidente

Pour l’Union européenne, la Russie constitue un partenaire clé en matière de sécurité énergétique, un fournisseur important pour d’autres ressources naturelles et un marché prometteur pour ses entreprises.

Il s’agit de notre plus grand voisin, de notre premier fournisseur d’énergie, de notre troisième partenaire commercial.

Au moment où l’Europe est en recherche de croissance, l’espace russe peut être un tremplin.

Pour la Russie, l’Union européenne constitue le premier partenaire commercial et représente trois quart des investissements directs étrangers sur son territoire.

Nous sommes de loin son premier client en matière énergétique.

Une aggravation de la crise de la zone euro aurait un effet de contagion sur des actifs comme relativement risqués et affecterait directement la situation du secteur bancaire et financier russe.

 

Au-delà, l’Union européenne et la Russie ont un intérêt objectif à gérer ensemble les défis continentaux : conflits armés, lutte contre les criminalités et le terrorisme, gestion des migrations, changement climatique…

Ces deux partenaires partagent des perceptions assez proches de la scène internationale : ils voient dans le monde multipolaire une évolution positive, sont attachés au multilatéralisme, et notamment à la préservation du rôle centrale des Nations Unis.

Cette proximité relative est d’autant plus nette dans le contexte de désengagement progressif des Etats-Unis de la relation avec la Russie.

Face à cela, la France et l’UE doivent rappeler que la stabilité et la sécurité du continent passe par un ancrage solide de la Russie à l’Europe.

Elles doivent rappeler qu’une Russie qui participe à la sécurité internationale est une Russie qui n’a pas le sentiment d’être encerclée et dont les préoccupations sont prises en compte au sein de la stratégie déployée par l’Alliance atlantique 

Au total, tout plaide pour que Russie et Union européenne développent une véritable ambition pour leur partenariat.

 

Comment aller plus loin que la situation actuelle ?

Nous devons explorer plusieurs pistes d’intérêt commun dans un esprit pragmatique.

 

Le développement d’une coopération accrue en matière de sécurité est prioritaire.

Elle suppose que les pays européens comprennent que l’enjeu sécuritaire est pour la Russie est vraie préoccupation et que par exemple la mise en place d’un système de défense anti-missiles doit prendre en compte la sensibilité de ce partenaire.

Ce n’est qu’en répondant rapidement à la demande russe d’une architecture de sécurité européenne renouvelée que pourra être recréé un socle de confiance permettant de travailler et d’approfondir nos convergences sur les grands sujets internationaux (Processus de pays au Proche-Orient, lutte contre le terrorisme et le trafic de drogues, dossiers nucléaires iranien et nord-coréen), tout en poursuivant un dialogue régulier et beaucoup plus substantiel sur les dossiers les plus difficiles, comme la Syrie.

 

La négociation d’un accord économique et commercial UE-Russie doit progresser.

Le mouvement de rapprochement de nos économies, amorcé avec l’accession à l’OMC doit pouvoir être amplifié sur d’une ouverture du marché intérieur européen mais également par le respect des engagements contractés par la Russie et le démantèlement de certaines mesures discriminatoires. 

Au-delà, l’intégration économique passe une intensification des échanges sur des scénarios énergétiques communs qui permettent à la Russie de programmer les investissements indispensables à une fourniture fiable sur le long terme d’hydrocarbures aux pays européens.

Dans ce cadre, la coopération technologique pourrait être largement développée. 


Nous devons continuer à développer les contacts entre citoyens russes et européens.

Les travaux initiés notamment sous impulsion française doivent se poursuivre pour trouver les garanties nécessaires permettant de signer un nouvel accord de facilitation de la délivrance des visas, en commençant par mettre en place des programmes sectoriels d’échange et de mobilité pour les étudiants, pour les chercheurs, pour les fonctionnaires...

A plus long terme, le processus devrait mener à la libéralisation des visas de court-séjour en cours entre l’UE et la Russie.

 

Porter cette nouvelle ambition commune suppose de repenser la grande Europe.

