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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 12:22

François Fillon répond à la presse sur son voyage en Jordanie le 21 Février 2010. (en version vidéo et version écrite intégrale)



François Fillon intervient devant la Convention d'affaires à Amman en Jordanie le 21 février 2010. (en version vidéo et version écrite intégrale)



François Fillon répond à la presse sur son voyage en Jordanie le 21 Février 2010. (en version vidéo et version écrite intégrale)

point presse du Premier ministre

 

Monsieur FILLON, le ministre des Affaires étrangères Monsieur KOUCHNER s’est dit favorable à la reconnaissance d’un Etat palestinien par la communauté internationale, avant même la définition des frontières par les négociations. Est-ce que cette idée pourrait être concrétisée en proposition française au Conseil de Sécurité ou avec les partenaires de la France ? Et une question à Monsieur RIFAÏ : est-ce que la Jordanie a des conditions particulières pour participer à la conférence de paix internationale proposée par la France ? Merci.

 

FRANÇOIS FILLON :

Ecoutez, je ne peux que répéter ce que je viens de dire, il est vraiment urgent de reprendre les négociations. Je ne crois pas que le temps qui passe joue en faveur de la paix. Et ces négociations ont un objectif, c’est la création d’un Etat palestinien viable, moderne, indépendant, démocratique, qui doit vivre en paix aux côtés d’Israël dans des frontières sûres, des frontières reconnues, sur la base des décisions du Conseil de Sécurité et des Nations Unis et sur la base de l’initiative arabe de paix. Evidemment pour que ces négociations puissent reprendre et surtout qu’elles puissent déboucher sur des résultats qui soient des résultats convaincants, après tellement d’années de déception, il faut proposer des termes de référence, il faut proposer un calendrier et il faut proposer des objectifs clairs. Et la France soutient de ce point de vue les efforts américains qui ont été entrepris dans ce sens. Nous allons recevoir demain à Paris, le président de la République et moi-même, le président Mahmoud ABBAS, donc nous discuterons de nouveau avec lui de ces questions. La suggestion qui a été faite par le ministre français des Affaires étrangères Bernard KOUCHNER témoigne de cette volonté, qui est la nôtre au fond, d’accélérer le processus, de prendre des initiatives qui permettent d’enclencher une négociation qui tarde trop à commencer.

 

(…) Réponse de Samir al-RIFAÏ

 

JOURNALISTE JORDANIEN :

Monsieur le Premier ministre, on a commencé à parler d’une reprise prochaine des pourparlers de paix. Quels sont les contacts entrepris par la France avec l’ensemble des parties concernées ? Et y’a-t-il des pressions françaises ou autres sur les palestiniens pour relancer un processus de négociations de paix notamment sans la condition d’arrêt des colonies ?

 

FRANÇOIS FILLON :

Ecoutez, la France parle avec Israël, le président de la République française, vous vous en souvenez, a prononcé devant la Knesset un discours très important, très courageux, très clair, dans lequel il a dit ce que je viens de dire sur les conditions qui sont celles de l’établissement de la paix dans la région, sur les frontières palestiniennes, sur l’arrêt de la colonisation, sur Jérusalem qui doit être la capitale des deux Etats. Nous avons ce dialogue permanent avec Israël. Nous dialoguons avec les autorités palestiniennes, je vous disais que Mahmoud ABBAS sera de nouveau à Paris demain. Nous avons entrepris de grands efforts pour aider l’autorité palestinienne à développer son économie, notamment en lançant le projet d’une zone industrielle, d’une zone d’activité à Bethléem. Nous avons pris l’initiative, il y a deux ans, de rétablir nos relations avec la Syrie, parce que nous pensons que la Syrie doit jouer un rôle essentiel dans le rétablissement de la paix dans la région, et ma visite d’hier en Syrie n’a fait que confirmer le bien-fondé de cette décision. Nous parlons avec la Turquie qui a un rôle à jouer, à la demande de plusieurs acteurs régionaux, dans le rétablissement du processus de paix. Le président de la République aura bientôt l’occasion de rencontrer le président OBAMA, c’est dire si nous sommes mobilisés auprès de l’ensemble des acteurs pour rétablir les liens du dialogue. Enfin, j’ajoute que même si c’est du long terme, l’initiative dont la France a pris la responsabilité de lancer l’Union Pour la Méditerranée s’inscrit dans cette perspective de mettre en œuvre les instruments d’une paix durable dans la région, à partir de réalisations concrètes, à partir de programmes de coopération qui doivent rééquilibrer le développement sur les deux rives de la Méditerranée. Au fond, un peu à l’image de ce que, au lendemain de la seconde guerre mondiale, nous avons nous-mêmes réalisé entre des pays européens dont on pensait qu’ils ne parviendraient jamais à établir la paix entre eux.

 

CHRISTOPHE LURIE - RADIO FRANCE :

AREVA vient de signer un contrat d’exploitation des mines d’uranium en Jordanie. Où en est le projet de vente des centrales nucléaires au Royaume ? Et est-ce qu’à court terme, à moyen terme, est-ce que la Jordanie pourrait maîtriser sa chaîne nucléaire en particulier, je pense notamment à l’enrichissement de son uranium. Enfin une question complémentaire, Monsieur le Premier ministre, avez-vous eu des informations récentes sur l’affaire TREIBER et l’éventuelle responsabilité de l’administration pénitentiaire dans le non empêchement de son suicide ?

 

FRANÇOIS FILLON :

Alors s’agissant de la deuxième question, j’y répondrai sur le sol national, je ne pense pas que Monsieur TREIBER soit si fameux qu’il faille l’évoquer ici, en Jordanie. S’agissant de la coopération en matière nucléaire, nous avons d’abord signé… enfin AREVA a signé aujourd’hui un accord s’agissant de l’exploitation des gisements d’uranium. Nous avons signé un accord qui met en place… qui va permettre la mise en place d’un organisme de formation en matière… pour les ingénieurs et les techniciens dans le domaine du nucléaire et de l’énergie. Et puis naturellement, nous avons discuté des offres des entreprises, s’agissant de la réalisation d’un réacteur nucléaire en Jordanie. Notre souci, notre objectif, c’est d’apporter à la Jordanie un partenariat complet, à la fois sur la formation et sur la maîtrise des technologies, pour que la Jordanie et les autres pays de la région puissent accéder au nucléaire civil, dont chacun s’accorde à reconnaître que ce sera une source d’énergie très importante, pendant une période longue, de transition au fond entre la disparition progressive des énergies fossiles et le recours à de nouvelles formes d’énergie qui restent encore à maîtriser. Nous allons faire la meilleure offre à la Jordanie, et les discussions vont se poursuivre dans les prochaines semaines.

 

JOURNALISTE JORDANIEN :

Monsieur le Premier ministre RIFAÏ, nous savons que la Jordanie essaye d’obtenir le statut avancé avec l’Union européenne. Comment avez-vous trouvé la position de la France ? Et avez-vous abordé également le résultat de l’accord d’association entre la Jordanie et l’Union européenne ?

 

FRANÇOIS FILLON :

Je vous confirme que le soutien de la France est entier parce que nous avons toujours défendu le rapprochement de l’Union européenne avec ses voisins méditerranéens, sur une base plus partenariale. Je sais que c’est une priorité de la présidence espagnole que de faire aboutir ce dossier, et nous ferons tous nos efforts de notre côté pour faire en sorte que cet accord puisse être signé dans les meilleurs délais.


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convention d'affaires

Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur le Président du JORDAN INVESTMENT BOARD, Excellences, Mesdames et Messieurs, c’est pour moi un grand plaisir que d’ouvrir cette convention d’affaires en compagnie de Christine Lagarde, et c’est l’occasion de rendre hommage aux dirigeants d’entreprises et aux responsables jordaniens et français qui sont ici rassemblés.

 

Depuis plusieurs années, la France suit très attentivement le mouvement de modernisation et les grands projets qui ont été lancés par Sa Majesté le Roi Abdallah II. Je veux vous dire que nous sommes décidés, plus que jamais, à nous engager durablement aux côtés du Royaume pour l’aider à relever les défis de son développement. Ce matin, nous avons eu avec Monsieur le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement jordanien une discussion très riche, qui s’est conclue par la signature de conventions qui témoignent de l’ampleur de notre partenariat.

 

Et je voudrais ce matin, avec vous, partager trois messages. Le premier, c’est un message d’optimisme, l’optimisme que nous sommes sans doute en train de voir la fin de la crise économique et financière. Dans la zone euro, l’activité progresse depuis le troisième trimestre 2009 ; cette année encore, elle continue à s’améliorer. Et pourtant, nous restons vigilants : la reprise est fragile, elle est vulnérable et nous devons poursuivre les plans de soutien tant que les bases d’une croissance autoentretenue ne sont pas suffisamment solides.

 

Optimisme ensuite parce que, à l’échelle mondiale, nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité de construire un cadre de croissance équilibré et durable, un cadre de croissance qui ne doit plus être fondé sur la spéculation et sur l’économie de bulle. Nous en avons posé les principes lors du Sommet du G20 à Washington, puis à Londres puis Pittsburgh.

 

Optimisme enfin parce que les pays de la rive Sud et de rive Est de la Méditerranée – et tout particulièrement la Jordanie – ont bien résisté à la crise et présentent des opportunités de croissance réelles, pour le commerce comme pour l’investissement. Certes, il y a eu un ralentissement inévitable consécutif à la récession dans les pays occidentaux. Mais grâce aux plans de relance ciblés mis en œuvre par les gouvernements, les taux de croissance sont restés positifs dans la région : plus de 3% pour la Jordanie en 2009, c’est évidemment un chiffre qui peut faire des envieux… vous avez fait beaucoup mieux, Monsieur le ministre, que Madame LAGARDE, s’agissant de la croissance en 2009.

Mon deuxième message, c’est un message de confiance envers la Jordanie, confiance d’abord, dans le potentiel du Royaume. Les progrès qui ont été réalisés au cours des dix dernières années, sous l’impulsion de Sa Majesté, sont remarquables, et d’ailleurs ils sont cités comme tel par le Fonds Monétaire International et par l’OMC. Le climat des investissements est aujourd’hui très favorable en Jordanie, il l’est d’autant plus que les infrastructures sont en amélioration constante. Alors que la Jordanie a peu de ressources naturelles, elle est devenue un exemple de croissance, de modernité et de stabilité dans une région qui reste troublée. Confiance ensuite dans l’ambition du Souverain pour son pays. Le premier domaine dans lequel la Jordanie a choisi d’investir, c’est la jeunesse. Depuis longtemps, l’éducation et la formation font ici l’objet d’une attention particulière. Et les résultats s’en font ressentir, en Jordanie même et à l’étranger, où le savoir-faire des Jordaniens est particulièrement apprécié. La France souhaite participer à cet effort de formation en accueillant plus d’étudiants et chercheurs jordaniens. J’ai ainsi assisté, ce matin même, à la signature d’une lettre d’intention franco-jordanienne, qui prévoit la création – conformément aux vœux du Roi – d’un centre d’excellence pour l’énergie et pour les grands projets. Ce centre d’excellence pourra favoriser les échanges d’étudiants et les échanges de chercheurs entre nos deux pays ; il contribuera à la naissance d’une filière jordanienne dans le domaine de l’énergie et, en particulier, dans le domaine de l’énergie nucléaire. Il pourra constituer un pôle de formation qui aura vocation à rayonner dans toute la région.

 

Confiance, encore, dans les grands projets du Royaume auxquels la France est heureuse de s’associer. Ce sont des projets qui sont à la fois vitaux pour l’avenir de la Jordanie, mais qui sont aussi essentiels pour la région tout entière. Votre pays a des atouts incontestables, sa situation de carrefour entre la Mer Rouge, la Méditerranée et le Croissant Fertile ; la richesse de ses ressources humaines ; la qualité de ses relations avec tous ses voisins. En relevant les défis nationaux de l’eau et de l’énergie, en modernisant les réseaux de transport et de communication, la Jordanie deviendra un pôle de développement au cœur de toute la région, et elle sera aux avant-postes du Proche-Orient de demain.

 

Confiance enfin dans l’engagement de la Jordanie en faveur de l’Union Pour la Méditerranée, cette Union Pour la Méditerranée qui doit devenir le catalyseur des grands projets dans les secteurs de l’eau, de l’environnement, de l’énergie et des transports. Depuis le début, la Jordanie fait preuve d’un dynamisme exemplaire au service de l’Union Pour la Méditerranée, et vient en témoigner la nomination récente de Monsieur Ahmed MASSADEH à la tête de son Secrétariat Général. Ce projet de l’Union Pour la Méditerranée est un projet fondamental pour la paix et la prospérité de la région, il faut qu’il se distingue des projets précédents qui ont été des échecs ou des semi échecs. Et il ne peut s’en distinguer que par le lancement rapide de projets concrets, qui permettront de convaincre l’ensemble des pays méditerranéens que ce projet est bien celui qui permettra le rééquilibrage du développement entre les deux rives de la Méditerranée. En facilitant les échanges et les investissements, la Jordanie doit aujourd’hui aider à fédérer les efforts pour une meilleure intégration régionale entre les pays du bassin méditerranéen. Enfin, mon troisième message est un message d’engagement. Je suis venu ici, à Amman, pour développer entre la France et la Jordanie un partenariat global ambitieux, un partenariat commercial, un partenariat d’investissement et un partenariat technologique. A vrai dire, si les investissements français sont importants en Jordanie, les exportations françaises vers la Jordanie sont encore modestes. La France était en 2008 le 3eme exportateur européen en Jordanie, derrière l’Allemagne et l’Italie, mais seulement le 13e en général. Tout cela pour un montant relativement faible, de l’ordre de 353 millions d’euros. Et ces exportations sont encore beaucoup trop dépendantes des grands contrats.

 

De la même manière, les exportations – et vous me l’avez dit ce matin Monsieur le Premier ministre, jordaniennes à destination de la France restent insuffisantes. En revanche, la France est au premier plan pour les investissements, elle est le 1er investisseur étranger en Jordanie hors pays arabes et le 3e globalement, avec des investissements directs évalués aujourd’hui à plus de 1,3 milliard de dollars. Une trentaine d’entreprises françaises ont investi ici et contribuent au développement de l’économie jordanienne. Nous en avons un très bel exemple aujourd’hui même, avec le lancement des services de technologie 3G en Jordanie par ORANGE. Et vous me permettrez de vous dire que je suis particulièrement heureux de pouvoir assister aujourd’hui au lancement de ces services, car j’ai été le ministre des Télécommunications qui a engagé la privatisation de FRANCE TELECOM, qui a abouti à la création de cette entreprise mondiale qui a aujourd’hui un aussi grand succès. Avec le centre technologique régional d’Orange implanté à Amman, avec l’accord minier qui vient d’être signé avec AREVA, avec les projets en cours dans les secteurs de l’énergie nucléaire et de l’eau, un partenariat technologique de grande très grande ampleur est en train de voir le jour entre la France et la Jordanie. Ce partenariat a besoin de nos grandes entreprises, mais il a aussi besoin de nos petites et moyennes entreprises, dont je voudrais saluer les dirigeants qui m’accompagnent aujourd’hui. Les PME jordaniennes ont montré leurs talents sur le marché régional, voire sur le marché mondial, et nous l’avons vu avec la réussite du moteur de recherche « Maktoub ». A présent nous devons travailler ensemble à des alliances entre les PME de nos deux pays. Les entreprises françaises qui sont présentes en Jordanie dans le domaines de l’eau, de l’énergie, de l'environnement des transports suivent avec beaucoup d’intérêt tous les grands projets à venir, je pense évidemment en premier lieu au projet nucléaire, aux projets portuaires et ferroviaires et au canal Mer Rouge-Mer Morte. Je souhaite que nous puissions développer de nouveaux partenariats pour contribuer à les réaliser.

 

Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs, cette convention d’affaires doit marquer un progrès dans nos relations économiques. Et je remercie de tout cœur les nombreux chefs d’entreprise jordaniens qui sont aujourd’hui parmi nous. Je veux aussi rendre hommage aux entrepreneurs français installés en Jordanie, et à ceux qui ont choisi de m’accompagner au cours de cette visite. Nous mettons en œuvre avec nos gouvernements les meilleures conditions pour que vos entreprises puissent se développer, nouer des partenariats et investir dans nos deux pays. Mais maintenant, c’est à vous qu’il revient de jouer le ballon, ce sont vos initiatives et vos énergies qui permettront à nos deux pays d’agir ensemble pour le développement, mais aussi pour la prospérité et pour la paix de la Jordanie, du Proche-Orient tout entier.

 

Permettez-moi de conclure en disant, comme c’est notre tradition : Vive la Jordanie ! Vive la France et vive l’amitié franco-jordanienne.

 

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rencontre avec la communauté française

 

 

Madame l’Ambassadeur, mes chers compatriotes, je voudrais vous dire combien, avec les membres du gouvernement qui m’accompagnent et les parlementaires, je suis heureux de vous retrouver pour vous remercier, pour vous rendre hommage, à vous qui incarnez la France et qui êtes les acteurs de ses succès en Jordanie et au Proche-Orient. Je suis venu accompagné d’une délégation importante, de membres du gouvernement, de parlementaires et de près d’une trentaine de chefs d’entreprise. Cela a un sens parce que la Jordanie est un pôle de stabilité, de modernité, de croissance dans la région. Et la France accorde, vous le savez, une grande importance aux liens qu’elle entretient avec ce pays.


Ces liens sont forts, mais nous avons constaté tout au long de notre séjour aujourd’hui qu’ils peuvent connaître de nouveaux développements. La Jordanie est en train de mettre en œuvre de grands projets auxquels la France entend contribuer et au fond c’est cette dynamique que je suis venu lancer. Nous sommes le premier investisseur étranger du Royaume, hors pays arabes: plus d’1,3 milliards de dollars d’investissements directs. La France a pleinement soutenu le mouvement de modernisation lancé par le Roi ABDALLAH II. Nos entreprises ont su profiter des mesures de privatisation qui ont été adoptées il y a dix ans et je crois qu’on peut dire qu’elles ont contribué très activement au dynamisme de l’économie jordanienne. Aujourd’hui, les grands projets où s’engage la Jordanie concernent justement des secteurs où la France a des compétences reconnues : l’eau, l’énergie et en particulier l’énergie nucléaire, les transports ou encore les télécommunications.

Bien sûr, la concurrence sera forte, la Jordanie est un pays attractif. Alors notre rôle, c’est d’être compétitifs, c’est de réagir vite, c’est de mettre en valeur nos savoir-faire. Et c’est naturellement la mission de la ministre des Finances et de l’Economie qui se bat chaque jour pour que l’économie française soit plus compétitive, soit plus réactive et qu’en particulier elle sache se saisir de toutes les opportunités qu’offre la mondialisation. Mais la relation franco-jordanienne ne repose pas seulement sur l’excellence de nos liens politiques et économiques. Elle se développe et elle s’approfondit aussi grâce à nos échanges culturels et scientifiques. A Jerash, en quinze minutes montre en main, j’ai voulu saluer la confiance qui marque – ce n’est pas parce que je voulais le faire en quinze minutes, vous avez bien compris – la confiance qui marque depuis trente ans notre coopération en matière de sciences humaines et d’archéologie grâce à l’Institut français pour le Proche-Orient. Henri LOYRETTE, le directeur du musée du Louvre, et Dominique BAUDIS, le président de l’Institut du Monde Arabe qui m’accompagnent, peuvent témoigner des relations culturelles déjà étroites qui existent entre nos deux pays. Et Frédéric MITTERRAND a eu ce matin l’occasion de les renforcer en signant, notamment avec les autorités jordaniennes, un accord en faveur de la coproduction cinématographique.

Au cours de cette visite, j’ai aussi parrainé la signature d’un accord de coopération qui prévoit la création d’un centre d’excellence scientifique. Il s’agit de former des étudiants et des chercheurs dans les domaines stratégiques du nucléaire, des transports, de l’eau et des télécommunications. Vous voyez qu’entre la France et la Jordanie, la dynamique de ce dialogue est remarquable.

