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20 janvier 2005 4 20 /01 /janvier /2005 00:00
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais dire l’honneur que je ressens d’avoir été invité à ouvrir ce colloque.

Son thème est au cœur de mon engagement. Il se situe au centre du débat républicain ; il nous renvoie vers une question essentielle qui se pose à nous : comment concevons-nous notre « vivre ensemble » ?

Cette interrogation est d’autant plus cruciale que nous vivons une période complexe qui oblige notre pays à s’appuyer sur les repères qui fondent son unité : les valeurs républicaines.

A ceux qui doutent qu’elles puissent répondre aux incertitudes de notre temps et de notre monde, je réponds au contraire qu’elles sont la réponse nécessaire aux enjeux brûlants du 21e siècle.

Face au scénario du « conflit des civilisations » ; face à la résurgence des barbaries et des haines raciales ; face à la culture du chacun pour soi qui parcourt nos sociétés développées ; devant la nécessité d’être uni dans l’adversité d’un monde ouvert et désordonné, je dis que les valeurs républicaines sont une idée moderne et vitale pour la France. Elles dénouent les crispations identitaires, dissuadent la quête obscure des origines ; elles n’ont, en fin de compte, d’autre visée que celle de l’unicité humaine, qui n’est autre que le versant spirituel de l’universalité politique.

La laïcité fait partie de ces valeurs.

L’article 1er de notre Constitution énumère les traits de la République. Elle est indivisible, démocratique et sociale... Elle est laïque !

La place de la laïcité dans notre Loi fondamentale est la consécration d’une union qui s’est construite dans la douleur, et parfois dans le sang… En fait, toute l’Histoire du 19e siècle a retenti des cris d’un conflit inachevé entre l’Eglise et l’esprit de la Révolution française. Deux visions de la société se sont fait face ; deux visions qui, depuis les guerres de Religion, ont pris l’habitude de soumettre ou d’éliminer.

Après avoir porté à son paroxysme ce déchirement entre la France de l’Autel et la France des Lumières, la loi de 1905 a amorcé le rassemblement de tous les Français, et installé durablement la paix sociale. D’un combat, la laïcité est devenue un chemin commun. Toutes les familles de la Nation française ont alors convergé vers cet idéal de tolérance, en éliminant leurs extrémismes.

Et il faut ici, sans hypocrisie, rendre hommage de cette évolution à l’Eglise catholique. Dans le sillage des Eglises protestantes et juives, elle a su relativement tôt, grâce à des prélats et des grands intellectuels, prendre la mesure de la modernité, et faire le deuil de l’établissement moral que lui conférait encore le concordat Napoléonien. En reconnaissant la pleine légitimité de la République, et la nécessaire séparation du temporel et du spirituel, le catholicisme français a intériorisé les valeurs de la laïcité, avant d’en diffuser le message dans l’Eglise universel.

Les trois valeurs indissociables que définit la loi de 1905 en font la pierre angulaire de notre pacte républicain. La liberté de conscience, d’abord, qui permet à chaque citoyen d’être lui-même libre dans ses convictions ; l’égalité en droit qui interdit toute discrimination ou contrainte ; la neutralité enfin du pouvoir politique qui reconnaît ses limites en s’abstenant de toute ingérence dans le domaine spirituel ou religieux.

Evoquant le vote de la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat, le Professeur René Rémond écrit : « C'est la fin du service public de la religion. Il n'y aura plus désormais de relations juridiques entre la puissance publique et les cultes, quels qu'ils soient. La loi n'exclut pas pour autant… elle est – écrit-il – faite de tolérance. »

Mais par son vote, le législateur de 1905 avait-il conscience qu’il permettrait, aussi, à la France de devenir un creuset… Je veux dire par là un espace d’intégration épousant toute la profondeur de « La Nation » telle que la définie Renan. La France est devenue une terre d’espoir pour des femmes et des hommes en quêtes de Liberté. Venus d’ailleurs par millions, ils se sont installés dans notre pays ; l’ont aimé et l’ont servi.

Sommes-nous encore à jour de cette réussite ? Cet âge d’or de la laïcité est-il encore le régulateur de la société française ? Nous avons besoin d’en débattre… Et j’attends beaucoup de vos réflexions et de vos travaux.

Mesdames et Messieurs,

L’aventure de la laïcité a commencé à l’Ecole, là où l’âme et la conscience des enfants se dessinent… Et ce n’est pas un hasard si, plus récemment, l’Ecole fut à nouveau le lieu de tous les débats.

En avril 1792, Condorcet écrivait que : « La Constitution en reconnaissant le droit à chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre tous les habitants de France, ne permet pas d'admettre dans l'instruction publique un enseignement qui (...) donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. »

Jules Ferry lui rendra un hommage posthume, quatre-vingt-dix ans plus tard, en rédigeant la loi sur l’obligation scolaire et la laïcité à l’école primaire. « J’avoue – dira-t-il devant la Chambre des Députés – que je suis resté confondu, quand, cherchant à vous apporter autre chose que mes pensées, j’ai rencontré dans Condorcet ce plan magnifique et trop peu connu d’éducation républicaine. »

La neutralité de l’enseignement devenait alors l’élément constitutif de l’apprentissage de la citoyenneté ; elle signait la distinction entre la sphère publique et la sphère privée.

Lieu d’acquisition et de transmission de notre patrimoine commun, l’Institution scolaire devint - et reste encore - l’instrument de l’enracinement de l’idée républicaine. C’est en son sein que se décident les conditions du « vivre ensemble », conditions qui reposent sur l’éveil de la raison, la formation à la critique, au dialogue et à la liberté. Bref, c’est à l’Ecole que revient, pour une large partie, la charge d’offrir à notre jeunesse les atouts pour devenir maître de son destin.

Fidèle à cet objectif, l’Institution scolaire doit être préservée de toute forme de prosélytisme. Avec la loi du 15 mars 2004, le Gouvernement a légitimement remis « les points sur les i ». L’Etat à force d’hésiter, à force de louvoyer, à force d’esquiver ses responsabilités, donnait à entendre à certains que l’Ecole pouvait être la cible d’une recomposition historique. Il est des moments où la puissance publique se doit de rappeler les règles !

Dans la circulaire de mai 2004, qui précise les modalités d'application, j'ai souhaité insister sur le fait que la loi, loin d'être une loi d'exclusion, garantissait la liberté de conscience de chacun. La loi ne refoule personne ; elle invite au respect mutuel.

Elle affirme que celui qui pénètre dans une école, un collège et un lycée, entre dans ce lieu symbolique où l’on apprend à devenir citoyen. Les origines et les croyances ne sont pas pour autant effacées, chaque élève, chaque enfant appartient à une famille qui a ses convictions, ses opinions, ses croyances. Elles sont toujours respectées.

Cette loi en faveur de la laïcité à l’Ecole, hier contestée par certains, s’est imposée fermement et calmement. L’an passé, près de 1.500 élèves manifestaient ostensiblement une appartenance religieuse. Cette année 639 ont été recensés. Plus de 550 de ces situations ont trouvé une solution par le dialogue… Le nombre d’exclusions fut limité à 48 élèves.

La laïcité n’est pas une donnée intangible. Elle doit être à la fois défendue –ce que nous avons fait ! – mais aussi cultivée.

Cultiver la laïcité, ce n'est pas se réfugier dans la nostalgie de temps révolus ; ce n'est pas couvrir de l'uniformité d'une blouse grise, les croyances et les convictions, en refusant de les reconnaître… Cultiver la laïcité, c’est inviter les « enfants de France » à se rassembler autour d’un même contrat républicain sans lequel il n’y aurait pas de société possible.

J’ai conscience, Mesdames et Messieurs, que la laïcité est bien plus qu’un code de bonne conduite. Elle est un état d’esprit.

L’objectif que nous poursuivons est d’inviter chacun à sa raison. Et permettez-moi d’insister sur ce mot « raison ». S’il existe un mot authentiquement républicain, un mot sur lequel nos prédécesseurs ont bâti notre société, c’est bien celui-ci…

La raison dépouille l’Homme de ses passions et de la vision égoïste de ses intérêts. Elle est une attitude qui cherche l’équilibre et conçoit que la vie en société doit prendre en compte les choix d’autrui, et la personnalité de l’Autre.

Elle est un instrument de l’explicitation du monde que les élèves doivent s’approprier.

S'exercer à remplacer l'invective par la conviction étayée ; écouter l'autre ; mettre de la sagesse dans la mise en ordre des arguments : cette vertu – que le Doyen Borne considère comme « propédeutique de la citoyenneté » – s'enseigne dans la mise en évidence critique de l'événement en histoire, dans l'observation rigoureuse de l'expérience scientifique, dans l'approche des textes littéraires, dans le débat philosophique.

Nous sommes ici à la source de notre culture humaniste. Mon projet pour l’Ecole fait de cette culture humaniste l’un des fondamentaux garanti à chaque élève.

Cette culture ne saurait être regardée au travers d’un prisme réducteur… Et la présence de Régis Debray – avec qui je me suis entretenu à plusieurs reprises- me permet de préciser ma pensée.

Pour certains rigoristes de la laïcité, le fait religieux est – doit être – un sujet tabou… Je considère qu’ils font fausse route ! L’ignorance du fait religieux, notamment chez les jeunes, ne peut être considérée comme une victoire de la laïcité dont l'intensité ne dépend pas de la faiblesse spirituelle de notre peuple.

Le mérite de Régis Debray est d’avoir mis en lumière la force résonnante de deux sources : la source collective et la source intérieure. On ne peut – dit-il – être laïc aujourd’hui sans connaître ni comprendre les confluences de ces deux sources. Et sa parole est d’autant plus écoutée qu’elle émane d’une personnalité dont l’engagement est singulier et respecté.

Mesdames et messieurs,

C’est du silence et de l’ignorance que surgissent toutes les ambiguïtés. Nier la place des religions dans l’Histoire, c’est laisser le champ libre aux frustrations et aux prosélytismes extrémistes.

Le temps est donc venu d’avancer sur la question de l’apprentissage du fait religieux à l’Ecole. L’objectif n’est pas de faire du prosélytisme, ni du catéchisme ; il est de faire comprendre que les religions imprègnent nos civilisations et qu’elles font partie de notre patrimoine.

Cette sensibilisation au fait religieux est partie intégrante de la culture générale. Elle participe du respect mutuel.

Il faut donc concrètement agir.

Agir sur la formation des enseignants qui – comme le propose la loi d’orientation sur l’Ecole – sera définie par un cahier des charges soumis aux IUFM. Je veillerai, sur ce point précis, au contenu de ce cahier des charges.

Agir en portant une attention toute particulière à ce que les éditeurs puissent intégrer dans leurs publications la dimension du fait religieux.

Je compte sur l'Institut européen en sciences des religions pour nouer avec l’Education nationale une relation concrète sur ces thèmes. Les initiatives de l'Institut en direction des enseignants, son rôle de conseil auprès des IUFM, sa capacité à proposer aux académies l'organisation de stages de formation seront fortement encouragés.

Mesdames et Messieurs,

La laïcité demeure une idée neuve.

On peut toujours imaginer d’autres contrats sociaux ; mais aussi imparfait qu’il puisse être, notre contrat social assis sur la laïcité reste un principe de tolérance. Or la tolérance ne naît pas ex nihilo. Elle résulte d’un long cheminement d’expériences communes, de tensions apaisées, d’œuvres civilisatrices…

Faut-il recommencer tout cela ? En d’autres termes, faut-il réajuster la loi de 1905 ?

La question est posée. Elle est, notamment, suscitée par les conditions d’exercice du culte musulman.

Permettez-moi de vous livrer mon point de vue

D’abord, j’estime que cette question n’est pas inconvenante. En démocratie, il n’y a pas de sujet interdit. Les arguments des uns et des autres sont respectables.

Pour autant, à l’instar du Président de la République, je crois qu’il ne faut pas revenir sur cette loi symbolique autour de laquelle s’est structuré notre paysage politique, culturel, et cultuel. J’invite à ne pas réouvrir la « boite de pandore ». Des forces enfouies, que nul ne doit sous estimer, viendraient à s’exprimer et j’en redoute les conséquences…

Tout compte fait, ce débat nous renvoie de façon indirecte mais intense vers l’idée que chacun d’entre nous se fait de la France. Car la laïcité n’est pas un problème technique. Elle interpelle nos traditions historiques, nos institutions, nos mœurs et nos valeurs.

C’est ainsi, les Nations ont une histoire !

Celle de la France contemporaine épouse celle de la république une et indivisible.

Elles ont aussi une culture politique !

Celle de la France épouse celle de la citoyenneté, qui transcende les appartenances culturelles, spirituelles, sociales et raciales.

Enfin, c’est ainsi, les Nations ont une âme !

Celle de la France a cela de singulier que la liberté est pour une large part indissociable de l’égalité ; cette égalité étant elle même constitutive de l’unité nationale ; cette unité nationale se cristallisant enfin dans le visage de l’Etat. C’est ce que l’on appelle, pour le meilleur comme le moins bon, le « modèle Français ».

Ce modèle, certains le jugent dépassé et en stigmatisent les lacunes. Pour d’autres, il conserve sa grandeur car il invite chacun d’entre-nous à s’inscrire dans une dynamique collective ; une dynamique suscitant l’adhésion à travers, non la culture des origines et des appartenances individuelles, mais la force des engagements communs et des actes civiques.

Entre ces deux thèses au sein desquelles se disputent, de façon ancienne, deux conceptions de la France - l’une insistant davantage sur le pluriel, l’autre davantage sur le singulier -, le débat est ouvert.

Il s’aiguise sous la pression d’un défi que notre pays a quelques difficultés à appréhender. Il lui faut investir la mondialisation et l’Europe sans perdre son identité, et cela en répondant parallèlement à l’aspiration croissante de nos concitoyens à plus de liberté et de responsabilité individuelles.

Le mariage de ces différents paramètres n’est pas aisé. Comment, tout à la fois, rassembler la France et dénouer certains des liens qui enserrent le contrat social français ? Derrière cette interrogation, il y a bien la question de la laïcité qui est aujourd’hui au cœur de vos travaux.

Par instinct historique comme par raison politique, ma réponse face aux enjeux du XXIème siècle est claire : il est préférable de renforcer notre unité que d’approfondir à l’extrême nos différences.

Je place la question de la laïcité à l’aune de cette conviction personnelle.