 J’ai proposé la création d’une confédération qui unisse la France et Allemagne.

Dans le monde en profonde transformation, il faut que nous deux nations réalisent un saut politique dans l’intégration de leurs politiques économiques.

Avec ce couple franco-allemand resserré, je milite pour une zone euro renforcée autour d’un gouvernement économique digne de ce nom.

Quant à l’Europe à 27, elle doit aller plus loin dans l’organisation de son marché et la structuration de politiques à géométrie variables.

 D’un côté, l’Union européenne doit se souder, de l’autre côté elle doit trouver une nouvelle respiration continentale.

 

Il faut imaginer un statut européen à la Russie.

Pour cela, il faut retrouver la dynamique apaisée et positive que nous avons essayé de nourrir au cours des dernières années, notamment après 2008.

Ceci passe par une « patience stratégique » des deux côtés, de l’écoute et une véritable compréhension de l’autre.

Du côté russe, il faut passer par-dessus certains préjugés et craintes vis-à-vis de l’Europe.

Du côté européen, rien ne sert de fustiger une supposée paranoïa obsidionale russe sans y apporter des éléments de réponse.

C’est justement pour cette raison que j’ai indiqué l’été dernier que pour lever les blocages sur le dossier syrien, il était essentiel de parler avec nos amis russes.

Quant à la visite actuelle du Collège des commissaires européens à Moscou, c’est une première étape intéressante.

 

La Russie doit trouver sa place en Europe, pas celle d’un pays membre de l’Union; mais un pays qui se voit reconnaître un statut à la hauteur de la sa proximité historique, géographique, culturelle et économique.

 

La France a une responsabilité historique pour entraîner l’Europe dans cette aventure continentale

Certains estiment que cette aventure est impossible au regard des faiblesses de l’Union européenne.

Mais n’est-ce pas au contraire parce que nous étouffons dans nos faiblesses qu’il faut élargir nos ambitions et nos horizons !

 

Voilà, mesdames et messieurs, les quelques réflexions que je voulais partager avec vous.

 

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Publié par François Fillon
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commentaires

Lamboo Anne 04/04/2013 22:17


Je partage tout à fait votre analyse des relations France/Europe/Russie.


Face à l'égémonie anglosaxonne dans le monde, le manque de discernement des E.U. sur les problèmes extra occidentaux, il faut que nous nous raprochions des russes et des chinois.

J.Cl. Mot 25/03/2013 11:43


Enfin une vision documentée, raisonnable et seraine,


Puissiez vous être entendu


Merci

gaetan 24/03/2013 18:56


On ne vous entend pas sur la crèche Babylou.


Après l'école, les entreprises. Toujours la même tactique de lézarde.


L'entreprise a autre chose à faire que de payer des experts pour savoir si on peut mettre le voile à l'entreprise, faire la prière etc... Il faut arrêter de nous mettre les libertés individuelles
comme un étendard.


La laicité a amené la paix entre les gens. La religion doit rester dans la sphère de l'intime et de la vie privée.  C'est le prix de la liberté totalede conscience  dont on jouit en
France


 

Vladislava 24/03/2013 17:33


La Russie


Avec ses 17 millions de km², la Russie s’impose en tant que plus vaste État de la planète. Sa capitale, Moscou, est le berceau de la religion orthodoxe. Autrefois, la capitale était basée à Saint-Pétersbourg, où se trouve actuellement le plus grand musée au monde : le musée de l’Ermitage.





 De 1917 à 1991, la Russie était un État totalitaire, appelé l’URSS (L’Union des Républiques Socialistes
Soviétiques). Cette alliance de 15 Républiques était définie par son modèle économique et social, en opposition au modèle capitaliste occidental.


Outre le fait que la Russie s’est opposée à...LIRE LA SUITE  http://saintpetersbourg.fr/la-russie/

JEAN LOUIS BLAIRVACQ 23/03/2013 14:17


Bonjour,


Enfin un homme politique français, qui a le "courage politique" de dire du bien de la fédération de Russie... tous ces articles du Voyage de Francois FILLION sont aussi consultables sur LINKEDIN.