Il y a, dans le royaume, un engouement pour la langue française. Elle est enseignée dans 180 établissements secondaires. Deux mille étudiants sont inscrits dans notre centre culturel de Djebel Webdeh. Et l’Ecole française d’Amman va doubler d’ici deux ans ses capacités d’accueil, tant sa croissance est forte.

Mes chers compatriotes, tous ces succès, tous ces liens d’amitié entre nos deux pays, c’est très largement à vous que nous les devons. La vitalité des liens franco-jordaniens vient d’abord de celle de votre communauté, qui ne cesse de se développer : les Français sont de plus en plus nombreux à vivre en Jordanie ; notre communauté s’est accrue de près de 60% en dix ans. C’est vous qui contribuez au rayonnement culturel de notre pays. C’est vous qui incarnez ici une tradition française d’écoute, de compréhension du pays et de sa région. C’est vous évidemment qui faites le succès de nos chantiers. Mener une campagne d’exploration minière en trois ans – là où d’habitude il en faut six ; transformer en deux ans l’aéroport d’Amman en une plate-forme régionale de premier plan ; installer la téléphonie de troisième génération dans un délai de six mois, voilà quelques exemples des réussites françaises que les uns et les autres vous avez portées.

Ces réussites témoignent de l’esprit de défi qui vous lie à ce pays d’avenir. Et je veux vous dire que la croissance de la communauté française et l’importance du rôle qu’elle joue nous rendent très attentifs à la qualité de ses conditions de vie. Je pense en particulier aux questions qui touchent à la scolarité et aux études. L’Ecole française d’Amman devrait devenir, d’ici la rentrée 2012, un grand lycée français, situé au sud de la ville, dans un environnement agréable et à proximité des établissements les plus prestigieux du royaume. Et pour que nos bacheliers puissent poursuivre leurs études à la fois en France et en Jordanie, nous avons enfin obtenu le principe d’une reconnaissance mutuelle des diplômes et ouvert en outre la négociation d’un accord sur l’équivalence des notes.



Je veux également vous dire que nous avons décidé de répondre à une demande très ancienne, qui concernait la représentation au Parlement des Français vivant à l’étranger. Vous étiez jusqu’alors représentés très bien par des sénateurs et par des sénatrices mais pas par des députés. Eh bien, nous avons changé cela et dès les prochaines législatives, vous élirez onze députés parce que je crois qu’il était normal, qu’il était important que les Français de l’étranger puissent ainsi exercer leur citoyenneté de façon pleine et entière.

Enfin, mes chers compatriotes, vous ne m’en voudrez pas si je vous donne quelques nouvelles de votre pays, vous qui vivez dans un pays qui se modernise, dans un pays qui se lance dans de grands projets, dans un pays dont la croissance est forte, vous savez mieux que quiconque ce que signifie la mondialisation. Vous savez qu’aucune nation ne peut plus se reposer sur d’anciennes prééminences. Nous devons sans cesse ressourcer notre inventivité. Nous devons à chaque instant faire la preuve de notre valeur. Sous l’impulsion du Président de la République, nous avons engagé la France dans un processus de réformes dont le principal objectif est au fond très simple : c’est de renforcer le rang de la France dans la compétition internationale.

Plus de 80% des réformes promises ont été engagées. La première année du quinquennat, nous l’avons consacrée à libérer les énergies. Nous avons desserré les carcans, desserré le carcan des 35 heures en défiscalisant les heures supplémentaires ;desserré le carcan de l’imposition , que nous avons ramenée dans la moyenne des pays européens ; desserré le carcan qui paralysait nos universités en leur accordant l’autonomie.

La deuxième année, nous avons dû faire face à une crise économique et financière qu’évidemment personne n’avait prévue. Nous avons résisté à cette crise. Nous y avons mieux résisté que la plupart de nos grands partenaires et je crois que c’est pour une très large part grâce à la réactivité de notre plan de relance et au mouvement de réforme qui a été engagé.

Dans cette troisième année, nous mettons tout en œuvre pour élever notre niveau de compétitivité pour faire en sorte que notre pays profite le mieux possible de la reprise qui s’annonce. En effet, vous le constatez sans doute encore mieux que nous, la crise économique et financière a accéléré le mouvement de transfert des richesses des vieux pays développés vers les pays émergents. En 2010, la zone euro connaîtra une croissance de l’ordre de 1%. La France est créditée pour le moment de prévisions de l’ordre de 1,4 ou 1,5%, elles sont donc les meilleures de la zone euro ; mais dans le même temps, la croissance de la Chine dépassera 10%, celle de l’Inde sera de plus de 7%  et la croissance mondiale sera entre 4 et 5%.

Nous ne sommes en réalité qu’au début des bouleversements que la mondialisation nous réserve. Et face à ce défi considérable que nous devons relever, nous avons la responsabilité de mobiliser toutes nos forces si nous ne voulons pas connaître de déclin. Ce tournant historique, il faut le négocier maintenant. C’est maintenant qu’il faut aller chercher la croissance. Il faut aller chercher la croissance d’abord en misant sur l’investissement – notre pays n’a pas assez investi ces vingt dernières années. Depuis 2007, avec le crédit impôt recherche, nous avons soutenu les efforts de recherche et développement des entreprises. Aujourd’hui, dans le grand emprunt, nous allons affecter 35 milliards d’euros à des projets d’avenir dans le domaine de l’aéronautique – l’avion du futur – la voiture électrique, les lanceurs spatiaux de demain, les biotechnologies ou encore les réseaux à très haut débit. Au fond, nous voulons refaire ce qu’avaient fait le Général de GAULLE et Georges POMPIDOU dans les années 60, lorsque quasiment dans la même année, ils avaient lancé le programme électronucléaire français, le programme aéronautique qui a abouti à AIRBUS et le programme qui s’était traduit par la construction des trains à grande vitesse.

Ensuite, la croissance, nous la saisirons en développant notre compétitivité. Nous avons en 2010 supprimé la taxe professionnelle, cet impôt qui pesait sur les investissements des entreprises et grâce à cette suppression, nous allons réinjecter en 2010, 12 milliards d’euros supplémentaires dans le circuit économique, au moment où nos entreprises ont le plus besoin de ces moyens pour profiter de la croissance.

Enfin, notre troisième priorité, pour être au rendez-vous de la reprise et de la compétitivité, c’est la maîtrise de nos finances publiques. Vous savez bien que ça fait trop longtemps que l’Etat est en déficit, plus de trente-cinq ans. Nous ne pouvons pas continuer à courir après le remboursement des emprunts que ce déficit nous oblige à entretenir. Nous avons, dès 2007, pris des mesures pour réduire nos dépenses publiques en les rationalisant. En trois ans, nous avons réduit de 100.000 postes les effectifs de la fonction publique, en décidant de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Ce n’est pas une décision facile, mais c’est une décision qui est indispensable si nous voulons réduire la dépense publique qui se traduit dans notre pays par deux chiffres simples que tout le monde est capable de comprendre : d’un côté, les prélèvements obligatoires qui sont parmi les plus élevés du monde, sont à 41% de notre richesse nationale, 41% de ce qui est produit par les Français est prélevé par l’Etat, par les collectivités locales ou par le système social ; mais de l’autre côté, nous dépensons dans le secteur public 55% de la richesse qui est produite par nos compatriotes. C’est une situation qui ne peut plus durer. Nous avons l’obligation de rationaliser l’organisation de l’Etat. Nous allons maintenant réfléchir ensemble pour préserver notre système de retraite et notre protection sociale, en cherchant à les rendre compatibles avec l’amélioration de nos finances publiques. Et puis nous devons rationaliser notre organisation territoriale et c’est la raison pour laquelle nous débattons actuellement au Parlement d’une réforme des collectivités territoriales qui vise à en simplifier l’organisation.

La lutte contre les déficits, au fond c’est une question de morale, parce que ce n’est pas aux générations futures de payer nos factures. Mais c’est aussi une question d’efficacité économique, parce que le fardeau des déficits pèse dès aujourd’hui sur la croissance. Et enfin c’est une question sociale, parce que le remboursement de la dette, c’est autant d’argent qui ne peut pas aller à la solidarité. Et puis c’est une question politique, c’est une question d’indépendance parce que quand un pays passe son temps à emprunter et à rembourser, alors il est moins libre de ses choix. Et au fond, la compétition mondiale, c’est d’abord une compétition économique, mais c’est aussi plus profondément une compétition existentielle. Et si nous réformons notre pays, c’est d’abord parce que nous voulons préserver notre pouvoir de décision. Nous réformons pour que la voix de la France continue d’être entendue dans le monde. Nous réformons pour que notre pays puisse porter haut et fort les valeurs de justice, de démocratie et de progrès dont il a héritées tout au long de son histoire.

Vous qui vivez hors de France, vous savez souvent mieux que ceux qui vivent sur le territoire national, qu’être Français, cela signifie quelque chose. Il y a une histoire, il y a un message, il y a une certaine idée de la France, et bien souvent les expatriés sentent qu’ils incarnent tout cela aux yeux des habitants du pays qui les accueillent. Eh bien pour moi, il faut rappeler la richesse de cette idée française qui n’est ni de droite ni de gauche. Etre fier de son identité pour être plus ouvert sur les horizons internationaux ; rassembler nos concitoyens autour de ce qu’il y a de grand dans le destin et dans le projet de notre pays ; donner à la République autant qu’elle nous donne : voilà ma conception de la France.

Le monde a besoin d’une France forte, il a besoin d’une France qui ait confiance en elle parce que je crois que les positions que nous soutenons sont des positions qui sont justes. Nous voulons que la gouvernance mondiale soit équitable, nous voulons qu’elle prenne en considération les pays émergents et c’est la raison pour laquelle nous avons été à l’origine de la création du G20 qui va supplanter ce G8 qui au fond prétendait gouverner le monde en ignorant les pays émergents. Nous voulons qu’elle fasse progresser le dialogue entre le Nord et le Sud et c’est pour ça que nous avons lancé l’Union pour la Méditerranée dans laquelle la Jordanie joue un rôle remarquable. Nous voulons que la gouvernance mondiale soit raisonnable et c’est la raison pour laquelle la France a été aux avant-postes de la définition des nouvelles règles qui doivent encadrer les excès de la finance mais sans mettre la croissance en péril. Et puis nous voulons que la gouvernance mondiale soit durable et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes battus à Copenhague, pour que soit créée une instance internationale chargée de l'environnement. Nous n’avons pas obtenu gain de cause mais je suis confiant sur le fait que nous allons gagner cette bataille, parce que c’est une évidence que le monde a besoin aujourd’hui, comme il avait besoin des Nations unies pour assurer l’établissement de la paix et le respect des relations internationales, le monde a besoin aujourd’hui d’une organisation internationale qui soit chargée de faire respecter les règles et d’assurer que les programmes que les nations mettent en œuvre pour le développement durable concourent bien à lutter contre les changements climatiques.

Voilà, Mesdames et Messieurs, mes chers amis, je pense que l’avenir du Proche-Orient passera par la Jordanie parce que la Jordanie est dans la région un carrefour, un pôle de développement, un centre de stabilité. Et en témoignant ici des talents et des valeurs de la France, vous contribuez grandement au développement d’une relation stratégique, d’une relation déjà forte, mais d’une relation qui est je crois encore promise à un plus bel avenir.

Alors je voudrais du fond du cœur vous remercier et dire avec vous : vive la République et vive la France !

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 11:22

François Fillon fait le point avec la presse de son voyage en Syrie à Damas le 20 février 2010. (en version vidéo et version écrite intégrale)


François Fillon clôture du Forum économique à Damas le mardi 23 Février 2010. (en version vidéo et version écrite intégrale)


François Fillon rencontre la communauté française de Damas le 20 février 2010. (en version vidéo et version écrite intégrale)


Conférence de presse commune des Premiers Ministres
 

BENJAMIN SPORTOUCH - AGENCE FRANCE PRESSE :

Monsieur François FILLON, est-ce que vous avez évoqué avec votre homologue et avec le président syrien le cas de Clotilde REISS qui est toujours retenue à Téhéran. Est-ce que la Syrie accepte à nouveau de faire une médiation comme l’avait fait au mois d’août dernier. Et enfin avez-vous évoqué la question des droits de l’homme en Syrie avec le Président AL-ASSAD et le Premier ministre, l’opposition politique ici étant difficilement audible. Merci.

 

FRANÇOIS FILLON :

J’ai effectivement évoqué avec le président AL-ASSAD hier soir la question des droits de l’homme, la France évoque cette question lorsqu’elle l’estime nécessaire, et nous avons eu une conversation franche et directe sur ce sujet. J’ai évoqué également la question de Clotilde REISS, injustement détenue en Iran, je l’ai fait pour remercier le gouvernement syrien, qui a relayé le message du gouvernement français auprès du gouvernement iranien.

Madame REISS est une jeune femme innocente, qui n’a aucune raison d’être détenue et qui doit être libérée dans les meilleurs délais et sans condition. Voilà tout simplement le message que nous passons au gouvernement iranien et je veux encore une fois remercier le Président AL-ASSAD de nous avoir aidés à relayer ce message.

 

JOURNALISTE DE LA TELEVISION NATIONALE SYRIENNE :

Monsieur François Fillon, vous avez confirmé avant votre venue à Damas, votre espoir de fonder un partenariat global entre la Syrie et la France. Sur quels éléments fondez-vous cet espoir ?

 

FRANÇOIS FILLON :

Ca n’est pas parce que nous avons des désaccords que nous ne devons pas parler ensemble et rechercher comment justement faire disparaître ces désaccords. C’est quand on ne se parle pas que les tensions augmentent, et que les risques d’incompréhension et de conflit surgissent. Et le choix que nous avons fait avec le Président de la République c’est de parler avec la Syrie, franchement et sincèrement. La Syrie a des positions, elle les défend, nous avons les nôtres, nous les défendons et nous essayons de rapprocher nos points de vue. Ce que nous constatons depuis que nous avons pris cette initiative c’est que beaucoup de sujets qui étaient des sujets difficiles, des sujets de blocage, des sujets d’incompréhension, entre nous, ce sont considérablement améliorés. J’ai évoqué la situation au Liban, j’ai évoqué les efforts pour relancer le processus de paix, et en particulier pour relancer le dialogue entre la Syrie et Israël, tout ceci ce sont des points positifs qui montrent que nous avons eu raison d’engager ce dialogue et de faire confiance au fond à la sagesse des uns et des autres dans le cadre d’un échange qui est un échange franc, qui est un échange transparent, qui est un échange sincère. La Syrie est un grand pays, c’est un vieux pays, c’est un pays puissant, c'est un pays dont l’économie est en plein développement, il a évidemment un rôle absolument clé à jouer pour la stabilité et pour la prospérité du Proche Orient. Sans la Syrie il n’y a aucune chance que cette stabilité et cette prospérité ne s’installent de façon durable. Voilà. Et donc il y avait toutes les raisons pour la France d’engager ce dialogue et ce partenariat. Et encore une fois je l’ai dit tout à l’heure, je constate avec beaucoup d’intérêt que ce dialogue, après avoir été beaucoup critiqué, est aujourd’hui suivi, imité par beaucoup d’autres et je me réjouis qu’en particulier les Etats-Unis aient finalement choisi la même voie que celle que la France avait choisie il y a deux ans.

 

YAEL GOOSZ - EUROPE 1 :

Question au Premier ministre François FILLON. Est-ce que l’affaire du Mossad est de nature à ternir les relations de la France avec Israël. On sait qu’un passeport français a été utilisé pendant l’opération à Dubaï. Et puis nous avons appris il y a deux heures le suicide par pendaison dans sa cellule de Jean-Pierre TREIBER. Est-ce que selon vous la responsabilité de l’administration pénitentiaire est en cause, dans une affaire on le sait qui a défrayé la chronique après sa longue cavale ?

 

FRANÇOIS FILLON :

Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de cette affaire de Dubaï. Et j’espère que toute la lumière sera faite sur les responsabilités des uns et des autres dans cet assassinat. Ce que je veux dire d’abord c’est que la France condamne l’assassinat. L’assassinat n’est pas un mode d’action en matière de relations internationales. Et tous les assassinats, d’où qu’ils viennent, quels que soient ceux qui les commanditent, doivent être condamnés. La France condamne la violence d’une façon générale, l’usage de la violence dans les relations internationales et tout particulièrement ses pratiques. Deuxièmement, comme les Britanniques et comme les Allemands nous avons demandé aux autorités israéliennes des explications puisqu’un passeport français a été utilisé dans le cadre de cette opération. Et naturellement nous voulons connaître toute la vérité sur ce sujet.

 

Sur la deuxième question qui concerne vraiment les affaires franco-françaises j’ai appris comme vous il y a quelques instants le suicide de monsieur TREIBER. Vous comprendrez que je n’ai pas d’élément pour vous dire quelles sont les responsabilités dans ce suicide. Je vous répondrai quand j’aurai plus d’éléments pour le faire.

 

Un dernier mot, peut-être, pour reprendre le sujet de la situation en Iran par rapport à la question qui était posée tout à l’heure. Il va de soi que la France a une vision un peu différente de celle de la Syrie sur la situation en Iran, s’agissant de la question nucléaire. Nous avons pris connaissance du nouveau rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien, il est très préoccupant, il décrit avec beaucoup de précisions la poursuite des activités d’enrichissement de l’Iran qui sont des activités qui violent très directement les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Conseil des gouverneurs de l’AIEA. Nous avons fait des propositions à l’Iran depuis plusieurs mois pour dialoguer et pour coopérer. Pour le moment toutes ces propositions ont été refusées et donc avec nos partenaires nous n’avons pas d’autres choix, au vu de ce constat, et si la situation n’évolue pas que de rechercher l’adoption dans les prochaines semaines de nouvelles mesures par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

JOURNALISTE DE AL-MANAR :

Monsieur le Premier ministre. Il est clair que la France veut jouer un rôle dans la reprise des négociations entre la Syrie et Israël. Mais, dans le même temps, la Syrie souhaite que la France apporte son soutien aux discussions déjà engagées par l’intermédiaire de la Turquie. Est-ce qu’il y a des éléments nouveaux sur cette question compte tenu des menaces actuelles d’Israël sur le Liban et la Syrie ?

 

FRANÇOIS FILLON :

Le Président AL-ASSAD m’a redit hier son souci de voir la France prendre des initiatives en liaison avec la Turquie. Le Président de la République française a indiqué à plusieurs reprises que la France y était tout à fait disposée. Nous souhaitons aussi que la Turquie joue un rôle important de médiation dans la recherche de solutions au conflit du Proche Orient. Ce conflit dure depuis trop longtemps, les solutions pour le résoudre sont des solutions qui sont connues, la France les défend, elle les soutient, et nous nous pensons qu’il n’y a pas de temps à perdre. Et que le temps n’est l’allié de personne dans cette affaire. Et toutes les bonnes volontés sont évidemment les bienvenues, et nous aurons dans les prochaines semaines des conversations avec le gouvernement syrien, avec le gouvernement israélien, avec le gouvernement turc pour voir comment reprendre, dans les meilleurs délais, ce processus de dialogue.

 

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Clôture du Forum économique

 

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs,

 

Je voudrais vous dire combien je suis honoré d’avoir l’occasion de dire le mot de la fin de ce forum économique. Je voudrais d’abord commencer en remerciant les représentants économiques syriens dont la mobilisation témoigne de la confiance qu’ils ont choisi d’accorder aux entreprises françaises. Je pense que c’est une mobilisation qui témoigne aussi du tournant qu’ont pris les relations franco-syriennes depuis 2 ans, tournant que nous sommes bien décidés à faire prospérer. La France a été le premier pays à faire le choix d’un dialogue franc et sincère avec la Syrie, je note qu’il avait été assez fortement critiqué lorsque le président de la République française avait choisi cette orientation et qu’il est aujourd’hui imité par beaucoup d’autres pays, à commencer par les Etats-Unis. La présence à mes côtés de plusieurs membres du gouvernement, d’une importante délégation de parlementaires et d’une trentaine de chefs d’entreprise français est le signe de notre implication. Je crois en effet aujourd’hui que toutes les conditions sont réunies pour lancer notre partenariat économique vers une nouvelle dynamique. D’abord, nos deux pays partagent la même volonté de se réformer, depuis 2007 nous avons engagé en France un processus de modernisation très ambitieux.