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Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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19 janvier 2005 3 19 /01 /janvier /2005 18:31
Mesdames, Messieurs,

Disposer de ressources importantes en calcul scientifique, c’est aujourd’hui indispensable pour un pays qui prétend à la modernité, et à l’indépendance de ses grands projets : que ce calcul soit mis au service de l’information, de l’industrie, de la recherche, de la défense, il est l’indice direct de notre avancement, et surtout la condition de sa poursuite.

Le calcul massif obéit donc aujourd’hui, dans une société qui se confie à l’informatique et qui attend beaucoup d’elle, aux problématiques qui régissaient hier l’approvisionnement en énergie.

C’est le mérite du rapport de mars 2005 sur « la politique française dans le domaine du calcul scientifique » que de nous avoir rappelé ce caractère stratégique de la ressource, et l’urgence de la renouveler. Comme François d’Aubert avant moi, je veux rendre hommage à ses auteurs, et les remercier d’une contribution dont le ministère de la recherche a commencé sans tarder à tirer les acquis.

C’est en effet une véritable restructuration des acteurs français du calcul intensif que François d’Aubert vient de vous annoncer. Elle va dans le sens d’une coopération toujours plus étroite, que trois arguments forts justifient à mes yeux.

Le premier réside dans le coût des installations, et dans la relance constante de l’investissement qu’elles exigent.

Le deuxième argument en faveur de la coopération des acteurs tient à l’irrégularité des besoins. Une simulation lourde entraîne un bref « pic de consommation », suivi d’un temps mort qui correspond au dépouillement des données, et à la préparation de la simulation suivante. Rentabiliser les machines suppose donc d’en mutualiser l’usage.

Cela n’est possible, et c’est le troisième argument, qu’au moyen d’un développement du calcul à distance : il est largement entamé. Le développement des capacités des réseaux de transport et la baisse du coût de ces infrastructures le permettent. Il doit être exploité, au niveau national, comme au niveau européen.

Notre pays peut-il tout faire ? Oui, car c’est un grand pays. Peut-il faire tout, tout seul ? Non, car dans la compétition mondiale, la France a besoin de son inscription dans le continent européen.

C’est sur la scène européenne, donc, que doit se préparer la seconde restructuration des grands acteurs du calcul intensif. Avec le soutien de la Communauté Européenne, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont pris l’initiative ambitieuse d’un engagement commun : financer conjointement, tous les deux ans, la construction d’un calculateur de très hautes performances, que chaque partenaire accueillera à son tour. La France se trouverait ainsi dotée d’un nouvel outil tous les six ans, ce qui correspond à peu près à la durée de vie actuelle de ce type de matériel. Un protocole d’accord est en cours d’élaboration. Je redis ici mon soutien sans réserve à ce projet, déjà bien engagé. Nous pourrions en espérer les premières réalisations dès l’année 2008. Il peut répondre à votre impatience et à celle de toute la communauté scientifique. Il doit être mené à bien.

Mais il ne suffit pas de gérer une politique d’investissement. Il faut une planification stratégique, et une programmation pluriannuelle. C’est la raison pour laquelle il a été décidé d’inscrire les calculateurs français les plus puissants parmi les « très grandes infrastructures de recherche ». Ils feront ainsi l’objet d’une gestion et de moyens spécifiques.

Au-delà des grands outils de calcul, c’est toute la recherche française qui relève ainsi d’une intervention plus judicieuse et plus volontaire de la puissance publique.

L’objectif est donc maintenant de préparer une réforme qui prenne à bras le corps les problèmes structurels.

Une loi ne peut se faire sans les chercheurs et enseignants-chercheurs, moins encore contre eux. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de mettre en place un groupe de travail technique et restreint, éloigné des postures et des envolées partisanes. Coordonné par le directeur de l’enseignement supérieur, M. Monteil, ce groupe de travail associe le comité de suivi des Etats généraux de la recherche, la Conférence des présidents d’université, la conférence des grandes écoles et la Conférence des formations d’ingénieurs, ce qui lui assure une représentativité de haut niveau. Ainsi, réunion après réunion, thème après thème, les briques de la future loi sont constituées.

Cette loi, l’ensemble de la communauté l’attend.

Mesdames, messieurs,

J’ai la claire conscience de l’importance de ces enjeux. Cette conscience n’est pas sans relation avec la voix du monde de la recherche, que j’ai décidé d’écouter. C’est pourquoi j’ai considéré avec la plus grande attention les propositions faites.

Elles visent non pas à bouleverser notre système, mais à lui donner les moyens d’être plus efficace, plus cohérent, plus rassemblé, et donc plus à même de faire face à la compétition internationale. Cela suppose que les conditions d’exercice offertes aux acteurs de la recherche leur permettent d’exprimer pleinement leur engagement, leur compétence, leur volonté de développement scientifique.

Une première proposition d’amélioration consiste en une meilleure coopération entre les acteurs de la recherche, nos universités, nos écoles, nos organismes. C’est pourquoi la loi que je prépare mettra en place des pôles de recherche et d’enseignement supérieur, susceptibles de donner à cette coopération toute la densité, l’efficacité et la compétence nécessaires à une ambition collective renouvelée. Ces PRES seront construits sur la base d’une relation contractuelle et volontaire avec l’Etat.

Cette coopération réclame, pour être pleinement efficace, que l’on puisse en mesurer précisément les effets. Chacun s’accorde sur ce point : il est nécessaire d’affermir notre dispositif d’évaluation, afin de rendre comparable ce qui doit être comparé, notamment les unités de recherche, quelles que soient leur nature et leur origine. Cela se fera dans le respect naturel des disciplines et des activités, dont les critères d’évaluation doivent prendre en compte les caractéristiques propres.

Par ailleurs, nos établissements de recherche et d’enseignement supérieur ont besoin eux-mêmes, pour la conduite de leur politique, expression d’une appropriation des grandes orientations de l’Etat, de disposer à la fois de leur propre dispositif d’évaluation et d’une évaluation externe. Le principe de transparence en sera le principe organisateur : ses critères seront publics, les compétences de ceux qui seront chargés de la réaliser reconnues. L’objectif essentiel de cette nouvelle donne évaluative, c’est bien de conférer à tout acte de jugement - car l’évaluation est un jugement - un fondement objectif.

Alors, et alors seulement s’ouvriront un certain nombre de perspectives nouvelles pour les établissements, les unités de recherche et les personnes.

Ainsi, la possibilité sera offerte aux enseignants-chercheurs, et d’abord aux plus jeunes d’entre eux, de s’engager encore plus fortement dans l’activité de recherche, que cette recherche soit fondamentale ou appliquée, inscrite dans le champ des sciences exactes ou dans celui des sciences humaines et sociales, à travers une évolution de leurs conditions d’exercice. Cet objectif ambitieux, mais raisonnable, de moduler la répartition de l’activité entre deux éléments d’un couple nécessaire et indissociable, recherche et enseignement, constitue l’un des fondements de la politique que je souhaite mener.

Offrir la possibilité d’une organisation du temps dont le partage ne relèverait pas exclusivement de la norme mais de l’activité elle-même me semble aujourd'hui une condition nécessaire à un exercice rénové de la fonction d’enseignant-chercheur.

Par ailleurs, les chercheurs de nos organismes, au sens strict de « chercheurs », ont une responsabilité quant à la diffusion de la connaissance qu’ils contribuent à produire. Sur la base du volontariat, on doit encourager cette nécessaire diffusion de la connaissance par ceux-là mêmes qui en sont les producteurs.

Bref, notre système de recherche et d’enseignement supérieur, qui reposera sur une évaluation publique et transparente, permettra une cohérence accrue entre les établissement grâce à leur coopération plus efficace, et aux possibilités nouvelles offertes aux enseignants-chercheurs et aux chercheurs.

Ce qui m’anime, plus largement, c’est la quête d’une relation beaucoup plus organique entre l’univers de la recherche, au sens large, et la société. Cette quête s’inscrit dans une double perspective : d'abord, faire en sorte que notre dispositif public de recherche soit au service du développement de notre pays, pour qu’il constitue un pôle d’équilibre et de dynamisme, dans un monde où la compétition globale est féroce.
Ensuite, offrir à l’ensemble de nos concitoyens un accès plus large à la connaissance. Parce que la connaissance et son partage sont un vecteur puissant de démocratie et d’égalité républicaine. Parce que l’ignorance nourrit les dérives de tous ordres, obscurantistes, idéologiques et sectaires. C’est d'ailleurs la raison pour laquelle nos sciences de l’homme et de la société doivent éclairer le chemin des sciences, et bien au-delà continuer de nourrir notre conscience.

Une certaine pratique scientifique est susceptible d’en éclairer une autre ; de même il me semble important qu’un Etat stratège soit doté d’instruments d’aide à la décision. En effet, les grands choix et les grandes orientations scientifiques de notre pays déterminent notre contribution au développement international, tout en exprimant la volonté politique d’en infléchir le cours. C’est pourquoi un Haut conseil, composé de scientifiques susceptibles de couvrir l’ensemble du spectre des pratiques et des objets de la science et de la technologie, éclairera les décisions prises au plus haut niveau de l’Etat.

Ces quelques éléments constituent à la fois l’architecture d’une action et celle d’une pensée politique, orientées l’une et l’autre vers le renouveau de notre système de recherche. Ce renouveau réclame évidemment un engagement fort du pays, mais aussi de la communauté scientifique.

C’est pourquoi nous avons décidé ’un accroissement programmé et très significatif des moyens, sous réserve, bien entendu, de la mise en œuvre des éléments de la réforme.

D’importants moyens nouveaux de financement seront donc attribués à notre recherche, dans la logique même d’une loi d’orientation et de programmation : 6 milliards d’€ sur trois ans sont d’ores et déjà prévus. Par leur répartition, ces moyens marqueront les principales priorités de la politique que j’entends mener : la convergence des acteurs de la recherche, la solidification de la base de nos laboratoires, l’amélioration de leur réactivité et l’accroissement de leurs moyens humains.
S’agissant de ces derniers, la création de 3000 emplois est d’ores et déjà prévue en 2006. Cet effort sera renouvelé en 2007, en fonction de l'avancement de la mise en œuvre de la loi et constituera une référence pour la programmation.

Nous mettrons également en place des moyens de fonctionnement et d’équipement, d’une part pour augmenter significativement les soutiens dits de base de nos unités de recherche, dans le cadre naturel des activités qui les structurent fondamentalement ; et d’autre part pour leur fournir des abondements complémentaires dans le but d’asseoir ou de favoriser leur réactivité. Réactivité qui s’exprimera vis-à-vis d’un certain nombre de thématiques jugées et reconnues comme prioritaires dans l’espace international de la compétition scientifique et technologique. Réactivité qui permettra aussi de promouvoir les idées nouvelles susceptibles demain d’être au cœur même des grands enjeux de la recherche.

Cette volonté qui est la mienne traduit le désir d’une recherche solidement et durablement installée sur ses bases, qui pourra naturellement et sans retenue s’engager pour répondre aux grandes orientations définies comme prioritaires par l’Etat en même temps qu’à des problématiques totalement nouvelles, dont certaines structureront une partie du fonctionnement de la recherche de demain. De ce point de vue, l’Agence nationale de la recherche devra garantir la convergence de compétences et de projets originellement situés dans des organismes de recherche et des établissements d’enseignement supérieur différents. Elle aura pour fonction de rendre plus étroites, et pour ainsi dire plus organiques les relations entre les acteurs du système. L’ANR sera donc une composante incitative complémentaire d’un système de recherche dont le fondement réside bien entendu dans la qualité de nos laboratoires.

Je n'évoque pas ici faute de temps la recherche privée, et le développement des partenariats avec la recherche publique. Ce sera l'une des dimensions essentielles du projet du Gouvernement car j'ai la conviction que l'avenir de nos emplois en dépendra nécessairement.

Quant au calendrier, le Gouvernement n'a pas changé d'idée. Dès que l'on pourra s'appuyer sur un accueil favorable de la communauté scientifique, le projet sera achevé et transmis au Conseil économique et social. Compte tenu des progrès enregistrés dans les groupes de travail, j'ai bon espoir qu'un texte pourra être consolidé à la mi-juin, qu'un Conseil des Ministre en délibérera à l'été et qu'un vote interviendra avant la fin de l'année pour entrer en vigueur dès le 1er janvier 2006.

Mesdames, Messieurs,

Nous devons être aujourd'hui porteurs collectivement d’une idée simple, peut-être, mais fondamentalement exigeante : pour que notre pays puisse peser dans le concert des nations, il faut lui fournir les moyens d’une reconnaissance scientifique et technologique accrue à l’échelle internationale. La France peut et doit être une référence mondiale, à travers l’affirmation de son identité renouvelée. Identité renouvelée, à travers la coopération accrue entre nos universités, nos organismes de recherche et nos écoles. Identité renouvelée, à travers un système d’évaluation internationalement incontestable. Identité renouvelée, à travers la puissance de notre dispositif public de recherche comme moteur du développement industriel, économique et social. Identité renouvelée, enfin, à travers notre système de formation supérieure qui, par la mise en place du LMD, devient une référence européenne.

Nous avons une ambition partagée. Nous aurons les moyens de la mettre en œuvre.

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Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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28 novembre 2004 7 28 /11 /novembre /2004 00:00
Avant de parler de notre parti, je vais vous parler de notre pays.

Car c’est pour lui, mes chers amis et compagnons, que nous sommes, une fois encore, une fois de plus, réunis ensemble.

La France est généreuse et singulière.

Déjouant les théoriciens du déclin et les professionnels de la déprime, l’âme de la France est là ou l’on veut bien la voir.

Je me souviens de ce sous-officier français, qui, dans un village bombardée de somalie, expliquait que la première tâche de sa compagnie consistait à reconstruire la maternité détruite.

Je me souviens de ce professeur de collège disant à une jeune fille qui portait le voile : « ici, on ne cache pas son visage car dans l’Ecole de la république chacun doit pouvoir se regarder sans se défier, ni se juger ».

Je me souviens de cette conférence devant les étudiants de Moscou, où, sur leurs lèvres, le mot «  France » rimait avec espérance.

Voilà la France que j’aime.

Du sommet de l’UMP à ses permanences, si notre cœur bat au rythme de cette passion française, alors, je vous le dis, tout sera possible car tout fera sens.

Comme beaucoup d’entre vous, je me suis engagé dans le sillage du gaullisme non pas pour courir après l’Histoire, mais pour la faire.

Certains prétendent qu’on assiste à la fin de l'histoire…

C’est une foutaise !

Il n'y a jamais de fin. C'est une autre histoire qui commence, avec d'autres défis.

