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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 19:19

Notre devoir c'est de respecter l'honneur de ces hommes qui sont tombés ou qui ont été blessés pour notre sécurité. Et notre devoir c'est ensuite d'agir avec sang-froid, parce que nos adversaires justement misent sur notre fébrilité. Le président de la République présidera demain une cérémonie nationale d'hommage, qui aura lieu à Varces, au 93ème Régiment d'artillerie de montagne.Pour nos soldats en Afghanistan, nous avons immédiatement pris les mesures qui s'imposaient. D'abord, en suspendant les activités de formation aux côtés de l'armée afghane. Ensuite, en dépêchant le ministre de la Défense, Gérard LONGUET, ainsi que le chef d'état-major des Armées, afin qu'ils évaluent les conditions de sécurité de nos soldats. Le président de la République annoncera les conclusions qu'il tire de cette évaluation, après les avoir partagées avec le président KARZAI, qui sera en France vendredi.

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 18:42

Mesdames et Messieurs, hier l’agence de notation STANDARD AND POOR’S a pris des décisions qui concernent 16 pays de la zone euro. Avec le président de la République, je n’ai pas attendu le jugement d’une agence de notation pour savoir quels sont nos devoirs : réduire nos déficits, améliorer notre compétitivité, donner à la zone euro la gouvernance qui lui manque. Cette décision était une décision attendue, même si on peut la juger à contretemps au regard des efforts engagés par la zone euro, des efforts que d’ailleurs les investisseurs commencent à reconnaître. Les marchés financiers ont d’ailleurs assez peu réagi vendredi aux rumeurs qui ont précédé l’annonce officielle par STANDARD AND POOR’S.

Cette décision constitue une alerte qui ne doit pas être dramatisée, pas plus qu’elle ne doit être sous-estimée. Parce que la dérive de nos finances publiques depuis 30 est un handicap majeur pour la croissance, pour l’emploi comme pour notre souveraineté nationale. Mais aussi parce que les insuffisances de la gouvernance européenne doivent être corrigées. S’agissant de la France, notre note est dégradée d’un cran, elle passe de AAA à AA+. Je rappelle qu’il y a 21 crans de notation chez STANDARD AND POOR’S, la France était notée 21/21, elle est désormais notée 20/21. La note de la France reste donc parmi les meilleures du monde avec – je le rappelle – s’agissant de cette agence, celle des Etats-Unis.

Cette agence motive sa décision d’abord par la situation de la zone euro et par son impact sur nous. Pour autant, elle confirme que notre économie est solide, diversifiée et résistante. Elle souligne que le Gouvernement a mis en œuvre les réformes nécessaires, et qu’il applique une stratégie de réduction du déficit et de la dette qui est crédible.

François HOLLANDE a donc particulièrement tort de prétendre que c’est notre politique qui est sanctionnée. La France est un pays sûr, un pays dans lequel les investisseurs ont confiance et peuvent avoir confiance. Les agences de notation sont des baromètres utiles mais ce ne sont pas elles qui font la politique de la France. Les décisions prises lors du sommet européen du 9 décembre dernier, les mesures mises en œuvre par la Banque Centrale Européenne, les réformes engagées par le Gouvernement prouvent que la France n’a pas attendu la décision de STANDARD AND POOR’S pour agir avec détermination en faveur d’une solution durable à la crise de la zone euro. Chacun doit donc se garder de réactions excessives, cette décision est le fait d’une agence de notation, et il serait paradoxal de lui faire jouer un rôle qui n’est pas le sien en la transformant en un instrument politique.

Ceux qui dramatisent la situation devraient y réfléchir à deux fois. Ce sont en effet les mêmes qui ont refusé de voter les réformes destinées à renforcer notre compétitivité et à réduire les déficits, que ce soit la réduction des effectifs dans la Fonction Publique ou la réforme des retraites. Ce sont eux qui ont bloqué l’instauration de la règle d’or, qui aurait pourtant renforcé notre crédibilité au regard des investisseurs. Bref ! Chacun doit conserver son sang-froid et assumer ses responsabilités.

Je veux vous dire que le Gouvernement, lui, assumera les siennes. Il est déterminé à poursuivre la stratégie qu’il a définie sous l’autorité du président de la République, il garantira le respect de la trajectoire de nos finances publiques sur laquelle nous nous sommes engagés, avec un retour sous les 3 % dès 2013 et un retour à l’équilibre en 2016.

Cet objectif de déficit, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le dire devant vous, est un objectif intangible, et d’ailleurs les résultats de 2011 montrent que la France respecte ses engagements. Comme vous le savez nous aurons – s’agissant de 2011 – un résultat en matière de déficit qui sera nettement inférieur aux prévisions qui étaient de 5,7 %. Les mesures budgétaires que nous avons prises sont donc suffisantes à ce stade. Lorsque nous aurons une meilleure visibilité sur notre croissance, nous pourrons procéder à des ajustements. J’ai déjà indiqué que nous avions des marges de précaution dans le budget 2012, nous procéderons si nécessaire à des ajustements mais au regard de la croissance constatée.

Je précise que notre financement moyen et long-terme se fait depuis le début de l’année à des taux qui sont nettement inférieurs à ceux prévus dans le budget 2012, et qui par ailleurs sont nettement inférieurs à ceux auxquels nous empruntions il y a quelques années. Par exemple hier soir, la dette française à 10 ans s’échangeait sur le marché au taux de 3,08 %, alors que nous avons inscrit un taux moyen de 3,7 % dans le budget 2012. Nous avons donc une marge de manœuvre en cas de hausse de notre taux d’endettement, pour l’année 2012 je ne vois pas de coût significatif qui mettrait en cause notre trajectoire budgétaire.

Le Gouvernement, sans attendre les observations de STANDARD AND POOR’S, a engagé une stratégie pour améliorer notre compétitivité au service de la croissance. Depuis le début du Quinquennat, la réforme du crédit impôt recherche, la réforme de la taxe professionnelle, le développement des investissements d’avenir vont dans ce sens.

Nous allons, avec le sommet sur la crise de mercredi, engager une nouvelle étape au service de la compétitivité de l’économie française et de la croissance. Une nouvelle étape avec la formation des demandeurs d’emploi, avec une discussion autour des accords de compétitivité dans les entreprises, autour de la réforme du financement de la protection sociale pour abaisser le coût du travail. Et enfin, comme vous le savez, le président de la République a invité les représentants des associations des collectivités locales à un débat dans les prochains jours, pour voir comment les collectivités locales elles-mêmes doivent pouvoir s’engager dans cet effort de réduction des déficits.

Qui pourrait encore prétendre que ces décisions peuvent attendre ? Et qui fait preuve de responsabilité ? Ceux qui veulent des décisions maintenant avec ce sommet de crise, ou ceux qui continuent de caricaturer tous les projets de réforme comme cela a encore été le cas de façon spectaculaire ces derniers jours avec les débats autour de la TVA anti-délocalisation.

Enfin STANDARD AND POOR’S souligne – à juste titre – l’urgence de mettre en place une gouvernance de la zone euro qui la prémunisse contre les crises comme celle que nous sommes en train de vivre. C’est précisément ce qui a été décidé par les chefs d’Etat et de gouvernement le 9 décembre, il nous revient d’appliquer ces décisions sans délai, cela passera par la signature d’un traité sur la zone euro en ce début d’année.

Voilà Mesdames et Messieurs, avec le président de la République nous n’avons jamais caché la gravité de la crise aux Français. Après le sommet social,  nous prendrons des décisions fortes, des décisions fortes qui conduiront à des réformes structurelles, pour poursuivre dans la voie du renforcement de la croissance et de la compétitivité de la France.
 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 17:19

François FILLON annonce qu'il a décidé que l'autisme serait la "Grande cause nationale" pour l'année 2012, à l'occasion des questions d'actualité à l'Assemblée Nationale le mercredi 20 décembre 2011.



Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Monsieur le député Daniel FASQUELLE,

Chacun connait votre engagement en matière d’autisme. Vous aviez pris l’initiative dès 2010, d’une proposition de loi pour que l’autisme soit reconnu « Grande cause nationale ». Et vous avez réitérez cette initiative avec un très grand nombre de parlementaires sur tous les bancs de cette Assemblée.
Eh bien je vous l’annonce, j’ai décidé que l’autisme serait la « Grande cause nationale » pour l’année 2012. Cette distinction est un message d’espoir en direction des personnes autistes et de leur famille.
Avec cette cause nationale, nous voulons leur dire que nous allons combattre ensemble les méconnaissances et les préjugés qui ont longtemps entouré l’autisme dans notre pays. Et c’est ainsi que nous remplirons notre devoir collectif qui est de signifier à chaque personne autiste qu’elle a le droit au respect le plus absolu et à une insertion dans notre vie sociale.
L’attribution de ce label vient poursuivre les efforts qui avaient été engagés dans le plan « Autisme 2008 – 2010 » qui a d’ores et déjà permis un renforcement de la connaissance scientifique, une amélioration du diagnostic et une diversification de l’offre sanitaire et médico-sociale. C’est un plan qui nous a permis de progresser dans un secteur où la France accusait un retard inacceptable.
Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là.
Madame BACHELOT a chargé Valérie LETARD d’une mission d’évaluation sur la mise en œuvre du plan 2008 – 2010. Je recevrai dans les prochains jours l’ensemble des représentants du secteur de l’autisme pour faire le point avec eux et voir quelles suites nous devons donner à ce plan. En tout cas, je crois qu’avec cette « Grande cause nationale » nous avons des moyens supplémentaires pour faire progresser les esprits et le cœur des Français.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 17:26

François FILLON rappelle que le nucléaire doit rester le cœur de notre production électrique à l'occasion de sa visite de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) le lundi 19 décembre. 2011


Madame la présidente de l’IRSN,
Mesdames et Messieurs,

Avant de répondre aux questions de la presse, je voudrais vous dire quelques mots sur les raisons de ma venue dans ces locaux de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et avec Eric BESSON.
Au mois de mars dernier, l’ensemble des personnels de cet Institut se sont mobilisés avec beaucoup de dévouement et beaucoup d’efficacité à l’occasion de la catastrophe de Fukushima pour fournir heure par heure des éléments sur la situation au Japon à partir des données disponibles.
Des experts ont été dépêchés sur place et je veux dire la gratitude qui est la mienne, au nom du Gouvernement, pour l’engagement de tous les personnels de l’IRSN qui a été exemplaire.

Nous avons compris très vite que cette catastrophe serait longue et, pour reprendre des termes de l’Autorité de sûreté nucléaire, que le retour d’expérience s’étalerait sur l’échelle d’une dizaine d’années.
Pour autant, la France a décidé de réagir vite, parce que nous avons le devoir d’assurer la sécurité maximale de nos installations nucléaires.

C’est un objectif qui n’est pas négociable et c’est une obligation que nous avons vis-à-vis des Français.

Nos concitoyens doivent savoir que nous nous sommes dotés du dispositif de surveillance et d’information sans doute le plus sûr au monde avec la loi de 2006.
Nous nous appuyons sur une autorité indépendante, l’ASN, et sur l’expertise que lui apporte l’IRSN.
Mais nous avons besoin aussi de vigies comme le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire.
Les organismes de relais que sont les Commissions locales d’informations constituent également un élément majeur du fonctionnement de notre démocratie.
Et c’est pour les aider à jouer ce rôle de témoin que le Gouvernement vient de doter ces commissions de subventions accrues puisqu’elles augmenteront en effet de 70% en 2012 dans un contexte que chacun sait contraint.

A l’heure où la question nucléaire est débattue de façon souvent caricaturale, à l’heure où 40 années de recherche et d’efforts industriels sont fragilisées par des négociations électorales sur lesquelles je ne m’étends pas, je veux saluer l’engagement des personnels de notre filière nucléaire, je veux rappeler que leur compétence est reconnue dans le monde entier.

Si le nucléaire n’était plus envisagé comme une énergie d’avenir, nous réduirions notre indépendance énergétique, nous réduirions les savoirs et l’expertise qui est la nôtre, nous affaiblirions aussi nos capacités à faire partager par d’autres pays nucléaires notre niveau d’exigence.

Il a fallu plusieurs décennies pour que l’exploitation française soit portée par des opérateurs internationalement reconnus : le CEA, EDF, Areva.
Et dans un contexte comme celui que nous connaissons après l’accident de Fukushima, le plan stratégique qui a été annoncé la semaine dernière par Areva témoigne du modèle stratégique intégré que le Gouvernement souhaite préserver et souhaite développer.
Ce plan nécessitera une amélioration des coûts opérationnels et il nécessitera aussi des cessions d’actifs hors du cœur de métier d’Areva.

Ce secteur ne pourrait être un tel emblème du savoir-faire français si nous n’avions pas fait le choix d’une politique de sûreté maximale.
La conception par l’IRSN d’un simulateur du réacteur EPR montre combien l’investissement public en faveur de cette sûreté est exigeant, évolutif et permanent.
Le développement simultané de ce dispositif et du chantier mené par EDF à Flamanville pour bâtir le réacteur de troisième génération témoigne de notre volonté d’anticipation, tant sur le plan technologique que sur celui de la sûreté.

Il y a quelques jours, une association a mené une action coordonnée à l’encontre de plusieurs de nos installations nucléaires.
Plusieurs personnes ont pénétré sur des sites nucléaires.
Même si ces tentatives d’intrusion ont été détectées rapidement et même si elles ont pour la plupart été empêchées, l’intégrité des installations nucléaires n’a à aucun moment été mise en péril. Mais nous devons tirer toutes les conséquences de ces actions, au-delà de celles que la justice retiendra pour ces individus qui se sont montrés irresponsables.
Nous avons décidé de lancer une inspection interministérielle de la sécurité de tous les sites, et en particulier un audit de ses dispositifs anti-intrusion.
Dans la foulée de cet audit, nous devrons certainement envisager de durcir les mesures de protection passive : les systèmes d’alarme, les clôtures, la vidéoprotection.
Nous serons sans doute amenés à revoir la directive nationale de sécurité pour l’ensemble des secteurs d’activité d’importance vitale dont le nucléaire et à améliorer la coordination entre les différents intervenants : les opérateurs, la gendarmerie, les forces d’intervention, l’ASN.
Notre vigilance doit être constamment en alerte.
Et pour cela, nous devons nous inscrire dans une logique d’évaluation constante et nous devons savoir remettre en cause nos méthodes et nos procédures.

Vous le savez, juste après Fukushima, j’ai confié à l’ASN un audit de sûreté des centrales nucléaires.
L’ASN doit rendre ses conclusions le mois prochain, et elle prendra les décisions qu’elle jugera nécessaires.
J’ai toute confiance dans cette autorité, dans sa rigueur, dans son indépendance, pour que les décisions prises pour nos installations nucléaires soient des décisions justes.
Quelles qu’elles soient, je veux dire que le Gouvernement les respectera !

J’ai également demandé à la Cour des comptes, en mai dernier, de mener une expertise sur les coûts liés au démantèlement des installations nucléaires, au recyclage des combustibles usés, au stockage des déchets, à la recherche et développement ainsi qu’au contrôle de la sûreté nucléaire.

La Cour rendra son rapport public à la fin du mois prochain, et je ne doute pas que son éclairage sera utile aux débats.

Comme nous venons de le voir ici, toutes les mesures, toutes les techniques et toutes les compétences humaines sont mises en œuvre pour assurer en France une sécurité maximale.

Dans ces conditions, je suis convaincu que le nucléaire doit rester le cœur de notre production électrique.
Le développement actuel des énergies renouvelables ne permet pas une sortie du nucléaire qui passerait par autre chose qu’un recours accru aux énergies fossiles fortement émettrices de CO2 et un recours accru aux importations, comme le dit le rapport publié jeudi de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques – et je le dis ici sous le regard des sénateurs et notamment du sénateur Bruno SIDO.
Une sortie précipitée du nucléaire ne peut pas être financièrement et écologiquement neutre; elle ne peut donc qu’être irresponsable.

Comme nous le faisons depuis le Grenelle de l’Environnement, c’est en favorisant le développement des connaissances et des savoir-faire liés aux énergies renouvelables et c’est en améliorant notre efficacité énergétique que nous pourrons avancer vers une diversification de la production d’électricité française.
Nos objectifs sont d’accroître la part des énergies renouvelables dans notre consommation d’électricité. Mais je dois rappeler que malgré nos efforts en faveur de l’efficacité énergétique, la consommation augmente chaque année !


Le développement du nucléaire est donc d’actualité et la réussite de l’EPR de Flamanville est une nécessité.
C’est un chantier de long terme dans lequel il faut persévérer en dépit des obstacles rencontrés.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les réflexions que m’inspire cette visite. Je voulais une nouvelle rendre hommage à l’IRSN, à ses personnels ainsi qu’à l’ensemble des travailleurs de cette filière nucléaire qui fait la fierté de notre pays.
Naturellement, si la presse a des questions à poser, je m’efforcerai d’y répondre, à condition naturellement qu’elles soient de ma compétence.


Questions – Réponses

Journaliste : Je voulais vous demander, sur votre proposition sur un audit de sécurité, pensez-vous qu’on va voir les vigiles armés sur les sites EDF ? Et puis, j’avais un deuxième sujet : il paraît que les propos de Madame la ministre de l’Ecologie sur l’avenir de la centrale de Fessenheim ont été mal interprétés la semaine dernière. Pouvez-vous profiter de cette occasion pour préciser la relation entre la décision de l’ASN et les actions éventuellement du Gouvernement par la suite ?

François Fillon : Je vous remercie Madame. Comme je viens de le dire à l’instant, nous respecterons scrupuleusement les décisions qui seront proposées par l’ASN. Si nous nous sommes dotés d’une Autorité de sûreté indépendante, ce n’est pas pour interpréter ses décisions, choisir parmi les propositions qui sont faites celles qui nous conviendraient et celles qui ne nous conviendraient pas. Donc, c’est l’ASN qui travaille, c’est une structure indépendante, elle fera ses propositions et nous nous conformerons strictement aux propositions de l’ASN. C’est exactement ce que Madame KOSCIUSKO-MORIZET a dit il y a quelques jours, voulant par la phrase qu’elle a employée, indiquer que quelles que soient les conséquences, y compris si ces conséquences étaient la fermeture d’une centrale, nous nous y conformerons. Mais c’est une décision qui sera prise au vu des conclusions de l’ASN, et de personne d’autre. Sur le deuxième sujet, on va mener les audits et on mettra en place les systèmes de sécurité nécessaires pour que ces intrusions ne se reproduisent plus.

Journaliste : Première question : êtes-vous favorable à l’instauration d’un service minimum dans les transports aériens et, deuxièmement, Eva JOLY propose la semaine de 32 heures, qu’en pensez-vous ?