 

Depuis 2000, sous l’impulsion du président Bachar AL-ASSAD, votre pays s’est lui aussi engagé dans une ère de réformes qui touche pratiquement à tous les domaines. En 10 ans, la Syrie a opéré une révolution économique silencieuse, en évoluant d’une économie fermée où prévalaient les monopoles publics et les prix administrés vers une économie ouverte sur l’économie mondiale. La liste de toutes vos avancées est impressionnante, la quasi-totalité de votre législation est neuve : le Code du commerce, le Code maritime, le droit des sociétés, la loi qui incite les investissements, la loi organique de finances, la loi fiscale, la loi bancaire. Les banques privées ont retrouvé leur place après 40 ans d’absence et votre bourse a rouvert ses portes. Et les résultats sont là puisque votre croissance est élevée depuis plus de 5 ans, et vous avez bien résisté à la crise économique et financière mondiale. Bien entendu il reste du chemin à parcourir, pour qu’un processus de réforme conserve toute sa fluidité et toute sa cohérence, il doit naturellement être permanent. Mais vous vous êtes engagés sur la voie de l’innovation et je ne doute pas que vous allez continuer à aller de l’avant, par exemple en explorant la piste du partenariat public-privé. Depuis 2005, les investissements étrangers décollent en Syrie, c’est le signe que votre attractivité se renforce et que la confiance des investisseurs s’approfondit. Je veux vous dire que la France a toujours été disponible pour apporter son expertise à chaque fois que vous l’avez souhaitée, votre gouvernement Monsieur le Premier ministre rappelle d’ailleurs souvent avec humour que puisque les textes syriens sont pour la plupart hérités du mandat français, il nous revient aussi de les rénover avec vous.

 

La France s’est résolument engagée à soutenir le mouvement de réformes ambitieux que vous conduisez, depuis 2003 notre appui à la modernisation économique a été constant, si bien qu’aujourd’hui notre coopération économique et financière érige de très nombreux projets. Et grâce au travail de nos agences de coopération, nos champs de coopération couvrent des domaines aussi divers que la mise en place de la TVA, la sécurité routière, la question des normes, la concurrence ou encore la gestion de la trésorerie de l’Etat. Nous soutenons aussi vos efforts pour moderniser votre administration, en apportant notre concours à la formation des cadres de votre Fonction publique, notamment grâce au partenariat qui a été noué avec beaucoup de succès entre l’Institut National de l’Administration syrien et l’Ecole Nationale d’Administration française. Bien ! Je voulais vous dire que toutes ces réformes, nous allons naturellement continuer à les soutenir, nous allons continuer à les soutenir parce que nous y croyons. Et aujourd’hui si 30 entreprises françaises m’accompagnent, c’est parce qu’elles ont choisi soit de se développer en Syrie où elles avaient déjà une implantation soit de s’y installer.

 

La Syrie présente tous les atouts d’une plateforme régionale majeure, qui ouvre un accès direct à 5 pays par voie de terre ou de mer, et avec ce forum nous avons voulu permettre aux entrepreneurs de nos deux pays de partager leur perception des défis à venir. Désormais, votre pays est définitivement arrimé au commerce international, bientôt nous espérons que vous serez aussi partenaires à part entière de l’Union européenne. Vous savez que c’est une cause que nous avons très fortement soutenue lorsque nous avions la présidence de l’Union européenne. Notre coopération dispose d’atouts exceptionnels, je pense à l’existence d’une culture administrative et économique commune qui permet à nos cadres, dans le secteur public comme dans le secteur privé, d’agir de concert. Bien évidemment, la place privilégiée qu’occupe notre langue dans votre pays est aussi un atout de taille, à tel point que je pense qu’il ne serait pas si difficile demain d’imaginer soit la création d’une université franco-syrienne soit celle d’une Ecole de Commerce franco-syrienne.

 

En 2009, nous avons encore intensifié nos échanges commerciaux, mais les relations économiques entre nos deux pays – et nous nous en sommes faits mutuellement la réflexion ce matin – demeurent très, très inférieures à leur potentiel. Nous devons passer à la vitesse supérieure et nous devons intensifier nos partenariats. Plusieurs entreprises ont déjà ouvert la voie ou se sont implantées sur le marché syrien avec succès, auprès des consommateurs ou encore du secteur public. Je pense à LAFARGE, je pense à TOTAL, à l’entreprise BEL ou encore à AREVA T & D, à BULL ou à SOFRECOM. La Compagnie Maritime d’Affrètement, Compagnie Générale Maritime a même initié un partenariat public-privé dans le domaine de la gestion des ports. Ce sont des réussites très encourageantes qui montrent que nous pouvons aller beaucoup plus loin, et c’est la première mission du club d’entrepreneurs franco-syriens, mais c’est aussi celle du MEDEF international et celle de chacun d’entre-vous ici.

 

Dans les secteurs d’excellence qui sont les nôtres, qui sont reconnus au plan international, j’ai la certitude que nous avons une expertise irremplaçable à apporter. Je pense au développement des énergies renouvelables grâce à l’implantation de fermes éoliennes et de centrales solaires, je pense évidemment aux transports et, dans ce domaine, la construction du métro de Damas et celle du nouveau terminal d’aéroport pourraient être emblématiques d’une coopération fructueuse entre nos deux pays. Ensuite, nous pourrions contribuer à développer avec vous le tourisme, le secteur agroalimentaire où nos entreprises ont une expertise considérable, le traitement et la distribution de l’eau et partager notre expérience en matière de préservation de l’environnement. Toutes ces expertises, nous voulons vous les apporter en alliant coopération institutionnelle et savoir-faire d’entreprise. Et les accords que nous allons signer dans quelques instants vont venir consolider notre action de soutien à votre processus de modernisation et, j’espère, ouvrir la voie à de nouvelles coopérations entre nos deux pays.

 

Monsieur le Premier ministre, je voudrais une nouvelle fois vous remercier de votre accueil et vous dire que la relation franco-syrienne est une relation qui est résolument tournée vers l’avenir. Et cet avenir, il est en grande partie entre les mains des responsables des entreprises qui sont avec nous ce matin.


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rencontre avec la communauté française en Syrie
 

Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes, d’abord je voudrais remercier monsieur l’Ambassadeur pour l’organisation de cette rencontre qui me donne l’occasion de m’adresser à nos compatriotes en Syrie. Je veux d’abord vous dire que votre implantation en Syrie, qu’elle soit récente ou qu’elle soit plus ancienne, fait de vous les premiers observateurs d’un pays attachant et d’un pays en pleine transformation. En dix ans, la Syrie a opéré une révolution économique, passant d'une économie fermée à une économie ouverte sur le monde. En dix ans, il a rénové la quasi-totalité de sa législation et ça fait une bonne raison pour que la France souhaite aujourd’hui créer avec la Syrie les conditions d’un partenariat durable et constructif. C’est une nécessité économique, naturellement. C’est une nécessité culturelle mais c’est aussi et surtout une nécessité géopolitique. Mais avant de vous parler des relations entre la France et la Syrie, je voudrais vous dire un mot de la France.

 

Depuis 2007, notre pays a changé. Avec le Président de la République, nous avons engagé toutes les réformes promises parce que nous pensons que le respect des engagements est au cœur de la confiance démocratique. Nous sommes allés vite pour tenter d’éviter les blocages et notre pays qu’on disait immobile s’est mis en mouvement. La réforme des universités, attendue depuis si longtemps, celle des régimes spéciaux de retraites sont deux exemples qui montrent que l’idée que la France refuse les réformes, que la France est rétive au changement, que la France refuse de rompre avec ses vieux conservatismes, est une idée fausse. Notre peuple qu’on disait parfois résigné, n’a pas succombé au choc de la récession et avec beaucoup de sagesse et sens de l’intérêt général, il n’a devant la crise économique et financière mondiale ni paniqué, ni baissé les bras. Désormais, nous sommes confrontés à trois grands défis. Le premier, c’est celui de la mondialisation : chacun doit être conscient que la crise économique et financière que nous venons de traverser, loin d’avoir rétabli les équilibres entre les pays émergents et les vieux pays industrialisés, les a au contraire creusés. Si on nous promet 1,5% de croissance pour l’année 2010, ce qui est un beau résultat puisque c’est presque deux fois ce que l’on prédit pour l’ensemble de la zone euro, pendant le même temps, la Chine fera plus de 10, l’Inde fera plus de 7% et la croissance mondiale sera entre 4 et 5%. Cela veut dire que le grand bouleversement de la mondialisation ne fait en réalité que commencer. Ca veut dire que le transfert de richesses des vieux pays développés vers les pays émergents est en train de s’accélérer et la France et l’Europe n’ont pas d’autre choix face à ce défi, que d’élever le niveau de leur compétitivité et le niveau de leur solidarité. Soit nous renonçons à cet effort, et alors notre déclin est inéluctable. Soit nous nous battons, par nos réformes, par notre innovation, par notre unité nationale, par notre solidarité européenne, et alors nous pourrons tenir notre rang.

 

Le deuxième défi, c’est celui des changements climatiques qui nous obligent à reconsidérer notre modèle de croissance et donc à réorganiser d’une certaine façon l’ensemble de notre économie. Là encore, il n’y a pas de fatalité mais il faut réagir et il faut en particulier que nous ayons la force de mettre le progrès scientifique, le progrès technologique au service de ces changements de modèle de croissance, de modèle économique pour que notre développement soit plus durable. Et puis enfin le troisième défi que notre pays doit affronter, c'est celui de son endettement parce que pour faire tout ça, ce serait plus facile si on avait des marges de manœuvre financière, si on pouvait prendre le temps, si on pouvait étaler un certain nombre de changements pour faire en sorte qu’ils soient moins brusques mais la réalité, c'est que comme nous accumulons des déficits depuis 35 ans, nous n’avons pas les marges financières nécessaires pour reculer les réformes et les choix qui sont indispensables.

 

Alors pour relever tous ces défis, on voit bien qu’on a besoin d’une mobilisation nationale. On a besoin de la mobilisation de nos forces économiques et de nos forces sociales qui doivent comprendre que tous ces défis leur sont communs et doivent être relevés à la fois par les forces économiques et par les forces sociales. Et c’est la raison pour laquelle avec le Président de la République, nous attachons tellement d’importance au dialogue social, à la rénovation des relations sociales dans notre pays. Nous avons lancé une réforme très ambitieuse de rénovation de la démocratie sociale qui vise en particulier à changer les règles de la représentativité syndicale pour avoir des grandes organisations syndicales puissantes et représentatives. Nous multiplions les rendez-vous avec les partenaires sociaux, cette semaine encore avec le Président de la République, nous recevions l’ensemble des partenaires sociaux pour établir le calendrier de ce dialogue. Et je voudrais vous faire remarquer et vous demander de noter que dans une crise économique et financière très dure qui naturellement a des conséquences en terme de chômage, en terme de pauvreté, eh bien les partenaires sociaux ont fait preuve d’un très grand sens des responsabilités, qui est d’ailleurs sans doute une des raisons qui a permis à notre pays de sortir de la récession plus vite que les autres pays européens.

 

Mobilisation aussi des citoyens parce que chaque Français doit mesurer qu’il faut qu’il donne à la France autant qu’elle lui donne. Si chacun croit pouvoir sauver ses acquis de son côté, sans efforts, sans partage, alors je vous le dis, il n’y a aucune chance que nous puissions garantir notre prospérité économique et notre modèle social. Et au fond tout ça m’amène à constater avec vous que jamais l’esprit républicain, l’esprit de la République, n’a été aussi évident, aussi légitime, aussi nécessaire.

 

Pour faire face à ces défis, nous avons des priorités immédiates et la première de ces priorités, c’est évidemment la reprise économique. En ce début d’année, on voit que l’activité repart mais aussi que la situation reste fragile. Il faut aller chercher la croissance et démentir les prévisions qui pourraient nous laisser penser que la France, comme souvent dans le passé, a un moteur plus lent au démarrage après les crises économiques, que les autres moteurs européens. Comment doper la reprise ? La première façon de le faire, c’est d’investir. Notre pays n’a pas assez investi dans le passé et nous avons choisi avec le Président de la République d’investir 35 milliards d’euros sur les filières les plus porteuses pour l’économie nationale. Au fond, de la même façon que dans les années 60, le Général de GAULLE dont l’ambassadeur me montrait à l’instant la photo sur les marches de cet escalier, avait décidé en même temps du lancement du programme électronucléaire français, du programme aéronautique qui a abouti à AIRBUS et du lancement du TGV, eh bien de la même façon aujourd’hui nous allons investir massivement sur l’avion du futur, sur les lanceurs spatiaux, sur les véhicules électriques, sur les réseaux à très haut débit, sur les biotechnologies et d’une façon plus générale sur nos universités et sur notre recherche. La deuxième façon de doper la croissance, c’est d’améliorer la compétitivité de l’économie française. On a beaucoup agi depuis deux ans de ce point de vue en mettant fin aux 35 heures obligatoires, en mettant en place un dispositif de crédit impôt recherche qui pour une fois fait de notre pays le pays le plus attractif des pays de l’OCDE en matière de fiscalité sur la recherche et sur l’innovation. Nous nous sommes au fond donné de nouvelles armes pour résister à la concurrence et pour aller à la conquête des marchés et nous venons de nous en donner une supplémentaire en supprimant avec bien des difficultés, un impôt, la taxe professionnelle, qui pesait sur les entreprises dans nos territoires et qui avait cette caractéristique unique au monde de taxer les investissements avant même que ces investissements aient pu produire quelle que richesse que ce soit. Grâce à cette réforme tellement discutée, tellement critiquée, tellement difficile à mettre en œuvre mais finalement votée et en application, nous allons en 2010 injecter d’un seul coup 12 milliards d’euros supplémentaires dans le circuit économique au moment où nos entreprises en ont le plus besoin pour prendre le vent de la reprise.

Et puis enfin la troisième et la dernière priorité s’agissant de la lutte pour la croissance économique et pour le développement durable de notre pays, c'est la lutte contre les déficits. Je vous le disais, ça fait 35 ans que tous les budgets de l’Etat ont été votés en déficit, ce qui interdit à quiconque, qu’il soit de droite ou de gauche, de donner quelque leçon que ce soit sur la situation qui est celle de notre pays. La vérité, c'est que tous les Français de moins de trente-cinq ans, pensent que ça marche comme ça et tous les Français de plus de trente-cinq ans, se disent que si ça a marché comme ça trente-cinq ans, ça va bien marcher comme ça encore quelques années. Non, ça ne marchera pas comme ça encore quelques années parce qu’aujourd’hui, le niveau des déficits dans les pays européens a atteint un seuil qui doit nous amener à réagir. C’est une question de morale. C'est une question de morale vis-à-vis des générations futures mais c’est aussi une question économique et sociale parce que le fardeau de la dette, le fardeau des déficits écrase notre croissance, rend difficile l’investissement et vous savez bien que sans croissance, sans investissement, c’est notre mode de vie au bout du compte et c’est notre modèle social que nous mettons en danger. C’est la raison pour laquelle nous avons engagé une réforme ambitieuse de l’Etat ; nous discutons actuellement au Parlement d’une réforme ambitieuse et difficile des collectivités locales et de l’organisation du territoire et enfin nous allons discuter dans quelques semaines avec les partenaires sociaux d’une réforme des retraites pour tenir compte de l’allongement de la durée de la vie.

 

Mes chers compatriotes, plus la mondialisation s’accentue, plus l’évidence européenne s’impose. Nous avons débloqué la question institutionnelle qui paralysait l’Union européenne après l’échec du référendum de 2005 mais désormais l’Europe doit viser le statut de puissance politique et de puissance économique. Et elle doit incarner un modèle de civilisation ouvert et en particulier ouvert sur les horizons méditerranéens. C’est la raison pour laquelle dans les années qui viennent, nous voulons compter la Syrie parmi les partenaires privilégiés de l’Europe. Vous savez que nous militons activement pour que soit signé l’Accord d’association entre la Syrie et l’Union européenne. Nous l’avons fait lorsque nous avions la présidence de l’Union européenne, nous continuons à le faire aujourd’hui parce que cet accord permettra de rapprocher encore un peu plus nos sociétés et nos économies.

 

Je sais que beaucoup d’entre vous ici sont les héritiers directs de notre passé commun avec la Syrie, qu’ils connaissent les liens privilégiés que nous entretenons avec elle. C’est justement parce que nous mesurons toute la valeur de ces liens que nous leur avons donné corps dans l'Union pour la Méditerranée. Notre objectif avec l’Union pour la Méditerranée, c’est de créer une vaste zone de prospérité autour du bassin de la Méditerranée, avec au fond un objectif qui peut paraître lointain mais qui est notre objectif, c’est que sur les deux rives de notre mer intérieure, eh bien au fond chacun parvienne à un niveau de développement qui soit comparable.

 

Nous sommes partis d’un raisonnement simple : après s’être entretués pendant des siècles et des siècles, les pays d’Europe occidentale ont choisi au lendemain de la Seconde guerre mondiale de se rassembler dans l’Union européenne autour de quelques projets concrets qui étaient au départ des projets en matière d’énergie et dans le domaine des matières premières. Eh bien pourquoi ne pas essayer maintenant de susciter, même si nous savons que c'est difficile, le même projet, le même état d’esprit entre les pays qui bordent les rives de la Méditerranée. Alors vous allez me dire que ce projet a bien des difficultés à démarrer, qu’on a du mal à en voir immédiatement les résultats mais c’est un projet de longue haleine et c’est déjà j’ai envie de dire, presque un miracle qu’on ait réussi à mettre l’ensemble des pays qui bordent de la Méditerranée autour de la même table pour porter la création de cette Union pour la Méditerranée.

Un mot de la visite que j’effectue avec plusieurs membres du gouvernement comme vous pouvez le constater : le ministre chargé des Relations avec le Parlement que j’ai voulu emmener s’aérer quelque peu car il a une des missions les plus difficiles qui consiste à essayer de faire voter l’ensemble de nos textes et de convaincre une majorité parfois imaginative, créative, une opposition qui naturellement s’oppose, de voter les textes ; le ministre de la Culture qui porte de grands projets de coopération avec la Syrie et la ministre de l’Economie et des Finances qui naturellement… qui est déjà venue en Syrie il y a quelques semaines et qui porte tous les espoirs d’une coopération économique accrue avec ce pays. Je suis accompagné de parlementaires qui représentent les groupes d’amitié entre les parlements français et syrien et puis d’une trentaine de chefs d’entreprise qui témoignent de la volonté des entreprises françaises de s’implanter et de se développer en Syrie.

 

Vous savez que dès le début de son mandat, le Président de la République s’est engagé en faveur de la reprise du dialogue avec la Syrie. Il a voulu que ce dialogue soit clair, qu’il soit assorti d’objectifs précis au service de la paix et au service de la stabilité dans la région. Ce choix a été salué par un tonnerre de critiques ou par beaucoup de scepticisme. Nous voyons aujourd’hui que c’était un choix judicieux et que les résultats que nous attendions, sont là. L’établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban, c’est une étape historique. Aujourd’hui, j’ai indiqué au président ASSAD que la France est prête à contribuer au dialogue nécessaire entre la Syrie et Israël. Dialoguer, ça ne veut pas dire naturellement être d’accord sur tout, ça ne veut pas dire se rejoindre sur tout mais je crois que nous avons tout à gagner à confronter nos points de vue, y compris et peut-être même surtout lorsque ces points de vue sont tellement éloignés, comme nous avons pu le constater au cours de notre visite sur la question si difficile de l'Iran. Je note d’ailleurs avec beaucoup de satisfaction que tous ceux qui nous critiquaient lorsque nous avons pris cette initiative, nous rejoignent puisque ce sera maintenant le tour des Etats-Unis de normaliser leurs relations avec la Syrie.