La mondialisation, la grande Europe, la question du capitalisme, le retour du religieux, le terrorisme, le sous-développement, l’éthique scientifique, l’environnement planétaire… Tout ceci fait craquer les planchers du passé.

En somme, l'Histoire est là, sous nos yeux. Et en son cœur, le sort de la condition humaine est toujours, et encore, en jeu.

« A long terme nous sommes tous morts », écrivait ironiquement Keynes.

Certes ! Mais le problème est de savoir dans quelles conditions nous nous disputons avec la Vie, c’est à dire suivant quelle intensité de responsabilité et de dignité.

Cette question est éminemment politique. C’est dire qu’elle est évidemment française.

La politique est en crise, nous dit on. Et bien non !

La politique n'est morte que pour ceux qui traitent des sujets morts avec des idées périmées.

La fin des maîtres à penser et des clichés intellectuels, ouvrent les portes aux initiatives qui enjamberont les dogmes et les clivages partisans.

Les pyramides idéologiques s’effondrent entraînant dans leur chute la vieille gauche, la vieille droite.

Mes amis, le ciel se dégage.

 

Pour l’UMP, c’est maintenant qu’il convient de penser loin, large et différent.

C’est ainsi que nous serons modernes et populaires. C’est ainsi que nous serons le parti de la France.

Pour rassembler la nation, il faut lui ressembler.

Du salarié au chef d’entreprise, de l’agriculteur au jeune de la cité, du chercheur à l’ouvrier mécanicien, de l’électeur déçu du parti communiste à l’électeur dépité du Front National, chaque Français doit pouvoir trouver avec nous le chemin d’un avenir partagé.

Dans cette perspective, tout ce qui conduirait notre mouvement à se couper de ses racines populaires est à exclure.

Mes amis,

A l’issue de votre vote, les choses sont désormais claires : Nicolas n’est pas un problème pour la droite, il est un vrai problème pour la gauche !

Pour autant, tout commence aujourd’hui autour d’ une question centrale : l’UMP ne sera-t-elle qu’un cartel électoral ou sera-t-elle porteuse d’un modèle de société ?

J’ai quelques idées sur ce que doit être ce modèle et nous en débattrons.

Pour moi, le progrès doit être mis au service du citoyen, le citoyen au service de la France, la France au service d’une certaine idée du monde.

En clair, la France ne peut être, à mes yeux, ni la terre du capitalisme sauvage, ni le théâtre des communautarismes, ni le relais de la puissance américaine.

Cette conception exigeante de la France impose de chasser sur les terres de nos conservatismes et de nos craintes hexagonales.

 

L’UMP ne peut être le parti du statu quo.

Le XXIème siècle sera implacable pour les peuples assoupis.

Mentir à la France - comme le fait la gauche - pour mieux la séduire, prétendre que le progrès pour tous n’exige pas les efforts de tous, est un « crime national ».

Mes chers amis, j’ai décidé de m’engager.

Je m’engage pour l’UMP, avec Nicolas Sarkozy. Et je vais vous dire pourquoi.

Je m’engage parce que le moment est décisif pour la majorité. Je sais ce qui ce dit dans les permanences et je sens ce qui se pense dans le pays... Le doute est là. Il faut le dissiper en allant de l’avant.

Nicolas a ce talent, et cette fougue dont nous avons besoin. Je le dis sans flatterie, ayant été de ceux qui par le passé ne l’ont pas ménagé.

Je m’engage parce qu’au nom de nos valeurs, je ne veux pas de la France que les socialistes nous prépare.

Hollande, Fabius, Aubry, Lang, Emmanuelli… Non !

Je veux notre victoire et je veux leur défaite.

Je m’engage parce que je crois en la nécessité d’un mouvement moderne, réanimant et structurant la démocratie française. Un mouvement créatif, qui débat, agite des idées, forme ses militants, prépare les nouvelles générations.

On ne peut être un parti populaire avec des pratiques élitistes !

La diversité de la société française que l’UMP doit incarner, suppose une organisation ouverte et respectueuse des différences. Une organisation faisant de chaque militant l’acteur et non le spectateur de son parti. Vous attendez beaucoup de nous, sachez que nous attendons beaucoup de vous !

 

Voilà pourquoi je m’engage. Et voilà les raisons pour lesquelles j’invite tous ceux qui hésitent, tous ceux qui spéculent sur des scénarios compliqués à quatre bandes, à en faire autant.

Pour que cette relance de l’UMP ne soit pas un feu de paille mais le tremplin de nos futures victoires, il y a aura, mes chers amis, des règles à respecter.

La première, c’est celle de l’unité.

La mobilisation de tous est nécessaire. L’intérêt général doit supplanter les intérêts personnels. Dans cet esprit, j’attends - nous attendons ! - que les relations entre l’UMP, le Président de la République et le gouvernement soient étroites et complémentaires.

Le succès des uns ne se bâtira pas sur les déboires des autres.

On ne gagne jamais contre son camp !

La seconde règle, est que nous devons pleinement réussir le quinquennat de Jacques Chirac, car personne ne peut croire que les Français nous accorderaient leur confiance pour 5 ans de plus, sans cela.

En étant à la fois membre du gouvernement et de l’équipe dirigeante de notre mouvement, j’ai la conviction que le sort du gouvernement et le sort de l’UMP sont indissociables, et mon rôle est que nous puissions nous tenir loyalement à cette ligne.

La troisième règle consiste à ne pas se tromper de priorité, de combat et de calendrier.

La priorité, c’est la France d’aujourd’hui  que nous gouvernons, réformons, sous l’impulsion du Premier Ministre.

Le combat, il est contre la gauche.

Le calendrier, c’est 2004, 2005, 2006, pas 2007 !

Ne mélangeons pas tout ; ne précipitons pas notre échec dans une sorte de farandole fratricide qui ferait les beaux jours de l’opposition et des gazettes.

Chaque jour suffit sa peine.

Le choix que nous ferons sur le candidat qui portera les couleurs de l’UMP en 2007, nous devrons le faire le plus tard possible, tout simplement parce que Jacques Chirac se prononcera probablement le plus tard possible. Et ce choix, nous le ferons ensemble, parce que rien ne se fera contre le Président de la République.

Voilà les règles du jeu. Vous, les militants, sachez en être les gardiens, car les clés de l’UMP c’est vous qui les détenez !

Mon cher Nicolas,

Tu l’a voulu !

Te voilà à la tête d’un mouvement dont le chemin est parsemé d’épines, mais surtout traversé de défis.

Tu es, nous sommes, les héritiers d’une longue histoire politique. Elle épouse l’âme d’un vieux pays dont il revient à notre mouvement de redresser les rêves.

Beaucoup d’espoirs sont placés en toi. La tâche est passionnante mais difficile. Nous t’épaulerons.

Regarde cette salle…. Tu n’est pas seul !

Elle est aujourd’hui rassemblée autour de son président, et le sera bientôt autour d’un projet.

Mais, dès demain matin, un autre combat s’engage.

C’est notre combat commun. Le combat qui décidera de tout. Celui qui consiste à aller convaincre la France.

Mes chers amis et compagnons,

Vous êtes entrés ce matin au Bourget en simple militant de l’UMP, Vous sortirez ce soir comme un militant de la victoire.

La victoire pour nos idées.

La victoire pour notre pays.

Ce pays qui nous rassemble et nous élève.

Ce pays qui traversera le XXIème siècle non pas à genoux, mais debout. Debout comme vous l’êtes depuis toujours.

Oui depuis toujours et à chaque fois pour la même cause : celle de la France !

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Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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5 novembre 2004 5 05 /11 /novembre /2004 00:00
Mesdames et messieurs,
Chers amis et compagnons,

C’est avec émotion que je vous retrouve.

Ministère de l'Education nationale oblige : je n'ai pas revu beaucoup d’entre-vous depuis les élections régionales… Malgré notre bilan, malgré la qualité de nos équipes, nous avons perdu, en Pays de la Loire, la partie.

C’est la démocratie.

Dois-je vous dire combien cette défaite m'a été dure.

Au lendemain du second tour, j’ai recensé les erreurs que nous avions pu commettre. J’ai aussi pensé à vous et à tous ces militants qui n’ont jamais baissé les bras.

Présents pour les succès, présents dans les revers… Il y a chez les militants un fil rouge qui transcende les résultats électoraux : c’est la fierté.

La fierté de celui qui se bat pour ses idées.

La fierté de celui dont la cause n’est jamais vaine dès lors qu’elle est portée avec cohérence et panache.

La fierté de celui qui n’abandonne jamais le terrain.

« Hier la défaite, mais demain la victoire » : voilà l’écho que j’ai entendu résonner dans mes oreilles après ces régionales.

Aujourd’hui, je dis à tous ces militants dont je reconnais certains des visages : ici, dans cet Ouest Français qu’Olivier Guichard, puis moi-même avec bien d’autres, avons relancé et modernisé, nous allons nous battre.

Dans votre département, dans notre région, la gauche ne dormira pas longtemps sur ses deux oreilles.

 

Chers amis,
Mon cher Nicolas,

Durant les prochains mois, une nouvelle page va s’écrire. A la tête de l’UMP, les équipes et les objectifs vont être redessinés.

C’est maintenant que se décide le sursaut nécessaire.

Il est temps que l’UMP trouve une force d’âme !

Il est également temps de remettre l’opposition à sa place car il est lassant d’entendre ceux qui ont coulé la France se présenter aujourd’hui en maître nageur !

Le moment est venu de contrer le redressement de la gauche.

Il faut dire que le vide abyssal de son projet, parsemé de démagogie, préfigure le déclin de notre pays.

Il faut dire que François Hollande ambitionne de « re-légitimer l’impôt en France», comme d’autres ambitionnent de courir le 100 mètres à plat ventre.

Il faut dire que le brouillon Arnaud Montebourg songe à instaurer la VIème république pour mieux restaurer le régime désordonné des partis !

Il faut dire que Jacques Lang, est, comme il dit, « toujours partant » ! Pour où ? Pour quoi faire ? Nul ne sait, mais à l’évidence il est partant pour enjoliver quelques contrevérités !

Il faut dire qu’il y a Laurent Fabius qui, sur le tard, découvre, avec stupéfaction, le divorce entre les classes populaires et cette gauche libérale qu’il incarne à la perfection.

Et bien sûr, j’allais l’oublier : il faut dire qu’il y a Lionel Jospin qui est disponible, et, semble-t-il, en attente d’un coup de fil, d’un mot doux... Sa traversée du désert aura été aussi brève que la traversée d’un bac à sable.

Tous ce sac de nœuds de l’opposition doit être dénoncé. Nous devons être intraitables, mais également méthodiques, car depuis 20 ans, à chaque élection, le zapping électoral nous a fait mal !

Souvenons-nous en : la gauche mise moins sur sa valeur que sur nos erreurs.

 

Cher Nicolas,
Le challenge de l'UMP est difficile. Tu les aime ainsi !

Les défis sont considérables. Mieux vaut, à l'image de ton tempérament, les affronter plutôt que de les subir.

En un mot, tu as décidé de relever le gant.

Et bien, je le relève avec toi !

Ca n’est pas un secret : tous les deux, nous sommes distincts, nous nous sommes même parfois heurtés sans indulgence.

Pour tout dire, mesdames et messieurs : lui c'est Nicolas et moi c'est François !

Mais, malgré nos différences, où plutôt avec nos différences, nous allons travailler ensemble.

Nicolas a le punch et le talent pour faire bouger les choses. Mon rôle est de l’y aider avec détermination.

Je le ferai avec mes convictions.

Pour moi, l’UMP doit être le parti de la France.

Il faut rassembler autour d’une ambition française.

Savez-vous comment la France a été longtemps surnommée dans les pays anglo-saxons ? « The great nation ». La grande nation !

Dans un monde de 6 milliards d’habitants, les 60 millions de Français doivent faire bloc, fiers de leurs valeurs, de leurs réussites, de leur drapeau.

A la tête du Ministère de l’Education Nationale, si j’insiste tant sur les principes républicains, si j’ai fait respecté la loi interdisant les signes religieux à l’Ecole et notamment le voile, c’est parce que je crois que l’unité nationale se joue dès le plus jeune âge.

Cette fierté nationale ne doit pas être étroite, mesquine, mortifère.

Elle doit être mise au service de l’Europe.

On ne peut parler de l'Europe sans évoquer ce qui s’est passé aux Etats Unis…

Vous l’aurez constaté, la récente victoire de Georges Bush a été abondamment commentée chez nous. Et cela notamment par la gauche qui a trouvé là un bouc émissaire facile pour faire passer son conservatisme hexagonal pour un progressisme.

Ceux qui critiquent copieusement le Président des Etats Unis, cachent en réalité une peur bleue des défis qui nous sont lancés par la puissance américaine.

Moi, j’estime qu’il n’y a pas à encenser ou à condamner un homme qui a été élu par son peuple. C’est l’affaire des américains, et je trouverais de très mauvais goût si ces mêmes américains investissaient bruyamment la politique française.

Par contre, je tire une leçon de cette élection américaine : plus que jamais l’Union européenne doit passer à la vitesse supérieure.

Pour cela, il faut une Europe plus politique, ce qui signifie plus de souplesse, car à 25, toutes les nations ne pourront aller au même rythme.

Il faut aussi une Europe plus ambitieuse dans sa stratégie économique, ce qui exige d’adapter le pacte de stabilité, comme Nicolas Sarkozy l’a d’ailleurs obtenu de la commission de Bruxelles. Il serait bon, par exemple, de soustraire les dépenses engagées dans les domaines porteurs de la recherche et de l’innovation de la comptabilité des déficits européens.

Enfin, il faut une Europe plus énergique dans la défense de ses intérêts vitaux, qu’ils soient industriels, culturels ou diplomatiques. Face à nos grands concurrents internationaux, face aux délocalisations, face, précisément, à la puissance américaine et demain chinoise, l’Union européenne doit faire entendre sa voix avec plus d’assurance.

Voilà l’Europe que nous devrons promouvoir au sein de l’UMP.

Mais soyons clairs, il n’y aura pas d’Europe forte, avec une France craintive et assoupie sur ses vieux lauriers. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, le XXIème siècle sera sans pitié pour les nations endormies.

La France doit renouer avec le courage, un courage mis au service de notre progrès social.

Je le dis à mes concitoyens : on ne peut avoir l’un des meilleurs systèmes de santé des pays développés, l’un des régimes de retraites les plus généreux d’Europe, l’un des dispositifs d’assurance chômage les plus protecteurs, l’Ecole et l’Université gratuite pour tous, sans qu’en contrepartie nous ne nous retroussions les manches.