François Fillon : Quant à l’affaire du service minimum dans les transports aériens, nous avons vu que le service minimum dans les transports terrestres a parfaitement fonctionné. Il y a une réflexion qui est engagée. Il y a notamment un texte législatif qui pourrait être examiné par le Parlement, au moins pour qu’il y ait une visibilité pour les opérateurs et pour les passagers. On y travaille.

Journaliste : Vous avez employé deux fois le terme « sécurité maximale ». Comment vous définissez cette chose ?

François Fillon : C’est ce que j’avais indiqué après l’accident de Fukushima. Les tests de résistance que nous avons demandés à nos experts consistent à imaginer les pires situations dans lesquelles nos installations nucléaires, et je dis bien « nos installations nucléaires, toutes nos installations nucléaires » pourraient se trouver, y compris des situations qui ne sont absolument pas crédibles, compte tenu de l’environnement de notre pays et de la géographie, du climat, etc. Autrement dit, nous testons nos installations nucléaires dans une situation extrême, comparable notamment à celle qu’a connue la centrale de Fukushima, ce qui va évidemment, comme on l’a vu dans la présentation tout à l’heure du logiciel de simulation, amener à réaliser des investissements importants de sécurité qui sans doute ne serviront jamais, mais dont l’objectif est de nous placer à ce niveau maximal de sécurité.

Journaliste : La semaine dernière, un rapport parlementaire envisageait une sortie du nucléaire à l’horizon 2100, en passant par une transition qui comptait sur les EPR et la 4ème génération. Qu’est-ce que vous pensez du rapport de l’OPECST.

François Fillon : Ecoutez, moi je ne me place pas dans une perspective de sortie du nucléaire. Au fond, les choses sont très simples : ou bien le nucléaire est dangereux et il faut en sortir tout de suite, ou bien nous considérons que nous avons l’expertise nécessaire pour maîtriser cette technologie et alors elle fait partie d’un mix énergétique qui a vocation à durer longtemps. Et c’est bien dans cette perspective-là que nous nous plaçons. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne comprends pas les projets politiques qui consistent à vouloir réduire de 20, de 30 ou de 40 ou de 50 % le nucléaire, en mettant en avant des risques potentiels de cette filière. Encore une fois ou ces risques sont sérieux et, à ce moment-là il faut en tirer les conséquences et sortir tout de suite du nucléaire, en tout cas le plus vite possible, ou ils ne le sont pas. Nous, nous considérons qu’ils ne le sont pas, que nous avons les capacités technologiques pour maîtriser ces risques et nous nous plaçons donc dans une perspective d’utilisation du nucléaire sur le long terme.

Journaliste : Une question sur les propos que vous avez tenus, vous et monsieur NOYER, sur le Royaume-Uni. Est-ce que vous craignez que ces propos pourraient éventuellement nuire aux négociations entre EDF et le Royaume-Uni sur la vente de certains produits nucléaires en Angleterre ?

François Fillon : Vous avez trouvé un habile lien avec le nucléaire, je vous en félicite, mais j’ai eu l’occasion de m’expliquer avec Nick CLEGG il y a 48 heures sur ces propos. Ce sont des propos qui ne visaient en rien la Grande-Bretagne et la qualité de la gestion financière du gouvernement britannique. J’ai simplement voulu une nouvelle fois faire remarquer que la manière dont les agences de notation, dont les marchés, jugent la situation des pays de la zone euro tient plus à la question de la gouvernance de la zone euro, à la difficulté que la zone euro a de réagir à la crise qu’elle rencontre, en raison de son organisation politique qu’au niveau des déficits et au niveau de l’endettement, puisque si seul le niveau du déficit ou le niveau de l’endettement était en cause, alors d’autres pays qui ont des déficits plus importants que nous seraient aujourd’hui menacés. C’était le seul point que j’ai voulu soulever. Je crois que ce différend a été parfaitement aplani. Avec les autorités britanniques. Il n’est pas question de déclencher de réactions en chaîne dans notre relation avec ce pays que par ailleurs, comme chacun le sait, j’aime beaucoup.
Voilà, merci beaucoup.

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 18:52

 

François FILLON explique au PS que si il veut soutenir le "AAA" il doit renoncer au projet d’abrogation de la réforme des retraites ; votez la règle d’or ; et enfin soutenir l’accord du 9 décembre à l'occasion d'une question de Jean-Marc AYRAULT (Groupe SRC), lors des questions au Gouvernement à l'Assemblée Nationale le mardi 13 décembre 2011.

 

 

 

 

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Président AYRAULT,

 

D’abord, je voudrais vous rassurer sur notre cap. Il est parfaitement simple : en 2011 nous respecterons strictement les engagements que nous avons pris et le déficit de notre budget sera de 5,7 %, comme nous nous y sommes engagés. Et en 2012 il sera de 4,5 % comme nous nous y sommes engagés, pour parvenir en 2016 et non pas en 2017, comme j’entends déjà le candidat socialiste le proposer, se donnant une année de plus pour atteindre des objectifs qui, par ailleurs nous engagent au niveau européen. Nous avons anticipé la possibilité d’une baisse de croissance dans les pays de la zone Euro en gelant six milliards de crédits et nous procéderons aux ajustements nécessaires au vu, non pas des prévisions de croissance, mais au vu de la croissance réalisée trimestre après trimestre, comme nous l’avons fait d’ailleurs en 2011.

Si nous atteignons ces objectifs c’est grâce à des mesures qui ont été prises et que vous avez toujours combattues. C’est grâce à la révision générale des politiques publiques qui a permis d’économiser quinze milliards d’euros. C’est grâce au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui a permis de baisser de cent cinquante mille les effectifs de la Fonction publique d’Etat. C’est grâce à la réforme des retraites.

C’est grâce à l’ensemble de ces mesures que nous aurons en 2012, pour la première fois un budget de l’Etat qui sera en diminution depuis 1945. Alors Monsieur AYRAULT vous seriez plus crédible pour nous donner des leçons, si vous aviez soutenu ces politiques, si vous aviez soutenu ces efforts. Mais les agences de notation ne pointent pas seulement les déséquilibres budgétaires. Elles pointent aussi le problème de la crédibilité de la Zone Euro. Et la réponse à la crédibilité de la Zone Euro, c’est l’accord du 9 décembre. C’est un accord obtenu grâce à l’initiative franco-allemande qui a réuni vingt-six pays de l’Union européenne sur vingt-sept. C’est un accord qui nous permet de nous doter enfin d’un gouvernement économique qui va pouvoir piloter une convergence des politiques, qui sera à même d’assurer la pérennité de l’Euro et la croissance, et qui permettra peut-être un jour d’arriver à ces eurobonds que vous brandissez comme une sorte de pierre philosophale, alors que vous savez pertinemment que jamais le peuple allemand - gauche / droite confondues - comme d’ailleurs le peuple français, n’acceptera de financer la dette des autres pays européens, sans avoir un droit de regard sur la mise en œuvre de leur politique économique et sur l’endettement de ces pays.

La réponse c’est une règle d’or qui a été approuvée par la plupart des Partis socialistes européens et notamment par le Parti socialiste allemand que vous êtes allé voir la semaine dernière. Cet accord c’est le renoncement par l’Allemagne à l’implication des investisseurs privés dans la restructuration des dettes souveraines, alors même que cette décision qui a été prise pour la Grèce, a pesé lourd dans la crise financière que nous connaissons aujourd’hui.

Et enfin cet accord c’est la mise en place d’un véritable fonds monétaire européen doté d’un système de fonctionnement avec une majorité qualifiée qui permettra d’éviter les blocages que nous avons connus.

Alors Monsieur AYRAULT, la meilleure façon de soutenir le « AAA » des pays européens, c’est de défendre l’accord du 9 décembre et c’est la raison pour laquelle j’ai eu l’occasion de dire qu’il n’était pas responsable de la part du candidat socialiste de prétendre qu’il allait pouvoir à lui tout seul le remettre en cause. Chacun sait que c’est tromper les Français.

Quand vingt-six pays, avec des gouvernements de gauche comme des gouvernements de droite, se sont mis d’accord sur une des dispositions qui permet d’assurer la pérennisation de l’Euro, on ne prétend pas qu’on va le remettre tout seul.

Et d’ailleurs vous devriez avoir de la mémoire. En 1997 Monsieur JOSPIN et Monsieur STRAUSS-KAHN étaient partis, la fleur au fusil, à Bruxelles pour remettre en cause le pacte de stabilité. Ils sont rentrés bredouilles. Et c’est normal. Parce qu’il y avait à l’époque un consensus des pays européens pour mener cette politique.

Alors Monsieur AYRAULT si vous voulez soutenir le « AAA » c’est très simple : renoncez à votre funeste projet d’abrogation de la réforme des retraites ; votez la règle d’or ; et enfin soutenez l’accord du 9 décembre.

 

 

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 17:06

François FILLON rappelle que nous avons besoin d'une Europe forte à l'occasion d'une visite républicaine à la mairie de Saint-Dizier (Haute-Marne) le lundi 12 décembre, à la suite d'une cérémonie militaire sur la base aérienne de Saint-Dizier.


Mesdames et Messieurs
Cher Gérard Longuet,

Je voudrais d’abord remercier François CORNUT-GENTILLE de son accueil, et le remercier des mots qu’il vient de prononcer. C’est vrai que nous sommes liés par une très très longue amitié, une amitié qui a été scellée par des combats communs, et qui a été scellée surtout au fond par une même inspiration politique. Nous sommes, pardon Gérard, François et moi des gaullistes…

Et nous sommes des gaullistes qui avons su, je crois, en tout cas qui avons essayé de renouveler le gaullisme, c’est-à-dire, de nous inspirer d’une façon d’agir, nous inspirer d’une éthique de vie pour l’adapter à une situation que le général de Gaulle, lui, n’a pas connue. Et je dis cela parce que notre gaullisme, à François et à moi,  ça n’est pas une simple posture, ce ne sont pas simplement des mots qui claquent « pour faire comme » le  général de Gaulle. C’est une inspiration de principes, d’une façon de vivre, d’une façon de concevoir l’engagement public que nous essayons d’adapter à une situation qui est complètement nouvelle. Le général de Gaulle n’avais pas imaginé, en tout cas il n’a pas connu la fin de l’Union Soviétique, il n’a pas connu la mondialisation. Je pense que si on lui avait dit que la Chine serait bientôt la deuxième puissance économique du monde, je ne sais pas s’il l’aurait cru même si c’était un historien, et que donc il savait les potentialités de ce pays. 

Il faut nous adapter à la réalité du monde d’aujourd’hui et essayer de mettre en application des principes, une façon d’agir,  une façon d’envisager l’engagement public pour être fidèle à cet héritage, et je pense que François et moi nous partageons pleinement cette vision d’un gaullisme renouvelé.

Je veux juste signaler au passage que, en 1999, si je n’étais pas ministre, c’était parce qu’on était dans l’opposition.

La deuxième chose que je voudrais souligner, c’est la réussite de François CORNUT-GENTILLE à la tête du Conseil municipal de Saint-Dizier, c’est son engagement pour Saint-Dizier. Il suffit de le voir présenter ses projets comme il vient de le faire à l’instant où nous en parler lorsqu’il est à Paris, pour mesurer qu’il est pleinement le maire de Saint-Dizier, totalement engagé dans cette mission, passionné par cette mission, avec le souci de faire réussir sa ville. Et il obtient de ce point de vue des résultats qui sont remarquables. Je sais que va être mis en place un projet d’enseignement supérieur en partenariat avec le Conservatoire national des arts et métiers de Reims, dans le cadre d’un partenariat entre la ville et l’Etat. Après les efforts considérables que vous avez faits de rénovation des quartiers, avec le soutien d’ailleurs de l’ANRU, vous vous lancez maintenant dans un grand projet de remise en valeur du centre-ville, pour lequel naturellement nous allons nous mobiliser pour vous aider.

Et ce qui est particulièrement frappant dans ce projet, c’est la vision d’avenir, c’est la vision d’ensemble que je veux souligner. Et puis il y a ce projet de nouveau centre culturel pour lequel, là aussi, nous allons trouver les moyens de soutenir votre engagement. 

En tout cas, je voudrais à travers ces projets saluer cette vision de l’avenir, cet engagement au service du développement de Saint-Dizier, qui caractérisent François et naturellement tous ceux qui, ici, au Conseil municipal l’accompagnent.

À travers nos relations, à travers ce dialogue qui se noue aujourd’hui à nouveau, je voudrais dire qu’il y a deux conceptions des relations entre l’Etat et les collectivités locales qui s’expriment. Au fond, il y a deux façons de voir la relation entre les collectivités et le pouvoir central. Il y a la méfiance ancestrale entre les pouvoirs locaux et le pouvoir central ; il y a l’Etat qui sait tout mieux que tout le monde et qui se méfie de tout ce qui peut agir en dehors de lui. Et puis il y a aussi les collectivités, qui se méfient de l’Etat, qui ne lui font pas confiance, et qui d’une certaine manière n’assument pas leurs responsabilités, se dégageant, se défaussant sur l’Etat chaque fois qu’elles sont confrontées à des difficultés qu’elles n’arrivent pas à résoudre.

Il faut sortir de cette alternative parce que les collectivités et l’Etat forment une seule et même communauté. En réalité, il n’y a qu’un seul Etat, il n’y a qu’une seule nation française. Et c’est l’addition des collectivités locales et de l’Etat qui fait cette Nation française. C’est absurde d’opposer en permanence Etat et collectivités locales. Et c’est la collaboration entre ces niveaux d’administration qui a été à l’origine de la construction de la Nation française,  de son unité, de ses réussites.

Je veux dire que, dans cet esprit, pour moi les collectivités locales doivent évidemment prendre leur part du redressement des finances publiques. On ne peut pas imaginer que le redressement des finances publiques ne soit que de la responsabilité de l’Etat. Il est de la responsabilité de l’Etat, des collectivités locales, et du secteur social et de l’assurance maladie. C’est l’ensemble des dépenses de l’Etat qui doivent être contenues à l’avenir. C’est une obligation qui s’impose à nous. D’ailleurs chacun d’entre nous est capable de la comprendre.

Depuis 30 ans nous avons accumulé des déficits, depuis 30 ans avons refusé d’accepter l’idée que, en raison, notamment de la mondialisation, nos ressources étaient moindres, ou en tout cas notre richesse ne progressait pas aussi vite que par le passé, et nous avons continué à dépenser exactement comme avant,  nous avons continué à vivre exactement de la même façon, et nous l’avons fait à crédit.

Aujourd’hui, on est au bout de cet exercice. En soi, ce n’est pas un drame, il suffit de réagir, mais enfin il faut réagir maintenant. Et il faut réagir en veillant à ce que chacun assume sa part de l’effort. L’Etat doit réduire ses dépenses, il a d’ailleurs commencé à le faire. Les collectivités locales doivent se concentrer sur l’essentiel, elles doivent réduire leurs dépenses de fonctionnement, elles ne peuvent pas continuer à embaucher des personnels supplémentaires au rythme où elles l’ont fait ces dernières années. Et en revanche elles doivent chercher avec l’Etat à concentrer leurs efforts sur les investissements et en particuliers sur les investissements qui sont nécessaires à la croissance, qui sont nécessaires au développement  de l’économie, et qui nous permettront de retrouver des ressources qui, avec la réduction de nos dépenses publiques nous permettront de réduire notre déficit.

Cette recherche de la croissance, cette recherche de l’équilibre entre  la réduction des dépenses et le soutien à la croissance, c’est exactement ce que le Gouvernement cherche à faire depuis plus de quatre ans maintenant, mais notamment, surtout, depuis la crise économique et financière de 2008.

Nous nous sommes engagés devant nos partenaires européens de la façon la plus solennelle qui soit. Et je veux dire que cet engagement vaut pour tout le monde.  Il vaut pour nous aujourd’hui. Il vaut pour toute majorité qui gouvernerait notre pays demain, parce que c’est l’engagement de la France vis-à-vis de l’extérieur, vis-à-vis de l’Union européenne. Nous nous sommes engagés à revenir à l’équilibre en 2016, pas en 2017, pas en 2018, en 2016. Parce que nous pensons que c’est la pente qui permet de réduire le déficit tout en respectant nos priorités en matière de croissance, tout en continuant à soutenir le développement de notre économie.

Alors, nous nous sommes donné les moyens de ce retour à l’équilibre. C’est ce qu’on appelle « la révision générale des politiques publiques » si souvent décriée, mais enfin qui est quand même la seule façon de réduire la dépense et de réorganiser l’Etat, c’est de rassembler des directions qui fonctionnaient de façon séparées ; c’est de réduire le nombre des directions sur le territoire.

C'est douloureux, c'est parfois difficile à vivre, ça n'est pas toujours extrêmement intelligent, mais, ça aboutit en tout cas à un résultat, c'est que pour la première  fois en 2012 les dépenses de l'Etat vont baisser dans notre pays, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les dépenses de l'Etat vont baisser.

J'entends autour de moi énormément de donneurs de leçon, qui m'expliquent qu'il faudrait faire beaucoup mieux, et que ça devait pas être si facile, puisque jusqu'à maintenant ça n'a jamais été fait, de réduire les dépenses de l'Etat. Deuxièmement, nous avons depuis quatre ans, décidé de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Ca n'est pas une décision facile, c'est une décision qui va à contre-courant de toute la manière que nous avions de gérer l'Etat depuis si longtemps, mais c'est absolument indispensable à la réduction des déficits. On est aujourd'hui pratiquement en Europe le pays qui a les dépenses publiques les plus élevées. Si on avait un niveau de dépense publique dans la moyenne des pays européens, on serait excédentaire, on n'aurait pas de déficit. Il ne s'agit pas de se comparer à des pays lointains, il s'agit juste de regarder ce qui se passe autour de nous en Europe.

On a gelé les dotations aux collectivités locales, je sais que c'est difficile, et que c'est un vrai changement d'état d'esprit par rapport à ce que nous connu pendant longtemps, et, on a engagé une politique très sévère de réduction des niches fiscales. Il faut tenir ces engagements : en 2011, le déficit de l'Etat sera réduit de 28 milliards d'euros. Et on continuera ainsi en 2012, en 2013 jusqu'à atteindre l'équilibre en 2016.

Et puis, parallèlement, on a fait un certain nombre de réformes structurelles, qui représentent à terme des économies considérables et qui permettent d'assurer la viabilité de notre système public, de notre Etat, de notre système social. Je pense en particulier à la réforme des retraites, qui va permettre une économie de 26 milliards d'euros d'ici 2020, et qui, comparée à toutes les réformes des retraites qui ont été faites en Europe, et, comment dirais-je plutôt plus raisonnable, va moins loin que celles qui ont été conduites dans la plupart des pays.