Le retour du dialogue politique a marqué un tournant tangible dans notre coopération économique. Tous ceux qui travaillent ici dans nos entreprises, qu’elles soient petites ou que ce soit de grandes entreprises françaises ou multinationales, savent que le marché du Proche-Orient est encore largement à conquérir. Et ils savent tout le travail que nous avons devant nous pour gagner les parts de marché et pour conquérir des nouveaux débouchés. Il existe entre la France et la Syrie un immense potentiel de coopération et je crois que le moment est vraiment bien choisi pour saisir cette chance, pour lancer nos partenariats économiques, institutionnels, culturels, dans une nouvelle dynamique.

 

Avec l'aide du musée du Louvre, nous nous sommes investis dans le développement des musées syriens. L’implication française dans la mise en valeur du patrimoine syrien est un élément clé de notre relation. Nous allons aider la Syrie à conserver, à tirer le meilleur avantage de ses richesses archéologiques et je crois qu’on peut dire que dans ce domaine, la Syrie accorde à la France une confiance privilégiée. Nous œuvrons aussi pour que le patrimoine syrien puisse être présenté au monde entier et en 2012, nous lui consacrerons une grande exposition à Paris, à l'Institut du Monde Arabe dont le président, Dominique BAUDIS, m’accompagne.

 

Dans le domaine universitaire, la France est déjà le deuxième pays d’accueil des étudiants syriens. Nous voulons renforcer cette coopération notamment avec notre programme des assistants boursiers, nous voulons promouvoir les échanges universitaires, préparer la mobilité professionnelle des étudiants qui viennent dans nos universités, en délivrant des diplômes universitaires conjoints dans des disciplines comme le droit des affaires, comme les finances ou encore comme les sciences de l’ingénieur ; et nous avons évoqué ce matin la possibilité à moyen terme de créer soit une université franco-syrienne, soit une école de gestion ou une école de commerce franco-syrienne dans un premier temps. Et puis nous offrons aux futurs cadres syriens la possibilité de venir effectuer des stages dans l’administration française, dans le cadre de leur formation à l’INA, et dans le cadre évidemment du partenariat avec l’Ecole Nationale d’Administration.

 

En matière de recherche, nous soutenons l’implication de nos organismes, le CNRS, l'IRD, l'INRA et bien sûr l’Institut français du Proche-Orient. Dans le domaine médical, l’Institut Curie participe ici aussi à la lutte contre le cancer, le SAMU aide à réformer les services d'urgence syriens et nous apportons notre expertise à la réforme de l’assurance maladie.

Enfin, l’histoire de la Syrie et de la France a laissé à nos deux pays en partage des valeurs communes. Il y en a notamment une qui me paraît être une valeur universelle et qui en tout cas est d’actualité face aux difficultés que rencontre le monde et à la montée des intégristes, c'est la valeur de la laïcité, de la laïcité positive qui peut être un élément de réponse très important et en particulier dans cette région du Proche-Orient. Le rapprochement que nous avons opéré depuis deux ans nous permet d’avoir un dialogue franc et Dieu sait s’il a été franc tout au long de cette journée y compris sur les questions sur lesquelles nous avons des divergences - je pense en particulier à la question des Droits de l’Homme que j’ai évoquée directement avec les autorités syriennes.

 

Mes chers compatriotes, que nous résidions en France ou à l’étranger, nous formons une communauté nationale. Et nous avons voulu avec le Président de la République que vous soyez encore plus présents dans la vie de la nation et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de doubler votre représentation nationale. Vous aviez déjà des sénateurs et des sénatrices qui naturellement vous représentaient très bien, mais vous n’aviez pas de représentants à l’Assemblée nationale ; eh bien ce sera chose faite puisque la réforme de la Constitution prévoit désormais que vous serez représentés par des députés à l’Assemblée Nationale.

 

Mes chers compatriotes, en cette terre du Levant, la tentation pourrait être grande de tourner vers le passé un regard qui serait un regard plein de nostalgie. Eh bien moi tout au contraire, je vous engage à regarder l’avenir avec confiance mais aussi avec la volonté farouche d’ouvrir les chemins de l’histoire.

 

Vive la France ! Vive la République !



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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 16:39

François Fillon préside le Comité interministériel de la sécurité routière à Matignon le 18 février 10.

 

Mesdames et messieurs,

 

Je viens de présider un comité interministériel de sécurité routière. C'est l'occasion pour le Gouvernement de rappeler que la lutte contre l'insécurité routière est une priorité et reste une priorité du Gouvernement. Il est hors de question de relâcher la pression sur ce sujet.

 

Nous avons obtenu des résultats exceptionnels ces dernières années, mais ces résultats, nous les avons obtenus en mettant la pression, à travers la réglementation, à travers les contrôles, à travers la prévention, à travers l'éducation, et cet effort doit être poursuivi. Il doit d'autant plus l'être que, après une baisse continue du nombre des tués depuis 2002, les chiffres de 2009 accusent une stagnation des effets. En effet, nous avons connu une baisse des tués en 2009 de 0,3 % seulement, et une diminution du nombre des blessés de – 10,5 %. Alors, c'est vrai que les deux derniers mois de décembre 2009 et de janvier 2010 sont encourageants, puisqu'en décembre, le nombre de tués a baissé de 18,5 % et le nombre de blessés de 25,1 %, et en janvier, le nombre de tués a baissé de 7,3 % et le nombre de blessés de 21,6 %. Mais nous savons aussi qu'il y a eu des conditions climatologiques exceptionnelles qui peuvent, pour une part, justifier ou expliquer ces chiffres. Nous sommes donc en 2009 à 4.262 tués sur les routes dans notre pays ; je rappelle que l'objectif que nous nous sommes fixés, c'est de descendre en dessous du chiffre de 3.000 en 2012. Il n'y a pas de palier que l'on aurait atteint, il n'y a pas de seuil incompressible, et s'agissant des vies humaines, nous devons en permanence rechercher les meilleurs moyens de lutter contre l'insécurité routière.

 

Pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, nous devons régulièrement réajuster notre dispositif, améliorer la prévention, faire porter notre effort sur les points qui n'ont pas progressé. Je vous rappelle que les objectifs du Gouvernement pour le quinquennat, c'est-à-dire à l'horizon 2012, c'est non seulement de passer sous la barre symbolique des 3.000 tués sur les routes, c'est de diviser par deux le nombre d’accidents mortels dus à une alcoolémie excessive, c'est de diviser par trois le nombre des jeunes tués sur les routes, qui est très élevé, trop élevé, et c'est de diviser par deux le nombre des morts à la suite d'accidents de deux-roues. Nous avons enfin pu faire examiner par le Parlement la loi d'orientation sur la sécurité, qui comporte beaucoup des mesures qui avaient été décidées par le précédent conseil interministériel. Le calendrier du Parlement est ce qu'il est. Il faut maintenant que ces mesures entrent en vigueur. Pour qu'elles entrent en vigueur, il faut des décisions législatives ; la LOPPSI est évidemment de ce point de vue très importante.

 

Nous avons aujourd'hui arrêté 14 mesures nouvelles, autour de cinq priorités, que je voudrais vous présenter.

 

D'abord, nous voulons renforcer notre action dans la lutte contre l'alcool au volant et contre la consommation de stupéfiants. En matière d'alcool, 5.000 véhicules équipés d'éthylomètre pour augmenter les contrôles d'alcoolémie sur les routes vont être mis en service par les forces de sécurité. Des éthylotests seront mis à disposition des clients pour s'autocontrôler dans tous les débits de boissons, les bars et les restaurants. Nous allons discuter notamment avec les organisations représentantes des professionnels pour que chacun prenne conscience de la nécessité de mettre en place ces moyens d'autocontrôle.

 

En matière de stupéfiants, 100.000 contrôles annuels à compter de 2011, soit une augmentation de 60 %, constituent notre objectif grâce à des contrôles aléatoires comme en matière d'alcoolémie, et nous allons prendre une mesure pour que les frais de contrôle passent à la charge du contrevenant, et non plus du contribuable.

 

Ensuite, la deuxième série de mesures concerne les excès de vitesse. Comme cela a déjà été évoqué à plusieurs reprises, nous allons mettre en œuvre des zones contrôles radar fréquents, à la place des panneaux systématiques devant chaque radar fixe. Nous allons le faire sur les itinéraires les plus accidentogènes et nous allons mettre en place des zones mixtes radars fixes et radars mobiles. Et puis nous allons déployer des nouveaux radars qui permettent de mesurer la vitesse moyenne sur un trajet ; nous allons le faire uniquement sur des sections qui sont particulièrement sensibles, c'est-à-dire sur des sections qui sont accidentogènes ou sur des sections qui sont par exemple des sections où ont lieu des travaux et où il est absolument impératif que la vitesse soit respectée ; à compter de 2011, 100 nouveaux radars de ce type seront déployés.

 

Nous allons sanctionner plus sévèrement les grands délits routiers, avec deux mesures. La principale concerne l'immobilisation immédiate du véhicule d'un conducteur ayant commis une infraction grave et le transfert en fourrière. Le préfet pourra prendre une mesure conservatoire dans l'attente d'une décision du Parquet, en cas d'infraction grave, c'est-à-dire de conduite sans permis, de récidive ou de conduite en état alcoolique ou sous stupéfiants ou de grand excès de vitesse. Et puis en fin, dans le cadre de la LOPPSI, une aggravation des peines en cas de délit de fuite a fait l'objet d'un premier vote.

 

Nous allons ensuite prendre des mesures sur les deux-roues, qui sont trop souvent victimes d'accidents, et qui deviennent un enjeu essentiel de la sécurité routière. Nous voulons d'abord mettre fin au débridage des cyclomoteurs pour protéger les jeunes adolescents. Cela se traduira par une amende de 135 euros, donc une amende augmentée pour les conducteurs, par un renforcement des contrôles et une campagne de communication sur ce sujet. Mais nous allons mettre aussi en place un contrôle technique sur les cyclomoteurs tous les deux ans, notamment pour contrôler le bridage des moteurs. Je souhaite que le surcoût de ce contrôle technique puisse être neutralisé grâce aux efforts des assureurs. Et c'est l'un des objets de la convention que nous venons de signer. Il faut naturellement que ces mesures techniques, qui vont conduire à une baisse du nombre d'accident dans ce domaine, puissent être compensées par des efforts des compagnies d'assurance.

 

Nous allons mettre en place une formation obligatoire pour conduire les motocyclettes légères jusqu'à 125 cm3 pour les titulaires du permis B. On voit bien aujourd'hui que ce sont deux sortes d'engins différents. Ce n'est pas parce qu'on a obtenu son permis B qu'on est capable de maîtriser une motocyclette jusqu'à 125 cm3. Et donc, sept heures de formation obligatoire seront introduites.

 

Et enfin, nous allons mettre en place, de manière expérimentale, des nouveaux équipements de la route, ce qu'on appelle des équipements fragilisés, qui sont moins dangereux pour les deux-roues puisque, en cas d'accident, ce sont, en cas de choc, des équipements qui cèdent immédiatement, provoquant moins de blessures.

 

Enfin, je voudrais indiquer, puisque j’ai lu ces jours-ci que la réforme du permis qui a été décidée il y a déjà plusieurs mois n’était pas au rendez-vous du calendrier prévu, que ces informations sont totalement inexactes et que la réforme du permis est mise en œuvre exactement dans le calendrier prévu sur tous les sujets. Enfin, nous allons poursuivre l’effort en matière d’éducation et de prévention. Le ministre de l’Education nationale a notamment indiqué qu’un cadre de sensibilisation serait introduit au lycée - il y a déjà des campagnes importantes qui sont faites et des actions importantes dans le cadre du collège - donc, un cadre de sensibilisation sera introduit au lycée en lien avec les associations, comme la Prévention routière ou d’autres. Et enfin, un plan de prévention du risque routier, qui représente 50 % des accidents du travail, sera mis en œuvre sous l’autorité de Xavier DARCOS, à la fois pour les services de l’Etat et dans les entreprises de plus de 500 salariés.

 

Voilà, mesdames et messieurs, les mesures de ce comité. Je crois que le plus important, c’est que chacun de nos concitoyens comprenne bien qu’il est hors de question de relâcher l’effort sur ces sujets, et la responsabilité collective qui est la nôtre, c’est en permanence de rappeler les règles, d’adapter la réglementation, et de veiller à ce que les contrôles soient les plus effectifs possibles, parce que c’est la meilleure façon de sauver des vies humaines. Voilà, je suis maintenant avec monsieur BUSSEREAU, à votre disposition, pour répondre à vos questions, si vous en avez.

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 16:30

François Fillon reçoit le rapport sur le bien-être et l'efficacité au travail à Matignon le mercredi 17 février 2010.

 

Mesdames, Messieurs,

 

 

Muriel PENICAUD, Henri LACHMANN et Christian LAROSE viennent de me remettre leur rapport sur « Bien-être et efficacité au travail ». Je veux d'abord les remercier pour le travail remarquable qu'ils ont fait et pour la fusion de leur équipe. Je le dis d’autant plus volontiers que ce rapport n'est pas un rapport d’experts, c'est un rapport de praticiens. Et c'est exactement le sens de la mission que je leur avais confiée : formuler des propositions, en s’appuyant sur le recensement des bonnes pratiques, pour mieux intégrer la prévention du stress dans la démarche de prévention des risques professionnels dans les entreprises.

 

 

1) La prévention des risques, c'est une priorité de l’action du Gouvernement

 

Nous menons une politique de réhabilitation du travail. Le rapport le dit bien – je le cite - : « En France, la fierté du travail bien fait occupe une place importante ». Le travail, ce n’est pas simplement un moyen de rémunération ou pire un lieu de contrainte ; c'est aussi et surtout un vecteur d’intégration, un fil du lien social, un facteur d’épanouissement. Cette réhabilitation de la valeur travail implique naturellement que nous soyons extrêmement attentifs sur les questions de conditions de travail et de santé au travail.

 

C’est ce qu’a fait le Gouvernement en lien avec les partenaires sociaux. Nous avons lancé la réforme des services de santé au travail : la concertation est en cours. Nous avons lancé la préparation du deuxième plan « Santé au travail » qui constituera le fil conducteur de notre politique de prévention pour les quatre années à venir : il est actuellement en cours d’examen par le Conseil d’orientation sur les conditions de travail ; il sera finalisé à la fin du mois de mars, et ces deux exercices seront suivis des traductions législatives, si nécessaires, utiles. Et sur ces deux chantiers, je veux remercier Xavier DARCOS pour sa pleine implication.

 

2) Notre système de prévention des risques professionnels doit s’adapter en permanence à l’évolution de ces risques.

 

Le rapport souligne ainsi que les consultations pour risque psychosocial sont devenues, depuis 2007, la première cause de consultation pour pathologie professionnelle. Si le stress au travail n’est pas un facteur nouveau, il se manifeste désormais avec plus d’acuité et avec plus de visibilité.

 

Nous ne pouvons pas l’ignorer. C'est de notre responsabilité d’y répondre, et c'est la raison pour laquelle Xavier DARCOS a lancé un plan d’urgence en octobre. C’est pour cela que je veux, au travers de cette mission, poser les bases d’une profonde rénovation de la manière dont les entreprises prennent en compte les risques psychosociaux dans leur politique de prévention.

 

3) Le rapport fait des propositions opérationnelles, en particulier des propositions opérationnelles afin d’impliquer le management et de faire de la prévention des risques un véritable enjeu du dialogue social.

 

Il insiste d'abord sur la priorité qu’il y a à mieux mobiliser les instances dirigeantes des entreprises dans la dimension sociale de l’entreprise en général et dans la politique de santé au travail en particulier. Cela résonne comme une évidence : dès lors que les hommes et les femmes d’une entreprise en constituent la principale ressource, il est de la responsabilité primordiale des dirigeants d’intégrer le facteur humain dans toutes leurs décisions. La responsabilité sociale des entreprises, c'est d’abord celle des dirigeants. Le rapport suggère notamment de compléter les critères d’attribution de la rémunération variable par des indicateurs sociaux. Le Président de la République a demandé avant-hier, lors de la réunion sur l’agenda social, aux partenaires sociaux d’avancer sur la question du partage de la valeur ajoutée. Eh bien, la proposition qui est faite dans le rapport doit être traitée dans ce cadre.

 

Ensuite, le rapport souligne toute l’importance à mieux impliquer les partenaires sociaux, ceux de l’entreprise et ceux des branches, en matière de santé au travail. Il propose en particulier de mettre en place des plans d’action dans les entreprises et de redéfinir la place des institutions représentatives du personnel. Les partenaires sociaux ont d’ores et déjà engagé des négociations, tant sur les institutions représentatives du personnel, que sur le harcèlement et la violence au travail. Ces négociations doivent être l’occasion d’examiner et de reprendre ces préconisations.

 

Le rapport et ses propositions vont, dans l’immédiat, être débattus dès le 24 février prochain au sein du Conseil d’orientation des conditions de travail, avec les partenaires sociaux : il va donc contribuer directement à l'élaboration du futur plan Santé au travail.

 

4) Enfin, le rapport suggère qu’un travail similaire de diagnostic et de propositions soit engagé pour le secteur public.

 

D’ores et déjà, la fonction publique s’est engagée dans un profond mouvement de rénovation des conditions de travail : un accord a ainsi été signé en décembre dernier par sept organisations syndicales. Eh bien, il faut continuer sur cette voie, et je vais demander à Eric Woerth de lancer une telle mission dans les meilleurs délais. Voilà ! Je voudrais vraiment sincèrement remercier Muriel PENICAUD, Henri LACHMANN et Christian LAROSE. Je pense qu'ils ont fait un travail extrêmement utile, extrêmement concret, qui va permettre d'ouvrir une nouvelle page dans l'histoire des relations sociales dans notre pays, sur cette question aussi fondamentale de la santé au travail. Maintenant, je vais les laisser en face de vous pour qu'ils puissent d'abord s'exprimer eux-mêmes et ensuite répondre à toutes vos questions.

 

Merci beaucoup.

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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 19:03

François Fillon s'adresse aux soldats français en Afghanistan le jeudi 11 février 2010.


François Fillon avec les soldats français en Afghanistan le 11 février 2010.

Monsieur l’ambassadeur,

Mon général,

Mesdames et Messieurs les officiers généraux

Mesdames et Messieurs,

 

J’ai souhaité venir en Afghanistan, et venir tout spécialement ici, au cœur de la région de Kapisa, pour vous rencontrer, vous les soldats français de la Task Force La Fayette.

 

L’engagement militaire français, dans cette région en conflit, est ancien. Vous avez repris le flambeau au service de la Paix, et vous assurez votre mission avec valeur et avec honneur.

Je suis fier de pouvoir vous rencontrer, de pouvoir vous écouter et de pouvoir vous porter témoignage du soutien et de la reconnaissance de la France pour votre action.

 

Depuis ce matin, j’ai visité vos deux principales emprises. J’y ai vu des soldats entraînés, des soldats motivés qui accomplissent avec détermination leur mission dans des conditions rustiques.

Que vous soyez chasseurs alpins du 13ème bataillon, cavaliers du 4ème chasseurs, artilleurs du 93ème Régiment d’artillerie de montagne, ou légionnaires du 2ème régiment étranger du Génie, et vous, combattants indispensables du soutien des forces, vous êtes ici les représentants de l’Armée française dont vous incarnez le prestige et l’efficacité.

 

Je veux vous dire que j'ai confiance en vous, que j'ai confiance en votre chef en opération le général DRUART.