C’est l’effort de chacun, c’est le travail de tous, qui financent notre pacte de solidarité.

Je l'affirme : tout autre langage est mensonger et tout autre projet est antisocial.

La gauche rêve de nous voir cantonné dans une pensée "réactionnaire", à la « solde - comme elle dit - du MEDEF » . Nous ne devrons pas tomber dans ce piège. Nous devrons imaginer de nouveaux horizons économiques et sociaux qui transcendent les clichés politiques.

La gauche rêve d’un débat caricatural où le « camp des riches » s’opposerait à « celui des pauvres ». Nous rejetterons ce médiocre film en noir et blanc sorti de "la lutte des classes". Nous serons les avocats des classes moyennes dont les espérances se sont épuisées au cours des vingt dernières années.

 

Mes chers amis,

Nous voici donc à nouveau en compagne. Mais en campagne pas comme les autres. En campagne pour faire de notre UMP une force d'innovation politique.

Il est de la responsabilité historique de notre génération que de pérenniser ce grand projet d'union des familles de droites. Une union née à l'initiative de Jacques Chirac, une union sans précédent dans l'histoire de nos courants de pensée.

Le doute ne nous est plus permis. Nous n'avons pas le droit de trahir l'espérance de ceux des français qui pendant tant d'années nous ont reproché d'alimenter la machine à perdre.

Nous n'avons plus le droit de nous considérer simplement comme une option aux alternances mais le devoir de nous affirmer comme les tenants modernes d'un grand courant de pensée politique.

Ce qui nous oppose à la gauche, ce n'est pas simplement la compétition pour le pouvoir. La droite n'est pas ce qu'en dit la gauche, ni même ce que trop souvent en pense la droite elle-même.

Droite contre gauche, c'est Tocqueville contre Marx.

Droite contre gauche, c'est la réforme contre la révolution.

Droite contre gauche, c'est la libre pensée contre les préjugés.

Français, nous sommes tous issus du siècle des Lumières ; nous sommes tous enfants de la révolution de 1789, mais nous n'avons pas tous la même conception des libertés.

Pour nous "liberté" veut dire d'abord cette capacité accordée à la démocratie de s'interroger sans cesse sur elle-même.

Pour nous, l'Etat juste n'est pas celui qui veut faire le bonheur du citoyen contre son gré, mais celui qui fonde les meilleurs conditions possibles à son jugement et à ses choix.

Le droit d'inventaire n'est pas le privilège du seul M. Jospin.

A la lumière des évènements qui ont bouleversé ces dernières décennies, à nous de rappeler à ses amis, que les idéologies sont à bout de courses, que les avocats du dirigisme administratif sont battus en brèche. Oui, nous avons le droit d'exercer ce droit d'inventaire à l'endroit du dernier grand champion du prêt à penser dans ce bas monde : le modèle socialiste français.

Mes chers amis que l'on dit de "droite", vous êtes vous demandés ce que vous êtes ? Ces « ennemis du peuple » qu'on stigmatise dans certains salons à la mode ? Ces réactionnaires que l'on fustige, rue de Solférino ? Ces mauvais républicains toujours "amis des privilèges", comme il se dit à Lutte Ouvrière ?

Falsification que tout cela !

Souvenez vous que c'est votre énergie, votre travail, votre bon sens, qui, au cours de ce demi siècle, ont fait la grandeur de notre Nation.

C'est vous, sous de Gaulle qui avez porté de dynamisme des "trente glorieuses" !

C'est vous qui sous Pompidou avez fait de la France une grande puissance industrielle !

C'est vous qui sous Valéry Giscard d'Estaing avez mis la société à jour des évolutions de notre époque.

Et que faites vous en ce moment, sinon de garantir l'avenir des retraites, sinon de restaurer la sécurité, sinon de conserver la pérennité de notre protection sociale, sinon d'engager la modernisation de notre système éducatif ?

Avec Nicolas Sarkozy, ensemble, nous devons guérir notre pays de ces deux maladies chroniques qui nous rongent et que j'appellerais la camélionite et la scorpionite.

La camélionite, c'est, comme chez le caméléon, cette manie étrange que nous avons de nous faire plus gris que terre devant le terrorisme intellectuel de nos adversaires; à devenir si vite rouge de confusion devant nos propres réussites.

J'appelle la scorpionite, la facilité que nous avons à considérer la France sur le déclin, à oublier tout ce que chaque jour les français font pour la France, et à la moindre difficulté, à la moindre courbe économique descendante, poser nos armes et bagages comme si un rêve était passé.

Oui, chers amis, si déclin il y a, c'est celui de notre propre foi; si le doute persiste, c'est que nous n'avons pas assez compris que notre union n'est pas un mariage de raison, mais un mariage de conviction.

 

Vous, militants, vous le savez !

Vous savez que tout au long de ces dernières années, chacun d'entre vous a fait le pas qu'il fallait vers son frère séparé en politique, pour s'entendre sur nos institutions, sur l'Europe, sur la politique étrangère et de défense, sur les grands enjeux de la justice sociale.

Qui dit que ces petits pas ont été facile à vivre ? Qui dit que ce grand bon en avant de nos retrouvailles n'a pas nécessité des révisions, des concessions, de longues années de débats intellectuels ?

Mais c'est cette maturation qui fait notre force, c'est d'elle que nous devons être fier. C'est elle qui a montré au grand jour de l'opinion publique, la naissance d'un nouveau projet politique.

Nicolas, ce projet est à tout le monde. A toi de l'organiser, de l'ordonner, de l'enrichir ; à toi de mettre le feu là où le dynamisme s'est éteint.

Faire de l'UMP le parti de la France qui avance, la France qui rassemble, la France qui traverse le XXIème siècle, non à genoux, mais debout.

Voilà notre perspective !

Voilà notre ambition !

En somme, mes chers amis, voilà notre devoir.

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27 octobre 2004 3 27 /10 /octobre /2004 23:00
Mesdames, Messieurs,

Le moment que vous allez vivre, tout au long de ces deux jours, est un moment exceptionnel.

En France, il est exceptionnel qu’à l’issue d’un travail national intense, une communauté professionnelle réunie dans sa diversité fasse un point aussi approfondi sur son avenir, sur son organisation, sur ses missions.

Ce qui va aboutir ici, –vous me permettrez l’expression- c’est une véritable dialectique de la recherche. Car vous allez répondre à une double question : que doit la recherche à la nation ? Et en retour, que doit la nation à sa recherche ? C’est dans ce va-et-vient, dans ce mouvement dialectique, que s’invente la relance de la recherche française que nous appelons tous de nos vœux.

C’est un moment exceptionnel parce que la recherche relève de l’intérêt public supérieur : c’est une question nationale.

Un projet pour la recherche, c’ est un projet de société.

La recherche, c’est la fierté d’une nation, c’est surtout l’un de nos atouts pour l’avenir. C’est aussi une part de rêve, en particulier pour les plus jeunes. C’est, pour toutes les générations, un facteur d’espoir.

La science est un espace de liberté et d’autonomie, mais la science est dans la société. Elle participe à une économie toujours plus mondialisée. Elle est à la fois l’un des moteurs de la mondialisation et l’un des facteurs qui nous permet de maîtriser cette mondialisation.

Notre recherche publique et privée ne manque à l’évidence pas de secteurs d’excellence. Elle est désormais directement exposée aux exigences de la compétition mondiale à laquelle on ne peut répondre que par la montée en puissance d’une économie et d’une société fondées sur le savoir et sur la connaissance.

Les prix Nobel 2004 viennent d’être attribués. Vous en conviendrez avec moi : ce n’est sans doute pas le plus mauvais indicateur lorsqu’il s’agit de juger l’excellence globale d’un système de recherche. Cette année, en physique, en chimie et en médecine : 6 américains, 2 israéliens.

Aucun européen en science.

Pour ce qui concerne la France, notre dernier Nobel en physique remonte à 7 ans, en chimie à 17 ans et en médecine à près de 25 ans !

Cette situation est absurde. Je suis convaincu pour ma part que l’intelligence est là, mais que c’est l’inadaptation de notre organisation qui la bride.

Ce n’est pas qu’une question de prestige et de reconnaissance internationale. Favoriser le développement de la recherche, l’adapter sans cesse aux exigences des temps nouveaux, c’est aussi préparer la croissance des années futures : une croissance plus forte, plus durable, une croissance plus riche en emplois de qualité.

On ne le répètera jamais assez : la France et l’Europe n’ont pas d’autre choix que de fonder leur croissance sur la recherche et l’innovation.

La croissance par la recherche, c’est non seulement plus de richesses, mais une vie meilleure, plus longue, en meilleure santé, dans un environnement plus sûr, pour tous les Français. C’est aussi la possibilité pour notre pays, qui s’est toujours illustré dans le domaine de la science et dans celui des idées, de continuer à faire entendre sa voix dans la quête mondiale du savoir.

La recherche, c’est donc un défi permanent. Le relever, c’est toujours aller au-delà des mots par une politique alliant deux éléments à mon sens indissociables : l’effort budgétaire et l’adaptation de l’outil.

Aucune politique n’a plus besoin de continuité. Continuité financière, bien sûr mais aussi adaptation constante de l’organisation pour favoriser la quête de l’excellence.

Le défi de cette double continuité est à mes yeux le plus important que nous ayons à relever. Si nous réussissons, ensemble, à ce qu’il n’y ait plus désormais telle « réforme » de la recherche succédant à telle « crise » de la recherche, mais une évolution permanent du monde de la recherche, accompagnée d’un engagement pérenne de la puissance publique, nous aurons fait l’essentiel.

Pour y parvenir, l’Europe s’est collectivement engagée, avec la stratégie de Lisbonne, à consacrer d'ici à 2010 trois pour cent de sa richesse à l'effort de recherche. Il s’agit de faire de l’économie du savoir le socle de notre développement, en plaçant l’innovation au cœur de nos politiques de croissance, de compétitivité et de bien-être.

Dès ma prise de fonctions, ma première priorité à été de m’assurer que la France retrouve le chemin d’une croissance de son effort public de recherche en cohérence avec l’objectif de Lisbonne. En quelques mois, j’ai pris des engagements clairs et concrets parce que j’étais convaincu que ce signal était une des conditions de la réforme.

Vous savez que nous avons créé 1000 postes de professeurs, de maîtres de conférences, de personnel administratif et de service et d’ATER. L’effort budgétaire en faveur de la recherche croîtra en 2005 de 10 % : aucun gouvernement ne l’avait fait depuis vingt ans.

On peut certes toujours contester la manière dont cet effort est financé ou distribué. Mais nul ne peut nier mon engagement en faveur de la recherche publique française.

Le Ministre de l’économie, que vous avez eu l’excellente idée d’inviter demain, ne vous tiendra pas un autre discours.

Une politique de la recherche ne se limite pas à la question des moyens : les moyens pour les moyens n’ont jamais fait une politique.

Il faut placer notre recherche dans une nouvelle dynamique, en identifiant puis en faisant sauter les principaux verrous qui -vous dites vous-mêmes- brident vos initiatives.

C’est tout l’objet de ces Etats généraux.

Vous allez en débattre pendant deux jours et le Comité d’initiative et de proposition me remettra son rapport début novembre.

Mais je souhaite aujourd'hui vous dire mes principales convictions. Ce sont les lignes de force, sinon de consensus, qui doivent à mon sens être au cœur de la loi d’orientation et de programmation de la recherche.

Une première exigence s’impose : nous ne disposons pas, en nombre suffisant, de structures d’enseignement supérieur et de recherche dotées d’une masse critique internationale.

Cette exigence est imposée par la compétition mondiale de la science, elle pleinement cohérente avec notre politique de l’enseignement supérieur. La mise en place du LMD et la montée en puissance des écoles doctorales que je viens d’engager ne se conçoivent pas sans repenser notre politique de sites dans le domaine de la recherche.

C’est la structure même de notre potentiel de recherche national qui doit être adaptée à la dimension européenne et internationale. Il faut offrir aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche implantés sur une même zone géographique un nouvelle organisation. Cette organisation leur permettra de coordonner leurs efforts et de mutualiser leurs moyens de manière beaucoup plus efficace qu’aujourd'hui.

Qu’on l’appelle Pôle ou campus de recherche, cet instrument doit être fondé sur l’excellence. Il doit assurer à nos étudiants en thèse une formation à la recherche et par la recherche au meilleur niveau mondial. Il doit nouer des partenariats innovants avec les entreprises. Il doit être reconnu à l’échelle européenne, voire mondiale. L’important, en ce domaine, n’est pas la taille mais d'abord la qualité de la recherche.

Sur la question du statut et du périmètre de ce nouveau mode d’organisation, je pense qu’il faut être pragmatique : tout dépendra du site et du projet scientifique. Pour y parvenir, nous éviterons d’empiler de nouvelles structures, ou pire encore de nouvelles superstructures, sur les anciennes. La loi devra poser un cadre dans lequel la volonté des acteurs concernés se cristallisera dans une organisation originale et efficace.

La nécessaire restructuration en pôles de la recherche nationale est pour moi indissociable de la question des carrières des chercheurs.

Sur ce sujet, comme sur tous les autres, je ne compte pas ce matin me contenter de pétitions de principe. Il faut rendre plus lisible la politique de recrutement dans les universités et les organismes de recherche, et donner aux acteurs de la recherche plus de visibilité sur le recrutement et le déroulement des carrières.

C’est pourquoi je considère qu’il est nécessaire de mettre en place un plan pluriannuel de l’emploi scientifique.

Nous sommes très en retard en ce qui concerne la mobilité.

Prenons l’exemple des ingénieurs de recherche qui ont un rôle de soutien essentiel dans les laboratoires. Est-il concevable que notre organisation administrative les prive dans la pratique de toute mobilité ? Et je pourrais multiplier les exemples, qu’il s’agisse des maîtres de conférence qui devraient bénéficier de détachements plus nombreux dans les organismes ou des conditions de mobilité et de retour entre recherche publique et recherche privée.

La loi devra décloisonner et en finir avec des rigidités d’un autre âge.

Puisque je parle des carrières, j’en viens évidemment à l’évaluation.

Ce qui me frappe, c’est ce paradoxe : alors qu’en France le secteur de la recherche est l’un des plus constamment évalués, notre système d’évaluation manque de lisibilité et de transparence. Lorsque je demande que l’on me décrive clairement le système, personne n’a été jusque là capable de le faire en moins de 50 pages. Déjà peu compréhensible par les Français, cette organisation est illisible sur le plan international.