Merci françois.


 


Jean louis BLAIRVACQ


qui a soutenu François FILLON.

Christian 23/03/2013 11:30


De l'Atlantique à l'Oural...! Il n'est jamais trop tard. Souhaitons que vous soyez entendu.

michandre 23/03/2013 02:21


Une place comme nation associée semble effectivement préférable à une recherche d’adhésion pure et
simple qui au demeurant serait sûrement refusée.


Il est également fondamental de comprendre à quel point diverses initiatives (UE ou OTAN) ne
pouvaient qu’être vécues comme des menaces et constituer une source de défiance (donc, inévitablement, pousser au développement d’un complexe obsidional). Equilibre délicat puisqu’on devait
évidemment traduire les aspirations de peuples libres et désormais membres de l’UE (polonais, baltes …) tout en évitant, au moins faute de volonté explicite des autres peuples de l’ex empire, de
paraître vouloir dépecer ce qui en reste.


Maintenant, et sans sombrer dans la peur systémique qui nous handicape tant, il faut un minimum de
lucidité notamment vis-à-vis d’une culture offensive dans le domaine de l’intelligence économique (pour ne pas dire plus) et par rapport à la persistance d’une transparence politique et
économique, disons, «perfectible».

Xénia 22/03/2013 22:15


Enfin, quelqu'un de lucide, visionnaire et logique. Il y a bien longtemps que je prône le regard que vous portez sur l'utilité d'un partenariat avec la Russie ; sans cette grande puissance -
aujourd'hui démocratique - l'Europe sera mutilée... Hélas, le portrait qui en est brossé de nos jours la représente comme une "bête noire" tout simplement par méconnaissance historique et humaine
ou par des clichés savamment orchestrés. Quelque part, la Russie "gêne" de s'être dégagée de plus d'un demi siècle de totalitarisme, ce qui est normal, au vu de son potentiel... Et pourtant !

gisele brillaud 22/03/2013 21:52


merci M.le Premier Ministre ! C'est bien là une vraie construction de réflexion politique comme celle d'ailleurs que vous meniez avec le Président Sarkozy, tant il est nécessaire à un véritable
homme politique d'avoir une "vision", une projection, une cohérence...c'est ce qui manque tant à l'actuel chef de l'état...Au lieu de chercher à humilier la Russie comme il l'a fait, une attitude
constructive est nécessaire pour toutes les raisons que vous avez développées. Et la confédération franco-allemande que vous souhaitez serait bien la meilleure solution pour un réel
ancrage de l'Europe ! Bref je suis tout à fait d'accord et vous remercie de nourrir notre réflexion ! C'est le bon "tempo" loin du "buzz" !!

genevieve franklin 22/03/2013 20:07


encore une fois merci

Pierre Bellenger 22/03/2013 19:23


Notre Europe est malade et vous voudriez qu'elle accueille un autre malade, la Russie. Donnons d'abord l'exemple : pout que l'Europe soit possible et en bonne santé, il faut qu'elle adopte un
système économique compatible avec la Démocratie. Notre Europe est malade du Monétarisme. Seul le Keynésisme est compatible avec la Démocratie. Alors notre Europe recouvrira la santé et la Russie
pourra alors se joindre à nous.

JMarc Chaton 22/03/2013 18:14


Monsieur


Une direction et une vision à long terme vous animent, je suis certain que cette position est porteuse de progrès et garantit l'avenir des Européens.


Merci de nous redonner une pensée positive dans cette période qui conjugue l'amateurisme du gouvernement et le manque de vision du chef de l'État. Notre pays glisse lentement vers le bas chaque
mois qui passe apporte son lot d'échecs et de fermetures d'entreprises l'angoisse du lendemain gagne les esprits du plus simple employé au chef d'entreprise le plus dynamique.


Votre volonté et vos projets nous aident à croire qu'il y a une solution qui patiemment se construit..

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