Cette confiance, elle entoure tous les militaires français des trois armées déployées en Afghanistan. Elle va aussi aux soldats et aux gendarmes qui encadrent et qui forment l’armée et la police nationales afghanes.

 

Vous avez choisi de porter les armes et de servir la France, en opérations, loin du territoire national.

Ce service comporte des contraintes, je pense ici à celles subies par vos familles et par vos proches, dont vous êtes séparés pour de longs mois. Il comporte aussi des risques, que vous assumez avec abnégation et avec sang froid. L’intensité de votre engagement fait votre fierté et votre haute réputation militaire.

 

A quelques kilomètres d’ici, je veux me souvenir que deux de vos camarades, le capitaine ROULLIER et le sergent-chef TOINETTE, ont payé de leur vie cet engagement au service de la Paix.

Je veux me souvenir du soldat de 1ère classe LIBAERT, du 13ème bataillon de Chasseurs Alpins, tué avant-hier à l'entrée de la vallée d'Alasay.

Le sacrifice de vos camarades n’est pas vain. La France honore leur mémoire et elle n’oublie pas ceux qui tombent et se battent pour elle.

Dans la région de Kapisa et de Surobi, vous conduisez, comme eux, des opérations militaires pour y restaurer la sécurité.

 

Vous êtes ici pour reconstruire un pays meurtri, un pays meurtri par trente années de guerre, un pays déchiré, un pays ruiné par une violence endémique. Vous êtes ici aussi pour défendre des valeurs universelles qui sont chères à la France : la démocratie, les droits de l’homme, qui commencent par le droit de vivre en paix et en liberté.

Vous êtes ici pour aider à rétablir la pleine souveraineté du peuple afghan. Vous êtes ici afin que ce pays ne redevienne pas le sanctuaire du terrorisme international.

 

Pour tout cela, je veux vous dire que vous servez une cause juste et une cause noble.

Juste parce que votre mission repose sur un mandat des Nations Unies, renouvelé chaque année.

Juste parce que la force internationale, au sein de laquelle vous servez, marque la volonté des nations coalisées de ramener la paix dans ce pays, et de garantir la liberté de son peuple. Juste parce que vos règles d’engagement vous prescrivent, conformément au droit international humanitaire, un usage proportionné de la force, une maîtrise rigoureuse dans les opérations militaires que vous conduisez, et un respect absolu des populations civiles.

Juste enfin parce que le Parlement français, confirmant ainsi la solidarité de la Nation, a approuvé le 22 septembre 2008 votre engagement.

 

La France reste fidèle à la voie qu’elle a toujours suivie en Afghanistan, qu’elle a cherché à promouvoir auprès de ses partenaires depuis de longues années, et qui se voit aujourd’hui reconnue.

 

La France donne la priorité de son action au soutien de la population et à la reconstruction du pays. Notre stratégie, c'est celle de la démocratie et de la réconciliation de l’Afghanistan.

Notre défi consiste, simultanément, à sécuriser et reconstruire ce pays en souffrance.

Cette approche est la seule qui permette de réduire le nombre des insurgés, qui permette d’éviter qu’ils n’obtiennent le soutien des villageois, qui permette de faire comprendre les raisons de notre présence à la population.

 

Cette stratégie, je l’exposais déjà en 2008 devant l’Assemblée nationale, elle est toujours d’actualité et c’est bien celle du général McCHRYSTAL avec qui j’ai partagé ces convictions, lorsque nous nous sommes rencontrés ce matin.

 

C’est pourquoi je veux vous dire combien nous soutenons résolument les projets de reconstruction au profit des populations, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé ou encore de l’agriculture, comme cette plantation d’arbres fruitiers que je viens de visiter dans la vallée de Nijrab.

Ces actions, qui s’appuient sur les populations locales et qui répondent aux besoins qu’elles expriment, nous permettent de gagner leur respect et leur amitié. La paix ne se gagne pas seulement par l’usage des armes, elle se gagne aussi par la confiance des populations.

 

2009 aura été une année éprouvante, aussi bien pour les populations que pour les forces armées afghanes et coalisées.

 

Mais 2009 a aussi porté les germes d’un renouveau.

A l’issue d’un processus difficile, un nouveau mandat a été donné au Président KARZAI.

Les alliés se sont de leur côté dotés d’une stratégie renouvelée qui correspond à nos aspirations.

A Londres, il y a deux semaines, répondant à l’initiative lancée à l’automne dernier par le président de la République, par la Chancelière allemande et le Premier ministre britannique, plus de 70 nations réunies ont soutenu la volonté du Président KARZAI de voir l’Afghanistan prendre en mains son destin et assurer sa propre défense, dans une gouvernance intègre, pleine et entière.

Des engagements précis ont été pris par toutes les parties sur tous les sujets qui conditionnent l’avenir de l’Afghanistan: le combat pour la sécurité, la réconciliation nationale, la gouvernance, la lutte contre la corruption, le développement et la coopération régionale.

 

L’ONU, l’OTAN, l’Union Européenne et tous les pays de bonne volonté qui souhaitent la stabilité et la reconstruction de l’Afghanistan, doivent désormais travailler ensemble pour que ces engagements soient tenus et qu'ils se traduisent dans les faits sur le terrain.

 

Je ne veux en aucun cas minimiser les défis qui nous restent à relever. Mais il y a une vision claire et consensuelle des objectifs que nous devons atteindre et des moyens pour y parvenir.

 

L’un des points essentiels de cette approche, c’est «l’afghanisation».

Il s’agit de créer les conditions pour que les autorités afghanes reprennent le contrôle effectif du pouvoir, et assurent une gouvernance efficace et transparente.

C’est ce que nous avons été capables de faire l’an passé à Kaboul qui doit servir de modèle pour être étendu progressivement à l’ensemble de l’Afghanistan.

C’est dans cet esprit que nous nous sommes notamment engagés à maintenir et à renforcer la formation et l’encadrement de l’armée nationale afghane.

Depuis 2008, la France a ainsi augmenté ses effectifs de 1.300 hommes, principalement affectés à cette tâche.

 

Le Président de la République l’a rappelé récemment : nous sommes en Afghanistan parce que cela est conforme à nos principes et à nos valeurs, mais aussi parce qu’il en va de notre sécurité.

Un Afghanistan qui serait livré brutalement à lui-même précipiterait la région tout entière dans la spirale du malheur, de la violence et de la ruine. Cela nous ramènerait à l’époque où les réseaux terroristes avaient fait de ce territoire leur base arrière pour préparer leurs actions dans nos pays.

La situation difficile à laquelle est aujourd’hui confronté le gouvernement du Pakistan dans les régions qui jouxtent la frontière de l’Afghanistan, constitue pour tous un avertissement.

 

La France restera en Afghanistan pour que le succès de ce processus - sécurisation, afghanisation, reconstruction - soit assuré.

Elle restera engagée aux côtés du peuple afghan, en pleine solidarité avec les Alliés, aussi longtemps que cela sera nécessaire.

 

Comme l’a souligné le général GEORGELIN, cet objectif ne se réduit nullement à une victoire militaire.

Nous cherchons à obtenir une stabilité suffisante pour que les Afghans prennent en charge leur avenir et leur sécurité, et soient en mesure de réaliser les politiques de développement dont ce pays a tellement besoin. Cet objectif est raisonnable, et nous l’atteindrons.

Les sirènes du renoncement, nous ne les écouterons pas !

Les défaitistes n’ont rien d’autre que le chaos afghan en perspective.

Je sais que votre mission est difficile, elle est courageuse, elle est constructive, elle est à l’honneur de votre engagement et des valeurs qu’incarne la France.

 

Puisque je viens de citer le général GEORGELIN dans ses œuvres, je veux, au moment où il va quitter ses fonctions de chef d'état-major des Armées, lui dire toute la gratitude qui est la mienne, qui est celle du Gouvernement français. Il a pendant trois ans et demi servi les armes de la France. Il l'a fait avec brio et avec honneur. Aussi bien s'agissant de la vie quotidienne de nos armées, qui sont de sa responsabilité, qu'en conduisant l'une des plus grandes mutations et donc une des plus difficiles, que les Armées françaises aient eu à connaître. Je veux lui dire toute la gratitude qui est la nôtre.

 

Enfin, je vous exprime, Mesdames et Messieurs, la satisfaction du Président de la République et du Gouvernement pour la dignité avec laquelle vous remplissez votre mission.

 

Je vous exprime aussi la reconnaissance de la nation toute entière pour les actions que vous menez avec efficacité et avec humanité.

 

Permettez-moi, avec vous, de dire "Vive les armées françaises ! Vive la République ! Et vive la France !".

 



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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 18:52

François Fillon fait le point de la situation en Afghanistan le 11 février 2010.


François Fillon répond aux questions de la presse lors de sa visite en Afghanistan le jeudi 11 février 2010.

 

Mesdames et Messieurs,

 

C'est un très grand plaisir pour moi de venir, au nom du Gouvernement français, témoigner de notre soutien, de notre confiance au Président KARZAÏ, à son gouvernement, et au peuple afghan dans l'entreprise, à la fois, de paix et de reconstruction qui est engagée.

 

J'ai dit au Président KARZAÏ toutes nos félicitations pour la confiance renouvelée du peuple afghan. Je lui ai dit que le soutien de la France, tant sur le plan de la sécurité que sur le plan de la reconstruction de l'Afghanistan, était acquis ; que la France resterait le temps qu'il faudra pour assurer la stabilité de l'Afghanistan.

 

Je lui ai également indiqué notre satisfaction devant le résultat de la Conférence de Londres à l'occasion de laquelle le Président KARZAÏ et son gouvernement ont pris des engagements très ambitieux sur la réorganisation de l'Afghanistan, sur le processus de réconciliation. La France soutient complètement les conclusions de cette Conférence de Londres, et encourage le gouvernement afghan à mettre en œuvre désormais les engagements qui ont été pris.

 

L'amitié entre le peuple afghan et le peuple français est ancienne, notre coopération a déjà une longue histoire, elle va se poursuivre dans un climat de confiance. Le peuple français est amené régulièrement, à travers son Parlement, à se prononcer sur l'effort que la France a engagé au côté de l'Afghanistan. Nous voulons ensemble, le gouvernement afghan et le gouvernement français, démontrer pas à pas, que les étapes vers la construction de la paix et vers la reconstruction du pays sont bien franchies.

 

Enfin, ce voyage sera pour moi l'occasion d'aller dire l'admiration et le respect qui est le nôtre pour le travail que font les forces françaises en Afghanistan. Ces forces, qui ont déjà payé un lourd tribut, et auxquelles je suis venu dire toute la confiance du gouvernement français et du peuple français.

 

Je vous remercie.

***

 

Réponse du Premier ministre aux questions

 

 

Question d'un journaliste français (inaudible)

 

François Fillon : S'agissant de la première question, qui est celle des moyens que nous affectons à l'Afghanistan, vous savez que nous les avons augmentés de façon considérable en 2008, ce qui n'a pas forcément été le cas de tous les pays engagés dans l'effort de sécurisation du territoire afghan.

Nous avons une mission à remplir, que nous avons négociée avec nos alliés. Nous estimons que nous avons les moyens nécessaires pour remplir la mission qui nous été confiée, et les efforts supplémentaires que nous allons faire, sont des efforts au service de la formation de l'armée afghane et de la police afghane.

S'agissant des journalistes qui ont été enlevés, nous travaillons très activement avec le gouvernement afghan pour obtenir leur libération. Je crois qu'il serait contreproductif d'en dire plus au moment où je vous parle. Mais sachez que c'est une préoccupation de chaque instant. Je vous remercie.



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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 17:09

François Fillon reçoit les personnels civils militaires et humanitaires ayant porté secours aux sinistrés d'Haïti à Matignon le lundi 8 février 2010.

Mesdames et Messieurs, je voudrais vous dire que c’est un honneur pour moi, et les membres du Gouvernement qui m'accompagnent, de recevoir ceux qui se sont portés les premiers au chevet du peuple haïtien.

J’ai conscience que le cadre de l’Hôtel Matignon tranche peut-être de façon un peu insolente avec le théâtre sur lequel vous êtes intervenus.

Mais je pense qu’une des meilleures façons pour la République de vous rendre hommage, c'est de vous réserver son meilleur accueil.

Qu'est ce que je pourrais dire de ce séisme, moi qui n’étais pas sur les lieux du drame, à ceux qui en reviennent ?

Je n’ai vu que les images de ce pays dévasté.

Contrairement à vous qui avez été confrontés à la réalité, j’ai vécu l’événement, comme la plupart des Français à travers les bilans, à travers les décomptes des morts, des blessés, des sans-abri, des orphelins.

Mais pour autant, je pense que nous avons tous été sidérés par la violence de l’évènement et au fond, nous avons tous été touchés au cœur. Port-au-Prince restera inscrit dans la mémoire collective.

Face à l’horreur, face à ce chaos, le peuple s’est tout de suite mobilisé pour sauver ce qui pouvait l’être.

J’ai en mémoire quelques images, celles à la fois irréelles et en même temps bien concrètes, d’un Conseil des ministres impromptu, tenu dans un jardin, autour de chaises et de tables en plastique, mais un Conseil des ministres quand même, qui prend les premières décisions en faveur des sinistrés, alors même que l’Etat est décapité, que les ministères sont détruits, et les administrations, déjà si fragiles, démembrées.

J’ai en mémoire cette image de centaines d’hommes et de femmes remerciant le ciel de les avoir épargnés, et se tournant corps et âmes vers l’avenir de leur pays. Un pays pourtant si durement frappé par l’histoire.

 

Et, monsieur le Chargé d’affaires, vous nous faites l’honneur de votre présence, je voudrais dire à travers vous au Président Préval et au Premier ministre Bellerive qu’avant même de ressentir de l’affection, c’est de l’admiration que nous ressentons pour les Haïtiens, pour leur courage, et pour leur dignité.

La France, en raison de nos histoires si souvent entremêlées, se devait d’être aux avant-postes de cette bataille de sauvegarde et de secours.

Dans les 24 heures du séisme, un détachement d’intervention- catastrophe de la Sécurité civile fut engagé, avec 60 sapeurs-pompiers des Antilles et 3 maîtres-chiens.

Dans les 48 heures, est arrivé de Brignoles un renfort de 130 pompiers, sauveteurs et déblayeurs spécialisés, et des Antilles françaises une première équipe du SAMU.

Dans les sept jours, ce sont au total 687 personnels Français qui sont arrivés sur le terrain.

Et, en tout, ce sont près de 1.200 Français qui ont pu se rendre en Haïti pour secourir les populations. 

300  y sont d'ailleurs encore, après les relèves.  

Notre pays a réalisé un déploiement sans précédent de moyens et de compétences, qui se résume en quelques chiffres.

25 millions d’euros ont été versés par l’Etat en première urgence.

Plus de 40 millions d’euros ont été collectés par nos ONG pour venir en aide à la population.

1.600 tonnes de matériels humanitaires ont été mobilisées.

Sept avions de transport de l'armée de l'air ont fait la liaison pour acheminer les sauveteurs et l'aide, depuis les Antilles et depuis la métropole.

110 tonnes de fret ont été acheminées.

2.770 personnes ont été évacuées grâce aux rotations aériennes entre Haïti et les Antilles françaises, dont 1.221 Français, 1.216 Haïtiens, 47 Européens et 57 ressortissants de nationalités tierces.

Deux bâtiments de la Marine nationale ont apporté des moyens lourds, et des engins de déblaiement, de l’eau potable, des vivres.

Plus de 9500 consultations et plus de 25 interventions chirurgicales quotidiennes, ont été réalisées par les équipes médicales françaises.

Mais, Mesdames et Messieurs, si je vous ai réuni aujourd’hui, ce n'est évidemment pas pour vous dresser un bilan chiffré de l’aide de la France.

C’est d’abord et avant tout pour vous remercier.

J’ai souhaité voir chacun d’entre vous pour lui dire, tout simplement, la gratitude du Gouvernement, et à travers le Gouvernement, du peuple français tout entier qui a vu en vous le symbole du dévouement et du professionnalisme.

Cette gratitude va vers vous, les secouristes, les déblayeurs, arrivés parmi les premiers sur place avec vos outils qui pouvaient parfois paraître dérisoire par rapport à l'ampleur de cette catastrophe, vos chiens, votre courage formidable.

Dans les rues dévastées de Port-au-Prince, parmi une population sous le choc, au milieu des cris, au milieu des larmes, vous avez travaillé de l’aube à la nuit.

Et vous avez sauvé des vies, vous avez rendu parfois la lumière à ceux qui croyaient avoir perdu leurs proches.

Des décombres du "Montana" aux maisons effondrées de Carrefour et de Bel Air, vous avez puisé dans votre générosité et dans votre sens du devoir.

Arno Klarsfeld, qui s’est porté volontaire pour se rendre en Haïti, m’a expliqué le temps qu’il faut pour extraire un corps bloqué sous une dalle de béton quand on n’a pour seul outil que ses mains : ce sont des heures sous le soleil, à respirer un air vicié.

Cette gratitude va également vers vous aussi, sapeurs-pompiers volontaires de cette association niçoise partis dès l’annonce du séisme, vous mettant en permission, payant vous-même votre billet, et emmenant vos quatre chiens.

A Delmas, vous avez travaillé au coude à coude avec les sapeurs-pompiers de la Sécurité civile. Après plusieurs jours d’un travail éreintant, vous êtes parvenus à extraire les corps de nos deux gendarmes ensevelis sous les décombres, l’adjudant-chef Lionel Amar et l’adjudant Laurent Le Briero.

Un hommage militaire leur a été rendu sur le site de notre ambassade à Port-au-Prince, et ils peuvent reposer en paix sur le sol de France. Leurs familles vous en sont reconnaissantes.

Merci aussi à vous, les agents du Quai d’Orsay, arrivés en renfort pour épauler les équipes de l’ambassadeur Didier Le Bret - dont vous avez sûrement pu constater combien il s’est montré à la hauteur des circonstances.

Vous avez été prévenus à peine deux heures avant votre décollage : le temps de faire une valise, et vous étiez déjà à bord.

Voyage long, pénible. Là-bas, vous dormiez à même le sol, parfois sous une tente.

Mais dès l’aube, vous étiez à pied d’œuvre. Il fallait répondre au téléphone, rassurer des proches angoissés, organiser les départs de nos ressortissants, rassembler des enfants, assurer les évacuations sanitaires.

Et toujours des formulaires à remplir, des autorisations à obtenir, des comptes-rendus à envoyer, des décisions à prendre.

Ce travail, vous l’avez accompli avec une attention et avec une disponibilité extrêmes, avec professionnalisme.

À l’autre bout de la chaîne, à la cellule de crise du Quai d’Orsay ou au centre opérationnel de gestion interministérielle des crises du ministère de l’Intérieur, vous vous êtes relayés 24 heures sur 24 pour coordonner l’effort français.

Vous répondiez à des dizaines de milliers d’appels angoissés, souvent désespérés, de personnes sans nouvelles de leurs proches en Haïti.

Sans vous, à la croisée de tous les messages, rien n’était possible.

À la cellule de crise du ministère de la Défense, la planification et la coordination des moyens militaires, engagés dès la première heure, a été menée en liaison avec les autres nations qui apportaient des secours.

 Merci aux médecins, aux infirmières des Samu, des organisations humanitaires, des détachements d’appui projetés par la Sécurité civile.

Je sais que ces heures ont dû vous paraître moralement éprouvantes !

Il n’y avait plus d’hôpital, mais vous avez rendu possible l’ouverture de blocs opératoires réhabilités.

La médecine de crise oblige à des choix redoutables que vous avez assumés.

Aux hôpitaux de Dikini, au lycée français, à l’hôpital Sacré-Cœur, vous avez organisé dans l’urgence les services médicaux, vous avez mis en place des pharmacies de fortune, vous avez sauvé vie sur vie, apaisé souffrance sur souffrance.