J’ai abordé ce sujet lors de la pose de la première pierre de l’université Paris VII, à Tolbiac : ici encore, la loi devra nous faire changer de dimension.

Nous allons unifier les méthodes pour leur rendre plus de cohérence et diffuser réellement les bonnes pratiques de l’évaluation. Je pense que la réforme de l’évaluation ne passe pas par un bouleversement des structures. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une culture commune de l’évaluation.

Je sais que vous réfléchissez à une formule permettant de délivrer une accréditation nationale aux différentes commissions d’évaluation.

A condition que cette accréditation soit indépendante et bénéficie d’une reconnaissance internationale, c’est effectivement la voie à suivre. C’est ainsi que nous parviendrons à des normes appliquées par tous et partout, en réussissant l’internationalisation de notre évaluation, le rééquilibrage des membres élus et nommés dans les instances, la fréquence et la transparence des évaluations.

Il est un autre sujet qui, je le sais, vous préoccupe : c’est celui des priorités assignées à la recherche.

J’avoue n’avoir jamais compris l’opposition dont certains parlent entre la liberté de la recherche et les choix que l’Etat est amené à faire dans les priorités de la recherche publique.

C’est pour moi un débat artificiel.

En démocratie, il n’y a pas de recherche sans liberté de penser et personne ne remet en cause ce principe. Mais nous savons tous que les pays où la recherche est la plus performante sont aussi les pays où l’Etat joue un rôle essentiel d’impulsion et d’orientation. En France pas moins qu’ailleurs, la nation doit fixer des priorités claires et légitimes à la recherche, pour répondre à la demande de savoir, à la demande sociale, à la demande économique et plus généralement pour tenir notre rang.

Je pense très fermement aujourd’hui que cette responsabilité incombe au plus haut niveau de l’Etat. J’ai vu que vous rejoignez mon point de vue en proposant la création d’un haut conseil de la science.

Dans mon esprit, il ne saurait être placé ailleurs qu’auprès du président de la République.

 
Mesdames et messieurs,

Je ne voudrais pas terminer ce tour d’horizon sans vous faire part d’une dernière conviction – plus qu’une conviction, une certitude : pour préparer l’avenir, nous miserons d'abord sur ceux qui le feront.

Nos doctorants et post-doctorants, nos jeunes maîtres de conférences et chargés de recherche ont choisi une carrière exigeante. Nous devons avoir l’ambition de tracer un véritable parcours de réussite pour ceux qui se sentent la vocation de la recherche et qui y excellent.

L’ attractivité des carrières passe par le financement des thèses via les allocations et les bourses, ainsi que par le nombre de ces allocations.

Dans votre rapport d’étape, j’ai noté avec intérêt votre proposition de créer un nouveau statut de « chercheur associé ». Il permettrait aux post-doctorants d’avoir accès à un contrat de trois ans à un moment décisif de leur carrière. J’y suis, pour ma part, favorable.

Le parcours de réussite de nos jeunes chercheurs se construit aussi et surtout en amont. Les étudiants sont responsables de leurs études, mais les universités ont aussi des responsabilités vis-à-vis des étudiants qu’elles forment. Dans le cadre de la politique contractuelle, chaque université devra mette en place un suivi des formations qu’elle propose et du parcours ultérieur de ses étudiants, singulièrement de ses docteurs. Ils doivent pouvoir trouver un emploi conforme à leur qualification – et, dans notre pays, c’est encore loin d’être la règle.

Enfin, vous conviendrez qu’il est anormal que si peu de docteurs trouvent en France le chemin de l’entreprise. Il faut combattre ce qui ressemble à une méconnaissance mutuelle et diversifier les carrières de nos jeunes chercheurs. J’ai eu l’impression, en lisant votre rapport d’étape, que vous étiez bien peu prolixes sur ce sujet. Certains de nos interlocuteurs proposent par exemple la création de doctorats mention entreprise. J’aimerais avoir votre avis car la loi ne saurait se désintéresser de cette question.

Mesdames et messieurs,

Je vous le disais en commençant : un projet pour la recherche, c’est un projet de société.

A l’heure où nous entrons véritablement dans la société du savoir, avec les profondes transformations qu’elle entraîne dans les destins toujours plus imbriqués de nos pays développés, notre ambition est de conclure un nouveau pacte entre la recherche et la Nation, entre les chercheurs et la société.

Au vu de vos travaux et plus généralement de l’esprit et de la qualité du débat national de ces derniers mois, je suis maintenant convaincu que je pourrai porter ce pacte devant le Parlement au printemps prochain.

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14 octobre 2004 4 14 /10 /octobre /2004 23:00
Monsieur le Maire, Mesdames et messieurs,

Me rendre parmi vous, à Blois, aux « rendez-vous de l’histoire », ce n’est pas seulement célébrer, par un geste officiel, une manifestation remarquable… Il ne s’agit pas non plus, uniquement, de saluer l’engagement des enseignants et chercheurs de notre pays, qui transmettent avec ferveur les savoirs de l’Histoire.

Non ; venir ici, c’est d’abord pour moi un acte de foi.

Je crois en la vitalité, la sagesse et la modernité de l’histoire ; je crois dans ses vertus éducatives. J’ai l’intime conviction que nos enfants ne peuvent s’épanouir, grandir et vivre ensemble sans racines communes.

J’entends parfois dire de l’histoire qu’elle est une discipline lointaine, et, disons-le, accessoire, car tournée vers les « vestiges » du passé.

La passion que j’ai pour elle me parle un autre langage ; un langage que le succès de cette manifestation souligne : l’histoire est présente, elle est vivante ! Elle est notre matrice. A ces « rendez-vous de l’histoire », c'est bien en citoyens du XXIe siècle que nous avons rendez-vous avec nous-mêmes.

Dans notre univers contemporain, complexe et mouvant, se développe une « soif des origines » à laquelle l’historien répond, en retissant les fils rompus. L’histoire nous resitue dans un pays, un milieu, une filiation. Elle éclaire notre culture, nos origines. En nous réconciliant avec nos racines, elle nous offre une identité, et bien souvent, une dignité.

Qu’on ne voit là aucun passéisme !

De plus en plus d’entreprises, par exemple, commandent aux chercheurs une étude de leur propre histoire. Elles ne le font pas seulement par attachement patrimonial. Elles cherchent à y discerner la logique de leur développement. Elles y lisent leurs erreurs et leurs succès. A la lumière de ces travaux, elles font le tri entre l’essentiel et le conjoncturel, entre continuités utiles et héritages obsolètes.

La recherche historique se présente, de ce point de vue, comme essentiellement dynamique. Elle nous tend le miroir d’hier pour mieux nous connaître aujourd’hui.

Je ne verserai pas dans l’excès qui consiste à y voir la clé de tout savoir. L’histoire ne se répète pas mécaniquement. Sa connaissance peut nous inspirer ; elle ne nous permet pas de prophétiser. L’homme innove, improvise et parfois se fait surprendre. Du moins l’histoire lui permet-elle de ne pas avancer en aveugle, dans un monde certes inconnu, mais pas si dissemblable de celui d’hier.

C’est pourquoi je mise sur l’histoire, autant que sur l’imagination, pour préparer la France aux défis du XXIe siècle.

On nous dit, par exemple, qu’un choc des civilisations se prépare. Certains découvrent avec une angoisse soudaine ce scénario qui, à mon sens, n’est fort heureusement pas écrit d’avance. L’historien, lui, se rappelle croisades, grandes invasions, colonisations et décolonisations - pour ne parler que des phases les plus saillantes…

Un choc des civilisations ? Mais n’est-ce pas là, sous d’autres formes, la matière même de notre passé, y compris de notre passé pacifique, démographique, commercial ou culturel ? L’histoire ne nous fournit pas de politique clé en main face aux scénarios les plus sombres. Du moins nous arme-t-elle pour y réfléchir et pour les dissuader.

A mon sens, l’Histoire est moins une science de l’action, qu’une philosophie pour l’action.

Nous vivons dans un monde plus rapide. Le flux de l’information grossit continuellement et impose son rythme haché. La tentation est grande de se contenter d’analyses superficielles, de raccourcis, de réflexes commodes. C’est l’histoire qui nous en délivre.

Le recul historique, c’est l’atout de notre modernité.

Il y a quelques mois, le secrétaire d’Etat américain Donald Rumsfeld évoquait dans une formule fameuse la « vieille Europe ». Il ne se cachait pas d’une intention sarcastique. Prenons-le au mot : oui, nous sommes la vieille Europe, tissée de culture et pétrie d’histoire. C’est notre force et notre fierté. C'est notre expérience et notre conscience.

Dans l’univers chahuté qui est le nôtre, un danger, mesdames et messieurs, persiste. Il n’est pas né d’aujourd’hui même si son visage est changeant : c’est celui de la barbarie.

A travers le monde se produisent encore des conflits frontaliers, des guerres civiles, parfois des génocides. L’histoire nous a, pour un temps, immunisés contre de tels soubresauts, et nous qualifions les massacres qui se produisent « d’anachroniques ». Prenons le mot au sérieux : ces massacres sont le fait de peuples souvent coupés de leur histoire.

Ici où là, des pouvoirs brutaux n’ont pas seulement martyrisé les populations. Ils ont tracé droit au travers des bibliothèques, des temples, des palais. Ils ont rompu des filiations culturelles millénaires. Ils ont jeté les peuples ainsi déracinés dans de nouveaux égarements ethniques ou religieux - perpétuant l’horreur première. Ces blessures sont lentes à cicatriser. Cette barbarie ressurgira partout où nous ferons fi de l’histoire.

Mais une autre forme de « barbarie » existe. Elle n’est - fort heureusement - pas sanguinaire, mais elle est insidieuse et, je le crois, porteuse de périls : c’est celle de notre propre matérialisme.

Une chose est de brutaliser l’histoire, une autre est de la croire dépassée.

Parce que nous sommes en paix, nous nous plaçons au-dessus de ses leçons - en gestionnaires froids, pressés et parfois cyniques, de notre sort. Il y a dans nos sociétés occidentales une sorte d’indifférence spirituelle, une forme d’assèchement culturel, auxquels nous devons prendre garde. Par delà les mouvements saccadés de notre époque sachons conserver le sentiment du temps long. Respectons la mémoire des siècles.

On dit parfois que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Je crois plutôt que les peuples sans histoire sont des peuples malheureux.

Mesdames et messieurs,

Grandes oubliées de notre histoire, les femmes, qui sont l’objet de ces 7e rendez-vous, doivent y reprendre leur place.

A l’évidence, elles ont bien longtemps fait l’objet d’un traitement injuste. Nous savons pourtant l’intensité de leur rôle. Il ne se limite pas à quelques figures imposantes, que sais-je ? la Grande Catherine, ou la reine Victoria - cas isolés qui servent en fait de paravent. Il s’étend à des personnalités remarquables, dont beaucoup restent à découvrir. Il relève parfois de populations entières, que leur féminité distingue : de larges études ont déjà brossé le portrait de l’ouvrière. D’autres restent à faire, celui de la femme résistante, de la femme journaliste, de la femme enseignante...

Longtemps, l’Education nationale a donné de ces femmes une image biaisée. Par conformisme, par facilité, elle leur réservait une sorte de niche, au sein d’une histoire faite par d’autres, c'est à dire par les hommes. La « grande femme » était l’exception : Madame de Sévigné, seule femme de lettres, Vigée-Lebrun, seule femme peintre.

Parfois celle-ci gagnait leur reconnaissance en se faisant plus masculine que les hommes. Quelle féminité l’imagerie populaire accordait-elle à une Jeanne d’Arc en armure ? A une Marie Curie sous sa blouse noire ? Demeurée féminine, elle n’était, dans la mouvance du grand homme, qu’une ombre délicate et un peu secondaire : c’est Madame du Deffand dans la suite de Diderot, Madame du Châtelet dans celle de Voltaire. Parfois elle était épouse, comme Madame Berthelot, inséparable de son mari jusqu’aux caveaux du Panthéon. Parfois, elle était égérie, maîtresse ou favorite. Mais qu’elle sorte de ces rôles stéréotypés pour s’approcher du pouvoir, et on la qualifiait alors d’intrigante.

Bref, en se conformant à l’emprise de l’homme sur la société, l'instruction plaçait de fait les femmes hors histoire.

Depuis quelques années, l’Education nationale a, sur ces sujets, engagé sa métamorphose, même si elle n’a pas encore totalement achevé sa mutation.

L'enjeu est considérable car l’école fixe les représentations de toute la société.

Chaque jour dans nos établissements scolaires, les enfants, les adolescents font à l’école l’apprentissage délicat de la mixité. L’école de la République est une. Ne posant aucune différence entre garçons et filles, elle invite à une cohabitation harmonieuse et enrichissante.

Cet objectif suppose de rompre avec les clichés qui nourrissent encore trop souvent les comportements à l’endroit des femmes. Il ne fait aucun doute que le respect plein et entier de la femme passe notamment par une reconnaissance de sa place dans notre passé national.

Il ne s’agit pas, bien entendu, de féminiser l’histoire. Il s’agit de lui rendre, en y rétablissant la part des femmes, son intégrité.

Sans doute ces Rendez-vous de Blois contribueront-ils à cette nécessaire évolution. La qualité de leur programme autorise cet espoir. Leur cadre même y invite. En 1617, Louis XIII fit, en effet, enfermer ici Marie de Médicis. L’activité incessante de sa mère portait ombrage au roi. La mise à l’écart des femmes dans l’histoire n’a pas de meilleure illustration. Pour autant, l'affaire ne fut pas close, puisque Marie de Médicis se libéra d’elle-même. Pour bien d’autres reléguées de l’histoire, illustres ou modestes, il est temps, je le crois, de sortir aussi de l’ombre !

Mesdames et messieurs,

Sans doute l’aurez-vous compris : pour moi, les sciences humaines, et tout particulièrement l’histoire, constituent un enjeu de société. A l'aube d'un nouveau siècle, ces disciplines éclairent le chemin des questions fondamentales qui font l'honneur de la condition humaine

Notre devoir est d’instruire et de souder la communauté nationale. L’instruire, c’est lui rappeler comment elle s’est constituée. La souder, c’est expliquer aux jeunes qu’ils en seront demain, collectivement, les acteurs. L’appartenance nationale, c'est la conscience d’une destinée partagée. On a un peu moqué l’école de la Troisième République, qui parlait sans distinction de « nos ancêtres les Gaulois »... La formule prête, en effet, à sourire, mais elle pointait du doigt une vérité essentielle : l’histoire est notre ciment.