On a fait des réformes difficiles en redessinant la carte judiciaire qui ne l'avait pas été depuis si longtemps, avec je sais, beaucoup de critiques ici et là, mais il fallait bien le faire. On a redessiné notre carte militaire. Qui pouvait  penser un instant que la France pouvait garder exactement la même organisation militaire que lorsque nous avions à faire face à la menace du pacte de Varsovie ?! Enfin, il faut adapter les choses, on ne peut pas se réjouir d'entretenir un appareil de défense qui n'a plus aucune correspondance avec la réalité des menaces auxquelles nous devons faire face aujourd'hui. Aujourd'hui on a besoin, et je voudrais remercier Gérard LONGUET qui dirige le ministère de la Défense avec beaucoup d'autorité, et beaucoup de clairvoyance, on a besoin d'une armée moins nombreuse, totalement professionnelle, pour être capable d'intervenir très vite dans des conditions de grand professionnalisme, comme on vient de le voir en Libye.

Je viens de passer une matinée sur la base de Saint-Dizier, parce que je suis venu remercier les personnels de l'armée de l'air qui ont été les fers de lance de notre action militaire en Libye.  Seuls des professionnels, aussi entrainés que les nôtres, pouvaient conduire pendant sept mois des opérations sans qu'il n'y ait aucun dommage collatéral, aucune bavure comme on dit, et permettre à la France de tenir ses engagements dans le monde, de conduire à un changement de régime dans un pays dans lequel les droits des personnes étaient bafoués, dans lequel la démocratie était bafouée. C'est grâce à cette armée, c'est grâce à son professionnalisme. Et, pour obtenir cet outil militaire il fallait le réformer.

Je pense aussi à la réforme de l'offre de soins.

Ces efforts ne doivent pas être remis en cause, et, je veux dire que, le débat présidentiel qui s'ouvre est évidemment libre, chacun peut s'exprimer comme il l'entend, avoir les projets qu'il souhaite, mais, il y a une chose qui nous dépasse tous, c'est la France. Il y a une chose qui nous dépasse tous c'est la solidarité européenne, c'est la capacité de notre pays à tenir ses engagements. A l'instant, François CORNUT-GENTILLE a évoqué les marchés, a évoqué cette crise de confiance.

Là aussi les choses sont assez simples, on emprunte beaucoup d'argent, on l'emprunte à qui ? À des gens qui veulent bien nous le prêter. Si ces gens tout d'un coup, ont le sentiment qu'on ne va pas leur rembourser, eh bien, ils ne veulent plus nous le prêter, ou alors ils nous le prêtent à des niveaux de taux d'intérêts qui sont très élevés. C'est juste ça le problème qui se pose aujourd'hui. On vous enfume avec des histoires d'agence de notation, avec des histoires de marché, on a l'impression qu'il y a des gros banquiers avec des gros cigares cachés dans tous les coins pour nous vouloir du mal. 

Non, c'est un peu plus simple que ça, je ne dis pas que les banquiers n'ont pas de tort, je ne dis pas les agences de notation n'en n'ont pas, mais le vrai sujet c'est que si on n'empruntait pas autant, on ne serait pas soumis à cette pression. C'est nous qui sommes les premiers responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Et si l'Euro aujourd'hui est menacé, si il y avait une menace sur l'Europe, c'est parce que la plupart des pays européens sont trop endettés, et, parce qu'il y a un doute sur le fonctionnement de l'Union européenne.

Donc, les engagements qui nous avons pris, les engagements de retour à l'équilibre notamment en 2016, ce sont des engagements qui sont intangibles, qui doivent être respectés par tous. Et je suis triste lorsque j'entends un candidat à l'élection présidentielle, ce matin même, expliquer que, s'il avait la responsabilité du Gouvernement alors ce ne serait plus 2016 le retour à l'équilibre, mais 2017. C'est un élément qui déjà introduit dans l'esprit de nos partenaires un doute sur notre volonté et sur notre capacité.

C'est la même chose lorsque j'entends les circonvolutions de l'opposition sur la retraite à 60 ans. Pendant le débat sur la réforme de la retraite, on a entendu la gauche nous expliquer que s'ils revenaient au pouvoir ils reviendraient sur cette réforme. Donc, retour à la retraite à 60 ans pour tout le monde. Et puis au fur et à mesure que le temps passe, ça devient moins clair et ça a d'abord été le retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans et qui ont des métiers pénibles. Ce matin c'était le retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont travaillé 18 ans et qui ont cotisé 42 ans.
La vérité, c'est que cette modification de la réforme, c'est l'annulation du gain de la réforme de 2010. C'est 8 milliards d'euros supplémentaires en 2018, donc c'est juste impossible.
Vouloir faire croire aux Français que, on va pouvoir sauver la monnaie européenne, respecter nos engagements de déficit, retrouver de la compétitivité, sur le plan économique pour que nos produits soient vendus dans le monde, et en même temps, revenir sur des réformes aussi structurelles que celle-là, c'est tout juste pas responsable, c’est tout juste manquer d'égard vis-à-vis des Français et d’une certaine façon de ne pas totalement les respecter, parce que, la vérité, c'est que ceux qui s'expriment comme cela, savent que ils ne tiendront pas leurs engagements.

Mais à côté de ces efforts de réduction de dépenses, nous avons aussi engagé des efforts et des réformes pour soutenir la croissance. François a bien voulu en évoquer plusieurs, dont le crédit impôt recherche, qui est un immense succès. Beaucoup critiqué au début, y compris parfois par les parlementaires de la majorité. C'est un immense succès. La France aujourd'hui c'est le pays de tous les pays développés qui est le plus attractif pour les investissements en matière de recherche.

Moi, qui ai été Ministre de la Recherche, il y a très longtemps, je peux vous dire que c’est une situation totalement nouvelle. Autrefois, on était toujours à la traîne sur ces sujets là parce que la recherche était difficile à financer dans notre pays, parce que souvent la première chose que faisaient les gouvernements pour essayer de retrouver un peu de marge de manœuvre financière, c’était de baisser les dépenses en matière de recherche. Nous, nous avons fait tout le contraire avec le président de la République. On a mis la priorité sur la recherche et on a mis en place le dispositif de crédit impôt recherche. Vous pouvez aller dans toutes les entreprises qui investissent dans la recherche, toutes vous diront que c’est un énorme avantage aujourd’hui pour notre pays.

La réforme de la taxe professionnelle, cela ne fait pas plaisir à tout le monde, je sais.  Il y en a qui trouvent qu’ils en paient trop, ceux qui en paient moins, évidemment, se gardent bien de le dire mais la vérité c’est que c’était fait pour aider l’industrie. Les activités qui ne sont pas en concurrence avec le monde entier, si elles paient un peu plus d’impôts, ce n’est pas formidable, on peut toujours s’en plaindre, mais enfin cela n’a pas de conséquences ni sur l’emploi, ni sur la compétitivité de l’économie.

Par contre, le fait qu’une voiture française soit beaucoup plus chère à produire en France qu’en Allemagne, cela c’est un énorme problème parce que c’est ce qui cause aujourd’hui la désindustrialisation de notre pays ; en tout cas, c’est une des causes et en supprimant la taxe professionnelle pour les entreprises industrielles, on a fait un pas en avant très important.

Et enfin, la politique qu’on a conduite sous l’autorité de Nicolas SARKOZY avec les investissements d’avenir est un autre exemple de ce choix du Gouvernement de réduire les dépenses d’un côté, mais en même temps de continuer à investir sur l’avenir.  Puisque dans cette période où nous réduisons les dépenses de l’Etat, nous investissons 35 milliards d’euros sur tous les secteurs qui sont les secteurs qui feront les emplois de demain.

De la même façon que le général de GAULLE et Georges POMPIDOU avaient lancé le TGV, les centrales nucléaires, le Concorde, l’Airbus, qui ont été à l’origine des principaux succès industriels de notre pays - même le Concorde d’une certaine façon parce que c’est de la technologie qui a servi à faire décoller l’industrie aéronautique française et européenne - et bien de la même façon, nous sommes aujourd’hui en train d’aider les meilleurs laboratoires, les meilleures entreprises en matière de nanotechnologies, en matière d’électronique, en matière d’énergie, en matière d’informatique et nous sommes en train de semer les graines qui feront la croissance de notre pays demain.

Je veux le souligner parce que d’abord on en parle évidemment très peu parce qu’on ne parle que des choses qui vont mal, cela c’est normal, mais surtout ce sont des investissements dont on ne peut pas voir aujourd’hui les résultats mais qui seront à l’origine des emplois de demain et en particulier des emplois qui permettront à nos enfants de ne pas nous reprocher d’avoir complètement gâché l’avenir.

Alors c’est dans ce contexte que nous avons besoin d’une Europe forte, d’une Europe puissante, d’une Europe qui puisse nous aider à protéger notre savoir-faire, notre culture, notre mode de vie.

Et je voudrais pour terminer dire un mot de l’accord européen de vendredi dernier, pour dire que c’est un accord très très important. Vous avez entendu, à chaque accord qu’il était important et naturellement ils l’étaient tous. Mais celui-là marquait une vraie rupture dans la mesure où sous l’impulsion de Nicolas SARKOZY et d’Angela MERKEL, au fond ce qui a été décidé, c’est de dessiner une nouvelle Europe qui est l’Europe qui avance, qui est l’Europe qui est la plus exigeante, qui est l’Europe qui est la plus volontaire, alors qu’on avait l’habitude jusqu’à maintenant de s’aligner sur le moins-disant pour essayer d’obtenir un accord à l’unanimité. Cette fois-ci, il y a un pays qui n’a pas voulu suivre, il y en avait plusieurs au début de la journée de vendredi, il y en avait plus qu’un samedi matin, tant pis, on avance quand même. On avance quand  même parce qu’il faut protéger l’Euro, parce qu’il faut protéger l’acquis de la construction européenne.

Et cela me permet de revenir à l’inspiration gaulliste qui est celle de François et la mienne. Je pense qu’aujourd’hui, je vais peut-être m’avancer beaucoup, le général DE GAULLE serait très européen. Il serait très européen, pourquoi ? Parce qu’au fond, le combat pour protéger la Nation française, c’était un combat pour protéger notre identité, pour protéger la place de la France dans le monde, pour protéger la culture française, pour protéger notre mode de vie. Aujourd’hui dans un monde de sept milliards d’habitants, bientôt neuf, la seule façon de protéger ce mode de vie, la seule façon de protéger la civilisation européenne qui est si différente des autres civilisations, asiatiques ou des civilisations nord-américaine, c’est de défendre l’Europe. Et en particulier de faire en sorte que nous ayons une monnaie forte, une monnaie européenne et que nous ayons une intégration européenne qui nous permette de nous défendre, qui nous permette de protéger nos marchés, qui nous permette de faire respecter par exemple des règles de réciprocité.

On entend beaucoup en cette période de campagne électorale des combattants qui vous explique au micro que avec leur sabre de bois, ils vont faire reculer la Chine, l’Inde et tous ces acteurs de la mondialisation en imposant les produits français et la manière de les faire. Tout cela n’a aucun sens s’il n’y a pas une Europe puissante qui peut dire à la Chine, qui peut dire à l’Inde, qui peut dire aux Etats-Unis voilà les conditions que nous acceptons. Nous sommes vos clients, nous sommes des clients très importants pour vous, alors nous n’acceptons pas que vous inondiez notre marché de produits qui sont par exemple produits dans des conditions en matière de protection de l’environnement qui sont tout à fait inacceptables. Mais pour cela il faut être fort, il ne faut pas seulement soixante millions de Français tout seuls au milieu de cet océan de sept milliards d’habitants.

C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de plus d’intégration européenne, nous avons besoin de plus d’intégration de la Zone Euro, nous avons besoin de plus de cohérence dans cette Zone Euro. J’avais choqué en disant, il y a quelque temps, que il faudrait aller vers une Zone Euro dans laquelle on ait le même temps de travail, grosso modo les mêmes règles en matière de retraite, la même fiscalité. Cela ne veut pas dire évidemment que nous devons nous aligner sur tel ou tel pays. Cela veut dire qu’on doit ensemble réfléchir les pays membres de la Zone Euro pour voir quelles sont les conditions de la compétitivité de l’économie européenne.

Mais vous voyez bien qu’une monnaie - d’ailleurs on était quelques uns à l’avoir dénoncé il y a 12 ans - une monnaie ne peut pas fonctionner sur un territoire où il y a des gens qui travaillent 35 heures et d’autres qui travaillent 42, parce que ce n’est pas possible, ce n’est juste pas possible, parce que ceux qui travaillent 42, ils ont l’impression qu’ils travaillent en partie pour financer les RTT des autres. Donc cela ne peut pas durer. Donc, il faudra bien que nous trouvions ensemble le moyen de faire converger en faisant chacun un effort, chacun un pas vers l’autre notre temps de travail, notre système social, notre fiscalité si nous voulons assurer la pérennité de l’Euro.

Voilà et dans ces conditions, je redis à nouveau qu’il n’est pas responsable de dire que si il y a une alternance politique, on renégociera les accords européens. D’abord parce que cela n’est pas vrai. Il y a 26 pays européens qui se sont mis d’accord, 26 pays européens qui sont dirigés les uns par la gauche, les autres par la droite, ce n’est d’ailleurs vraiment pas le sujet. Il faut aujourd’hui que nous fassions preuve face aux marchés, face à ces attaques contre la Zone Euro, face à tous les dangers qui pèsent sur nous, il faut qu’on fasse preuve d’unité nationale.

Alors faire preuve d’unité nationale cela ne veut pas dire que tout le monde doit penser pareil, naturellement. Chacun a son approche idéologique des choses, chacun doit avoir son projet, son projet politique mais il y a quelques sujets sur lesquels on doit faire bloc. Et moi j’attends et j’attendais en particulier du candidat à l’élection présidentielle socialiste qu’il dise à propos de l’accord européen, même si il n’est pas parfaitement d’accord avec tous les éléments de cet accord, qu’il le soutiendra. Qu’il le soutiendra parce c’est la crédibilité de la France qui est en cause, parce qu’on ne peut pas dire aux marchés « il y a un accord européen en novembre, en décembre mais on ne sait pas si en avril ou en mai, il sera toujours valable ». Cela c’est tout à fait irresponsable par rapport aux difficultés que nous rencontrons.

Voilà, nous avons besoin d’unité, nous avons besoin de retrouver une fierté nationale dans le cadre de cette construction européenne et je voudrais terminer en disant qu’ il suffit de passer, comme je viens de le faire ce matin trois heures sur la base de Saint-Dizier, pour ressentir cette fierté nationale.


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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 15:54

François FILLON s'adresse aux aviateurs de la Base aérienne de Saint-Dizier (Haute-Marne) le lundi 12 décembre 2011.