Vous avez également renforcé, notamment en pédiatrie et en chirurgie, les moyens des Antilles pour soigner les blessés évacués.

Merci à vous, les jeunes du service militaire adapté de Guadeloupe ou de Martinique.

Vous dormiez sous les tentes à l’entrée de l’ambassade.

Vous avez donné le meilleur de vous-mêmes pour procurer aux milliers de familles place du Champ de Mars, au cœur de Port au Prince, un abri un peu plus décent.

Vous avez travaillé de concert avec les forces américaines, dont on sait la mobilisation exceptionnelle.

Je sais que la population de Port-au-Prince vous en est extrêmement reconnaissante.

Merci à vous, les militaires des escadrons de transport, de l’escale de transit de Fort-de-France, de l’état-major des armées, qui avez mis en place le pont aérien avec les Antilles.

Merci à vous, qui étiez à bord du "Francis-Garnier" et du "Sirocco", aidiez la Marine nationale à livrer des tonnes de vivres et les véhicules dont on avait tellement besoin pour les transporter.

Merci à vous qui, sous l’uniforme de la gendarmerie, réalisiez dès les premières heures un travail irremplaçable d’identification des victimes, et notamment de nos 25 compatriotes décédés, et apportiez votre concours aux forces de sécurité haïtienne.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques mots de gratitude et de fierté que j’avais envie de vous dire, naturellement ils résument tellement mal; l'importance, l'intensité de l'émotion que vous avez ressentie.

Je pense que la vocation humanitaire de la France fait partie de son âme.

Et en vous portant fraternellement aux côtés du peuple haïtien, vous avez fait bien plus que votre devoir, vous avez honoré la plus belle part d’humanité qui est en nous.

Beaucoup d’entre-vous reviennent sûrement avec le cœur serré de ne pas avoir pu en faire davantage.

Je veux que vous sachiez que tous ici, vous avez été dignes des valeurs les plus essentielles de notre pays, et vous avez le droit à sa gratitude.

Je vous remercie.



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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 16:21

Déclaration de François Fillon à l'occasion du séminaire gouvernementale sur l'identité nationale à Matignon le lundi 8 février 2010.


François Fillon répond aux questions de la presse

 

Mesdames et messieurs,

 

Après quatre mois de débat consacré à l’identité de la France, ce séminaire gouvernemental a été l’occasion de faire le point sur l’ensemble des messages adressé par nos concitoyens sur ce sujet essentiel et trop longtemps esquivé.

 

Il a aussi été l’occasion de définir des premières pistes d’action gouvernementales.

Je dis les premières, parce que la question de l’identité nationale a vocation à être débattue dans la durée, de façon naturelle, de façon sereine et non partisane, car rien n’est pire que le silence, rien n’est plus délétère que les non dits et les anathèmes qui ont toujours fait le jeu des extrémistes.

 

La Nation, c’est l’affaire de la République et c’est l’affaire des citoyens qui ont le devoir de s’interroger sur la meilleure façon d’aimer et de servir notre pays. Et cela, non pas de façon occasionnelle mais de façon constante.

 

Voilà pourquoi, ce séminaire ne constitue qu’une étape sur le chemin qui doit nous conduire à renforcer notre pacte national. C’est un processus de réflexion et d’action que nous enclenchons et qui va se prolonger dans le temps.

 

Le Président de la République s’exprimera en avril sur ce thème de l’identité nationale.

Le sens de la Nation fut au cœur de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, et il ne fut jamais assimilé à un nationalisme étroit mais à un patriotisme ouvert destiné à nous rassembler et à nous projeter vers l’avenir.

 

C’est pourquoi, hier comme aujourd’hui, nous assumons le choix de débattre avec les Français, et cela sans tabou, de notre Nation, de notre histoire, de nos valeurs communes, et cela tout au long du quinquennat.

 

De ce débat animé avec courage et générosité par Eric Besson, je retire trois convictions.

La première, c’est qu’il existe au sein de notre peuple une profonde demande d’unité nationale, et même de fierté nationale.

 

Le débat sur l’identité nationale a rencontré un succès populaire qui dépasse les prévisions initiales. 340 réunions locales ont été organisées en trois mois. Quant au site Internet, il a reçu plus de 750.000 visites et plus de 58.000 contributions.

 

Cette large participation constitue un signe qui devrait alerter tous ceux qui ont contesté le principe de ce débat, quant ils n’ont pas contesté l’idée même que la France puisse avoir une identité.

 

A l’évidence, notre pays a des choses à dire sur la France et sur lui-même. Il ne peut pas se résoudre à l’individualisme, au communautarisme, à la désacralisation de son destin collectif.

 

Je l’avais dit lors de mon discours au colloque organisé par Eric Besson, parmi les éléments qui fondent notre fierté d’être français il y a la langue française, dont le rayonnement hors de nos frontières nous relie à la communauté francophone. Il y a aussi cette culture française qui est notre meilleur ambassadeur à l’étranger et qui est aussi, par sa qualité et sa diversité, l’expression de notre diversité.

 

La seconde conviction, c’est que cette demande de France exprime à la fois une angoisse face à ce qui est parfois vécu comme une perte de repères, mais aussi une espérance pour bâtir l’avenir de façon collective.

 

A cet égard, le débat voulu par le Président de la République s’avère non seulement légitime par ce qu’il révèle, mais également nécessaire et actuel par ce qu’il exprime.

 

Chacun, avec ses mots, sa sensibilité, son parcours a exprimé le souhait de mieux vivre ensemble autour d’une vision partagée de notre nation.

Tous ont dit leur amour de la France, leurs déceptions parfois; tous ont souhaité une France à la hauteur de ses promesses et de ses valeurs.

 

Les témoignages souvent émouvants se sont accompagnés de propositions qui révèlent les attentes de nos concitoyens comme celles des étrangers installés sur notre territoire.

Ces propositions convergent dans la même direction: celle d’un plus grand sens à donner à l’identité et à la nation françaises dans le monde globalisé du XXIe siècle.

 

La troisième conviction, c’est que notre identité est intimement liée à notre République.

Dans les débats, la question de la citoyenneté s’est imposée sur celle de l’individualité.

Pour raffermir nos valeurs civiques et morales, je vois dans l’expression de nos concitoyens un appel à République, avec ses droits mais aussi avec ses devoirs !

 

Au regard des milliers d’interventions et de témoignages suscités par ces quatre mois de débat, qui peut légitimement regretter d’avoir donné la parole aux citoyens ?

Je ne puis concevoir que dans notre société on puisse débattre de tous les sujets, sauf de celui qui nous concerne tous de façon vitale.

 

Ecouter ce que le peuple a à dire et en tirer des conséquences en termes d’action publique: c’est ce que nous avons fait en réunissant ce séminaire qui a ouvert une première série de chantiers.

Notre réflexion et notre action vont se prolonger.

Un séminaire gouvernemental sera à nouveau consacré à la question afin d’évaluer les premières mesures engagées et en impulser d’autres.

 

Parce que la question de l’identité de la France réclame une analyse de fond, une commission de personnalités comprenant des élus de la majorité et de l’opposition, des intellectuels et notamment des historiens, sera placée auprès du ministre chargé de l’identité nationale afin d’approfondir le débat.

 

Cette commission sera chargée de suivre la mise en œuvre des mesures décidées aujourd’hui et d’en proposer de nouvelles.

 

Lors de ce séminaire, nous avons débattu des grandes orientations autours desquelles devrait se concentrer notre action et notre réflexion durant les prochains mois. Les premières mesures retenues s’inspirent largement des propositions qui se sont dégagées lors des débats.

Un document vous sera remis.

 

Notre premier objectif est de faire mieux connaître les valeurs de la République.

Dans cet esprit un carnet du jeune citoyen va être mis en place afin d’accompagner, du primaire au lycée, la formation civique des jeunes générations et mieux les préparer à l’exercice futur de leurs responsabilités.

 

J’ai chargé le ministre de l’Education Nationale d’engager une concertation avec les instances compétentes, afin d’aboutir à une mise en œuvre de ce carnet à la rentrée 2010.

Il a été décidé, par ailleurs, de renforcer le programme d’ensemble de l’éducation civique dans les collèges et les lycées.

La commission placée auprès du Ministre de l’identité nationale pourra être consultée pour avis.

 

Il s’agit notamment de mettre en exergue les références partagées de notre histoire nationale.

Il devra être prêt pour la rentrée 2011-2012.

L’organisation de la journée d’appel et de préparation à la défense va être modifiée pour la transformer en un véritable rendez-vous citoyen.

 

Il s’agit de rappeler aux jeunes Français, l’importance qui s’attache aux droits et devoirs qui les lient aux autres membres de la communauté nationale.

 

Quant au nouveau service civique, en cours de discussion au Parlement, il permettra à des jeunes majeurs de s’investir sur une base volontaire dans des actions d’intérêt général et de bénéficier d’une formation civique complémentaire.

 

Notre second objectif est de cultiver la fierté d’être Français.

Cette fierté doit se nourrir d’une meilleure connaissance de ce qui nous unit et du respect des symboles de la République.

 

Il a été décidé d’associer plus largement, à l’occasion de la fête nationale, les forces civiles qui œuvrent au service de nos concitoyens.

Le drapeau tricolore sera apposé sur chaque école et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui constitue notre référence républicaine, sera présente dans chaque classe.

 

Notre troisième objectif est de renforcer l’intégration des étrangers dans la communauté nationale.

 

Dans cet esprit, les formations proposées dans le contrat d’accueil et d’intégration (CAI) seront renforcées; l’accent sera mis sur le respect des valeurs de la République, en particulier le principe d’égalité entre les hommes et les femmes et le niveau de connaissance de la langue française sera amélioré par des sessions de formation complémentaires si nécessaire.

Pour prolonger sur le territoire national les dispositifs destinés à faciliter l’intégration des ressortissants étrangers, l’opération « l’école ouverte aux parents d’enfants étrangers», expérimentée avec succès dans 12 départements, va être généralisée.

 

Enfin, l’accès à la nationalité française par naturalisation ou par acquisition sera rendu plus solennel par la pratique systématique des cérémonies d’accueil. Une charte des droits et devoirs sera signée à cette occasion devant une autorité publique.

 

Voilà, mesdames et messieurs, quelques unes des premières mesures qui ont été débattues et retenues au cours de ce séminaire.

 

Dans les mois qui viennent, d’autres mesures seront proposées.

 

Au-delà des joutes partisanes et des critiques injustifiées qui ont parfois accompagné notre démarche, la question de l’identité de la France n’est désormais plus taboue. C’est une question républicaine et démocratique qui doit être débattue et analysée avec responsabilité et sérénité.

 

Je souhaite, avec le Président de la République, que cet élan intellectuel et politique se poursuive et contribue à rassembler les Français.

 

 


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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 16:51

François Fillon inaugure le foyer "le Cèdre", un établissement d'hébergement pour adultes handicapés mentaux à Sablé-sur-Sarthe le vendredi 5 février 2010.

Madame la Ministre,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

 

 

Je voulais vous dire combien je suis touché par le cadeau que vous venez de me remettre et par la gentillesse de votre accueil, vous dire le plaisir que j’ai avec Nadine MORANO d’être parmi vous aujourd’hui pour l’inauguration de cette Résidence du Cèdre. Je voudrais, Monsieur le Président, vous remercier d’avoir convié tous ceux qui ont porté depuis des années et des années tous les projets pour faire en sorte que les personnes handicapées soient mieux accueillies dans notre ville et dans notre région. Je vois ici beaucoup de visages de ceux qui ont été les pionniers de ces projets, qui se sont battus pendant des années et des années, ce n’était pas toujours facile.



Alors certains d’entre vous ne savent peut-être pas que le Général de GAULLE avait une enfant handicapée à la naissance dont il a accompagné l’existence jusqu’à vingt ans puisqu’elle est décédée à vingt ans. Je pense que la grandeur de cet homme devait certainement beaucoup à cet aspect de sa vie privée. Sa petite fille lui avait donné sur les choses un regard plus vrai, plus juste, plus fort. Il avait appris avec elle l’humilité, le courage et la sagesse. Une telle épreuve est en effet de celles qui grandissent les hommes et qui donnent à leur vie une profondeur particulière, faite de drames et de souffrances c’est vrai, mais aussi de joies intenses et peu communes.



Cette expérience, vous en parleriez bien mieux que moi, vous qui la faites chaque jour, vous qui nous accueillez chaleureusement ici, au Cèdre, vous que le handicap atteint dans votre famille, vous qui lui consacrez votre engagement professionnel, et vous qui tout simplement êtes là pour dire votre soutien, votre solidarité, votre amitié aux personnes handicapées et à leurs proches.

Je veux rendre hommage à tous ceux qui ont rendu possible la réalisation de ce foyer.

Je veux saluer l’Association des parents d’enfants inadaptés (APEI) à qui en reviennent l’initiative et la gestion parce que cet établissement nous montre des choses très importantes. D’abord ici les personnes handicapées mentales ne sont pas tenues au secret. Elles ne sont pas en marge de la cité. Elles jouissent d’une existence publique et leur autonomie est favorisée. Elles se rendent au travail, elles rentrent chez elles, au foyer, dans cette maison située au cœur de la commune, mais qui procure aussi la sérénité d’un jardin. Leurs vies ressemblent aux nôtres et cette insertion profite aussi bien aux personnes handicapées qu’à la ville tout entière.



Ce que nous montre aussi cet établissement, c’est l’importance de la proximité. Les personnes handicapées s’épanouissent ici parce qu’elles ne sont pas déracinées. Elles sont chez elles  au sens où elles ont un espace de vie à elles, en-dehors du foyer parental, mais elles sont  chez elles ; elles sont chez elles aussi au sens où elles restent dans l’environnement géographique où elles ont leurs repères et leurs liens affectifs.

Je retrouve dans cette résidence du Cèdre la traduction concrète des principes de votre association dont nous connaissons bien l’action sur le territoire de Sablé, depuis 1971. Vous apportez aux familles un appui moral et matériel d’autant plus grand que vous favorisez entre elles les contacts, l’entraide et la solidarité.

Vous cherchez à promouvoir le meilleur développement physique, intellectuel et moral des enfants inadaptés.

Et vous défendez légitimement, Monsieur le Président, leurs intérêts et ceux de leurs familles auprès des pouvoirs publics et vous venez de le faire encore.

J’ai bien entendu à cet égard votre appel concernant votre Institut médico-éducatif. Je veux vous dire que ce projet est légitime, qu’il s’inscrit naturellement dans notre politique locale d’amélioration de l’accueil et de l’éducation des enfants. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Nadine MORANO de me proposer sans tarder une solution de financement en lien avec monsieur le Préfet.

A l’action locale que vous menez dans votre association, répond une ambition républicaine qui s’appuie sur les mêmes fondements.

Et je veux profiter de l’occasion que vous me donnez pour en réaffirmer les enjeux, les résultats et les perspectives. Nous avons voté en février 2005 une loi très importante pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ».

Cette loi a modifié en profondeur la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. Elle a été pensée avec une ambition qui était de changer le regard de la société sur le handicap. Deux grands principes la régissent : le premier, c’est la reconnaissance des responsabilités éminentes de la société à l’égard du handicap. Le handicap, ce n’est pas seulement une notion médicale, c’est aussi le résultat d’une interaction entre les personnes et la société et la société a le devoir de se rendre accessible à tous et de corriger les effets d’exclusion qu’elle produit elle-même. Le second principe, c’est de considérer les personnes handicapées, non plus comme les objets d’un traitement administratif, mais comme des personnes, des acteurs d’un projet de vie qui doit être reconnu et qui doit être facilité.



Depuis le vote de la loi, ces deux principes – projet de société, projet de vie – se sont traduits dans des réalisations de grande ampleur. Après cinq ans, nous pouvons faire le bilan de cette loi et je crois que nous n’avons pas à en rougir.

C’est d’abord l’intégration sociale qui présente des résultats tout à fait remarquables.

Je pense à la scolarisation.

Elle a progressé de 30% par rapport à 2005. 150.000 enfants étaient accueillis dans des classes ordinaires il y a cinq ans ; le chiffre est aujourd’hui de 180.000. Et par exemple dans notre département de la Sarthe, il y a actuellement plus d’enfants scolarisés en classes ordinaires que d’enfants scolarisés en classes spécialisées.

Je pense également à l’insertion professionnelle.

Désormais, 715.000 personnes handicapées ont un emploi, dont 80% en milieu ordinaire. L’augmentation a été de près de 30% par rapport aux chiffres de 2005.

Depuis quelques années, on se rapproche même si on n’y est pas encore arrivé, sensiblement de l’objectif des 6% d’employés handicapés dans les entreprises et dans la fonction publique.

Près de la moitié des entreprises atteignent ou dépassent ce taux.

Et dans la fonction publique qui n’était pas en avance, le nombre de handicapés est passé de 160.000 à presque 200.000, entre 2006 et 2009.

Ce sont ensuite les progrès de la prise en charge que je veux souligner.

100 Maisons départementales des personnes handicapées sont désormais installées sur tout le territoire. Elles garantissent plus de simplicité, plus de proximité dans les démarches quotidiennes.

Plus de 40.000 places ont été créées au sein de structures d’accueil spécialisées.

Des plans spécifiques, concernant l’autisme et le handicap visuel, ont été engagés.

Et la Prestation de compensation du handicap, lancée par la loi de 2005, est aujourd’hui perçue par près de 80.000 personnes.

Je pense qu’il est utile de rappeler tous ces chiffres parce qu’ils montrent que les engagements qui ont été pris, ont été tenus, parce qu’ils montrent que le vote de la loi qui a correspondu à un grand mouvement dans la société, a eu un impact sur les réalisations quotidiennes, parce qu’ils montrent que les efforts sont en train de payer. Naturellement, on est loin d’avoir atteint tous les objectifs qu’on s’est fixé et il y a encore beaucoup de travail pour répondre à l’ensemble des demandes mais si on ne reconnaît pas ce qui a été fait, il est difficile ensuite de construire avec efficacité un plan qui permette en permanence de tendre vers l’objectif que nous nous sommes fixés.

Cette dynamique, elle va se prolonger dans tous les secteurs qui engagent l’amélioration de la vie des personnes handicapées.

La loi de 2005 est ambitieuse qui nous demande de faire évoluer notre regard et certaines de nos manières de vivre. Elle appelle des évolutions structurelles de long terme. Je veux dire à ceux qui prétendent que la loi de 2005 est menacée dans ses fondements qu’ils se trompent et je veux aujourd’hui affirmer avec force qu’ils peuvent compter sur mon engagement. Aucun des principes fondateurs de la loi de 2005 ne sera remis en cause. 2010 sera au contraire l’année d’un nouveau souffle dans l’accomplissement des objectifs qui sont les nôtres depuis plusieurs années. En 2010, la réalisation des objectifs de la loi va entrer dans une deuxième phase à laquelle nous voulons, avec Nadine MORANO, donner encore plus de cohérence et encore plus de force. Au fond il ne s’agit plus maintenant de faire des textes de loi ou des règlements, mais il s’agit de les mettre en œuvre et de veiller scrupuleusement à leur application.

C’est pour cela que j’ai décidé l’installation d’un Comité interministériel du handicap qui se va se réunir dès la semaine prochaine. J’attends de lui qu’il pilote avec la plus grande efficacité la poursuite de nos objectifs pour les années à venir. Et j’entends qu’il soit garant auprès des ministères, des administrations et des entreprises de la bonne application des mesures en faveur des handicapés.

L’emploi demeure la priorité essentielle.

C’est le sens de la réforme de l’Allocation adulte handicapé que nous allons poursuivre. Conformément à l’exigence qui a été posée en 2007 par le Président de la République, cette allocation est revalorisée chaque année, de sorte que sur l’ensemble du quinquennat son augmentation soit de 25%.

Cet engagement, je le reprends devant vous.

Mais cette allocation doit aussi être réformée pour qu’elle puisse être associée à l’exercice d’un travail.