Elle nous éclaire, nous interpelle, nous oblige, nous rassemble. A cet égard, l'histoire est bien au cœur de l'enjeu humaniste et républicain de la France.

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6 octobre 2004 3 06 /10 /octobre /2004 23:00

Mesdames et messieurs, chers amis et compagnons,

Durant les prochains mois, une nouvelle page va s’écrire.
A la tête de l’UMP, les équipes et les objectifs vont être redessinés. Ce changement ne peut se résumer à une simple réorganisation interne ou à une étroite aventure personnelle. Et ceci pour trois raisons majeures.

La première, c’est que le sort de l’UMP est en jeu. C’est maintenant ou jamais que se décide le sursaut nécessaire.

Certains diront que le terme de «sursaut» est excessif...

Qu’importe les nuances ! J’utilise les mêmes mots que les
militants ! Ils pensent que la machine est grippée et qu'elle manque d'une force d'âme. Voilà ce qui se dit dans nos permanences. Voilà ce que vous dites !

La deuxième raison, c’est que ce changement intervient à mi mandat de l’action gouvernementale. C’est maintenant que doit s’enclencher ce second souffle qui permettra à notre majorité de conclure son contrat avec efficacité et panache.

Il ne peut y avoir un gouvernement audacieux sans un parti performant. La vitalité de l’un, dépend de la force de l’autre.

Enfin, la troisième raison est que la gauche commence à sortir la tête de l’eau. Nous avons subi deux échecs électoraux… Le redressement de l’opposition doit être pris au sérieux.

Alors bien sûr, il y a ses divisions et le vide abyssal de son projet.

Bien sûr, il y a François Hollande qui ambitionne de «réhabiliter l’impôt en France», comme d’autres ambitionnent de courir le 100 mètres à plat ventre.

Bien sûr, il y a Laurent Fabius qui, sur le tard, découvre, avec stupéfaction, le divorce entre les classes populaires et cette gauche libérale qu’il incarne à la perfection.

Malgré tout cela, il faut être vigilant, car depuis 20 ans, à chaque élection, le zapping électoral nous a fait mal !.

Chacune des étapes qui nous mène vers les prochaines échéances doit donc être abordée avec responsabilité, car, nous le savons, la gauche mise moins sur sa valeur que sur nos erreurs.

Au regard de ces trois raisons, ce n’est pas te faire injure Nicolas, que de dire que les enjeux qui entourent la présidence de l’UMP dépassent ta seule personne…

Ils dépassent ta personne, mais, à l’évidence, ils collent à ta personnalité !

Le challenge est difficile. Tu les aime ainsi !

Les obstacles sont nombreux. Ils sont, comme tu le sais, faits pour être franchis !

Les défis sont considérables. Mieux vaut, à l'image de ton tempérament, les affronter plutôt que de les subir.

En un mot, tu as décidé de relever le gant.

Et bien, je le relève avec toi et avec vous !

Mesdames et messieurs,

Avec Sarkozy, nous sommes distincts, nous nous sommes même parfois heurtés sans indulgence.

Pour tout dire : lui c'est Nicolas et moi c'est François.

Il est rassurant de voir que le futur Président de l'UMP ne s'entoure pas de sosie.

Malgré nos différences, je n’ai jamais confondu l’essentiel de l’accessoire.

Il y a six mois, j’avais indiqué que la stratégie du T.S.S («Tout sauf Sarkozy») était absurde. J’estimais suicidaire de nous quereller entre nous, alors que l'adversaire nous court aux "basques".

Sous l’impulsion du Président de la République, le bon sens l’a heureusement emporté.

Désormais, chacun s’accorde à dire ce qui devait être dit : Nicolas Sarkozy n’est pas un problème pour la droite, il est surtout un gros souci pour la gauche !

L’heure est donc venue de lancer un autre T.S.S, un TSS plus judicieux et dont je vous livre la clé : «tout sauf les socialistes !».

Pour cela, nous allons devoir nous remobiliser.

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27 septembre 2004 1 27 /09 /septembre /2004 23:00
A l’occasion des journées parlementaires organisées par le Groupe UMP de l’Assemblée nationale, à Argenteuil le 28 septembre, François Fillon a participé à une table ronde consacrée à l’Avenir des jeunes. A cette occasion, il a pu redire ses convictions pour l’école de demain, et exposer sa méthode de travail pour la préparation de cette loi, à laquelle les parlementaires seront étroitement associés.

Mesdames et messieurs les parlementaires,
Chers amis,

Depuis 2002, nous nous sommes attaqués aux grands dossiers qui structurent le pacte républicain et social : sécurité, retraites, assurance maladie, plan de cohésion sociale.

Reste le dossier de l’éducation qui est au cœur des principaux défis lancés à la société française : celui de l’égalité des chances, celui de l’excellence culturelle et scientifique, celui de l’emploi.

Le Président de la République a fait de la rénovation de notre système éducatif l’une des priorités de l’année 2005. En la matière, des ajustements sont nécessaires. Nous allons les définir et les incarner ensemble !

Le débat sur l’Ecole a mis en relief les atouts mais aussi certaines des lacunes de notre système. La commission Thélot poursuit son travail de réflexion. Le gouvernement aussi. Notre objectif est de présenter une loi d’orientation pour l’Ecole au début 2005. Dans le cadre de l’élaboration de cette loi, je m’appuierai sur vous. Je vous proposerai rapidement de constituer des groupes de travail communs.

Il nous faudra avancer ensemble, en transcendant les forces du statu quo et en contrant les attaques d’une opposition pour qui l’éducation constitue son « pré-carré » politique et « sa chasse gardée » électorale.

Qu’attendons-nous de notre école ?

Le premier des objectifs doit être que tous les enfants acquièrent un bagage commun. Face aux connaissances, il faut l’égalité des chances. Tout enfant qui entre en 6ème doit savoir lire, écrire, compter. Exiger une chose aussi évidente n’est pas triviale, lorsque l’on constate que tant d’adolescents éprouvent les plus grandes difficultés à lire ou à écrire.

Dans cette perspective, quatre axes sont, selon moi, importants :

    * la maternelle doit être davantage considérée comme le premier chaînon éducatif ;
    * les moyens doivent être ciblés sur les zones et les populations prioritaires, car le défi éducatif n’est pas le même partout ;
    * l’accent doit être mis sur les pédagogies qui ont fait la preuve de leur efficacité. Si j’insiste sur certaines méthodes traditionnelles ce n’est pas par nostalgie, mais par pragmatisme. Il y a des recettes qui fonctionnent mieux que d’autres. Mon analyse découle des travaux conduits l’année dernière par René Rémond. Son rapport met en relief les 15% d’élèves qui éprouvent de fortes difficultés au collège et il souligne que les séquences d’enseignement en classe ne donnent parfois qu’une place insuffisante à des exercices individuels. C’est pourquoi, je suis convaincu qu’on doit demander aux élèves des exercices courts, répétés et variés tout au long de leur parcours scolaire. Dictée, récitation, commentaire de texte, prise de note, lectures, tout ceci crée des automatismes indispensables pour progresser. Je viens d’adresser une circulaire qui met l’accent sur ces méthodes au niveau du collège.

enfin et surtout, il faut s’interroger sur le périmètres des enseignements que nous jugeons prioritaires. Durant ces quinze dernières années, l’Ecole s’est vue confiée des missions éducatives de plus en plus larges. Le temps est venu de hiérarchiser les choses. Ce point délicat devra être abordé dans la loi d’orientation.

Le second objectif doit être de viser le chiffre de 100% d’élèves ayant une qualification. La perspective des 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat reste valable, mais derrière ce chiffre symbolique il y a la réalité : des élèves qui ont décroché et qui sont lâchés dans la nature sans perspective professionnelle … Il faut donc voir les choses différemment et plus largement.

On est là au cœur de la question du collège.

Je n’entre dans le débat théorique sur le collège unique ou multiple… Ce qui est important, c’est que le collège puisse donner à chacun les moyens d’acquérir des savoirs fondamentaux - c’est la notion de « socle » - et qui offre en parallèle une ouverture sur des filières professionnelles qui doivent être motivantes et valorisantes.

C’est dans cet esprit que nous allons adapter la 3ème . Parmi les évolutions envisagées, un parcours de « découverte  professionnelle » sera proposé aux adolescents. Les jeunes seront ainsi sensibilisés sur les métiers et le monde du travail ; ils seront responsabilisés et invités à réfléchir à leur vie d’adulte. Cela participera à la confiance qu’il doivent avoir en eux-mêmes et que nous devons savoir leur insuffler.

Enfin, le troisième objectif renvoie aux principes qui doivent animer l’institution scolaire. La responsabilité du chef d’établissement, le respect des professeurs, les valeurs républicaines : tout ceci doit être réhabilités et restaurés. L’Ecole est le lieu du savoir et de l’apprentissage de la citoyenneté et pas le « ventre mou » de toutes les dérives de notre société !

Certaines « bonnes âmes » me reprochent ce discours ferme. On le qualifie ici ou là de « ringard ». Ceci me laisse de marbre. Ce qui est ringard, antirépublicain et antisocial, c’est le désordre et le laxisme à l’école dont les victimes sont toujours les enfants les plus faibles et les moins privilégiés.

N’ayons pas peurs de revitaliser l’alliance entre l’Ecole et le savoir, entre l’éducation et la morale civique.

C’est dans cet esprit que j’insiste sur l’autorité des enseignants.

C’est dans cet esprit aussi que j’ai réouvert la réflexion sur le redoublement.

C’est dans cet esprit que nous avons rédigé et adoptée ensemble la circulaire relative à la laïcité. Son application est respectée et comprise. La détention de nos otages, qui est une agression contre notre pays, a provoqué un déclic. Face à cet événement, l’adhésion aux valeurs républicaines et l’esprit de responsabilité ont surgi comme une lame de fond.

En fait, la laïcité est apparue pour ce qu’elle est : c’est à dire le vecteur de la France unie au delà des confessions et des origines de chacun.

Je vous livre quelques chiffres : l’an dernier, on dénombrait 1500 cas de filles voilées. Cette année, 635 cas ont été recensés à l’entrée des établissements. 534 cas ont été réglés dans le cadre du dialogue. Demeurent une centaine de cas qui sont traités dans le dialogue avec tact et fermeté.

Reste dans les établissement un « point noir »: c’est celui de la violence. En la matière, les chiffres ne sont pas bons. Je le dis avec franchise car ce n’est pas en masquant la réalité qu’on la combat. Plus que jamais, il faut de la prévention en amont et de la sanction en aval, ce qui nécessite de mobiliser tous les acteurs : enseignants, parents, élus locaux, associations, force de police et justice.

Dans les prochains jours, nous sortons avec le ministère de l’intérieur une convention pour lutter contre le racket et la toxicomanie et j’ai signé avec Dominique Perben une convention entre le rectorat de Paris et le procureur pour assurer un traitement des infractions en temps réel. Il faut que cette méthode se généralise.

Mais, au delà de ces mesures, je veux dire avec force que l’Ecole paie la « facture » de 25 années d’irrésolution de notre société face à la dissolution de ses repères moraux et civiques.

Quand la violence fut si longtemps excusée et non sanctionnée, quand le dealer gagne plus que le travailleur, quand certains parents démissionnent, quand les programmes télévisés surenchérissent dans le spectaculaire, quand l’enfant est considéré comme l’égal de l’adulte, il n’est alors pas surprenant de voir certains adolescents faire leur loi !

Tout ceci pour dire que la violence scolaire relève d’une responsabilité collective.

Mes amis,

Cette chaîne de l’éducation se prolonge vers les études supérieures, qui depuis une trentaine d’année se sont fortement généralisées.

Nos universités doivent relever un double défi : celui de la démocratisation et celui de l’excellence scientifique. Certains estiment que ces deux défis sont antinomiques… Je ne le crois pas. Nous devons structurer les objectifs de nos établissements. C’est l’objet de la réforme intitulée « LMD » (Licence-Master-Doctorat).

Le LMD assigne à chacun des trois cursus – licence, master, doctorat – des objectifs spécifiques :

    * le cursus licence, c’est la proximité et l’accueil de publics divers. Il doit permettre d’orienter les étudiants en fonction de leurs capacités et de leurs projets, soit vers l’insertion professionnelle, soit vers la préparation à des études plus longues ;
    * le cursus master, c’est l’attractivité pour les étudiants français et étrangers. Au niveau master, les établissements valorisent leurs compétences spécifiques fondées sur leurs forces scientifiques et leurs domaines de recherche reconnus ;
    * enfin, le cursus doctoral, c’est l’excellence fondée sur des pôles de recherche qui fédèrent, sur un site, un campus, les capacités des établissements d’enseignement supérieur et de recherche au sein de puissantes écoles doctorales. Ces pôles doivent avoir une vocation européenne et internationale, car la concurrence universitaire et scientifique est un défi que notre pays doit relever.

Ce dernier point me permet de rebondir sur le dossier de la recherche, qui constitue l’un des nerfs vitaux de l’ambition française. Avec mon collègue François D’Aubert, nous avons rétabli le dialogue avec le monde de la recherche :

    * nous préparons une loi d’orientation et de programmation qui vous sera proposée au printemps ;
    * le budget 2005, témoigne dès à présent, de notre volonté pour la recherche française.

Pourquoi avons-nous connu, l’année dernière, la crise de la recherche ?

Certes, il y a eu un élément déclencheur ( les postes ), mais ce conflit a des racines plus profondes : certaines sont structurelles avec l’essoufflement du modèle public de recherche et l’internationalisation des acteurs ; d’autres sont culturelles avec le relativisme qui a désacralisé le progrès scientifique.

Une approche globale est donc nécessaire.

Définition des priorités nationales, amélioration de gestion des grands organismes et articulation avec les universités, optimisation de l’évaluation, organisation, attractivité et modularité des carrières , accroissement de la recherche privée, réhabilitation du progrès scientifique au sein l’opinion publique, niveau et sources de financement de la recherche : tels sont les axes sur lesquels nous allons devoir avancer dans le cadre de la loi d’orientation et de programmation.

Voilà les réflexions que je souhaitais vous livrer. J’ai l’intime conviction que l’épine dorsale du progrès national est dans l’élaboration d’une stratégie éducative et scientifique renouvelée. Notre système a suffisamment d’atouts pour échapper au dilemme absurde du statu-quo ou de la table rase. C’est une voie innovante que je vous invite à tracer ensemble.