Mesdames et Messieurs,


C’est avec une très grande fierté et avec beaucoup de gratitude que je m’exprime devant vous, les aviateurs de la base aérienne Antoine de SAINT EXUPERY.
Je suis venu rendre hommage aux hommes et aux femmes de l’armée de l’air, et à travers eux c’est un hommage à tous ceux qui sont engagés au service de la France.
La fin des opérations en Libye, le début du désengagement en Afghanistan, les opérations en Côte d’Ivoire, au Sahel, au Liban au sein de la FINUL, la lutte contre la piraterie au large de la Somalie ont marqué ces derniers mois.
Cette année, toutes nos composantes ont été mobilisées et combinées : nos forces terrestres, nos forces navales, nos forces aériennes et spatiales.
Nous avons engagé simultanément en opération jusqu’à 13 000 hommes, soit 50 % de plus que l’année précédente.
Avec Gérard LONGUET, je veux saluer l’engagement et le courage de nos soldats, qui ont permis à la France de tenir son rang sur la scène internationale.
Je veux d’abord revenir sur la situation en Afghanistan.
Comme vous le savez, la France n’a jamais eu vocation à rester indéfiniment sur place. Elle a fait son travail, elle a fait son devoir. Elle continue de le faire. Le Président KARZAI a récemment annoncé la liste des zones qui vont être transférées par la coalition aux forces afghanes dans le cadre de la 2ème tranche du processus de transition.
Ces décisions constituent une étape importante dans le processus qui verra l'Afghanistan assumer la pleine responsabilité de la sécurité sur son territoire d'ici à la fin 2014.
Pour la France, le transfert d’abord de la province de Kaboul dans sa totalité et du district de Surobi marquent la reconnaissance des progrès enregistrés sur le terrain grâce à l'action de ses forces, en lien avec ses alliés et en soutien des forces de sécurité afghanes.
Ce transfert va permettre d'ici la fin de l'année le retour en France de 200 soldats supplémentaires, dont des aviateurs de Saint-Dizier en plus des 200 qui ont déjà rejoint la France à la fin d’octobre.
Pour mener à son terme la transition, la France restera pleinement engagée avec ses Alliés aux côtés du peuple afghan conformément aux objectifs que nous nous sommes ensemble fixés.
La France signera prochainement un traité de coopération avec l'Afghanistan pour que le retrait progressif de ses forces s’accompagne d'un renforcement de l'aide civile et de l’aide à la reconstruction au bénéfice du peuple afghan.
A l’heure où notre départ s’organise, je voudrais saluer la mémoire de tous nos soldats qui sont tombés au service de notre Nation. 25 sont morts et une centaine ont été blessés sur le théâtre afghan depuis le début de l’année. 76 depuis le début de notre engagement. Personne n’oubliera leur sacrifice et personne n’a le droit de dire que notre engagement total, que leur engagement total fut vain.
Nous avons chassé du pouvoir l’une des pires dictatures du monde ; l’Afghanistan n’est plus la base arrière du terrorisme international ; le peuple afghan n’est plus dans la servitude ; pas à pas, la stabilité économique et sociale s’est imposée sur le chaos.
Je veux également adresser une pensée aux cinq Casques bleus français de la FINUL qui ont été blessés vendredi au sud du Liban, dans une attaque dont je veux dire que la lâcheté n’entamera pas notre détermination.
En Côte d’Ivoire, la France, à la demande des Nations Unies, a pris ses responsabilités sur la base de principes simples : le soutien à la démocratie, l’appui aux efforts de la communauté internationale et le respect de nos engagements. Notre intervention dans ce pays a contribué à la réconciliation et à la reconnaissance de son dirigeant légitimement élu. Et grâce à l’action de nos forces des élections législatives ont pu se dérouler hier en Côte d’Ivoire.
L’opération en Libye a marqué ces derniers mois. Elle a démontré l’aptitude de la France à mener des opérations complexes, qui engagent tout l’éventail de nos capacités.
Votre action a été déterminante et votre contribution fut décisive lors de l’opération Harmattan dans le ciel libyen.
Au cours de ces sept mois et demi d’opérations, votre dévouement et votre professionnalisme ont permis au chef de l’Etat et au Gouvernement français de disposer, dès les premiers instants, d’un outil militaire moderne, réactif et endurant, parfaitement adapté aux objectifs politiques que nous nous étions fixés.
La France a ainsi pu démontrer sa volonté mais surtout sa capacité de défendre ses valeurs, aux portes de l’Europe.
En initiant cette opération, seule dans les premières heures, la France a montré toute la détermination dont elle peut faire preuve lorsqu’il s’agit d’assumer des responsabilités internationales ou de défendre ses intérêts.
Votre réactivité a été exemplaire. Le 19 mars, 2 heures après la déclaration du Président de la République à la Conférence de Paris, les forces de notre armée de l’air étaient en vol pour la Libye, parties de Saint-Dizier et de ses autres bases métropolitaines. Ce jour-là, les premières frappes ont été réalisées par les moyens que vous avez mis en œuvre ici à Saint-Dizier. Et vous savez que c’était une question d’heures.
La progression des troupes du colonel KADHAFI vers Bengazi fut immédiatement stoppée. Grâce à vous, la tragédie, qui était annoncée, n’a pas eu lieu. C’est l’honneur de l’action militaire que de concrétiser les engagements pris par la France devant les autres nations du monde.
Je voudrais dire que si notre pays a ainsi pu répondre à l’urgence d’une situation qui se dégradait, si la France a pu prendre l’initiative à la tête d’une coalition naissante, si l’armée de l’air et si l’armée de l’air française a pu maintenir un niveau d’attaque proportionnel à ses objectifs politiques, c’est grâce à ses moyens performants et polyvalents, et je veux naturellement citer les mirages 2000 et le Rafale.
Les capacités ont été démontrées en Libye de façon tout à fait exceptionnelle. Dans ce succès, il y a bien sûr d’abord la maîtrise absolue des pilotes ; il y a la capacité des mécaniciens à assumer la maintenance des appareils ; mais il y a aussi les savoir-faire de nos industriels et de plusieurs générations d’ingénieurs et d’ouvriers.
Ces compétences, qui sont des compétences uniques, la France ne compte en aucun cas y renoncer.
Notre volonté, c’est de développer ces savoir-faire et ces compétences avec des partenaires stratégiques qui partagent avec la France une ambition pour leur outil de défense. C’est le sens des efforts avec le Brésil, les Emirats arabes Unis, ou encore avec l’Inde.
La France ne veut pas exporter le Rafale comme on exporte une simple machine. Elle veut des partenariats à long terme pour porter avec les pays intéressés une ambition technologique, une ambition industrielle et une ambition stratégique. Et une capacité militaire n’a de sens que si, à la réactivité, s’ajoute la possibilité d’agir dans la durée.
Pendant les sept mois et demi de conflit, vous avez, sans discontinuité, répondu à de très fortes sollicitations opérationnelles. En permanence, vous avez adapté votre outil aux évolutions de la situation sur le terrain et aux contraintes politiques qui en découlaient. Vous avez pu offrir une grande variété de modes d’action et d’effets, allant du tir ponctuel sur des véhicules à des frappes stratégiques sur des objectifs névralgiques, en passant par des vols de reconnaissance et de renseignement.
Je veux saluer la maîtrise avec laquelle vous avez évité des dommages collatéraux. Vous avez fait un usage de façon précise, retenue, dosée de la force, laissant toute leur place aux volets politique et diplomatique que le Gouvernement français mettait en œuvre tout au long de l’intervention militaire. Aux yeux de la communauté internationale, vous avez tout simplement démontré que la France disposait d’une armée de l’air de tout premier rang.
Votre effort est d’autant plus méritoire que cette action s’est inscrite dans le contexte d’une réorganisation de notre appareil de défense, puisque d’ici 2015, les effectifs auront été réduits de 54 000 hommes. 22 % des sites majeurs de l’armée de l’air auront été fermés d’ici fin de l’année 2012. Comme les autres services de l’Etat, le ministère de la Défense a pris sa part dans l’effort de rationalisation de l’action publique.
Mais je veux dire que cette réforme garde intacte notre capacité à défendre nos intérêts vitaux et nos valeurs. Nous devons garder la cohérence de notre outil militaire pour que la France conserve son rôle sur la scène internationale. Nous pouvons le faire aujourd’hui parce que cet outil est cohérent, il est complet et il est adaptable. Nous pouvons le faire car les hommes et les femmes recrutés, formés et entraînés dans les forces armées sont animés par des forces morales exceptionnelles. Cet outil militaire, il a fallu des décennies pour le construire. Il a un coût, qu’il nous faut maîtriser. Mais son maintien reste une priorité du Gouvernement, parce qu’il est une condition de notre souveraineté nationale.
J’ai souvent l’habitude de dire que notre souveraineté nationale dépend pour un large part de notre capacité à maîtriser nos finances publiques, mais ce ne sont pas les agences de notation qui décident de tout. Et en particulier ce ne sont pas elles qui décident de la place qu’un pays tient dans le monde. Et si nous tenons la place qui est la nôtre, c’est en grande partie en raison des efforts que nous avons fait pour construire un outil militaire dont vous êtes ici, chacun d’entre vous les représentants et l’expression de l’excellence.
Mesdames et Messieurs, je voulais maintenant pour terminer m’adresser à vous aviateurs, pères et mères de famille, ainsi qu’à vos enfants et vos proches. Je connais les tensions familiales que créent les exigences du métier pour lequel vous vous êtes engagés sans compter. Au cours des opérations extérieures, vous êtes loin de ceux qui comptent pour vous, et vous êtes loin de ceux qui vous attendent.
Pour vous, pour la France, vous avez choisi un destin particulièrement exigeant.
Votre mission s’effectue au péril de votre vie, vous le savez, et je voudrais que les Français ne l’oublient jamais. A vous et à vos enfants, je veux dire combien la Nation vous est reconnaissante.
C’est avec beaucoup de fierté que j’ai décoré tout à l’heure deux unités aériennes et cinq officiers français. L’escadron de rafales « Provence » et l’escadron de drones « Belfort » ont joué un rôle déterminant en Libye depuis les premières heures de notre intervention jusqu’à la dernière mission. Elles ont également contribué à la sécurisation des forces terrestres en Afghanistan. Par cette décoration des officiers, c’est vous tous qui êtes honorés, hommes et femmes qui avez pris part aux opérations, du mécanicien au pilote, sans oublier les personnels en charge du renseignement dont nous savons que la tâche est vitale pour la sécurité de nos frappes au combat.
La décoration de deux officiers étrangers témoigne de l’importance de la coopération européenne dans le domaine de la Défense. Le général BOTH, de nationalité allemande, est le commandant du Groupement de transport aérien européen. Ce commandement a été créé il y a un an, et bien qu’il n’ait pas encore sa pleine capacité opérationnelle, il a démontré une grande efficacité en assurant 20 % des opérations logistiques au profit de la France, au cours de l’opération Harmattan.
Le Capitaine ABSON, officier navigateur britannique sur Mirage 2000D, a été décoré pour s’être particulièrement distingué en Afghanistan au cours d’une mission de soutien aux forces de la coalition qui étaient prises sous un feu nourri.
La coopération franco britannique au niveau opérationnel est déjà très avancée, et je me réjouis de cette distinction qui en est aujourd’hui le symbole.
Au début de l’année, le Président de la République est venu ici à Saint-Dizier vous adresser ses vœux, et il pressentait alors que les armées seraient beaucoup sollicitées en 2011. Cette année s’achève bientôt, et, en effet, vous avez dû vous engager avec beaucoup de courage et beaucoup de passion.
Mesdames et messieurs notre monde reste dangereux, il reste instable, l’éventail des menaces reste large. Notre pays doit rester vigilant. Vous êtes et vous serez toujours en situation de devoir agir. La France a confiance en vous et cette confiance est méritée parce que je sais que rien ne vous détourne jamais de vos devoirs.
Et je voudrais, pour finir, vous dire qu’après presque cinq ans de responsabilité du Gouvernement, après une longue fréquentation de l’armée de l’air, tout au long ma vie publique, j’ai pour chacun d’entre vous une immense admiration, pour votre courage, pour votre engagement, pour votre efficacité, et pour vos qualités morales. Je veux simplement, au nom du Gouvernement, et au fond à travers le Gouvernement au nom de la nation française toute entière, vous dire merci.

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 18:33

François FILLON s'exprime à l'occasion de l'examen de la Proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l’Union européenne résidant en France au Sénat le jeudi 8 décembre 2011.

 

 

Sénat, jeudi 8 décembre 2011

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les sénateurs,

En inscrivant à l’ordre du jour de votre Haute Assemblée cette proposition de loi constitutionnelle, vous invitez le Gouvernement à défendre sa conception de la citoyenneté française et l’occasion m’est apparue suffisamment importante pour que je livre au Sénat mes convictions.

Ce débat s’attache en effet, à l’organisation de notre République. Il s’attache à notre vision de la France. Et pour moi, il n’y a pas de thème plus fondamental. C’est un débat où les clivages n’obéissent pas nécessairement aux frontières partisanes, ce qui doit nous conduire à écouter les arguments de chacun. Enfin, c’est un débat ancien et disons-le, c’est un débat récurent, puisque depuis 1981 il ressurgit avant chaque élection, avant d’être inhumé aussitôt après.

Permettez-moi d’abord de dire un mot sur la méthode utilisée aujourd’hui. Je veux dire que je la réprouve car elle crée un brouillage démocratique qui affaiblit la cohérence politique de nos institutions. Je connais la tradition parlementaire qui veut que le Sénat reste saisi des textes émanant de l’Assemblée nationale même lorsque celle-ci est renouvelée. Et je reconnais que cet usage est utile pour assurer une certaine continuité de l’action législative. Mais, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, reconnaissez que cet usage n’est certainement pas conçu pour exhumer une proposition de loi vieille de plus de dix ans. Depuis lors, l’Assemblée nationale a été renouvelée deux fois et le Sénat l’a été dans son intégralité. Cette initiative n’a donc plus le moindre lien avec la représentation nationale actuelle, ce qui pose un problème au regard de la clarté démocratique. Je récuse donc la méthode employée, mais ce qui m’importe c’est de vous livrer ma conception de la France parce qu’elle diverge de celle qui s’exprime dans cette proposition de loi.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, depuis plus de deux siècles, depuis que la nationalité française existe dans notre Droit avec le Code civil napoléonien, la citoyenneté en est indissociable. De ce lien entre la nationalité et la citoyenneté découle celui entre la nationalité et le droit de vote. Des cinq régimes républicains que la France a connus au long d’une Histoire mouvementée, aucun n’a remis en cause ce socle de notre cohésion. Aucun n’a vu dans son abolition une conquête ou un progrès légitimes. Parce que voter c’est participer à l’exercice de la souveraineté nationale.

Parce que voter, c’est participer à la vie de notre République que notre Constitution définit comme le Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Or, il n’y a qu’un peuple : le peuple français. Comme la République, la citoyenneté française est une et indivisible, elle n’est ni locale, ni nationale. Pour exercer la plénitude des droits civiques, un ressortissant étranger doit faire le choix et se montrer digne d’acquérir la nationalité française.

La nationalité française ouvre des droits spécifiques. La qualité de fonctionnaire, pour l'exercice de fonctions de souveraineté ou d'autorité, est réservée aux Français. On conçoit mal que des ressortissants étrangers rendent la justice : au nom du peuple français.

La nationalité française comporte aussi des obligations particulières. On nous propose aujourd’hui d’ouvrir une brèche dans cet édifice où s’équilibrent les droits et les devoirs, et cette brèche ne peut que déstabiliser les repères. Le droit de désigner les conseillers municipaux ou d’être élu au sein d’un conseil municipal ne serait plus un attribut de la citoyenneté française. Au nom de quoi ? Aucune des raisons avancées ne justifie, à mes yeux, ce travail de sape d’un des fondements de notre République.

On nous dit tout d’abord que les Français n’ont déjà plus le monopole du droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales, puisque les ressortissants de l’Union européenne en disposent, sous réserve de la réciprocité et dans les conditions prévues par la Constitution. Mais pourquoi avons-nous fait le choix historique d’élargir notre droit de vote aux européens ? Parce que nous voulions qu’émerge une citoyenneté européenne ; Une citoyenneté ancrée dans les traités ; sous le sceau d’un accord entre des pays qui ont explicitement décidé d’établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. Cet objectif d’unir nos peuples ne peut être avancé pour tous les étrangers issus de pays certes amis, mais qui n’appartiennent pas à cette aventure collective qui distingue l’Europe au sein du monde.

J’entends ensuite que la reconnaissance de ce droit aux étrangers non communautaires serait nécessaire à leur intégration. Pensez-vous vraiment que c’est parce que vous votez ou que vous pouvez voter, que vous êtes intégré ? Croyez-vous que les pays qui ont élargi leur droit de vote aux étrangers aient résolu leurs problèmes d’intégration ? Qu’on songe au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas, où l’on voit que ce droit est loin d’apaiser toutes les difficultés liées à l’intégration, qui dans ces sociétés sont aussi vives voire plus vives que dans la nôtre. S’intégrer, c’est d’abord remplir des devoirs, avant de disposer de plus de droits. S’intégrer, c’est s’insérer économiquement et socialement, c’est respecter, épouser, assimiler la culture du pays d’accueil.

Pour moi, le droit de vote c’est la conséquence d’un parcours individuel. C’est l’aboutissement d’un parcours d’adhésion à notre communauté nationale. Ça n’est pas une condition et ça n’est pas un préalable. Au fond, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, cette proposition prend les choses à l’envers.

Quitte à choquer certains d’entre-vous, je veux dire que c’est aux étrangers de faire l’effort de s’ancrer dans la République parce que la République elle, elle fait tous les jours la preuve de son ouverture.

L’honneur de la France, c’est de récompenser un chemin d’intégration par l’octroi de la nationalité française. Ca n’est pas de récompenser l’étranger qui de façon somme toute légale et légitime, travaille et paye ses impôts. Au demeurant, l’absence de droit de vote ne signifie nullement que l’on soit privé de sa capacité à participer à notre vie sociale. Rien n’est plus faux et plus injuste que de présenter notre pays comme fermé, suspicieux ou xénophobe. Les étrangers qui le souhaitent peuvent participer à la vie de la cité, dans le cadre associatif, dans l’entreprise, dans les comités de quartiers. Et d’ailleurs je ne peux que les y encourager parce que c’est le signe d’une volonté d’intégration. A l’évidence, un étranger qui réside de longue date en France, qui respecte nos lois et qui s’investit n’aura aucune difficulté à obtenir la nationalité française. S’il ne le souhaite pas, c’est qu’il considère en son for intérieur, qu’il ne se sent pas entièrement partie prenante du peuple français. Et dans ce cas, il est donc tout à fait normal qu’il ne puisse pas désigner les représentants d’une collectivité de la République.



J’ajoute que le choix de devenir Français n’est pas exclusif. Notre patriotisme n’est pas fondé sur les origines, il n’est pas sectaire, il admet parfaitement que chacun puisse conserver dans son cœur plusieurs attaches. La personne qui devient française n’est pas contrainte de renoncer, en tout cas pas automatiquement, à sa nationalité d’origine puisque notre droit admet le cumul de nationalités. Il n’y a donc aucune forme de déchirement dans le choix d’accéder à la nationalité française. Il y a là simplement, et cela est fondamental, l’expression d’un désir d’être français.

Chaque année, plus de 130 000 personnes décident d’acquérir la nationalité française. C’est pour eux, très souvent un moment important, un moment émouvant et un moment solennel. Dans les nombreuses cérémonies d’acquisition de la nationalité française que j’ai présidées, j’ai vu comme vous ce regard de joie, ce regard de fierté au moment où le document officiel leur était remis. Eh bien cette joie, cette fierté, c’est un cadeau que leur fait la France en les accueillant en son sein, mais c’est aussi un cadeau que ces étrangers font à la France en rejoignant son destin. Cette proposition de loi ne rend pas justice à tous nos compatriotes qui ont fait l’effort pour acquérir la nationalité française.

Ceux qui entreprennent la démarche de la demander disent souvent que l’une de leurs motivations c’est de participer à notre vie politique. Cela veut bien dire qu’eux-mêmes perçoivent et respectent le lien intime qui existe entre la citoyenneté et le droit de vote. Celaveut dire qu’ils sont sensibles aux principes qui régissent l’existence de notre communauté nationale. Pourquoi est-ce que nous devrions renoncer à cette donnée que les étrangers sont les premiers à ressentir comme importante ?

Mais il y a plus grave que cela. Dissocier le droit de vote de la nationalité française, c’est prendre le risque de communautariser le débat public. Nous perdrions beaucoup si nous voyions fleurir des listes de candidats se réclamant de leur nationalité étrangère pour briguer des voix. Il n’est sans doute pas de pire ferment du communautarisme que l’onction du suffrage universel donnée à des candidatures qui seraient tentées de miser sur leur caractère ethnique. Je reconnais qu’il n’y a là rien d’automatique à cela, mais je ne suis pas prêt à en courir le risque.

Alors, on me rétorque, on me rétorquera que ces personnes payent leurs impôts et des cotisations en France, et qu’il est donc normal qu’ils puissent décider de l’utilisation qui en sera faite. Eh bien je vous le dis, ça n’est pas ma conception de la citoyenneté. Et pour tout dire, cette vision censitaire et finalement utilitariste de la participation démocratique, me parait choquante. Pour faire fonctionner nos services publics – dont tout le monde bénéficie, y compris les ressortissants étrangers – il est naturel que tous ceux qui en ont les moyens payent des impôts pour les financer. Participer aux destinées d’une collectivité publique ou désigner ceux qui en seront chargés, cela n’a rien à voir. Une commune, ça n’est pas une entreprise dont on serait actionnaire en payant ses impôts. En clair, le droit de vote ne s’achète pas, il ne se gagne, il se gagne seulement par la volonté du cœur et de l’esprit.

Cet argument qui met en valeur la contribution économique des étrangers pour légitimer leur droit de vote, se heurte à une profonde contradiction. Pourquoi le réserver aux communes ? Les impôts locaux bénéficient aussi aux départements et aux régions. Alors pourquoi n’avez-vous pas proposé d’ouvrir le droit de vote aux cantonales et aux régionales ? Allons plus loin dans l’absurde : Les étrangers payent à l’Etat la TVA et souvent, l’impôt sur le revenu. Faut-il leur donner le droit de vote aux élections législatives pour qu’ils puissent décider de l’usage qui en sera fait ? De proche en proche, avec un tel raisonnement, c’est la citoyenneté française qui disparaîtrait.



Alors certains en appellent aux exemples étrangers pour justifier leur proposition. Que nous montre cette comparaison ? C’est qu’il n’y a pas de modèle unique, et c’est que chaque Etat se détermine en fonction de son Histoire mais surtout en fonction de sa propre conception de la citoyenneté, celle qu’il croit la mieux à même de garantir la cohésion nationale.

Les Allemands, les Autrichiens, les Italiens ont fait le même choix que nous. Les Britanniques n’ont ouvert ce droit qu’aux ressortissants du Commonwealth, en raison de leur Histoire commune. Et même dans les pays souvent mis en avant par les tenants du droit de vote des étrangers, les situations sont extrêmement diverses. Droit de vote sous réserve de réciprocité, c’est le cas de l’Espagne et du Portugal. Droit de vote sans éligibilité, c’est le cas de la Belgique. Droit de vote assorti de conditions strictes d’accès à la nationalité, en particulier un droit du sol extrêmement restrictif voire inexistant, c’est le cas des Pays-Bas, de la Suède, de l’Irlande, de l’Espagne encore.