Elle doit s’inscrire dans la logique de solidarité active qui guide la politique du Gouvernement.

Le deuxième grand chantier, c’est celui de l’accessibilité. La loi nous a fixé une échéance extrêmement ambitieuse : en 2015, garantir l’accessibilité générale des transports et des établissements qui reçoivent du public. Cet horizon, je veux dire que nous n’allons pas le repousser, c’est le nôtre. Et 2010 doit être l’année d’une grande mobilisation si nous voulons tenir l’échéance de 2015. Le premier rendez-vous, ce sera dès la semaine prochaine l’installation par Nadine MORANO d’un Observatoire de l’accessibilité qui va nous permettre en permanence de mettre la pression sur les secteurs où elle est nécessaire.

Le troisième objectif, c’est la poursuite de la scolarisation des enfants et des élèves handicapés, qui va requérir en particulier l’amélioration du dispositif des auxiliaires de vie scolaire.

Le quatrième objectif, c’est le perfectionnement de la gouvernance des institutions et en particulier des Maisons départementales.

Et le cinquième, c’est le développement des plans spécifiques. Les plans autisme et handicap visuel vont se poursuivre mais dans les tout prochains jours, nous allons les compléter par un autre plan qui concernera les déficiences auditives et je veux aussi que la situation des traumatisés crâniens fasse l’objet d’une attention particulière.

Chaque année dans notre pays, 155.000 personnes subissent un traumatisme crânien et parmi elles, 8.500 seront des traumatisés graves avec des séquelles invalidantes. Un traumatisme crânien, c’est une vie bouleversée, c’est une vie à recomposer, ce sont des fils à retisser. Face à cette souffrance de se voir comme un autre, de se sentir étranger dans un environnement pourtant familier, nous avons le devoir d’offrir le meilleur accompagnement possible.

Souvent, pour les personnes accueillies dans des unités de soins spécifiques, l’éloignement des proches et des familles s’ajoute au bouleversement de la vie quotidienne. Après l’hospitalisation, la continuité de la prise en charge dans le secteur médico-social, nous le savons, n’est pas toujours facile et les familles sont souvent très démunies devant les conséquences de ces traumatismes.

J’ai donc demandé à Roselyne BACHELOT et à Nadine MORANO d’élaborer d’ici fin juin 2010 un plan d’action gouvernemental sur les traumatisés crâniens et les blessés médullaires. Elles le feront en étroite concertation avec les associations concernées.

Enfin, je veux également que des mesures spécifiques soient prises concernant les personnes à mobilité réduite. Il leur est trop souvent difficile de disposer de l'usage personnel d'un véhicule adapté, qu'il s'agisse de voiture – et le Président du Conseil général vient de parler de l’initiative du département de la Sarthe - ou qu’il s’agisse de fauteuil électrique performant. Malgré les aides existantes, il faut reconnaître que le coût d'acquisition demeure pour beaucoup un obstacle infranchissable. Or nous avons tout près de chez nous un exemple dont nous souhaitons nous inspirer : depuis trente ans, le Royaume-Uni a développé un système original où plus de 500.000 voitures adaptées et fauteuils électriques sont proposés pour des locations de longue durée à des coûts extrêmement réduits. Le succès de ce programme est réel et son modèle économique a fait ses preuves. J'ai donc demandé à Nadine MORANO de me faire d’ici trois mois des propositions concrètes pour voir comment nous pouvons transposer ce dispositif dans notre pays.



Voilà, ces perspectives montrent la détermination qui est la nôtre à poursuivre une politique du handicap qui soit des plus ambitieuses. Les résultats des années passées nous encouragent parce qu’ils montrent que quand on mobilise les efforts de tous, on obtient des résultats.

Je sais pourtant – et vous les avez relayées, Monsieur le Président à l’instant - que des inquiétudes sont apparues et que des critiques s’expriment et je veux y répondre. C’est d’abord vrai sur l’emploi.

En 2009, nous avons dû prendre une mesure de souplesse en faveur des petites et moyennes entreprises de moins de cinquante salariés qui n’emploient pas assez de personnes handicapées et qui doivent acquitter par conséquent une contribution financière.

Nous avons accordé à ces entreprises un délai de six mois pour se mettre en conformité. Pourquoi ? Parce que ces entreprises étaient confrontées à une crise économique et financière dont vous savez la violence et que certaines d’entre elles étaient sur le point de mettre la clef sous la porte et qu’il était incompréhensible dans ces conditions-là de leur demander de s’acquitter de cet effort financier. Mais je veux dire que ceux qui ne l’auront pas fait à l’issue des six mois, devront nécessairement s’acquitter de cette sur-contribution.

Ce n’est pas une mesure, naturellement, qui va être poursuivie. Cette décision dictée par le pragmatisme qui d’une façon générale nous a permis d’avoir une meilleure résistance que les autres économies européennes à cette crise, ne remet donc en aucun cas en cause les principes de la loi de 2005 qui maintenant vont de nouveau s’appliquer. Et l’augmentation du taux d’emplois des handicapés, sur la lancée que je vous ai rappelée, est évidemment destinée à se poursuivre.

Prenons ensuite la question de l’accessibilité.

Oui, nous avons voulu que des dérogations soient accordées pour que 20.000 projets aujourd’hui bloqués, puissent parvenir à leur terme. Oui, nous pensons qu’un certain pragmatisme est là encore nécessaire si on veut faire face aux difficultés considérables que connaît notre pays en matière de logements. Le principe de l’accessibilité est là et je veux dire qu’il est intangible ; mais il y a aussi des situations particulières, il y a aussi des réalités devant lesquelles une réglementation uniforme n’apporte pas des réponses satisfaisantes.

Dire cela, ce n’est pas remettre en cause le principe, mais c’est au contraire réfléchir à la meilleure façon de le traduire dans les faits. Il existait en 2005 un dialogue efficace entre l’Etat, les représentants des personnes handicapées et les professionnels de l’immobilier. Ils étaient d’accord grosso modo pour accorder des dérogations qui concernaient moins de 5% des dossiers et qui ne portaient de surcroît que sur une partie des règles d’accessibilité. Le fil de ce dialogue s’est rompu ; eh bien il faut le renouer et il faut que les malentendus se dissipent. Il faut que nous progressions ensemble pour sortir de cette situation de blocage et je veux que le nouvel Observatoire de l’accessibilité joue son rôle dans le rétablissement d’une concertation apaisée. Cet observatoire, il sera le garant de notre attachement fondamental au principe de l’accessibilité. Il encadrera rigoureusement l’octroi des dérogations à ce principe et il s’assurera en permanence de la pertinence et de la transparence qui doivent caractériser ces dérogations.

Je veux aussi répondre à ceux qui croient, ou qui font croire que nous voudrions remettre en cause le plan personnalisé de compensation. Je vous le dis tout net : l’intention de mon Gouvernement, c’est de garantir ce que je considère comme un pilier de la loi de 2005.

Enfin, permettez-moi d’évoquer la scolarisation. Elle cristallise un certain nombre d’interrogations. Je les comprends, mais je veux les dissiper. Il est faux de dire, comme je l’ai entendu, que le Gouvernement aurait l’intention de se déresponsabiliser en confiant la gestion des auxiliaires de vie scolaire aux associations. Ce que nous voulons en réalité, c’est trouver, en lien avec les associations, la meilleure façon de sécuriser ce dispositif dans l’intérêt des enfants, dans l’intérêt de leur famille et de ceux qui travaillent à leurs côtés.



Voilà, Mesdames, Messieurs, j’ai voulu profiter de cette visite à la résidence du Cèdre pour rétablir quelques vérités qui valent à l’échelle de la France tout entière. Je l’ai fait parce que je souhaite que la mobilisation gouvernementale en faveur des personnes handicapées et de leurs familles soit entière.

Dans une société moderne, le handicap est l’un des sujets les plus importants qui soient parce que le degré de civilisation d’un pays, il se mesure certainement au soin et à la dignité avec lesquels il considère le sort des personnes handicapées. Respecter le handicap, c’est respecter la vie, c’est respecter la vie humaine tout entière dans ses visages d’énigme, de douleur et d’espérance.

C’est confronter la politique à ses exigences morales les plus hautes.

C’est accomplir le vœu d’humanisme qui est au cœur du projet de notre République.

Nous voulons tous que la France soit exemplaire. Et ce qui est sûr c’est qu’il ne peut pas y avoir de société exemplaire sans une politique exemplaire sur le handicap.

Je sais que beaucoup d’améliorations sont encore attendues. Mais je sais aussi que l’exemple de votre expérience, de votre action et de votre engagement, peut susciter aujourd’hui la fierté et la confiance de notre pays.

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 16:27

François Fillon répond à Jean-François Copé sur les propos racistes de Geroges Frêche à l'occasion des questions d'actualité à l'Assemblée nationale le mardi 2 février 2010.

"Monsieur le président,

Mesdames et messieurs les députés,

Monsieur le président Copé,

 

Rassurez-vous, je ne vais pas répondre à la place du Parti socialiste, et je ne donnerai de leçon à personne. Mais il y a des mots que l'on ne veut plus entendre dans notre République ! Il y a des mots qui blessent. Il y a des mots qui trahissent la vulgarité de la pensée. Il y a des mots qui ne font pas partie du vocabulaire des républicains et des démocrates.

 

Alors, certains continuent de les employer. Ce n'est pas une surprise, et celui que vous visez, monsieur le président, n'en est pas à son coup d'essai, et il ne peut guère évoquer un mauvais procès ; il aurait dû être sanctionné depuis longtemps.

 

Mesdames et messieurs les députés, le racisme est une menace permanente pour notre pacte républicain. Et les dérapages des responsables politiques quels qu'ils soient, que ces dérapages soient des dérapages conscients ou que ce soit des maladresses, doivent être combattus et ne peuvent pas être tolérés, parce que ces dérapages-là font céder les digues que les républicains, génération après génération, ont construit pour lutter contre le racisme et contre l'antisémitisme !

 

Chacun doit balayer devant sa porte. Chacun doit prendre ses responsabilités. Parce que dans cette affaire, ce qui est en cause ce n'est pas un parti politique, il s'agit en fait de dire à nos concitoyens que, dans notre République, il y a des choses que l'on ne peut pas se permettre. Et lorsque l'on s'écarte du droit chemin, alors, on doit en supporter les conséquences !

 

 

 

 

 

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 11:48

François Fillon répond à l'opposition sur la nomination d'Henri Proglio à l'occasion des questions d'actualité le 26 janvier 2010.
 

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

 

Ce qui est formidable avec le Parti socialiste, c'est qu'il ne voulait pas de la réforme de la Constitution, qui n'était pas suffisante à ses yeux, mais qu'il en réclame en permanence l'application anticipée.

 

La vérité c'est que si cette majorité n'avait pas voté, avec quelques personnalités éclairées, la révision de la Constitution, jamais la question de la nomination des responsables des grandes entreprises publiques n'aurait été posée au Parlement. Alors, commencez par remercier cette majorité d'avoir eu le courage de réformer la Constitution !

 

Deuxièmement, reconnaissez que le Président de la République n'était pas obligé de demander que les commissions parlementaires entendent Monsieur PROGLIO, puisque les textes n'étaient pas encore votés. Il l'a fait parce qu'il a voulu que de façon anticipée, le Parlement puisse auditionner le futur président d'EDF.

 

Enfin, mesdames et messieurs les députés, il y a quelques instants, j'entendais sur une télévision le responsable du plus grand syndicat d'EDF s'exprimer quant à la nomination de Monsieur PROGLIO et à sa double casquette. Eh bien, je suis frappé par la différence de ton et de responsabilité entre les organisations syndicales d'EDF et de Véolia et les propos qui sont tenus sur ces bancs.

 

 

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 08:56

François Fillon inaugure le centre hospitalier de Vesoul le mercredi 27 janvier 2010.

 

Monsieur le Maire, mon cher Alain,

Ma chère Roselyne,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Si vous me permettez, chers amis,

 

Dans quelques années, lorsque vous vous souviendrez de cet événement, vous vous direz, "j'étais à cette inauguration, où monsieur Joyandet avait perdu son discours".

 

Et vous constaterez d'ailleurs qu'il est plutôt meilleur quand il improvise les discours. En tout cas, je voulais vous dire que, quand Alain Joyandet m’a proposé d’inaugurer à ses côtés le centre hospitalier intercommunal de Haute-Saône, je n’ai pas hésité un instant.

 

D’abord, parce que, c'est pour moi, et je veux commencer par là, l’occasion de rendre hommage aux professionnels de santé ; de rendre hommage aux professionnels de santé qui assurent une des missions les plus nobles qui soit, et en même temps, sans doute, une des plus difficiles qui soit : lutter contre la maladie, alléger les souffrances des hommes.

 

Comme ceux que j’ai rencontrés tout au long de la matinée, ici, à Vesoul, je sais que ces professionnels de santé sont totalement impliqués, qu'ils sont fiers du métier qui est le leur, et que, malgré les difficultés qu'ils peuvent rencontrer et qui sont inhérentes à nos sociétés, à leur complexité, à leur réorganisation permanente, ce sont des hommes et des femmes qui font que la France a l'un des meilleurs systèmes de santé au monde, et nous avons tous des raisons d'en être fiers. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que nous tous, qui représentons ici la Nation, nous leur devons le respect, nous leur devons la reconnaissance, nous leur devons un système de soins moderne.

 

Et à cet égard, l’hôpital de Vesoul, c’est l’hôpital de demain.

Vous avez su construire une offre de soins diversifiée et globale.

Le système d’informatisation hospitalière, dont j'ai pu avoir tout à l'heure une brève démonstration, avec un véritable Dossier Médical Personnel, avant la lettre, ce service d’urgences performant, ce pôle mère-enfant que nous avons visité, qui est d'un très haut niveau technologique, toutes ces réalisations placent votre hôpital à la pointe de l’innovation.

 

Et vous avez réussi à le faire parce que vous avez eu le courage de changer les choses, c'est-à-dire de réformer, de restructurer, d'aller contre les habitudes, d'aller contre les résistances. J'ai bien entendu que vous m'aviez dit, monsieur le Maire, que "tout ça s'était passé de manière assez consensuelle", je ne vous crois pas un instant. La vérité c'est que je sais comment on restructure les hôpitaux, j'ai fait la même chose à Sablé-sur-Sarthe, comme vous le disiez tout à l'heure, en fusionnant trois établissements. Moi aussi, c'est peut-être l'un des dossiers dont je me souviendrai toute ma vie. Je m'en souviendrai toute ma vie parce que c'est un plus difficile que j'aie jamais eu à traiter. Car on affronte tout d'un coup l'incompréhension, pratiquement de tout le monde. Des praticiens hospitaliers qui se demandent quel va être leur sort dans cette réorganisation et des personnels, des médecins de ville, qui manifestent le plus grand scepticisme, et puis des populations qui se demandent, après tout, si ces changements vont leur apporter un meilleur service ou au contraire un service dégradé. Et on a toujours l'impression que le changement va apporter un service dégradé, alors que c'est le contraire.

 

Et une fois que les réformes sont faites, une fois que la fusion fonctionne - alors il y a sans doute encore quelques réglages pendant quelques mois -, mais on va trouver ça très normal, et si demain, on vous proposait de revenir au système ancien, les mêmes qui ont manifesté leur opposition manifesteraient leur refus de revenir au système ancien.

 

Si j'évoque ces difficultés, si j'évoque cette réticence au changement, c'est parce que je pense qu'il faut réfléchir à l'occasion de réformes réussies, de restructurations réussies, comme celle que nous venons d'inaugurer, pour porter un jugement sur les changements que nous sommes en train d'essayer d'apporter partout dans le pays, dans l'organisation de nos services publics.

 

Vous le savez, l'organisation des services publics doit évoluer. Comment imaginer les progrès immenses de la technologie et des services publics qui ne changent pas ! Comment imaginer que l’on soit passé de la distribution de courriers, comme c'était le cas pendant si longtemps, à l'explosion de l'Internet et des courriers électroniques, à l'explosion des téléphones portables, à l'explosion des textos - qui me dira ici qu'il n'en a jamais envoyé un -, et avec service public de la Poste qui ne changerait pas ! Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'on maintient des services publics qui n'ont plus réellement d'activité, parce que leur activité s'est progressivement vidée. Et on en crée d'autres à côté pour répondre aux besoins de la population, mais on continue à dépenser deux fois les sommes qui seraient nécessaires à apporter le meilleur service à nos concitoyens.

 

Or, il se trouve que notre pays est en déficit, il ne l'est pas depuis 18 mois, il ne l'est pas depuis deux ans, il l'est depuis 35 ans ! Cela fait 35 ans que, en France, le Parlement n'a jamais voté un budget en équilibre !

 

Alors, je sais que pour beaucoup d'entre vous, les plus anciens, vous vous dites : "bon, ça a toujours été comme ça". Et puis, pour les plus jeunes, vous vous dites : "si ça a duré 35 ans, ça va bien durer encore quelques années".

 

La vérité c'est que l'on est au bout de cet exercice, et il faut maintenant que chacun comprenne que les dettes qu'on accumule, c'est l'avenir de nos enfants qui est en cause. Quand on fait payer aux générations futures les soins des générations d'aujourd'hui, cela veut dire que les générations futures auront à payer les leurs plus ceux du passé. C'est une situation impossible, c'est une situation inacceptable ! Et donc, nous devons lutter contre ces déficits. Et la meilleure façon de lutter contre ces déficits, en améliorant l'offre qui est apportée à nos concitoyens en matière de service public, c'est de réformer, c'est de réorganiser, c'est d'essayer en permanence d'adapter l'offre de service aux besoins.

 

Voilà, Mesdames et Messieurs, pourquoi je suis heureux d'être ici, aujourd'hui, à Vesoul. Mais naturellement, il y avait une deuxième raison pour ma venue, c'est de dire toute mon amitié et toute ma gratitude à Alain Joyandet.

 

Je connais comme vous son engagement résolu et généreux en faveur de l’intérêt général. Je sais le travail immense qu'il a fait ici, à Vesoul, pour développer, pour moderniser la ville, et en même temps pour la rendre toujours plus accueillante et toujours plus humaine. Je veux vous dire aussi que j'ai beaucoup de plaisir à l'avoir dans mon équipe gouvernementale.

 

C'est un homme qui fait preuve de beaucoup d'humanité et je pense que, comme chacun d'entre vous, les Français, ont été fiers à plusieurs reprises de voir, sur des territoires soumis à des difficultés extrêmes, que Alain Joyandet y représentait, avec beaucoup d'humanité, beaucoup de générosité, et en même temps beaucoup d'efficacité, la voix de la France.

 

Alors je veux revenir sur cette modernisation de nos services publics, qui est à la base de la politique que conduit le Gouvernement. Cet effort de modernisation, on va le poursuivre. Et on va le poursuivre, j'allais dire, malgré ou à cause de la crise économique qui s'est abattue sur notre pays.

 

Cette crise économique, naturellement, personne ne l'avait prévue et on aurait pu imaginer que la difficulté, pour le Gouvernement, pour les Français, de faire face aux difficultés économiques et sociales, nous ait conduit à renoncer au moins pour un temps à l'effort de réforme. Il n'en est rien, parce que nous avions besoin à la fois de mettre en place des politiques exceptionnelles pour lutter contre la crise qui s'est abattue sur le monde entier, pas seulement sur notre pays. Mais en même temps, nos difficultés à nous, nos handicaps à nous, nos faiblesses à nous, les choix que nous n'avons pas faits dans le passé, ils sont bien là, ce sont les nôtres, et nous devons y faire face.