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7 juillet 2004 3 07 /07 /juillet /2004 23:00
Mesdames et messieurs,
Mes chers amis,

Je dois vous avouer que j’attendais ce moment de vous retrouver avec beaucoup d’impatience. Il faut dire que depuis deux ans, les occasions de nous voir ont été trop rares. De la réforme des retraites à celle du dialogue social, du règlement du conflit des chercheurs à la préparation de la loi sur l’école, je n’ai pas pu vous consacrer le temps que je souhaitais. Ne m’en veuillez pas.

Mais croyez-moi, dans les moments difficiles de ces derniers mois, j’ai toujours senti votre proximité et votre fidélité.

C’est pourquoi je veux d’abord vous remercier pour votre présence et votre soutien ce soir, avec une attention spéciale pour ceux et celles qui se sont déplacés et qui parfois viennent de loin.

Je tiens à saluer mes amis députés et sénateurs en leur disant combien j’apprécie leur amitié. Aucune des réformes entreprises depuis deux ans n’aurait pu être menées à bien sans leur engagement à mes côtés, et leur vote.

Mais je veux surtout m’adresser ce soir aux jeunes de France.9 qui savent que le débat public ne se fait pas sans flamme ni idées. À l’heure où l’engagement politique devient dangereusement rare, votre action me fait chaud au cœur.

Sans vous, France.9 n’aurait aucune raison d’être.

Mes chers amis,

Cette réunion tombe à pic. L’assemblée générale de notre association me permet de m’adresser à vous, et à travers vous à tous les sympathisants de la majorité ou d’ailleurs, à un moment crucial de notre vie politique.

Nous sommes à mi-chemin du quinquennat. Un quinquennat fondé par l’événement sans précédent sous la Vème République que fut le 21 avril 2002. Nous nous trouvons à la charnière : après deux ans et demi de gouvernement et deux échecs électoraux, la majorité dispose de près de trois années sans élections.

Seuls face à nos responsabilités.

Alors je n’irai pas par quatre chemins : le moment est crucial parce que si nous ne réagissons pas et si nous ne reprenons pas tout de suite l’offensive, nous allons droit à un échec retentissant aux présidentielles et aux législatives de 2007.

Tout est réuni pour la chronique d’une défaite annoncée.

Notre électorat, déboussolé dans sa lecture de notre action, s’est perdu en route. Avec une UDF qui ne roule que pour elle-même et une UMP paralysée par les luttes d’influence, l’union de la droite et du centre que nous avons tous ardemment souhaitée est revenue à la case départ. Ce qui permet au Parti socialiste de plastronner comme la première formation politique de France.

Si à ce paysage, j’ajoute le zapping électoral des Français, lesquels n’ont reconduit aucune majorité depuis plus de vingt-cinq ans, vous comprendrez la sévérité de mon diagnostic.

Si par malheur nouvelle alternance il y avait, n’en doutez pas : elle serait très dure.

Une alternance beaucoup plus dangereuse que les précédentes.

D’abord parce qu’elle sera totale. Au pouvoir régional qui a déjà basculé s’ajoutera la force de frappe d’une fonction présidentielle désormais renforcée par la logique du quinquennat.

Ensuite, parce c’est la gauche la plus archaïque d’Europe qui aura toutes les commandes. Une gauche sans idées qui refuse la réalité du monde d’aujourd’hui, une gauche qui cherche dans l’alternance une revanche idéologique, une gauche qui arrivera avec sa hote de chimères.

Et tout cela à l’heure historique où la France doit plus que jamais mobiliser son énergie face aux défis du monde ; à l’heure où les nouveaux pays membres de l’Europe ont faim de nous concurrencer au sein du marché unique que nous avons créé et où les puissances émergentes comme la Chine et l’Inde s’apprêtent à bousculer toutes les certitudes économiques, sociales et culturelles de notre vieil occident !

Bref, la France risquerait tout simplement d’être mise hors-jeu.

Mes chers amis,

À tous ces échecs que l’on nous dit programmés, je ne me résoudrai jamais.

Tout est possible à condition de saisir l’opportunité des deux années qui viennent pour gouverner avec une ligne claire, pour faire la chasse aux contradictions profondes que nous vend la gauche, pour enfin reconstruire l’union, oui l’union de la droite et du centre.

Au stade où nous en sommes, la réussite tient d’abord à la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes. Ayons la détermination d’agir, non pas au gré des circonstances, mais comme l’intérêt de la France l’exige !

Faire ce que nous devons faire, c’est nous donner un cap à la France et nous y tenir.

Le Président de la République est sur ce plan le seul maître à bord. Il a raison de refuser aux circonstances de dicter ses choix. Mais le sursaut ne doit pas être trop longtemps différé. Nous aurions beaucoup à perdre aux yeux de l’opinion si tout à la rentrée était focalisé sur la seule bataille pour la présidence de l’UMP.

N’oublions pas que notre victoire de 2002 c’est d’abord la sanction de l’inaction socialiste. Ce que nous ont demandé les Français, c’est que la politique traite enfin les problèmes réels de nos concitoyens. De ce volontarisme, le Président nous a donné un exemple. Dans la crise irakienne, il a fait la démonstration que lorsque l’on veut on peut.

Tout est question de courage !

Le défi du gouvernement, c’est de transposer cette démonstration au plan national. Par un volontarisme réformateur certes, mais qui tienne pleinement compte des inquiétudes légitimes des Français, de leur crainte viscérale d’un libéralisme débridé trop indifférent à la pérennité de notre modèle social et aux raisons de l’humanisme.

La clef, c’est encore le Président de la République qui nous l’a donnée en plaçant la cohésion sociale au cœur de l’action gouvernementale.

Cette idée-là, il faut la conforter et la poursuivre.

La gauche a bien compris le danger qu’elle représente. Preuve en est qu’elle ne cesse de crier à la casse sociale, à notre prétendue incapacité de répondre au besoin de protection des Français. Et bien entendu, le social c’est leur monopole, leur chasse gardée, leur fond de commerce.

Mais qu’entendent-ils lorsqu’ils parlent du social ? S’agit-il simplement de cibler les efforts de la puissance publique sur les plus faibles, les plus défavorisés, ceux qui souffrent manifestement le plus ? C’est une conception trop étroite du social. Pour moi, ce n’est pas faire du social. C’est faire au mieux de la charité. C’est donner un minimum vital mais jamais d’espoir. Mais c’est surtout installer la puissance publique dans l’impuissance en lui enlevant tout dynamisme.

Il y a une autre façon de concevoir l’action sociale de l’Etat.

Elle consiste à s’adresser aussi - et peut être même d'abord - à ceux qui, chacun à sa mesure, contribuent à la richesse nationale mais ressentent durement la peur de l’exclusion. Les études nous montrent que 55 % des salariés français vivent dans cette inquiétude.

Qui sont-ils, ces Français ?

Vous, votre voisin, et tous ceux qui ne bénéficient pas d’un statut protégé qui leur permet de descendre sans crainte dans la rue.

Combien sont-ils, ces Français ?

Des millions.

Depuis vingt ans, par le déplacement de leur désarroi, ce sont eux qui font tomber les majorités, d’un bord à l’autre. Ce sont les oubliés des statistiques et des médias. Je parle de ce vaste ensemble jamais décrit et mal compris ; de ces Français qui ne ménagent ni leur temps, ni leur peine au service de notre pays ; ces Français actifs et courageux que l’on appèle inélégamment la « classe moyenne ».

Que veulent-ils, ces compatriotes ?

Une bonne santé, un emploi stable, une vie familiale épanouie, un logement dont ils sont propriétaires et une bonne formation pour assurer l’avenir de leurs enfants.

C’est ce que nous voulons tous.

Et pourtant, ces souhaits expriment aujourd’hui, en creux, une vision pessimiste d’une société où la santé n’est plus forcément un droit acquis ; une société où les inégalités se creusent, où accéder à la propriété est trop souvent un rêve. Oui, ils vivent mal ce monde où l’emploi devient de plus en plus fluide, « flexible », où le chômage est à un moment ou à un autre inévitable ; un monde où les enfants ne sont même plus assurés d’obtenir par l’effort et le mérite une situation meilleure que celle de leurs parents.

Bref, un monde ressenti comme incertain, un monde de l’injustice.

Toutes ces angoisses se rejoignent : face aux nouveaux risques, elles expriment un besoin de nouvelles sécurités, de nouvelles idées, de nouveaux horizons.

C’est bien pourquoi le thème de l’insécurité sociale fait florès. La crise que nous vivons affecte d'abord les espérances de promotion sociale. La crise que nous vivons ne se noue pas autour d’une rupture entre la France d’en haut et la France d’en bas. Elle se noue au cœur de notre société active dont elle fige le jeu des énergies individuelles.

Il faut les libérer en insufflant de l’espoir à cette France courageuse qui tient la France sur ces épaules.

Ce qui me frappe, c’est combien cette France-là estime être, à juste titre, la grande oubliée des politiques sociales, et de la politique tout court. Depuis deux ans, c’est cette France-là, la France de tous les équilibres, qui nous a fait progressivement défaut, pour ne pas dire faux-bond.

C’est elle qui nous dit qu’elle en a assez !

C’est elle qui s’abstient ou qui vote ailleurs !

C’est elle qui s’impatiente !

Vous en voulez la preuve ? Aux élections européennes du 13 juin, c’est péniblement 13% des salariés qui votent pour l’UMP !

Tout est là.

Retrouver la confiance de la France salariée : voilà la bataille décisive de la majorité pour les deux années à venir.

Deux années pour avoir le courage de faire sauter, un par un, ces verrous posés sur la société française en s’attaquant à la grande chaufferie des préjugés. Il faut en finir avec notre obsession égalitariste qui n’a aucun rapport avec la méritocratie républicaine !

Deux années pour faire sauter le bouchon de l’échangeur social.

Comment libérer ce carrefour au sein duquel les espoirs de la France du milieu doivent se réaliser ?

Quatre axes d’action me paraissent prioritaires.

Le premier, c’est celui de l’emploi.

Si la France demeure, depuis vingt ans, dans le bas du tableau européen, c’est parce que nos règles du travail dissuadent tout à la fois l’embauche et la promotion sociale et professionnelle.

En France, nous n’avons pas choisi le plein emploi pour tous, mais la sécurisation de l’emploi pour certains.

Voilà la vérité !

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21 juin 2004 1 21 /06 /juin /2004 23:00
Mesdames et messieurs,
Mes chers amis,

Je dois vous avouer que j’attendais ce moment de vous retrouver avec beaucoup d’impatience. Il faut dire que depuis deux ans, les occasions de nous voir ont été trop rares. De la réforme des retraites à celle du dialogue social, du règlement du conflit des chercheurs à la préparation de la loi sur l’école, je n’ai pas pu vous consacrer le temps que je souhaitais. Ne m’en veuillez pas.

Mais croyez-moi, dans les moments difficiles de ces derniers mois, j’ai toujours senti votre proximité et votre fidélité.

C’est pourquoi je veux d’abord vous remercier pour votre présence et votre soutien ce soir, avec une attention spéciale pour ceux et celles qui se sont déplacés et qui parfois viennent de loin.

Je tiens à saluer mes amis députés et sénateurs en leur disant combien j’apprécie leur amitié. Aucune des réformes entreprises depuis deux ans n’aurait pu être menées à bien sans leur engagement à mes côtés, et leur vote.

Mais je veux surtout m’adresser ce soir aux jeunes de France.9 qui savent que le débat public ne se fait pas sans flamme ni idées. À l’heure où l’engagement politique devient dangereusement rare, votre action me fait chaud au cœur.

Sans vous, France.9 n’aurait aucune raison d’être.

Mes chers amis,

Cette réunion tombe à pic. L’assemblée générale de notre association me permet de m’adresser à vous, et à travers vous à tous les sympathisants de la majorité ou d’ailleurs, à un moment crucial de notre vie politique.

Nous sommes à mi-chemin du quinquennat. Un quinquennat fondé par l’événement sans précédent sous la Vème République que fut le 21 avril 2002. Nous nous trouvons à la charnière : après deux ans et demi de gouvernement et deux échecs électoraux, la majorité dispose de près de trois années sans élections.

Seuls face à nos responsabilités.

Alors je n’irai pas par quatre chemins : le moment est crucial parce que si nous ne réagissons pas et si nous ne reprenons pas tout de suite l’offensive, nous allons droit à un échec retentissant aux présidentielles et aux législatives de 2007.

Tout est réuni pour la chronique d’une défaite annoncée.

Notre électorat, déboussolé dans sa lecture de notre action, s’est perdu en route. Avec une UDF qui ne roule que pour elle-même et une UMP paralysée par les luttes d’influence, l’union de la droite et du centre que nous avons tous ardemment souhaitée est revenue à la case départ. Ce qui permet au Parti socialiste de plastronner comme la première formation politique de France.

Si à ce paysage, j’ajoute le zapping électoral des Français, lesquels n’ont reconduit aucune majorité depuis plus de vingt-cinq ans, vous comprendrez la sévérité de mon diagnostic.

Si par malheur nouvelle alternance il y avait, n’en doutez pas : elle serait très dure.

Une alternance beaucoup plus dangereuse que les précédentes.

D’abord parce qu’elle sera totale. Au pouvoir régional qui a déjà basculé s’ajoutera la force de frappe d’une fonction présidentielle désormais renforcée par la logique du quinquennat.

Ensuite, parce c’est la gauche la plus archaïque d’Europe qui aura toutes les commandes. Une gauche sans idées qui refuse la réalité du monde d’aujourd’hui, une gauche qui cherche dans l’alternance une revanche idéologique, une gauche qui arrivera avec sa hote de chimères.

Et tout cela à l’heure historique où la France doit plus que jamais mobiliser son énergie face aux défis du monde ; à l’heure où les nouveaux pays membres de l’Europe ont faim de nous concurrencer au sein du marché unique que nous avons créé et où les puissances émergentes comme la Chine et l’Inde s’apprêtent à bousculer toutes les certitudes économiques, sociales et culturelles de notre vieil occident !

Bref, la France risquerait tout simplement d’être mise hors-jeu.

Mes chers amis,

À tous ces échecs que l’on nous dit programmés, je ne me résoudrai jamais.

Tout est possible à condition de saisir l’opportunité des deux années qui viennent pour gouverner avec une ligne claire, pour faire la chasse aux contradictions profondes que nous vend la gauche, pour enfin reconstruire l’union, oui l’union de la droite et du centre.