La France se distingue par un droit de la nationalité ouvert, avec une large place accordée au droit du sol et une naturalisation possible à partir de cinq années de résidence régulière. Nous avons toujours veillé à préserver ces équilibres. Le Gouvernement a seulement entrepris de renforcer les exigences qui dépendent de la motivation et de la volonté des postulants, à savoir l’intégration et la maîtrise de la langue française.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, pour l’accession à la nationalité, nous sommes selon les années, le 1er ou le 2ème pays derrière le Royaume-Uni en valeur absolue, loin devant l’Allemagne. Rapporté à la population étrangère, le nombre d’acquisitions de la nationalité est en France supérieur à ce qu’il est dans la plupart des pays qui ont ouvert le droit de vote aux étrangers. Voilà la réalité. Elle est loin des caricatures dans lesquelles certains se complaisent.

Enfin, on nous nous oppose l’argument selon lequel les élections locales seraient d’une autre nature que les élections nationales. Je vous dis que ça n’est pas ma conception de la République et de son organisation. Pour moi, les collectivités territoriales ne sont pas dissociables de l’Etat et de la Nation. Il n’y a pas d’un côté la gestion locale et de l’autre la gestion nationale. Les deux forment des entités politiques, avec des enjeux politiques qui sont loin d’être anodins ! Les collectivités territoriales de la République participent aussi à l’expression de la souveraineté nationale. Une compétence est décentralisée lorsque le Parlement estime qu’il s’agit du meilleur échelon de décision publique. Mais ce n’est pas parce qu’une compétence est décentralisée que les étrangers devraient mécaniquement être admis à participer à son exercice. Pour moi, les élections municipales sont des élections politiques pleines et entières ; elles sont d’une essence différente des scrutins professionnels, universitaires ou sociaux.

Mesdames et Messieurs les sénateurs, je suis venu vous exprimer mon opposition à cette proposition de loi, au nom des enjeux qu’elle reflète et qui d’une certaine manière la dépassent. Qu’est ce qui est en jeu ? C’est notre relation à la France. C’est notre unité. C’est notre égalité devant nos droits et devoirs. Face au relativisme, face à l’individualisme, c’est un combat qui n’est jamais gagné. Nous ne devons pas être naïfs. Nous savons qu’il existe dans notre pays des ferments de division. Et comme vous tous ici, je ressens honte et colère lorsque je vois la Marseillaise sifflée. Je ressens de la tristesse lorsque notre pays est moqué. Et je suis inquiet de l’expression radicale des appartenances ethniques ou religieuses. Tous ces comportements sont les signes d’une société qui a besoin de raffermir ses repères historiques, civiques et moraux. Et dire cela, ça n’est pas assouvir je ne sais quelles obsessions passéistes. La France n’a jamais cessé d’être en mouvement, et toute son Histoire est tendue vers l’objectif d’un rassemblement qui n’est jamais allé de soi. Depuis dix siècles, la volonté d’unir nos différences et de nous forger un destin collectif s’est imposée sur nos particularismes et sur nos vieux penchants pour la division. Transcendant nos provinces, nos origines, nos religions, nous sommes depuis le début, une nation fondée sur la volonté d’être précisément une nation. Et plus que cela, nous sommes devenus une nation de citoyens. Ce qui au demeurant, nous impose plus de devoirs que de droits ; plus de civisme que d’égoïsme et plus d’adhésion que d’indifférence.

Depuis le fond des âges, la France a accueilli et assimilé des générations d’étrangers qui ont apporté leur concours au développement de notre pays. Il est naturel de vouloir que nos valeurs soient les leurs et il est généreux de leur offrir la possibilité d’entrer pleinement dans notre famille nationale. Nous sommes une nation d’intégration, nous ne sommes pas une nation mosaïque. Et l’intégration signifie que l’étranger qui veut fondre son destin personnel dans notre destin collectif, adopte la France et que dès lors, la France l’adopte comme l’un des siens. Mais pour qu’il y ait intégration, encore faut-il que l’étranger qui rejoint notre communauté nationale sache et sente que cette communauté est animée par une foi commune. Et cela, c’est un message pour nous ; peuple français qui avons trop souvent l’art de nous dévaloriser, de nous déprécier alors que nous avons tellement d’atouts et si souvent, tant de noblesse dans nos élans.

En République, l’amour de la France et le service de la France ne relèvent pas d’une doctrine d’Etat. Chacun est responsable de ce qu’il reçoit et de ce qu’il donne à la nation. Chacun est porteur d’un héritage historique et culturel qu’il se doit de respecter et de prolonger avec fidélité et courage. Cette exigence est valable pour les Français qui sont les premiers concernés par le sort de la nation. Mais elle l’est aussi pour les étrangers qui nous rejoignent. Pour eux comme pour nous, être Français ou choisir de devenir Français, c’est adhérer à un pacte.

Avec cette proposition, la gauche s’engage dans une voie dangereuse avec légèreté. Elle prend le risque de vider la nationalité et la citoyenneté française de leur substance. Et cela, au moment précis où notre pays doit faire face aux épreuves de la mondialisation et doit donc se rassembler autour de ses valeurs et de ses objectifs.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Les Français ont besoin de repères clairs et stables. Fractionner le droit de vote, c’est prendre le risque de morceler notre pacte national. C’est prendre le risque d’affaiblir l’intégration. C’est prendre le risque de sectionner l’un des chaînons de l’unité républicaine. Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, nous devons tous ensemble veiller à protéger l’un des principes de la République française : Pas de vote sans citoyenneté et pas de citoyenneté sans adhésion à la Nation.

 

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 18:01

François FILLON rappelle pourquoi la France se bat pour sauver l'Euro et l'Europe à l'occasion du débat préalable au Conseil européen, à l'Assemblée Nationale Paris, le mardi 6 décembre 2011.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés.

L’Europe traverse des heures difficiles. Ce n’est pas la première fois mais cette crise est certainement la plus sérieuse et la plus complexe de son Histoire. Le basculement de l’économie mondiale place l’Europe sous un éclairage cruel qui met en lumière ses faiblesses. La peur des investisseurs face à la montagne des dettes accumulées depuis des décennies est l’expression d’un doute fondamental sur la capacité politique et économique de notre Union à demeurer un des grands pôles du monde à venir.

Les Français sont légitimement désemparés devant la succession des évènements. La crise invite à sa table tout un cortège de faux prophètes et de populistes et nous sommes quant à nous, tous ensemble invités à agir avec sang-froid. L’Europe doit sortir par le haut de cette crise et elle doit sortir de cette crise en se réinventant. Elle est mise au défi de montrer sa cohérence, sa crédibilité, sa force d’action. Le déclin n’est pas une fatalité et le Conseil européen de cette semaine sera un moment important pour reprendre la main.

Cette crise de la zone euro a commencé par toucher la Grèce, puis l’Irlande, puis le Portugal. Aujourd’hui, elle a atteint des pays du cœur de la zone : l’Italie ou encore l’Espagne. La France n’est pas épargnée et d’ailleurs, aucun pays ne l’est. Des pays traditionnellement considérés comme très vertueux sont à leur tour affectés. Je pense à l’Autriche, aux Pays-Bas, à la Finlande. Ces trois pays ont vu leurs écarts de taux avec l’Allemagne se creuser de façon inédite. Et l’Allemagne elle-même ne pourra être durablement épargnée si l’ampleur de la crise et sa contagion à l’ensemble de la zone euro se poursuivent.

Le coût d’un éclatement de la zone euro serait exorbitant. Certains le chiffrent à près de 25 % du Produit Intérieur Brut pour les économies les plus fortes et à environ 50 % dans les pays dont l’économie est plus faible. Le continent européen serait en réalité ruiné. L’avertissement, envoyé par une Agence de notation hier, est un avertissement collectif qui concerne tous ces pays. On peut le juger inopportun. On peut considérer qu’il est excessif. On peut souligner à l’infini le décalage entre le mode de raisonnement immédiat et brutal des marchés, et celui des Etats.

Mais en réalité, la question n’est pas là. Et je veux dire au demeurant que je n’indexe pas notre intérêt national et l’intérêt de l’Europe sur le seul avis des experts.

La vérité, c’est que l’Europe doit se réorganiser et qu’elle doit se désendetter. Ca c’est un fait. Ce que nous dit cette agence, c’est que pour les investisseurs, la zone euro et l’Europe ont besoin d’un cadre politique rigoureux, structuré, efficace, capable sur le moyen et sur le long terme de tenir ses engagements. D’une certaine façon, c’est un appel à une gouvernance politique et économique plus solide. Et notre réponse est sans ambiguïté ; cette réponse c’est l’accord franco-allemand élaboré hier par Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL.

Il y a aussi dans l’avis de cette Agence, un message d’inquiétude sur la croissance et ses conséquences sur la tenue de notre trajectoire budgétaire. Je veux le dire sans ambigüité : nos engagements budgétaires sont intangibles et le Gouvernement fera tout pour qu’ils soient strictement respectés. Notre budget 2012 est construit sur une hypothèse de croissance de 1% mais, vous le savez, nous avons constitué une réserve de six milliards d’euros, ce qui correspond très exactement à la différence entre notre prévision de croissance et celle aujourd’hui de la plupart des Instituts, pour nous permettre d’absorber un aléa négatif sur la croissance. En tout état de cause, comme le reconnaissent les agences de notation elles-mêmes, notre Gouvernement a démontré sa réactivité et sa capacité à s’ajuster à toutes les circonstances et il continuera à le faire.

Mesdames et messieurs les députés, la crise actuelle n’est pas une crise de l’Euro. C’est une crise de la zone Euro et de sa gouvernance. Nous nous sommes dotés d’une monnaie commune sans mettre en place les institutions politiques et financières nécessaires à sa stabilité et à sa solidité. Nous avons fait collectivement le choix de la facilité, en optant pour une fuite en avant dans l’endettement. Cette dérive s’est paradoxalement aggravée avec l’Euro qui a joué un rôle d’anesthésiant et qui nous a permis de repousser au lendemain l’effort que nous devions faire.

Maintenant, toutes les nations européennes, solidaires, doivent faire des efforts pour établir leur souveraineté financière. C’est un devoir moral vis-à-vis de nos enfants et c’est devoir politique si nous voulons maitriser notre destin.

Cela vaut évidemment pour les Etats membres qui ont dévié de la trajectoire qu’ils auraient dû suivre. Je veux dire à ce sujet, que les décisions prises par plusieurs de nos partenaires sont encourageantes. Après plusieurs semaines de très grandes incertitudes, la Grèce a donné des gages sur un soutien politique large pour mener les réformes attendues en contrepartie de l’aide exceptionnelle octroyée ces derniers mois. Ce qui permet d’ailleurs le déblocage d’une nouvelle tranche de huit milliards d’euros.

Les autres pays européens qui connaissent d’importantes difficultés de refinancement – l’Italie ou l’Espagne notamment – ont redit leur détermination à mettre en œuvre de manière rigoureuse des politiques de redressement de leurs finances publiques. Et je veux profiter de l’occasion pour dire le respect qui est le nôtre pour le plan extrêmement ambitieux que vient de présenter le gouvernement de Monsieur Mario MONTI, en Italie.

Les dates de retour sous les 3% ou de retour à l’équilibre doivent être confirmées et elles doivent être sécurisées. Et je veux dire que sur point, aucune dérive n’est permise. Les décisions se prennent avant tout au niveau national, mais l’Europe doit accompagner nos efforts. Les derniers mois nous ont permis de faire davantage de progrès que nous n’en avions faits en vingt ans en matière de gouvernance européenne. Les mesures qui ont été adoptées en septembre par le Conseil et par le Parlement européen, représentent déjà un acquis substantiel puisqu’elles permettront une surveillance accrue des déséquilibres budgétaires et macroéconomiques. Lors du Sommet de la zone Euro du 26 octobre, nous avons ajouté plusieurs mesures, reprises dans les propositions que vient d’adopter la Commission européenne.

Mais il nous faut aller plus loin et il nous faut aller plus fort, comme l’ont souligné hier le Président de la République et la Chancelière allemande.

Qu’est-ce que nous souhaitons ?

D’abord un gouvernement économique de la zone Euro. Parce que pour nous, l’Europe c’est d’abord une affaire politique. Et c’est par la politique que l’Europe avance et c’est par la politique que l’on rend des comptes au peuple. Nous avons décidé au dernier sommet de la zone Euro que les chefs d’Etat et de gouvernements se réuniraient au moins deux fois par an. Le Président de la République et la Chancelière allemande proposent désormais que ces réunions soient mensuelles, sur la base d’ordres du jour précis. Celles-ci devront permettre d’aborder les sujets de stabilité financière, mais aussi les sujets de convergence économique et fiscale, ainsi que notre stratégie de soutien à la croissance et à la compétitivité.

Cela fait plusieurs années que la France réclame la mise en place d’un gouvernement économique de la zone Euro. Nous avons maintenant un accord solide avec l’Allemagne pour le réaliser.

Ensuite, nous devons nous assurer de davantage de discipline au niveau européen. Cette discipline reposera d’abord sur un volet préventif plus fort : c’est la règle d’or. Il faut que le principe et le contenu de cette règle d’or soient fixés au niveau européen et qu’elle soit ensuite transposée par chaque Etat dans son droit national. La Cour de Justice, comme c’est son rôle, pourra vérifier que la transposition a été correcte. Mais c’est ensuite à chaque juge national qu’il appartiendra de l’appliquer.

Bref, Mesdames et Messieurs les Député, comme le souhaitait la France, la Cour de Justice ne pourra en aucun cas se prononcer sur le budget d’un Etat membre. Cette discipline reposera ensuite sur un volet correctif plus efficace. Lorsque le déficit d’un Etat dépasse le seuil de 3%, il s’exposera à des sanctions. Des sanctions qui seront adoptées par le Conseil, sauf si une majorité qualifiée s’y oppose.

Je crois Mesdames et Messieurs les Députés, qu’il est temps de comprendre que ça n’est pas les sanctions qui minent la souveraineté nationale. Ce qui mine la souveraineté nationale c’est le laxisme des Etats qui ignorent leurs engagements vis-à-vis de leurs partenaires.

Mais nos efforts seraient vains sans davantage de solidarité entre les pays européens. Nous avons ensemble partagé les bénéfices de l’Europe et de l’Euro. Ensemble, nous devons maintenant la protéger contre les menaces de tension ou d’éclatement. Nous ne devons laisser aucun doute aux investisseurs sur notre détermination à défendre la zone Euro. Et à cet égard, nous devons affirmer clairement que les solutions qui ont été appliquées à la Grèce sont des solutions exceptionnelles et qu’elles ne s’appliqueront plus à aucun autre Etat membre. Nous allons ainsi envoyer un message puissant : « en Europe, les Etats respectent et honorent leur signature souveraine. C’est un message central pour rebâtir la confiance ». Il n’y aura pas à l’avenir, d’implication des investisseurs privés dans la restructuration d’une dette souveraine dans la zone Euro. Aucun épargnant ne risquera de perdre son argent en le prêtant à un pays de la zone Euro.

Mesdames et Messieurs les Députés, c’est un point fondamental et c’est sans doute le point le plus important de l’accord qui a été conclu hier parce que la vérité c’est que la crise que nous connaissons aujourd’hui a démarré, en tout cas elle a pris la dimension que nous lui connaissons au moment où il a été décidé. C’était d’ailleurs une demande forte de l’Allemagne d’impliquer le secteur privé dans la restructuration de la dette souveraine de la Grèce. Eh bien, écarter ce risque c’est revenir progressivement à un fonctionnement normal du financement des Etats de la zone Euro. Et c’est la condition pour faire de l’Euro et du système financier européen un pôle de stabilité et d’attractivité pour les capitaux étrangers.

Plus de solidarité suppose dans notre esprit plusieurs choses.

D’abord, le renforcement de l’effet de levier du Fonds européen de stabilité sur la base des décisions prises par les ministres des finances la semaine dernière.

Ensuite, la transformation du futur mécanisme européen de stabilité en un véritable fonds monétaire européen capable de venir en aide aux pays en difficulté. Ce fonds doit pouvoir prendre le relais du fonds européen de stabilité dès l’année prochaine et non pas en 2013 comme cela avait été prévu. Et il doit pouvoir prendre ses décisions à une majorité qualifiée et non plus à l’unanimité comme c’était le cas précédemment. Quant à la Banque centrale européenne, son indépendance doit être intégralement respectée. C’est ainsi qu’elle pourra continuer à jouer le rôle déterminant qui est le sien dans cette période exceptionnelle.

Plus rigoureuse, plus solidaire, cette nouvelle gouvernance doit être aussi plus démocratique. Compte tenu de leur importance, les décisions dont nous avons besoin doivent être prises par des responsables politiques démocratiquement élus et rester sous le contrôle des Parlements nationaux. Personne ne souhaite un gouvernement des juges qui se substituerait à la délibération et à la décision démocratiques. Et il est clair que les sommets des Chefs d’Etat et de gouvernement de la zone Euro seront la clef de voûte intergouvernementale de cette nouvelle gouvernance de la zone Euro.

C’est pour mettre en place ces éléments qui permettent de refonder la zone Euro, que nous avons besoin d’un traité. Le Conseil européen de cette semaine devra déterminer quelle doit être la voie à suivre pour ce traité. Dans l’idéal, il devrait prendre la forme d’une révision des actuels traités européens et donc passer par un accord unanime des 27. Mais s’il apparaît dès le week-end prochain que cela n’est pas possible. Alors nous sommes déterminés à aller de l’avant sans attendre, entre les 17 Etats membres de la zone Euro et ceux qui seraient volontaires pour les rejoindre, comme l’ont proposé hier le Président de la République et la Chancelière. Notre objectif c’est de conclure un accord au mois de mars 2012. Celui-ci devant être ratifié avant la fin de l’année 2012.

Mesdames et Messieurs les Députés,

L’intégralité de nos efforts vise à recréer la confiance en Europe et à préparer le chemin de la croissance. La crise a montré que ce qui était en jeu, c’est moins le niveau de la dette publique en soi, que la soutenabilité de cette dette. Or, nous le savons bien, sans croissance il n’y a pas de dette soutenable. A court terme, ce Conseil européen va lancer le « semestre européen». L’objectif c’est de fixer les priorités de nos politiques économiques dans l’année qui vient. C’est une étape significative pour coordonner les réformes. A moyen terme, nous voulons aussi déterminer le rythme de consolidation que nous devons adopter pour ne pas mettre en péril la croissance. Comment protéger la croissance tout en sécurisant nos objectifs budgétaires ? C’est la double nécessité qui préside à l’ensemble de nos choix.