 

Alors nous avons lutté contre la crise en essayant d'être les plus réactifs possibles, les plus efficaces possibles et nous avons obtenu des résultats. Je sais que quand on dit cela aujourd'hui, on dit "mais il ne faut pas faire d'autosatisfaction". On ne fait pas d'autosatisfaction, on a essayé de faire pour le mieux. Après tout, ce n'était pas facile. Cette crise-là, personne d'autres n'en avait connue d'aussi grave depuis les années 30 et le monde a un peu changé depuis les années 30. Cela veut dire qu'il n'y avait pas de recette pour y faire face. Cela veut dire qu'il n'y avait pas d'experts, pas d'économistes, pas de tous ces gens qui, en permanence, nous expliquent après coup comment il aurait fallu réagir, qui étaient en mesure de nous donner les clefs de la solution de cette crise économique et financière.

 

Donc, avec le président de la République, on a essayé de faire pour le mieux. Et on a essayé de travailler dans l'intérêt de la France. Le résultat, c'est qu'on est le premier pays à être sorti de la crise en 2009, de la récession, et que pour l'année 2010, après avoir imaginé une très faible croissance autour de 0,75 %, je viens d'annoncer le doublement de ces prévisions – ou presque doublement – à 1,4 %. Et je pense que ce sont des prévisions qui sont encore prudentes. Cela veut dire que nous sommes vraiment sortis de la récession et que nous allons recommencer à créer de la richesse. Et donc, que nous allons progressivement mettre en place les outils qui vont nous permettre d'arrêter la progression du chômage et puis, enfin, de reprendre sa réduction, qui avait commencé dans les années 2006 et qui a été interrompue par la crise économique.

 

Ce combat pour la reprise économique, il exige une mobilisation générale.

Naturellement, l'Etat, les collectivités locales, les partenaires sociaux, les entrepreneurs, les salariés, tout le monde doit se serrer les coudes pour redonner à notre pays la croissance dont il a besoin.

Et, surtout, nous devons en permanence nous projeter vers l’avenir, en essayant de prendre les décisions qui seront efficaces demain, des décisions qui permettront à notre pays d'avancer et qui éviteront que, dans quelques années, on se dise : "au fond, ceux qui ont géré la France à ce moment-là, ils ont choisi le court terme, ils ont choisi la facilité ; ils ont mis un peu d'argent dans l'économie pour essayer de la booster, mais ils n'ont pas préparé l'avenir". Nous, nous voulons préparer l'avenir.

C'est ce que nous faisons d'abord, avec les 35 milliards d’euros destinés aux grands projets d'avenir qui ont été annoncés au Conseil des ministres la semaine dernière, qui vont être débattus par le Parlement dans quelques jours, et qui vont nous permettre de gagner du temps, de gagner des places dans la compétition mondiale, dans l'aéronautique, dans le spatial, dans l'automobile avec les véhicules électriques, avec les véhicules de demain, dans les réseaux à très haut débit. Nous voulons que toute la France, y compris les zones les plus défavorisées, soient équipée en réseau à haut débit. On a vu tout à l'heure à l'hôpital à quoi cela servait. Ça sert par exemple à faire de la médecine à distance, et à mettre en réseau l'hôpital de Besançon et celui de Vesoul, pour faire en sorte que les meilleurs spécialistes, au moment où on a besoin d'eux, puissent être rassemblés autour du même patient.

Et puis, nous allons utiliser ces moyens publics pour faire en sorte que la croissance de notre pays reparte. Nous ne repartirons, en terme de croissance, que si nos entreprises sont capables de lutter à armes égales avec les autres entreprises au moins européennes, et en particulier avec les entreprises de notre grand voisin allemand, qui est à la fois notre voisin, notre ami et en même temps, notre principal compétiteur dans la compétition économique.

 

C'est dans cet esprit que nous avons décidé la suppression de la taxe professionnelle. Ce n'est pas parce que nous avions des comptes à régler avec les collectivités locales, c'est parce que nous voyions jour après jour la compétitivité de l'économie française se réduire, notamment dans le cadre de la grande compétition avec les pays émergents, et nous savions que, si nous ne faisons pas d'effort pour améliorer la compétitivité de l'industrie française, les emplois vont continuer à se délocaliser. C'est une des caractéristiques de beaucoup de responsables politiques français qui, le matin, disent : "il faut lutter contre les délocalisations"; et qui, l'après-midi, disent : "ah oui, mais il ne faut pas toucher à la fiscalité des entreprises, parce que nous les communes, les départements, les régions, nous en avons besoin". Bien entendu, nous avons mis en place les dispositifs qui permettront aux communes, aux départements et aux régions de continuer à se développer et de continuer à apporter les services que la population attend d'eux. Mais il fallait réduire la charge fiscale qui pèse sur les entreprises, et en 2010, avec un effet cumulatif, parce que c'est la première année de la réforme, c'est 12 milliards d’euros qui vont être réinjectés dans la trésorerie des entreprises, et en particulier des entreprises industrielles qui sont celles qui vont le plus bénéficier de cette réforme.

 

Mais cette recherche de compétitivité, elle ne peut pas être seulement l'affaire du secteur (privé). La compétitivité d'une économie, ce n'est pas seulement la compétitivité de ses entreprises, c'est aussi la compétitivité de son secteur public, la compétitivité de ses administrations. Et, pour que nos administrations soient efficaces, compétitives, pour réduire notre déficit budgétaire, nous avons besoin de réformer.

 

C'est ce que nous avons fait, d'abord avec la révision générale des politiques publiques. Depuis près de trois ans maintenant, nous cherchons à repenser l’organisation de l'Etat pour être le plus efficace et en même temps le plus économique possible.

Depuis 2007, nous avons pris, avec le Président de la République, une décision qui est difficile, qui n'est pas populaire, qui suscite souvent beaucoup d'incompréhension, mais qui était absolument nécessaire, qui est de ne pas remplacer un départ sur deux à la retraite dans la fonction publique. Pourquoi ? Parce que nous n'avons cessé d'augmenter les effectifs de la fonction publique en France depuis vingt ans. Nous n'avons cessé de les augmenter. Nous sommes aujourd'hui le pays en Europe qui a les effectifs, en terme de fonction publique, les plus élevés, qui a les dépenses publiques les plus élevées. Avant, il y avait la Suède qui était devant nous, nous sommes passés devant la Suède, nous sommes en Europe le pays qui a les dépenses publiques les plus élevées. Si on veut réduire notre déficit, si on veut demain que les dépenses de l'Etat soient assurées par les contributions des citoyens et des entreprises, et pas par l'emprunt, eh bien alors, il faut réduire les dépenses et c'est ce que nous faisons s'agissant de la fonction publique.

C’est une politique nécessaire, c'est une politique d’intérêt national, c'est une politique de lutte contre les déficits qui nous oblige à repenser le fonctionnement de nos administrations.

 

Ensuite, mesdames et messieurs, aux côtés de l’Etat, il y a les collectivités locales.

Je veux dire, s'agissant des collectivités locales, que là aussi, leur réforme est nécessaire.

J'entends évidemment beaucoup de critiques sur la réforme des collectivités locales et je voudrais, moi, vous expliquer ce que le Gouvernement veut faire.

 

Nous sommes le pays qui a l'organisation la plus complexe. Nous n'avons cessé de rajouter des échelons aux organisations que nous avions déjà. Eh bien, nous voulons simplifier cette organisation, et nous voulons la simplifier autour de deux pôles simples : d'un côté, les communes et les communautés de communes, qui doivent travailler de plus en plus ensemble, qui doivent mutualiser leurs moyens, qui doivent comme vous l'avez fait avec le centre hospitalier, partager, organiser l'offre de services publics, et de l'autre côté, les départements et les régions qui, eux aussi doivent travailler ensemble. Moi, j'ai un objectif qui est très simple : je voudrais que, dans quelques années, il n'y ait plus un seul fonctionnaire territorial qui fasse la même chose au département et à la région. Parce que ça, ce sont des impôts que vous payez et qui ne sont pas nécessaires.

Et en le disant, je veux le dire clairement, je ne montre personne du doigt. J'ai géré moi-même une ville, puis un département, puis une région. C'est notre organisation qui génère ces surcoûts, parce que chaque collectivité locale a ce que l'on appelle une compétence générale, donc elle est amenée à répondre à toutes les sollicitations de nos concitoyens, et c'est ainsi que chaque collectivité développe naturellement sa politique économique, sa politique en matière de tourisme, sa politique en matière de communication, alors que chaque échelon devrait avoir une responsabilité et la conduire jusqu'à son terme.

 

Nous allons donc conduire cette réforme des collectivités locales. Nous allons le faire avec le souci de préserver, en particulier, les territoires ruraux. Et je voudrais dire ici, solennellement, devant vous, que tous ceux qui vous disent que, avec la réforme des collectivités locales, par exemple, les départements ne pourront plus aider les communes rurales, ne pourront plus financer les associations, eh bien, ceux qui vous disent cela vous mentent ! Je le dis clairement, ils vous mentent ! Et on le verra bien, lorsque les textes seront votés par le Parlement : à aucun moment, naturellement, il n'a été envisagé d'empêcher les départements d'apporter leur contribution au développement solidaire des territoires ruraux. C'est bien sûr le rôle du département que d'assurer cette espèce de péréquation des moyens financiers pour aider les territoires les plus reculés.

 

On peut être contre cette réforme, on peut considérer qu'il ne faut rien changer en France. On peut considérer qu'il faut continuer à accumuler des déficits sans lutter. Il y a des raisons de s'opposer sur des sujets comme ceux-là. On a des approches, les uns et les autres, différentes mais il n'est pas nécessaire de mentir. Il n'est pas nécessaire de travestir la vérité. Lorsque l'on combat une réforme, on la combat à partir de la réalité. Et moi, j'accepte volontiers le débat avec qui le souhaite sur ces sujets-là, mais je n'accepte pas qu'on travestisse la vérité en disant, comme on l'a fait pendant des semaines et des semaines aux maires, "avec le réforme de la taxe professionnelle, vous n'aurez plus de ressources, et avec la réforme des collectivités locales, nous n'aurons plus le droit de vous aider". Tout cela est faux et vous le verrez bien dans les prochains jours.

 

Et puis, nous avons engagé des restructurations de grands services publics, qui étaient attendues depuis très longtemps. Je pense par exemple à l'autonomie des universités. Dans le monde entier, dans tous les grands pays développés, les universités sont autonomes. Cela veut dire qu'elles recrutent comme elles l'entendent, cela veut dire qu'elles mènent les politiques qu'elles souhaitent, qu'elles décident des formations qu'elles vont conduire, qu'elles décident de leur budget, qu'elles gèrent leur patrimoine immobilier. C'est ce qui a fait partout le succès des grandes universités. Chacun en France s'accordait à reconnaître que notre système universitaire était trop contraignant, que cette gestion centralisée des universités, où un congé de maternité d'un personnel du secrétariat du président de l'université devait être géré par Paris et la gestion centralisée des personnels. Tout cela devait changer. Nous avons mis en œuvre la réforme de l'autonomie des universités. Au 1er janvier, 51 universités ont choisi l'autonomie, et je suis convaincu que là encore, on pourra constater que l'effort que nous avons fait pour l'enseignement supérieur, pour la recherche, pour la préparation de l'avenir a été sans précédent depuis le début de la Vème République.

 

Et puis nous avons engagé des réformes, je pense par exemple, et je ne veux pas ne pas aborder ce sujet devant vous, la réforme de la carte militaire.

 

Comment accepter l'idée que la carte militaire, l'organisation de nos armées, ne change pas, alors même que tout a changé autour de nous. Nous avons vécu, d'abord dans un contexte de Guerre de froide, avec la crainte de l'invasion de l'Union soviétique en Europe. Nous avons vécu pendant des siècles avec des voisins, avec lesquels nous étions dans un rapport de force permanent. Tout cela a disparu. Tout cela a disparu et nous avons aujourd'hui besoin d'une armée plus ramassée, plus professionnelle, qui soit capable d'intervenir vite, dans des secteurs, des territoires dans le monde, où les intérêts vitaux de notre pays sont en cause, où nous participons avec d'autres, et en particulier, avec les Européens, à la défense de la paix. Comment maintenir la même organisation militaire ? Nous avons, avec le Président de la République, décidé de regrouper une organisation qui était dispersée sur 471 communes, nous avons décidé de resserrer ces implantations sur 70 bases de défense. Vesoul n'est pas concernée par ces restructurations, et à Luxeuil nous avons suivi les recommandations d'Alain Joyandet et de Michel Raison en décidant de préserver la base aérienne. Mais je veux dire que nous l'avons fait… je veux dire que d'une manière générale, ces restructurations sont des opérations difficiles. En 2009, elles ont concernées 7.500 personnes et une trentaine de sites, et en 2010, elles concerneront 16.000 personnes et une cinquantaine de sites, et je voudrais dire là aussi la gratitude qui est la mienne, pour les personnels des armées qui sont sans doute parmi ceux qui ont connu le plus de restructurations depuis quelques années, et qui les mènent avec le sens de l'intérêt général et beaucoup d'esprit collectif.

 

Nous avons également engagé une rationalisation de notre appareil judiciaire. Là encore, depuis cinquante ans, aucune modification de l'organisation judiciaire. Est-ce que la population de notre pays vit toujours au même endroit ? Est ce que les contentieux n'ont pas changé de nature ? Est-ce que les relations entre les justiciables et l'appareil de justice n'ont pas changé ? Nous avons supprimé 23 tribunaux de grande instance, 178 tribunaux d'instance et juridictions de proximité, 85 greffes détachés, 55 tribunaux de commerce, et 62 conseils de prud'homes. Pas seulement pour faire des économies, même si naturellement c'est un objectif, mais pour regrouper les compétences et assurer un meilleur service. C'est une réforme au service de l'efficacité, et cette efficacité, elle est mise au service des justiciables. Sa mise en œuvre à commencer en 2009 et elle va se poursuivre dans les années qui viennent. Nous veillerons à l'appliquer dans les meilleures conditions, en particulier, pour les personnels concernés.

 

Et puis les réseaux de justice se modifiant profondément, il était aussi nécessaire d'adapter ceux de la gendarmerie et de la police. Pendant des décennies, je pense que beaucoup de Français se sont demandés pourquoi on avait une gendarmerie au ministère de la Défense, et une police nationale au ministère de l'Intérieur ? Nous avons clarifié cette situation, en intégrant les 101.000 gendarmes au ministère de l'Intérieur sous une même autorité, le ministre de l'Intérieur, qui a la responsabilité pour lutter contre l'insécurité, pour assurer la sécurité des Français. La lutte contre la délinquance, vous le savez, c'est une priorité de mon Gouvernement, et, nous avions besoin pour être plus efficace de mieux fédérer les moyens et les actions.

 

Il y a des moments où il faut revoir les traditions. Il en est une autre qui finissait par devenir incompréhensible. Nous avions un double réseau financier dans notre pays, d'un côté 80.000 agents des impôts, et de l'autre 55.000 agents de la comptabilité publique. Eh bien, la réunification de ces deux administrations, qui était réclamée depuis si longtemps par tous les responsables politiques dans leurs discours - mais jamais dans leurs actes -, nous l'avons réalisée. Les contribuables pourront effectuer toutes leurs démarches fiscales désormais auprès d'un seul interlocuteur, dans un même lieu avec le guichet fiscal unifié.

 

Mesdames et messieurs, toute l'administration territoriale de l'Etat est en train de connaître une mutation considérable. Jusqu'à présent, sur le territoire, il pouvait y avoir jusqu'à 35 directions, services ou délégations qui mettaient en œuvre les politiques publiques. Au fil des années, chaque ministère, voire même parfois chaque direction au sein même d'un ministère, a crée ou a maintenu son propre réseau de services déconcentrés, avec souvent d'ailleurs des maillages territoriaux qui ne correspondaient pas d'une administration à une autre. La décentralisation a eu des conséquences sur l'organisation de l'Etat. Beaucoup de missions ont été transférées aux collectivités locales, mais l'Etat n'en n'avait pas tiré les conséquences quant à sa propre organisation. Les tâches de gestion doublonnaient d'une structure à l'autre. Le système était devenu complexe, de plus en plus coûteux. Eh bien, depuis le 1er janvier 2010 tout le paysage des services déconcentrés de l'Etat, est en train de changer. Nous avons rapproché les multiples directions, nous avons simplifié, réorganisé, avec un objectif central, qui n'est pas de se préoccuper des besoins des administrations elles-mêmes, mais d'abord de partir de la demande des citoyens, et de voir comment on peut le mieux possible répondre à la demande des citoyens. Ce sont les préfets de région qui ont vocation à piloter l'ensemble de l'administration d'Etat dans les territoires, avec les préfets de départements. Nous avons regroupé les structures régionales en huit directions. Donc, on est passé parfois de dix, quinze, vingt directions à huit directions aujourd'hui. En matière de santé, vous savez que le système va être organisé autour des agences régionales de santé, dans le cadre de la réforme qu'a portée Roselyne Bachelot. Avec cette réforme, qui concerne 250.000 fonctionnaires, l'Etat se concentre sur ses missions, il essaye de se rendre plus accessible à l'usager, il transforme ses structures, il transforme ses procédures, il revoie ses implantations pour mieux défendre l'intérêt général.

 

Alors, j'ai bien conscience que, en faisant cela, nous demandons un effort considérable aux fonctionnaires, qui sont amenés à se remettre en cause, à remettre en cause l'organisation de leur travail. Il s'agit en effet de mettre en place l'administration de demain, une administration plus lisible, plus lisible pour les citoyens, plus transversale, plus réactive, et je pense que c'est parce que nous sommes tendus vers un même idéal, c'est-à-dire un Etat plus efficace, que nous devons assumer collectivement ces efforts.

 

Voilà, mesdames et messieurs, vous avez réalisé avec le centre hospitalier intercommunal de Vesoul une opération qui est exemplaire. Et une opération qui montre, au fond, le chemin, qui montre la voie de ce que notre pays doit faire partout, dans tous les secteurs de son administration, de son organisation publique pour devenir à la fois une nation plus prospère, c'est-à-dire une nation qui dépense moins, et en même temps une nation plus solidaire, c'est-à-dire qui apporte à ses citoyens le service qu'ils sont en droit d'attendre.

 

Je pense que, au moment, au fond, de juger de l'action des équipes qui gouvernent notre pays, il faut toujours se poser la question de savoir quels sont ceux qui sont allés le plus loin dans la défense de l'intérêt général. Il y a beaucoup trop de responsables politiques qui mentent, qui mentent en cachant la vérité, en cachant les défis que notre pays doit relever. Qui vous dit par exemple, chaque jour que la crise financière que nous venons de traverser a eu comme principal effet d'affaiblir les grands pays industrialisés, au détriment des nations émergentes dont la production industrielle augmente de 10 ou 15 % par an, la Chine, l'Inde, tout cet ensemble asiatique qui est en train de se développer de façon considérable ? Et nous il faudrait que l'on reste immobile, avec la même organisation, les mêmes traditions, avec la même façon de travailler, alors même que, dans un monde ouvert, des parts de marché, chaque jour risquent de partir vers les pays émergents. Les vrais responsables politiques sont ceux qui disent la vérité. Dire la vérité, c'est dire que l'on ne peut pas avoir le meilleur système de santé du monde, l'école et l'université gratuite pour tout le monde, la retraite pour tous, des allocations pour ceux qui sont dans le besoin, sans réformer, et sans se retrousser les manches. Nous avons un modèle social ; ce modèle social nous y sommes attaché, parce que c'est une chance, et une force pour la République, mais on ne peut assurer la pérennité de ce modèle social, que si on fait des efforts, si on a le sens des responsabilité et si ensemble on cherche à faire en sorte que, notre Etat, notre organisation publique soit la plus rationnelle, et la plus solidaire possible.

 

Voilà, mesdames et messieurs, le message simple que je voulais vous délivrer aujourd'hui. Je voudrais redire à Alain le grand plaisir que j'ai, avec Roselyne Bachelot, de venir le visiter dans sa ville, lui dire toute la fierté qui est la mienne de le compter dans mon Gouvernement, et je voudrais simplement souhaiter bonne chance à l'équipe de Vesoul pour les prochains jours. Montrez-leur, aux Parisiens, ce que vous savez faire.

 



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