Je veux dire que pour cette raison, la France sera très vigilante à ce que les dispositions que nous pourrions introduire dans les Traités soient équilibrées. Ces dispositions devront favoriser une meilleure coordination de nos politiques et pas uniquement budgétaires, mais aussi de nos politiques fiscales, sociales et en matière de régulation des marchés financiers. Une Europe au service de la croissance, cela signifie des programmes européens de recherche plus efficaces et mieux ciblés. Ca signifie développer
– comme la France l’a proposé – le capital-risque européen. Ca signifie mettre en place un fonds européen des brevets. Ca veut dire aussi installer un environnement réglementaire qui soit favorable à l’économie numérique ou encore qui soit favorable à l’instauration de gros champions européens dans la compétition mondiale.

C’est un des enjeux des discussions qui s’ouvrent sur le prochain cadre financier pluriannuel 2014-2020. Le Conseil européen de jeudi et vendredi devra donner un mandat à la Présidence danoise pour progresser sur ce dossier avec comme objectif un accord avant la fin de l’année 2012.

Avec ce budget européen qui sera forcément contraint, il faudra préserver la Politique Agricole Commune tout en ciblant les dépenses les plus utiles à la croissance et à l’emploi. Et derrière les chiffres, ce veut dire qu’il faudra progresser vers ce qu’on pourrait appeler «dépenser mieux», pour les politiques communes qui ne se sont pas aujourd’hui adaptées au contexte de crise et au contexte de concurrence internationale. Je pense à la politique de cohésion et je pense à celle de l’innovation et de la recherche.

Mesdames et Messieurs les Députés, aucune institution européenne n’a plus la crédibilité nécessaire pour revendiquer le monopole de l’intérêt général européen.

C’est ensemble que nous travaillons à l’intérêt général, à Bruxelles, à Strasbourg, à Luxembourg mais aussi dans chacun des Etats membres et dans chacun des Parlements nationaux. Ici, vous êtes tous les interprètes de notre nation, mais l’Histoire vous porte à être aussi ceux d’une Europe qui a besoin de chacun d’entre-nous. Au-delà des clivages, au-delà des échéances électorales, nous devons afficher une volonté politique commune. Nous devons afficher une volonté Française.

Ensemble, Mesdames et Messieurs les Députés, rappelons pourquoi nous nous battons pour sauver l’Euro et pour sauver l’Europe. Rappelons, sans démagogie, pourquoi nous ne distinguons pas l’intérêt national de l’intérêt européen. Rappelons pourquoi l’unité franco-allemande est l’un de nos biens les plus précieux et pourquoi, entre nos deux nations, il ne peut y avoir de vainqueur ou de vaincu, mais la volonté permanente d’avancer ensemble par des compromis et par le respect mutuel.

Ensemble, rappelons que l’Europe c’est bien plus que des institutions, c’est une Culture, c’est une Histoire, c’est une rencontre entre des nations anciennes et brillantes. Je crois à la présence d’une civilisation européenne. L’humanisme. La solidarité. L’Etat de droit. La confiance placée dans la science, dans l’innovation ou dans le progrès. Toutes ces valeurs disent où commence et où s’épanouit l’Europe. Et je crois que ces valeurs peuvent faire de l’Europe l’un des grands pôles du XXIème siècle. Alors, ne laissons pas le monde s'habituer à une Europe faible et à une Europe déclinante que l'on pourrait traiter avec condescendance.

Quand je compare l’Europe moderne à ce qu’elle était hier, je vois les résultats de l’audace de nos pères. Je vois des hommes qui ont brisé une tradition millénaire de conflits et de violences. Je vois 17 pays soudés autour d’une monnaie unique. Je vois 27 jeunesses appelées à grandir ensemble sans défiance. 27 peuples unis qui nous interdisent de jouer les blasés, ou les indifférents.

Mesdames et Messieurs les Députés, la crise nous impose de redéfinir le projet européen. Elle nous commande de nous affirmer comme une puissance capable de réagir rapidement et concrètement aux chocs.

Eh bien nous devons relever le défi et nous devons montrer que nous avons décidé d'être debout, d’être nous-mêmes, d’être debout et nous-mêmes pour la France et pour l’Europe.

 

lien vers le discours en vidéo de François Fillon

 

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 13:28

François FILLON demande à François Hollande de trouver la fermeté de mettre un terme aux dérapages de ses amis sur la relation franco-allemande lors des Entretiens de Royaumont à l'Abbaye de Royaumont à Asnières-sur-Oise, le dimanche 4 décembre 2011.

 

 

 

Mesdames et Messieurs, cher Jérôme CHARTIER,

Le thème que vous avez choisi de traiter cette année dans les Entretiens de Royaumont est certainement un des plus riches et un des plus profonds qui soient.

Il en appelle à l’expérience sensible où se rassemblent – pour chacun d’entre nous – le souvenir des paysages habités et traversés, l’évocation des heures décisives et des grandes figures de notre histoire, l’engagement intime de nouer nos destins individuels à celui de la communauté à laquelle nous appartenons.

Chacun a « sa » France en lui, chacun a sa façon d’« aimer la France », et chaque époque eut ses propres élans.

Aimer la France, est-ce que cela veut dire la même chose qu’au temps où les Capétiens s’efforçaient de réunir sous l’égide d’un seul Etat un territoire divisé par les pouvoirs féodaux ?

Est-ce que cela veut dire la même chose qu’au siècle de Louis XIV, quand l’esprit français donnait le tempo de la civilisation européenne ?

Est-ce que cela veut dire la même chose qu’en 1792, lorsque les armées citoyennes faisaient front contre la coalition des monarchies voisines ?

Est-ce que cela veut dire la même chose qu’en 1796, lorsque BONAPARTE entrait dans Milan accueilli en libérateur de la domination autrichienne, comme le décrivait avec ferveur STENDHAL au début de « La Chartreuse de Parme »?

Est-ce que cela veut-il dire la même chose que sous la IIIe République, dont les ambitions se tournaient expressément vers la reconquête de l’Alsace-Lorraine et la constitution d’un vaste empire colonial ?

Est-ce que cela veut dire la même chose qu’il y a cinquante ans, lorsque le Général de GAULLE œuvrait pour maintenir le rang de la France entre les deux grandes puissances de la Guerre Froide ?

A chaque époque les contours du sentiment national se redessinent. Et nous sentons, au fond, que notre amour de la France a deux aspects dont il faut faire la part avec discernement.

D’un côté, il ne peut avoir de portée véritable que si nous lui donnons une forme et une signification qui conviennent aux défis actuels.

Et de l’autre côté, il va vers un être collectif qui se perpétue et se façonne à travers le temps, qui est le socle de notre action et qui est l’héritage que nous devons préserver.

Un être collectif qui est un pays, c’est-à-dire des territoires où l’empreinte humaine s’est ajoutée aux éléments naturels pour tracer sur nos rivages, dans nos montagnes, dans nos campagnes, des tableaux reconnaissables entre tous.

Un être collectif qui est un peuple, enrichi au long des siècles par les apports d’hommes et de femmes venus de tous les horizons.

Un être collectif qui est une nation, c’est-à-dire une communauté dont le destin est entre les mains de chaque citoyen.

Un être collectif qui est une République, c’est-à-dire un système politique fondé sur les idéaux philosophiques de la raison et de la justice, que la France a été l’une des premières à vouloir faire advenir dans l’histoire.

Un être collectif qui est enfin un esprit singulier, incarné dans une langue subtile, un esprit marqué par le goût de la création, de la réflexion et par l’ambition de témoigner à sa manière de la grandeur humaine.

Il y avait, sous la IIIe République, un livre célèbre qui a été lu par des millions d’écoliers et qui s’appelait « Le Tour de la France par deux enfants ».

C’était l’histoire de deux enfants, André et Julien, qui avaient fui la Lorraine après l’arrivée des Allemands et qui parcouraient les différentes régions françaises à la recherche d’un de leurs oncles. A la fin ils s’installaient dans une ferme de l’Orléanais et le dernier chapitre de l’ouvrage s’intitulait « J’aime la France ».

Et voici ce qu’on pouvait lire dans ces pages qui ont forgé la conscience nationale pendant quelques décennies : « Dans la joie qu’il éprouvait de se voir enfin une patrie, une maison, une famille, comme le pauvre enfant l’avait si souvent souhaité naguère, il s’élança dans la cour de la ferme, frappant ses mains l’une contre l’autre. Puis songeant à son cher père qui aurait tant voulu le savoir Français, il se mit à répéter à pleine voix j’aime la France ».

Evidemment, quand on lit ces phrases, on se dit que les temps ont changé. Et certains, en écoutant ce texte, seront confortés dans leur conviction que l’idée de nation est archaïque et naïve. Mais je crois qu’il ne faut pas renier cette vigueur du sentiment national, et qu’elle doit nous inspirer le courage d’affirmer la fierté que nous ressentons à l’évocation de la France. Je crois aussi que nous ne pouvons pas nous contenter d’une forme de nostalgie. Nous ne pouvons pas faire comme si le siècle écoulé n’avait pas rendu plus tragique notre rapport à la nation.

Nous ne devons pas oublier que c’est au nom de l’amour de la France que certains ont suivi la voie du courage, mais aussi que d’autres se sont fourvoyés dans des chemins qui conduisaient au désastre. Ce ne sont pas seulement les philosophes ou les penseurs qui ont bousculé l’idée de nation. C’est d’abord l’Histoire elle-même !

Depuis la seconde moitié du vingtième siècle, cette idée de nation a été frappée par le désastre des deux guerres mondiales, par l’émergence du projet européen, dont nous ne devons jamais oublier qu’il a été édifié justement pour faire barrage au retour des poussées nationalistes ; par la mondialisation, que certains ont interprétée comme un changement d’échelle qui rendrait au fond caduques des ambitions politiques inscrites dans des frontières données.

Ces réalités qui sont celles de notre époque sont indéniables. Mais, comme Jérôme CHARTIER – et sans doute beaucoup d’entre vous – je n’en tire pas la conséquence que l’ère des nations est révolue. J’en tire la conséquence que l’idée de nation doit être passée au crible de l’histoire et de l’actualité pour être réinventée, parce que je crois que c’est encore au niveau national que la liberté des peuples trouve son visage et sa force. Et c’est encore au niveau national que l’action politique au sens authentique peut et doit s’accomplir.

Notre nation demeure pour nous une protection et un tremplin. Aimer la France, c’est agir pour lui donner les moyens de déployer toutes ses ressources et d’exercer toutes les forces qui sont en elle. Rien n’est plus faux et rien n’est plus injuste que de voir toujours notre pays sous ses aspects les plus sombres et les plus critiquables. Je veux dire que ce goût de l’autodénigrement n’a pour moi rien à voir avec la lucidité. C’est juste un mauvais travers.

Nous avons un immense potentiel, mais nous avons aussi de véritables handicaps. Je crois que le premier de nos handicaps, c’est de voir dans la mondialisation un mal étouffant, au lieu d’y voir un espace de conquête. C’est de considérer la mondialisation comme une sorte d’injustice, alors qu’il ne s’agit que d’un rééquilibrage naturel du partage de la richesse entre les continents.

Depuis 2007, toute notre politique est tendue vers l’objectif d’une France regroupant ses forces pour assumer la bataille de la mondialisation : la réforme des universités ; le triplement du crédit impôt recherche ; l’assouplissement des 35 heures ; la création du Fonds Stratégique d’Investissement ; ou encore le lancement – malgré les difficultés budgétaires que nous connaissons – d’un plan de 35 milliards d’euros pour les investissements du futur.

Le second handicap c’est la dette. Depuis plus de trente ans, nous vivons à crédit par confort, par habitude, mais surtout par peur d’affronter la vérité. La vérité sur le basculement de l’économie mondiale et sur la fin de la suprématie occidentale ; la vérité sur le tarissement de ses richesses ; la vérité sur l’écart inéluctable entre ce que nous produisons et ce que nous dépensons.

La crise des dettes souveraines, c’est beaucoup plus qu’un problème technique, qui pourrait être résolu par un renforcement de la direction de la zone euro, par des ajustements du rôle de la Commission Européenne ou de la Banque Centrale Européenne.

C’est en réalité un véritable problème de civilisation, c’est un problème politique, c’est un problème de souveraineté nationale que nous ne résoudrons qu’à condition que nous ayons le courage de parler sans démagogie, en agissant dans la durée, en assumant quelques sacrifices, en agissant collectivement avec l’Europe sans jamais céder à la tentation mortifère du repli.

Dans cette entreprise de redressement national, où les dépenses doivent être très rigoureusement tenues, je voudrais convaincre les Français que tout ne peut pas venir du sommet. Chacun d’entre nous doit se demander comment il peut apporter à la nation autant qu’elle lui apporte. Nous avons besoin plus que jamais du civisme, de la responsabilité, de l’engagement des Français. Eduquer ses enfants, leur apprendre le respect des règles, lutter chacun à sa place contre la violence quotidienne, se montrer responsable face à l’envolée des dépenses de santé, renoncer à invoquer à chaque instant le désengagement de l’Etat au lieu d’assumer ses propres responsabilités, c’est aussi cela à mes yeux aimer la France.

Il faut une prise de conscience collective concernant l’usage de nos droits et nos devoirs. Ça n’est pas en délaissant nos devoirs et ça n’est pas en oubliant qui nous sommes que nous tiendrons notre rang dans la mondialisation. Et ça n’est pas en oubliant qui nous sommes que nous donnerons à l’Europe les forces qui lui sont nécessaires pour se relancer, et qui ne peuvent être que celles de chacune des nations qui la composent.

Nous devons avoir pleinement conscience du rôle fondateur et directeur de la France en Europe. Ce rôle, il faut que nous l’exercions avec intensité et avec sagesse. Avec intensité parce que nous avons des objectifs propres que nous voulons promouvoir au sein de l’Union européenne. Mais avec sagesse parce que notre responsabilité est de rassembler et d’avancer avec l’Allemagne, ce qui suppose – de part et d’autre – des compromis raisonnables.

Qu’est-ce que nous voulons ?

Faire advenir une Europe politique, c'est-à-dire une Europe dont les ambitions s’appuient sur la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement. Parce que ce sont eux qui ont la légitimité démocratique la plus forte.

Le partage de notre souveraineté au niveau européen est possible, il est même nécessaire sur le plan économique et budgétaire. Parce que nous avons choisi de nous doter d’une monnaie commune.

C’est tout le débat actuel sur l’évolution des institutions européennes, débat impulsé par Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL. Mais ce partage de souveraineté n’est acceptable que si la légitimité des décideurs politiques est respectée et si leur autorité constitue bien le moteur de l’Europe.

Je milite depuis longtemps pour un patriotisme éclairé, un patriotisme élevé au niveau européen. Je le fais pour la France qui doit projeter ses idéaux au delà de ses frontières. Mais je le fais aussi pour l’Europe qui ne doit pas être une communauté désincarnée.

Notre patriotisme doit nourrir une nouvelle âme européenne et il doit réveiller la vieille et prestigieuse civilisation européenne, que les temps actuels ont tendance à abaisser au rythme du jugement des agences de notation.

Nous ne pouvons pas aimer la France contre l’Europe ! Nous ne pouvons pas l’aimer en défendant des solutions de repli, des solutions d’isolement, qui entraîneraient fatalement son déclin, comme le font les extrémistes inspirés par une idée fausse et dangereuse de la souveraineté nationale.

On entend ces jours-ci des responsables politiques qui se mettent à parler de BISMARCK ou de Munich à propos de nos amis allemands, au moment où nous devons, avec eux, défendre l’héritage de la construction européenne en rétablissant sur des bases saines le fonctionnement de nos économies.



Il est irresponsable, il est même indécent de jouer sur des formes du sentiment national qui appartiennent au passé et que nous ne voulons pas voir ressurgir. Il est dangereux d’instrumentaliser le patriotisme pour caricaturer et pour blesser nos partenaires, alors qu’il convient au contraire de fédérer nos forces nationales respectives pour relancer l’Europe.

C’est l’honneur du président de la République que de s’interdire toute attitude qui pourrait créer un fossé entre la France et l’Allemagne, qui pourrait libérer des forces enfouies aux tréfonds de notre Histoire et enclencher la mécanique infernale de la division. C’est son honneur de vouloir à tout prix protéger le pacte noué entre le Général de GAULLE et Konrad ADENAUER, Georges POMPIDOU et Willy BRANDT, Valéry GISCARD d’ESTAING et Helmut SCHMIDT, François MITTERRAND, Jacques CHIRAC et Helmut KOHL et Gerhart SCHROEDER.

Nicolas SARKOZY n’a pas de leçons de patriotisme à recevoir de la part de ceux qui croient défendre l’intérêt national en caricaturant nos alliés allemands.

Je veux dire solennellement qu’il est grand temps que François HOLLANDE trouve la fermeté de mettre un terme aux dérapages de ses amis, parce qu’un candidat à l’élection présidentielle ne peut pas être l’otage complaisant d’une dérive stupide aux relents germanophobes.

Mesdames et Messieurs, aimer la France, ça n’est pas rebâtir je ne sais quelle ligne Maginot. C’est avoir conscience des idéaux universels qu’elle incarne. C’est préserver le fil qui, depuis la Révolution, désigne la France comme un emblème de la liberté. Et à cet égard, je suis fier de l’action qui a été la nôtre en Côte D’ivoire et en Lybie.

Aimer la France, c’est être fidèle à cette ouverture sur le monde, à cette générosité, qui sont partie intégrante de sa grandeur. La France attire des talents, elle crée des espérances, elle éveille des passions. On se souvient de l’histoire de Romain GARY et de sa mère qui lui avait transmis, dans la lointaine Lituanie, son amour absolu de la France.

D’où vient que notre pays ait pu susciter autant de rêves, aux quatre coins du monde ? D’où, sinon de la manière dont il a exprimé à travers son destin et ses valeurs les espoirs de tous les peuples ?

D’où, sinon de la force de son rayonnement culturel ? Les espoirs et les passions que fait naître la France n’émanent pas d’une entité désincarnée. A ceux qu’il accueille, notre pays ne doit pas rougir de demander le respect de ses lois, de ses traditions parce que ce sont elles précisément qui définissent cette société à laquelle ils ont décidé d’associer leur vie.

Non, notre pays n’a pas à rougir d’être lui-même. Non il ne doit pas hésiter à être exigeant à l’égard de ceux qu’il accueille. Et dans le même temps, il ne doit pas, il ne doit jamais les désigner comme les boucs émissaires de ses propres problèmes. Parce que cela, c’est de la lâcheté, de la lâcheté vis-à-vis de nos propres défis qui ne dépendent que de nous.

Le débat sur le droit de vote des étrangers aux élections locales est une fois encore relancé, et je veux dire que je regrette le retour récurrent de ce sujet avant chaque élection depuis 1981. Je me suis pour ma part toujours opposé à ceux qui veulent remettre en cause le lien qui associe dans notre histoire le droit de vote à la nationalité, c’est-à-dire à la citoyenneté française et désormais européenne.

Ma conviction est que ce principe doit demeurer parce que le droit de vote à géométrie variable peut conduire à émietter et à communautariser notre pays. Or, comme l’écrivait RENAN, nous sommes une communauté de destin fondée sur la volonté d’adhérer à la vie de la Nation. C’est notre héritage républicain, et c’est l’honneur de notre pays de faire accéder à la nationalité ceux qui ont fait le choix de participer au destin de la France. Brader le droit de vote, c’est à mes yeux affaiblir la citoyenneté et, du même coup, c’est affaiblir la belle et généreuse idée d’adhésion à la famille nationale.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les réflexions que je voulais associer aux débats que vous avez menés au cours de ces Entretiens de Royaumont. Vous l’aurez compris, j’attache une grande importance à ce thème que vous avez choisi, parce qu’il nous renvoie aux sources de tout engagement politique et, finalement, de toute vie citoyenne.

 

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 21:42

François FILLON affirme que la révolution numérique est à la fois technologique, industrielle, et sociale à l'occasion des 4èmesAssises du numérique Université Paris-Dauphine Paris, mercredi 30 novembre 2011.

 

 

Mesdames et Messieurs,

C’est un très grand plaisir pour moi de venir à l’occasion de ces quatrièmes Assises du numérique. C’est devenu un rendez-vous incontournable, un rendez-vous que je n’aurais manqué pour rien au monde d’abord parce que j’ai un intérêt, comme chacun sait, ancien pour le sujet dont vous avez débattu. Je me souviens d’avoir été en charge des nouvelles technologies de l’information et de la communication comme on le disait à l’époque dans le gouvernement d’Alain JUPPÉ, à une époque où la France était terriblement en retard. C’était une époque où un responsable de France Telecom que je ne nommerai pas par charité, m’avait conseillé de ne pas perdre mon temps avec Internet : « C’est une mode, Monsieur le ministre. Dans six mois, on n’en parlera plus. » C’est l’époque où le patron d’une grande entreprise d’informatique française était venu me voir pour me demander de mettre en place une prime à l’achat pour inciter les ménages à acheter des ordinateurs et il m’avait avoué qu’il n’avait jamais lui-même utilisé un de ses ordinateurs qu’il fabriquait. C’est l’époque où j’avais proposé au Conseil des ministres de donner des cours particuliers à chacun de mes collègues pour leur apprendre à se servir d’un ordinateur et où seul l’un d’entre eux m’avait sollicité. Ça ne veut pas dire que les autres maîtrisaient parfaitement ces outils.

Depuis, notre pays a très largement comblé son retard. Et s’il a comblé son retard, il y a une raison principale, elle s’appelle la concurrence. Il y a une raison principale, c’est la libéralisation du secteur des télécommunications. Ce n’est pas un grand plan gouvernemental, ce n’est pas une grande politique publique qui a permis de rattraper le retard, c’est la concurrence. J’ai envie de dire la concurrence régulée par une autorité indépendante qui s’est révélée extrêmement compétente. C’est une expérience qui est à méditer pour bien d’autres sujets et en particulier pour tout ce dont nous allons débattre, tout ce dont vous avez débattu à l’occasion de ces Assises. Et, vous savez, je ne suis pas dogmatique, je ne suis pas ce qu’on appelle un libéral au sens où je ne crois pas que ce soit la concurrence et que ce soit le marché qui règlent tout, mais je pense qu’il y a des secteurs – et celui-là en est un – où, sans la compétition, nous n’aurions jamais réussi à rattraper notre retard. Imaginons un instant ce qui se passerait aujourd'hui si on avait un seul opérateur qui imposait ses matériels, ses normes, ses tarifs et sa façon de voir les choses.

Alors je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour évoquer devant vous l’implication du Gouvernement dans le numérique en essayant de ne pas me contredire par rapport à cette introduction. D’abord, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour marquer avec vous un événement : hier, nous avons éteint la télévision analogique dans la dernière région où elle fonctionnait encore, le Languedoc-Roussillon. Ça veut dire que tous les foyers français, y compris outre-mer, reçoivent désormais la télévision numérique. C’est un immense succès. C’est un immense succès technique d’organisation. Comme pour beaucoup d’autres événements dans le passé, on nous avait prédit beaucoup de difficultés. J’ai le souvenir encore de réunions notamment avec des parlementaires, avec des élus locaux qui me prédisaient une catastrophe avec cette extinction de la télévision analogique. Ça s’est bien passé. Il y a encore quelques difficultés ponctuelles auxquelles il faut remédier mais je voudrais saluer le travail du Gip France Télévision Numérique. Je voudrais saluer le travail et l’engagement du CSA, des chaînes de télévision, des professionnels du secteur, des élus, des collectivités locales.

Il y avait deux objectifs à ce passage au tout numérique. Le premier, c’était évidemment d’offrir plus de chaînes, plus de programmes et une meilleure qualité de réception. Et puis le deuxième, c’était de dégager des fréquences pour d’autres usages et en particulier pour permettre le déploiement du très haut débit mobile. Nous allons, dans les toutes prochaines semaines, au tout début de 2012, attribuer les fréquences de ce qu’on a appelé les dividendes numériques et nous allons le faire avec quelque chose qui sera une vraie première dans notre pays puisque le déploiement du très haut débit mobile se fera de façon simultanée sur les zones urbaines et dans les zones rurales.

Nous allons plus loin puisque nous avons décidé de permettre à six nouvelles chaînes en haute définition d’émettre sur la TNT. Elles seront attribuées dans les prochaines semaines par le CSA. Et nous avons déjà fixé un calendrier pour la modernisation technologique de la TNT afin de permettre à terme la généralisation de la haute définition et la mise en place d’un certain nombre de services innovants dont on commence à voir les promesses qu’ils représentent.

Enfin, nous allons engager une réflexion sur l’avenir pour tenir compte de l’augmentation considérable de la demande de fréquences liée à tous ces nouveaux usages et, en même temps, à la rareté de cette ressource. Et je pense que le Comité stratégique pour le numérique, qui a montré sa compétence depuis sa création, est l’endroit parfaitement indiqué pour débattre de ces sujets et trouver des solutions pour résoudre cette question de la rareté des fréquences et, en même temps, de l’augmentation considérable des demandes.

Deuxième sujet que je voulais évoquer devant vous, c’est le Plan France numérique 2012. Nous avons d’ores et déjà décidé de consacrer 4,5 milliards sur le programme des Investissements d’Avenir que nous avons veillé à préserver malgré les difficultés financières que nous rencontrons et que vous connaissez. Éric BESSON, ce matin, vous a présenté le premier bilan de la mise en œuvre de Plan France numérique 2012. Il vous a indiqué que 95 % des mesures qui avaient été décidées étaient soit réalisées, soit en cours.

Qu’est-ce qu’on veut faire à travers ce plan ? D’abord, tirer partie du potentiel de croissance que représente le numérique. Alors il y a plusieurs manières de le faire et d’apporter le soutien de l’État à cette filière. D’abord, en soutenant la recherche et l’innovation. 1 milliard d’euros seront directement consacrés à la recherche et à l’innovation dans le domaine du numérique grâce au crédit impôt recherche. Nous avons considérablement augmenté ce crédit impôt recherche en 2007. C’est ce qu’on appelle une niche fiscale et donc je voudrais inciter chacun à être plus prudent lorsque l’on évoque les niches fiscales comme une sorte de dérive. Il y a des niches fiscales qui sont inutiles et qui doivent être supprimées, il y a des niches fiscales qui sont formidablement nécessaires et utiles et le crédit impôt recherche en fait partie. Et donc tous ceux qui nous expliquent que par un tour de passe-passe, on va financer la réduction du déficit par la suppression des niches fiscales, oui, il y a des niches fiscales qui peuvent être supprimées, il y en a d’autres qu’il faut impérativement défendre et le crédit impôt recherche est vraiment, je crois, une réussite qui, après beaucoup de critiques, est aujourd'hui saluée par tout le monde. C’est un dispositif qui fait de notre pays l’un des pays les plus attractifs de l’OCDE en matière de recherche et d’innovation. Dieu sait si nous en étions loin.

Ensuite nous avons décidé, dans le programme des Investissements d’Avenir, de consacrer 850 millions d’euros à la recherche et au développement sur les technologies de base du numérique, notamment les technologies nanoélectroniques, les logiciels embarqués. Et dans le cadre de ce programme, il y a déjà 37 projets qui ont été sélectionnés pour un peu plus de 200 millions d’euros.

Deuxième chose que nous voulons faire pour encourager ce secteur, c’est favoriser son financement. Et c’est particulièrement nécessaire dans une période où les banques ont un peu plus de mal à lâcher l’argent qu’elles ont d’ailleurs du mal à trouver elles-mêmes sur les marchés et en particulier pour des projets de petites et moyennes entreprises qui peuvent ne pas, au premier abord, présenter toutes les garanties de sécurité que les banques réclament. Et donc nous avons mis en place plusieurs outils. D’abord, le Fonds stratégique (le FSI) qui est une véritable innovation, qui est né, vous le savez, de la crise de 2008 et qui a, parmi ses axes prioritaires, l’économie numérique. Le FSI peut donc intervenir directement en fonds propres dans des entreprises qui sont en phase de développement.

Et puis, toujours dans les Investissements d’Avenir, nous avons fléché 1,2 milliard d’euros pour renforcer les fonds propres des entreprises du secteur du numérique dont 400 millions d’euros qui sont spécialement destinés aux petites et moyennes entreprises et qui seront distribués via un fonds commun de placement à risque géré par la Caisse des Dépôts, par CDC Entreprises. Je dois signer le premier engagement de crédit sur ce programme pour 100 millions d’euros dans quelques jours.

Troisième axe de soutien à ce secteur, c’est le développement de la formation aux métiers du numérique. Il serait paradoxal que le développement et la croissance de ce secteur soient freinés par une absence de personnel qualifié. Ensuite nous voulons encourager la diffusion des technologies numériques dans toute l’économie. Là encore, l’État doit se concentrer sur ce qui est de sa compétence et laisser les entreprises et le marché agir. Il y a un point clef pour la diffusion de ces technologies dans l’économie, c’est le Cloud Computing. Et s’agissant du Cloud Computing, la responsabilité des pouvoirs publics consiste, me semble-t-il, à faire émerger une offre européenne dans ce domaine, une offre de capacité qui permette de répondre à un certain nombre de défis que pose cette nouvelle manière de stocker les données et de les échanger : le défi de la sécurité et le défi de la souveraineté.

Ensuite, au-delà du soutien que nous apportons au secteur économique, il faut que la révolution numérique soit à la portée de tous. Et lorsque l’on dit cela, évidemment, on pense à l’accès de tous les Français au très haut débit. Nous nous sommes fixés des objectifs très ambitieux : 70 % des foyers à l’horizon 2020, 100 % à l’horizon 2025. L’État a d’ores et déjà décidé d’y consacrer 2 milliards d’euros pour stimuler l’initiative privée et l’engagement des collectivités locales. On n’est donc pas dans un plan étatique, dans une logique étatique de déploiement d’une infrastructure, mais dans une logique de recherche de partenariats, d’effets de levier, grâce à l’intervention de l’État. La mise en œuvre complète de ce programme – qui, parfois, fait peur à certains ou suscite des critiques – représente près de 21 milliards d’euros sur 10 ans dont la majeure partie, naturellement, devra être apportée par les acteurs privés.

Le cadre juridique et économique du déploiement de la fibre est désormais stabilisé. La Commission européenne a validé le dispositif de soutien que nous avons mis en place. Dans ce dispositif de soutien, les collectivités territoriales ont un rôle essentiel à jouer, d’abord parce que ce sont elles qui connaissent le mieux les besoins et les contraintes des territoires et donc ce sont elles qui sont les mieux à même d’élaborer une planification au travers de schémas directeurs. Elles ont d’ailleurs – en tout cas pour beaucoup d’entre elles – su démontrer, dans le passé, leur capacité à porter des projets en complément d’initiatives privées. Il y en a qui sont très avancées dans cette démarche et je souhaite que les premières décisions de financement puissent intervenir dans les toutes prochaines semaines.

Il ne faut pas, dans le déploiement de ce projet, revenir sur l’ouverture du marché à la concurrence. La France est parmi les pays où le déploiement du haut débit a le mieux réussi. La concurrence et la maîtrise technologique progressive de réseaux par les opérateurs ont permis un très haut niveau d’innovation. Nos prix sont parmi les plus bas du monde. Si nous devons nous lancer résolument dans l’aventure de la fibre optique, il nous faut aussi assurer un haut débit d’une qualité suffisante là où il n’existe pas aujourd'hui. Et une part du Programme national Très Haut Débit sera mobilisée à cette fin. Les investissements dans les réseaux de collecte en fibre optique doivent s’accélérer là où ils sont nécessaires.

Enfin, il y a une erreur qu’il ne faudrait pas non plus commettre – vous voyez que je ne suis dogmatique en rien –, ce serait de faire preuve d’un excès de confiance vis-à-vis des opérateurs. Ils ont exprimé leur volonté de participe à ce chantier national. Ils doivent, bien sûr, y jouer pleinement leur rôle. C’est absolument essentiel parce que toutes les capacités d’investissement doivent être mobilisées pour l’aménagement numérique du territoire et c’est aussi vital pour eux afin d’assurer leur développement à long terme. Les opérateurs ont manifesté leur intention d’investir sur près de 3 600 communes accueillant 57 % des ménages français. Ils viennent de conclure, comme le prévoit le cadre réglementaire, des accords de co-investissement pour assurer le déploiement d’un réseau unique mutualisé, ce que je veux saluer. Ces intentions doivent désormais se traduire par des engagements forts vis-à-vis des collectivités territoriales et de l’État et je veux dire que nous serons extrêmement vigilants à ce que ces engagements soient tenus. Nous sommes prêts à reprendre la main si ce n’était pas le cas.

Je veux dire aux collectivités, pour conclure sur ce sujet, qu’elles peuvent compter sur la mobilisation de l’État au niveau territorial comme au niveau national et sur son soutien à long terme. J’ai notamment demandé aux préfets de région d’organiser, sous leur régie, une concertation entre opérateurs et collectivités. Et c’est, au fond, là que l’État peut jouer son rôle, à la fois en apportant des capacités d’investissement et puis en faisant l’interface entre les opérateurs et les collectivités pour préciser le périmètre d’action de chacun et pour veiller, dans la durée, au respect des engagements qui ont été pris par les opérateurs.

La troisième exigence de notre stratégie numérique consiste à soutenir les secteurs dont les fondements sont bouleversés par l’explosion du numérique et tirer partie de ces potentialités pour en développer d’autres. Parmi ces secteurs, il y a ceux de l’édition, de la musique, du cinéma, de l’audiovisuel. Dans ces domaines, qui sont au cœur de la création, nous avons le devoir de veiller au respect des droits essentiels qui fondent la propriété intellectuelle. Et je veux dire que nous lutterons avec détermination contre tous ceux qui poussent à la négation du droit d’auteur pour préserver la création de demain. Nous savons tous qu’il y a des difficultés techniques à faire respecter ce droit d’auteur. Nous savons tous qu’il faudra faire évoluer les réglementations, qu’il faudra trouver des solutions de financement innovantes, qu’il faudra utiliser des percées technologiques pour mieux protéger cette propriété intellectuelle, mais enfin, personne ne peut penser un seul instant que la propriété intellectuelle soit balayée par la mise en place de ces nouvelles technologies.

Et Frédéric MITTERRAND, qui partage cette conviction, partage aussi avec moi le souci de faire en sorte que notre stratégie, notre action ne soit pas comprise comme seulement une stratégie et une action défensives. Il faut qu’avec les industries de contenu, nous contribuions à faire émerger des nouveaux modèles économiques qui soient favorables à la création et qui soient favorables à la diversité culturelle. Et c’est d’autant plus réalisable, me semble-t-il, que les nouvelles technologies multiplient les possibilités de diffusion. Et donc c’est à partir de ces nouvelles possibilités qu’on doit pouvoir trouver les financements de ces nouveaux modèles économiques.

Elles doivent tirer partie de la numérisation pour permettre le développement d’une offre légale enrichie et innovante et je veux dire que l’État est prêt à investir aux côtés des différents acteurs. Je souhaite, dans cet esprit, que le projet de réédition des livres épuisés, développé avec les éditeurs français, voie rapidement le jour. Une condition préalable sera l’adoption de la proposition de loi qui modifie le code de la propriété intellectuelle pour permettre une gestion collective de ces œuvres. De la même manière, je souhaite que les accords permettant à l’État de co-investir dans la numérisation en très haute définition des principaux longs-métrages français se traduisent dans les faits dans les tout prochains mois.

Le numérique permet aussi d’imaginer de nouveaux services et de nouveaux usages à même de répondre aux grands enjeux de notre société. Je pense au développement durable grâce aux nouveaux modes de mobilité ou aux réseaux électriques intelligents. C’est le cas aussi de l’e-santé et des technologies du maintien à domicile comme l’a évoqué, je crois, Nora BERRA tout à l'heure. Je pense enfin à la mobilisation des potentialités numériques dans l’éducation. Et nous voyons là aussi qu’après bien des résistances liées à un modèle très centralisé, ces technologies ont complètement pénétré dans le système éducatif. J’en veux pour preuve 2 exemples. J’inaugurais samedi matin une école dans une minuscule petite commune rurale de la Sarthe où l’essentiel de la démonstration que m’a faite l’enseignante était organisé autour d’un tableau numérique avec des usages qu’elle avait elle-même développés extrêmement intelligents et marquant une vraie amélioration, un vrai soutien à la qualité de l’enseignement. Puis j’en veux pour preuve une conversation récente avec des professeurs du Collège de France qui m’expliquait que le téléphone portable avait radicalement changé leur méthode d’enseignement puisque désormais, dans des conférences du Collège de France, il arrive fréquemment qu’un auditeur lève la main en disant : « Mais vous venez de dire ça mais je viens de vérifier, ce n’est pas vrai. » Et il montre son téléphone portable et Wikipedia ou je ne sais quelle encyclopédie.

La quatrième exigence de notre action, c’est la contribution du numérique aux relations entre les citoyens et entre les citoyens et l’État. Le web communautaire et les réseaux sociaux contribuent désormais directement à l’expression de la démocratie. Le printemps arabe a d’ailleurs clairement démontré le rôle joué par ces réseaux dans l’émergence et dans la diffusion des révoltes populaires. Ils ont donné une résonance inédite à une aspiration profonde des peuples. Mais le numérique appelle aussi un renouvellement de nos démocraties. Internet a insufflé des nouvelles demandes d’accès au savoir et à l’information. Pour répondre à ces aspirations, les États doivent repenser leur structure, doivent repenser leur mission, leur fonctionnement, afin d’évoluer vers une gouvernance adaptée à notre époque. Cette gouvernance doit être plus ouverte, plus réactive. C’est dans cet esprit que nous avons décidé de lancer une politique audacieuse d’ouverture des données publiques avec ce qu’on appelle l’open data. Par cette politique, nous voulons rendre accessibles les informations produites et collectées par les administrations qui seront alors librement réutilisables.

Cette volonté de transparence, je crois que c’est le choix des grandes démocraties et c’est la raison pour laquelle j’ai créé en février dernier la mission Étalab qui est pilotée par Séverin NAUDET et dont le rôle est de coordonner l’action de l’ensemble des administrations afin de mettre les données de l’État à la disposition du plus grand nombre. La plateforme data.gouv.fr va être mise en ligne le 5 décembre prochain. L’éventail des données sera très vaste. L’open data concernera aussi bien, par exemple, les dépenses et les recettes de l’État que les mesures de la qualité de l’eau ou de l’air ou le patrimoine de l’État. Cette initiative contribuera donc à renforcer la transparence de l’action de l’État. Elle ouvrira le champ à une discussion avec les citoyens à qui les institutions – celles de l’État mais aussi celles des collectivités locales – doivent rendre des comptes.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les exigences qui guident notre action. La révolution numérique est à la fois technologique, elle est industrielle, elle est sociale. Elle constitue surtout un enjeu humain et démocratique dont nous n’avons pas encore mesuré toutes les conséquences et c’est la raison pour laquelle notre action doit être ouverte, elle doit être concertée. Et c’est le sens de la création voulue par le président de la République, du Conseil national du numérique. Cette action, elle doit aussi être portée au niveau européen et au niveau international. À l’occasion du G8 qui s’est tenu à Deauville, les chefs d’État ont, pour la première fois, souligné l’importance de l’économie numérique pour la croissance et l’innovation, mais aussi le rôle de l’Internet dans la promotion des droits de l’homme et les enjeux qu’il soulève en termes de protection de la vie privée, de la propriété intellectuelle ou de sécurité. Ils ont rappelé leur volonté d’agir ensemble en lien avec les acteurs du monde économique et de la société civile.

Mesdames et Messieurs, au moment où de grandes ruptures sont en train de se produire dans les champs politiques, scientifiques ou culturels, la France doit démontrer que, comme par le passé, elle est toujours en mesure de saisir les clefs de son renouvellement. Le numérique constitue l’un des espaces d’action au sein desquels nous pouvons investir notre intelligence, nos technologies, mais aussi notre conception du progrès humain. Et grâce en particulier à votre engagement, grâce à des événements comme celui que vous venez d’organiser, je suis convaincu que nous serons au rendez-vous.

 

 

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 21:24

François FILLON a rappelé que l'agence spatiale française incarne les talents et les idéaux de notre pays et de l’Europe à l'occasion du 50ème anniversaire du CNES, au Musée des Arts et Métiers Paris, mercredi 30 novembre 2011.

 

 

Mesdames et Messieurs,

En promulguant, il y a cinquante ans, la loi, qui institue le Centre National des Etudes Spatiales, le Général de GAULLE accomplissait certainement l’un des gestes les plus symboliques et les plus forts de sa politique de souveraineté et de grandeur. L’enjeu était d’établir et d’affirmer notre indépendance et notre ambition, dans le sillage des deux Grands de la Guerre Froide, qui étaient lancés dans une véritable course à l’espace.

En 1957 la mise en orbite du satellite Spoutnik avait pris de court le monde libre. Les Américains répliquaient en lançant Explorer et tentaient de mettre les bouchées doubles pour rattraper leur retard.

L’année 1961 est une année historique dans la conquête de l’espace. En avril, GAGARINE est le premier homme à voler dans l’espace. Et un mois et demi plus tard, KENNEDY prononce le grand discours qui donne le coup d’envoi du programme lunaire des Etats-Unis. Et c’est dans ce contexte que la France choisit de se doter, avec le CNES, d’une structure à la hauteur de ses propres ambitions, c’est-à-dire d’une véritable Agence nationale spatiale inspirée du modèle de la NASA. Dès le début de l’année 1959, soit seulement quelques mois après son arrivée au pouvoir, le Général de GAULLE avait déjà montré toute l’importance qu’il accordait à ce thème en créant le Comité des Recherches spatiales. Mais il prend vite conscience de la nécessité de passer à la vitesse supérieure et de redoubler l’impulsion déjà donnée. La France avait des compétences techniques. Elle avait des ingénieurs et des chercheurs visionnaires, courageux, qui s’étaient mis au travail à la fin de la Seconde Guerre Mondiale ; certains avaient commencé à réfléchir à une fusée française dès le début des années 30. Elle disposait depuis 1949 du lanceur VERONIQUE qui fut une base déterminante pour le développement de son programme spatial sous la Vème République.

Il fallait pourtant aller plus loin. Michel DEBRE dira plus tard : « c’était des balbutiements, ce n’était pas une politique ». Michel DEBRE qui a joué un rôle décisif dans la création du CNES. Il fallait que les volontés individuelles isolées, insuffisamment soutenues, soient portées par une volonté politique définie au plus haut niveau et capable de démultiplier les efforts entrepris au nom de l’intérêt national. Il fallait des moyens, une organisation, un programme, au service d’un objectif clair et audacieux : faire de la France la troisième puissance spatiale au monde.

Un objectif qui sera tenu et réalisé moins de quatre ans après la création du CNES, avec la mise sur orbite du satellite ASTERIX lancé par une fusée DIAMANT. Vingt ans après YALTA, cela sonnait comme une revanche sur ce sommet où de GAULLE n’avait pas été convié.

Rétrospectivement, on ne peut qu’être frappé par la fermeté des engagements pris et par la rapidité des succès enregistrés. On ne peut qu’être frappé aussi par la hardiesse que représentait cette volonté de hisser notre pays au rang des nations les plus impliquées dans l’aventure spatiale.

En 1961 en effet, la France traversait une période extrêmement difficile. Il avait fallu surmonter une crise de régime historique ; Il avait fallu mettre en œuvre une politique de redressement économique et financier sans précédent. Il avait fallu négocier au bénéfice de toutes les parties la décolonisation en Afrique. La tragédie algérienne allait bientôt connaître son dénouement, mais elle minait encore la société française au moment même où notre pays définissait ses ambitions dans le secteur de l’espace.

Le lancement d’un programme spatial français illustre très bien l’ambiguïté de ce moment de crise qui est aussi en même temps, un moment de renouveau. Et je crois que nous pouvons en tirer des leçons pour les difficultés auxquelles nous faisons face aujourd’hui même. Cà n’est pas en baissant pavillon qu’on surmonte une crise. Ce n’est pas en renonçant à toute ambition que l’on relève les défis d’une conjoncture troublée. C’est au contraire en misant sur les domaines les plus innovants, que l’on crée à long terme les conditions de l’activité, de la croissance, de la puissance d’une nation et aujourd’hui de l’Europe.

La création du CNES était un pari. C’était un investissement sur l’avenir, dont nous pouvons mesurer toute la pertinence et la fécondité à la multitude des étapes franchies. C’était un investissement dont l’influence française et européenne est à l’heure actuelle encore très largement redevable.

L’exposition que nous inaugurons au Musée des Arts et Métiers fait revivre les grandes heures de cette aventure et je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour saluer très sincèrement tous ceux qui ont contribué à la mettre sur pied.

1962 et la première transmission en direct d’images de télévision par satellite, au-dessus de l’Atlantique, entre l’Amérique et la station de Pleumeur-Bodou en Bretagne.

1964 et la mise en chantier de la base de Kourou, avec la visite du Général de GAULLE en Guyane.

1965 et la mise en orbite du satellite ASTERIX, cinq ans avant le premier satellite de la Chine et du Japon, six ans avant celui du Royaume-Uni, vingt ans avant celui de l’Inde.

1979 et le lancement de la première fusée ARIANE.

1982 et le premier vol d’un Français dans l’espace, Jean-Loup CHRETIEN.

1986 et le lancement de SPOT 1, le premier satellite français d’observation de la Terre.

1992 et la mise sur orbite avec ARIANE du satellite franco-américain d’observation des océans TOPEX-POSEIDON.

1996 avec la participation de Claudie HAIGNERE à la mission CASSIOPEE, à bord de la station MIR. Evènement qui m’est particulièrement cher, non pas parce que Claudie HAIGNERE a fait partie d’un Gouvernement avec moi, mais parce qu’elle portait dans la station, un tee-shirt qui avait été dessiné par les élèves du lycée de Sablé-sur-Sarthe. Et d’ailleurs, vous feriez mieux de l’exposer, plutôt que la combinaison…

2005 et l’arrivée sur TITAN de la sonde européenne HUYGENS.

2009 et l’envoi dans l’espace des télescopes HERSCHEL et PLANCK.

Au fur et à mesure que les dates s’égrènent – et je n’en ai pris que quelques-unes – de grandes évolutions apparaissent nettement. D’abord les coopérations bilatérales qui se sont peu à peu développées, et l’intégration européenne qui approfondie. Et si l’on compare l’époque des commencements au point où nous sommes arrivés aujourd’hui, on perçoit aussi qu’en cinquante ans les choses ont profondément changé.

En 1961, les imaginaires étaient dominés par les vols habités et par l’idée de coloniser l’espace, en installant des bases humaines sur la Lune ou plus loin encore. Cinquante ans plus tard, nous avons mis l’espace au service de la vie sur la Terre plutôt qu’au service du désir de quitter notre Planète.

En 1961, le thème de l’espace était marqué du sceau de l’aventure et du rêve. Cinquante ans plus tard, le temps des pionniers est derrière nous. La recherche spatiale a quitté le domaine du mythe pour entrer dans celle du quotidien. Les applications qui relèvent directement ou indirectement de la technologie spatiales sont devenues innombrables. Notre vie courante passe à chaque instant par l’espace. Les images fugitives et tremblantes qui étaient apparues un soir d’été sur les écrans de Pleumeur-Bodou sont désormais un lointain souvenir. Ceux qui travaillaient à l’époque sur l’espace et ceux qui avaient pris la décision politique de miser sur ce secteur n’imaginaient sans doute pas toutes les utilisations que nous en faisons aujourd’hui et pour ainsi dire cette intimité que nous avons avec les satellites qui tournent autour de la Terre. On mesure d’autant plus le retentissement que peut avoir sur la longue durée un choix stratégique comme celui que nous célébrons ce soir.

En 1961, l’espace utile qui entoure notre planète semblait vide, immense et inépuisable. Cinquante ans plus tard, il encombré. La rareté se fait sentir sur l’orbite géostationnaire, les fréquences nécessaires aux communications se disputent âprement. Il y a au fond une sorte de paradoxe qui veut que ce qui apparaissait infini montre sa finitude, après seulement quelques décennies.

En 1961, le contexte de la Guerre Froide et des fiertés nationales – y compris du point de vue de la France – dictait pour une large part les orientations de la politique spatiale. Les Etats-Unis et l’Union Soviétique cherchaient tour à tour à se rattraper et à se dépasser. L’objectif c’était de conquérir des records, des trophées, d’être les premiers à réaliser une prouesse ou à planter son drapeau. On sentait bien d’ailleurs qu’il y avait dans cette compétition quelque chose qui dépassait le cadre d’un affrontement militaire classique, quelque chose qui était plus haut, plus noble, quelque chose qui était une aventure de l’Humanité dont les deux camps pouvaient se sentir ensemble les acteurs.

Cinquante ans après la création du CNES, cet aspect-là est devenu toujours plus prépondérant. La donne n’est plus celle de la Guerre Froide. C’est celle de la mondialisation. Et l’espace a contribué à dessiner cette mondialisation, en unifiant la Terre sous l’œil des satellites, en démultipliant les possibilités de télécommunication, en réduisant l’isolement des zones les plus reculées. Du point de vue de la connaissance scientifique de l’univers et de notre planète, les coopérations internationales n’ont cessé de s’accroître. On le voit bien au fil de la chronologie que déroulent les cinquante ans du CNES.

La France a d’ailleurs été pionnière à cet égard, en signant en 1966 avec les Soviétiques un traité de coopération très important qui portait notamment sur l’exploration scientifique de l’espace. Une coopération qui s’est poursuivie en 1982 avec le vol de Jean-Loup CHRETIEN à bord de la station SALIOUT 7. Une coopération qui n’a cessé de se poursuivre jusqu’à nos jours à travers les très nombreuses actions que nous menons en commun avec la Russie dans le secteur spatial.

Et vous me confiez à l’instant que vous aviez pleuré au moment du décollage de SOYOUZ, de Guyane. Je vous avoue que, moi aussi, j’ai eu une larme à l’œil ; parce que je trouve que c’est un évènement qui d’abord marque vraiment qu’on a tourné la page du XXème siècle : qui aurait pu imaginer il y a quarante ans, SOYOUZ en Guyane ? Et puis parce que cela me rappelait les difficultés pour nouer le premier accord de coopération commerciale entre la Russie et la France – STARSCEM. En France, j’avais dû affronter à l’époque, des résistances considérables de gens qui considéraient que nous étions en train de nous allier avec nos adversaires, avec nos concurrents. Et lorsqu’il a fallu signer l’accord à Moscou, nous sommes restés près d’une heure dans une situation que je n’ai jamais heureusement connue depuis, avec le père de SOYOUZ qui refusait de signer cet accord, en disant que vraiment, on n’avait pas besoin des Français pour aller dans l’espace. Et il a fallu plus d’une heure pour le convaincre finalement, d’apposer sa signature en bas de cet accord qui aujourd’hui, se traduit par cette formidable coopération que nous évoquions tous les deux à l’instant.

Pourtant la mondialisation ne signifie en aucune manière la fin des enjeux stratégiques qui entourent la question de l’accès à l’espace. Disons plutôt qu’elle leur donne une nouvelle tournure. Au fond, ce qu’il y a toujours eu de spécifique et grand dans la conquête spatiale et déjà au temps de la guerre froide, c’est la conjugaison entre la part des ambitions nationales ou régionales et la part d’une épopée qui elle concerne l’humanité tout entière. Et cette conjugaison continue d’exister à l’ère de la mondialisation, avec des points communs et avec des différences par rapport à l’époque précédente. On le voit bien avec l’importance que les pays émergents accordent à la définition d’une politique spatiale qu’ils considèrent comme un gage de souveraineté, d’influence et de prestige.

Au moment où ces nouvelles puissances s’activent pour détenir, outre des satellites de télécommunication, des lanceurs et des systèmes de positionnement qui leur soient propres, on ne peut concevoir que l’Europe cède du terrain dans ce secteur de l’espace. Parce qu’il a pris une part déterminante, structurante, à l’édification de son idéal politique et de sa puissance concrète. D’une certaine manière, on peut dire que l’espace a fait l’Europe. L’espace a fait l’Europe, parce que les nations européennes ont compris très tôt qu’elles devaient se rassembler pour élever le niveau de leurs ambitions dans un domaine où leurs capacités auraient rapidement trouvé leurs limites si elles étaient restées isolées.

Les développements de l’aventure spatiale font apparaître d’une façon qui est au fond exemplaire la manière dont les ambitions nationales fusionnent avec les ambitions européennes, sans les contredire. Les 50 ans du CNES retracent une histoire qui est celle d’une volonté au départ française, mais qui n’a cessé de s’élargir à l’échelle d’une dimension européenne dans laquelle notre pays et nos institutions ont constamment joué un rôle directeur.

Le programme spatial défini à l’époque du Général de GAULLE a fourni les bases de la réalisation d’ARIANE. La France a mis au service de cette grande réussite les méthodes et la maîtrise d’œuvre qu’elle avait pu développer de la sorte. L’initiative nationale que représente la création du CNES s’est prolongée en droite ligne dans l’acte de naissance du lanceur européen en 1973, sous l’impulsion de Georges POMPIDOU, et dans la création de l’Agence spatiale européenne en 1975, à laquelle nous devons tous les grands projets qui ont fait de l’Europe un des acteurs mondiaux du spatial.

La France continuera à jouer ce rôle directeur aux côtés de ses partenaires. Le Président de la République l’avait affirmé à Kourou en 2008. Il l’a réaffirmé devant vous il y a quelques jours à Toulouse. Dans le grand programme d’investissements d’avenir que nous avons lancé, un demi-milliard d’euros est consacré à notre ambition de maintenir l’Europe au rang des grandes puissances spatiales, aujourd’hui et dans les décennies à venir. La préservation de l’accès autonome de l’Europe à l’espace conditionne celle de son importance économique et politique dans la mondialisation. Et c’est la raison pour laquelle nous engageons les moyens nécessaires à la mise au point du lanceur ARIANE 6 que nous voulons voir opérationnel en 2025.

Mais il faut que nous soyons lucides. Le modèle économique qui a permis l’indépendance de l’Europe spatiale est aujourd’hui un modèle qui est bousculé par la crise et par la nécessité de maîtriser nos dépenses publiques de façon prolongée.

Dès lors, nous devons réfléchir à une stratégie collective, réunissant les états, l’Agence Spatiale Européenne, les constructeurs et les opérateurs de satellites de communication. Nous devons avoir conscience de la communauté d’intérêts qui lie tous les acteurs de l’espace. C’est l’intérêt de tous de veiller à la pérennité et au développement de lanceurs européens autonomes et performants.

L’Europe traverse actuellement l’une des phases les plus difficiles de son Histoire. Je crois que nous devons avoir d’autant plus conscience de tout ce qu’elle nous a apporté et de la grandeur qu’elle incarne. Et l’aventure spatiale en est l’un des plus beaux exemples. Toutes les nations européennes doivent aujourd’hui faire des efforts courageux pour établir de manière solidaire leur souveraineté financière. Mais cela ne veut certainement pas dire que nous devons cesser d’investir pour notre avenir et en particulier dans un domaine aussi crucial que celui de l’espace. Parce que l’enjeu de cette crise c’est de rétablir l’ambition européenne. Ce n’est pas le moment de la renier.

Voilà les réflexions que m’inspire cet anniversaire du CNES nous encouragent aussi à vouloir écrire une histoire qui est l’une des plus belles qui soit. Vous avez tous ici pris part à cette aventure. Beaucoup d’entre vous y prennent toujours part à l’heure actuelle. Je veux vous dire que vous pouvez être fiers de ce que vous avez accompli. Vous pouvez être fiers de votre mission, vous pouvez être fiers de votre vocation, parce qu’elles associent au service exigeant de la France, cette part de rêve et d’idéal qui grandit les hommes lorsqu’ils lèvent les yeux vers les étoiles.

Vous incarnez les talents et les idéaux de notre pays et de l’Europe et je voulais solennellement, au nom du Gouvernement, et donc au nom de notre pays tout entier, vous en rendre hommage.


lien vers la vidéo du discours de François Fillon





 

 

 

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