Au stade où nous en sommes, la réussite tient d’abord à la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes. Ayons la détermination d’agir, non pas au gré des circonstances, mais comme l’intérêt de la France l’exige !

Faire ce que nous devons faire, c’est nous donner un cap à la France et nous y tenir.

Le Président de la République est sur ce plan le seul maître à bord. Il a raison de refuser aux circonstances de dicter ses choix. Mais le sursaut ne doit pas être trop longtemps différé. Nous aurions beaucoup à perdre aux yeux de l’opinion si tout à la rentrée était focalisé sur la seule bataille pour la présidence de l’UMP.

N’oublions pas que notre victoire de 2002 c’est d’abord la sanction de l’inaction socialiste. Ce que nous ont demandé les Français, c’est que la politique traite enfin les problèmes réels de nos concitoyens. De ce volontarisme, le Président nous a donné un exemple. Dans la crise irakienne, il a fait la démonstration que lorsque l’on veut on peut.

Tout est question de courage !

Le défi du gouvernement, c’est de transposer cette démonstration au plan national. Par un volontarisme réformateur certes, mais qui tienne pleinement compte des inquiétudes légitimes des Français, de leur crainte viscérale d’un libéralisme débridé trop indifférent à la pérennité de notre modèle social et aux raisons de l’humanisme.

La clef, c’est encore le Président de la République qui nous l’a donnée en plaçant la cohésion sociale au cœur de l’action gouvernementale.

Cette idée-là, il faut la conforter et la poursuivre.

La gauche a bien compris le danger qu’elle représente. Preuve en est qu’elle ne cesse de crier à la casse sociale, à notre prétendue incapacité de répondre au besoin de protection des Français. Et bien entendu, le social c’est leur monopole, leur chasse gardée, leur fond de commerce.

Mais qu’entendent-ils lorsqu’ils parlent du social ? S’agit-il simplement de cibler les efforts de la puissance publique sur les plus faibles, les plus défavorisés, ceux qui souffrent manifestement le plus ? C’est une conception trop étroite du social. Pour moi, ce n’est pas faire du social. C’est faire au mieux de la charité. C’est donner un minimum vital mais jamais d’espoir. Mais c’est surtout installer la puissance publique dans l’impuissance en lui enlevant tout dynamisme.

Il y a une autre façon de concevoir l’action sociale de l’Etat.

Elle consiste à s’adresser aussi - et peut être même d'abord - à ceux qui, chacun à sa mesure, contribuent à la richesse nationale mais ressentent durement la peur de l’exclusion. Les études nous montrent que 55 % des salariés français vivent dans cette inquiétude.

Qui sont-ils, ces Français ?

Vous, votre voisin, et tous ceux qui ne bénéficient pas d’un statut protégé qui leur permet de descendre sans crainte dans la rue.

Combien sont-ils, ces Français ?

Des millions.

Depuis vingt ans, par le déplacement de leur désarroi, ce sont eux qui font tomber les majorités, d’un bord à l’autre. Ce sont les oubliés des statistiques et des médias. Je parle de ce vaste ensemble jamais décrit et mal compris ; de ces Français qui ne ménagent ni leur temps, ni leur peine au service de notre pays ; ces Français actifs et courageux que l’on appèle inélégamment la « classe moyenne ».

Que veulent-ils, ces compatriotes ?

Une bonne santé, un emploi stable, une vie familiale épanouie, un logement dont ils sont propriétaires et une bonne formation pour assurer l’avenir de leurs enfants.

C’est ce que nous voulons tous.

Et pourtant, ces souhaits expriment aujourd’hui, en creux, une vision pessimiste d’une société où la santé n’est plus forcément un droit acquis ; une société où les inégalités se creusent, où accéder à la propriété est trop souvent un rêve. Oui, ils vivent mal ce monde où l’emploi devient de plus en plus fluide, « flexible », où le chômage est à un moment ou à un autre inévitable ; un monde où les enfants ne sont même plus assurés d’obtenir par l’effort et le mérite une situation meilleure que celle de leurs parents.

Bref, un monde ressenti comme incertain, un monde de l’injustice.

Toutes ces angoisses se rejoignent : face aux nouveaux risques, elles expriment un besoin de nouvelles sécurités, de nouvelles idées, de nouveaux horizons.

C’est bien pourquoi le thème de l’insécurité sociale fait florès. La crise que nous vivons affecte d'abord les espérances de promotion sociale. La crise que nous vivons ne se noue pas autour d’une rupture entre la France d’en haut et la France d’en bas. Elle se noue au cœur de notre société active dont elle fige le jeu des énergies individuelles.

Il faut les libérer en insufflant de l’espoir à cette France courageuse qui tient la France sur ces épaules.

Ce qui me frappe, c’est combien cette France-là estime être, à juste titre, la grande oubliée des politiques sociales, et de la politique tout court. Depuis deux ans, c’est cette France-là, la France de tous les équilibres, qui nous a fait progressivement défaut, pour ne pas dire faux-bond.

C’est elle qui nous dit qu’elle en a assez !

C’est elle qui s’abstient ou qui vote ailleurs !

C’est elle qui s’impatiente !

Vous en voulez la preuve ? Aux élections européennes du 13 juin, c’est péniblement 13% des salariés qui votent pour l’UMP !

Tout est là.

Retrouver la confiance de la France salariée : voilà la bataille décisive de la majorité pour les deux années à venir.

Deux années pour avoir le courage de faire sauter, un par un, ces verrous posés sur la société française en s’attaquant à la grande chaufferie des préjugés. Il faut en finir avec notre obsession égalitariste qui n’a aucun rapport avec la méritocratie républicaine !

Deux années pour faire sauter le bouchon de l’échangeur social.

Comment libérer ce carrefour au sein duquel les espoirs de la France du milieu doivent se réaliser ?

Quatre axes d’action me paraissent prioritaires.

Le premier, c’est celui de l’emploi.

Si la France demeure, depuis vingt ans, dans le bas du tableau européen, c’est parce que nos règles du travail dissuadent tout à la fois l’embauche et la promotion sociale et professionnelle.

En France, nous n’avons pas choisi le plein emploi pour tous, mais la sécurisation de l’emploi pour certains.

Voilà la vérité !

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7 juin 2004 1 07 /06 /juin /2004 23:00
Mesdames et messieurs,

Il est rare, m’a t’on dit, qu’un rassemblement de ce type soit organisé... Je veux vous remercier d’avoir répondu favorablement à notre invitation. Je mesure l’étendue de vos charges, notamment en cette période de l’année. Votre présence n’en a que plus de prix. J’adresse également mes remerciements à monsieur le recteur, Paul Desneuf, et à ses équipes, pour l’organisation de cette manifestation.

J’ai voulu cette réunion et j’ai voulu y assister, pour trois raisons essentielles :

la première, c’est que je crois à la nécessité d’engager le dialogue directement avec celles et ceux qui font vivre l’Education Nationale. Je ne suis pas, comme on dit, un « homme du sérail »… J’aborde ma mission sans idées préconçues et sans dogmes arrêtés. Ma méthode, c’est l’écoute, c’est la recherche de points de convergences, et c’est l’action ;

la seconde raison, c’est que je sens que notre système éducatif a besoin d’être soutenu, voir défendu, car il est devenu le réceptacle de toutes les difficultés et de toutes les attentes de notre société, qui - je le note au passage - est souvent plus exigeante à l’endroit de l’institution scolaire qu’à l’égard d’elle-même… Cette charge, qui repose largement sur vos épaules, est immense, parfois même excessive... Mais, l’Education Nationale doit assumer son rôle structurant. Dans une société en mal de repères collectifs, elle est l’épine dorsale de la nation. C’est sa vocation républicaine, c’est son honneur !

la troisième raison qui m’a conduit ici est claire et nette : j’ai voulu témoigner de la confiance que j’ai en vous. Parce que la mission éducative est précisément difficile, elle a plus que jamais besoin d’être animée par des femmes et des hommes qui organisent, arbitrent, en un mot, qui décident ! J’entends parfois dire que notre monde contemporain a quelques hésitations avec le mot «autorité»… Pour ma part, je n’ai pas d’état d’âme en la matière. Vous formez l’armature du système ! Par votre position de cadres et en tant que représentants de l’Etat, vous avez des prérogatives et des charges. Vous êtes les « pilotes » de vos établissements ; vous êtes au centre de leur management et de la gestion des ressources humaines ; vous avez un rôle d’exemple. Vous ne devez pas vous sentir isolés, dépourvus, écartés ou contestés : vous êtes, nous sommes, vous et moi, comptables du bon fonctionnement de l’Education Nationale. Nous sommes les maillons de la même chaîne. Notre collaboration doit être forte ; notre solidarité doit être à double sens.

Chaque fois que cela sera nécessaire, je serai présent à vos côtés, lorsqu’il conviendra d’arbitrer en faveur de certains principes qui, selon moi, décident de l’efficacité de la mission éducative : responsabilité de l’encadrement, respect des professeurs, éthique de l’effort, égalité des chances, tolérance et civisme républicain, tous ces mots ont pour moi du sens. Ils doivent s’incarner dans l’institution scolaire. Le terme « Education Nationale » porte d’ailleurs en lui-même un projet qui ne se prête pas à la confusion des valeurs et des pratiques : le projet d’instruire et de rassembler.

Mesdames et messieurs les Proviseurs, Principaux et Adjoints,

Notre pays dispose d’un système éducatif qui est globalement de bonne qualité. Depuis une trentaine d’années, la nation y consacre des moyens financiers et humains importants et sans cesse constants. En fonction de la conjoncture économique, on peut naturellement toujours faire plus… On peut aussi faire mieux. A ce titre, je crois nécessaire de définir un horizon plus stable. Nous avons besoin de mieux programmer nos efforts, notamment en terme d’effectifs.

Mais tout ne relève pas des seuls enjeux financiers.

Nous connaissons les atouts de notre système, mais aussi ses points faibles. Je pense aux milliers de jeunes qui sortent du système scolaire sans réelle qualification. Je pense à la reproduction de certaines inégalités sociales que notre système éducatif n’arrive pas toujours à briser. Je pense à la violence, au racket, à la drogue. Je pense aux phénomènes de communautarisme et de racisme qui se répercutent au sein de certains établissements. Je pense à ces inacceptables relents d’antisémitisme devant lesquels le Président de la République s’est fortement élevé. En la matière, il ne faut rien laisser passer. Je pense à la formation des maîtres dont on me dit qu’elle peut être en certains endroits formidable et en d’autres insatisfaisante. Je pense à cette absence de confiance que je ressens chez nombre d’adolescents. Je pense enfin à notre fonctionnement administratif qui peut conduire à un manque de réactivité, voire de transparence, au regard des élèves et des parents, mais aussi pour vous qui êtes sur le terrain, enserrés dans une gestion pressante, parfois trop complexe.

Tout ceci, vous le vivez, vous le gérez et devez le surmonter au quotidien.

Tout cela doit être examiné avec lucidité, de façon ouverte et constructive afin de nourrir la loi d’orientation prévue pour l’année prochaine. A l’évidence, cette loi ne peut être abordée avec un esprit de système. Elle ne peut être une loi de rupture, mais une loi qui relance nos objectifs fondamentaux et réajuste les méthodes et les pratiques pour y parvenir.

Qu’attendons-nous, au fond, de notre école ?

Le premier des objectifs doit être que tous les enfants acquièrent un bagage commun. Face aux connaissances, il faut l’égalité des chances. Tout enfant qui entre en 6ème doit savoir lire, écrire, compter. Si cette priorité n’est pas assurée, alors le collège ne peut, en aval, tenir pleinement son rôle. Dans cette perspective, la poursuite à l’école primaire du plan de prévention de l’illettrisme doit être approfondie et évaluée sur le moyen terme.

Le second objectif est que chacun puisse choisir, au terme d’un tronc commun, la voie qui lui est la plus appropriée. Je refuse d’entrer dans les débats un peu théorique sur le collège unique ou multiple, « indivisible » ou « bicéphale »… Il faut que le collège soit pour tous ! C’est à dire un collège qui donne les moyens à chacun d’acquérir des savoirs fondamentaux - c’est la notion de « socle » - et qui offre en parallèle une ouverture sur des filières professionnelles qui doivent être motivantes et valorisantes. Pour cela, il faut cesser de hiérarchiser et d’opposer les filières. Parce que l’excellence peut être plurielle, Il faut de la diversité, il faut des passerelles. C’est dans cet esprit que nous finalisons le projet d’adaptation de la 3ème , qui devrait notamment intégrer un nouvel enseignement de « découverte professionnelle ». Cette adaptation de la 3ème se mettra en place l’année prochaine dans les collèges qui y sont prêts, puis sera généralisée de façon progressive. Je sais qu’elle suscite parmi vous des interrogations… Je veux vous préciser que cette « nouvelle 3ème » ne s’apparente pas à une pré-orientation. J’exclue cette perspective, mais, en revanche, je défends avec conviction l’idée d’une sensibilisation d’un grand nombre de collégiens à l’entreprise et à ses métiers.

D’une façon plus générale, nous devons donner leurs lettres de noblesse à tout ce qui mène vers des expériences pratiques et des qualifications professionnelles.

L’ambition de notre système scolaire se situe dans la perspective des 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, et j’espère que dans les prochains jours, le « millésime » de cette année sera bon… Mais derrière ce chiffre ambitieux et symbolique, il y a, nous le savons tous ici, des réalités plus complexes, des nœuds à délier, des revers silencieux mais douloureux… Face à cette réalité, il faut enrichir notre horizon en visant les 100% d’élèves atteignant une qualification, en trouvant leur voie, leur épanouissement. On est là au cœur de la question de l’orientation. Elle se pose au collège, comme elle s’impose à l’Université. On est là également face aux choix difficiles d’affectation des moyens : nous devons prioritairement les cibler sur les zones difficiles, car l’égalité des chances n’a pas le même prix que l’on soit scolarisé dans les beaux quartiers ou les quartiers populaires. Dans la République, la réussite scolaire est un droit qui doit être offert à tous.

Enfin, le troisième objectif renvoie aux valeurs partagées qui doivent animer l’institution scolaire.

Parmi celles-ci, il y a la laïcité.

Dès ma nomination, je me suis attelé à la rédaction de la circulaire destinée à encadrer la loi du 15 mars. J’ai fortement milité à l’époque en faveur de cette loi car j’estimais que le gouvernement devait prendre ses responsabilités. Il m’apparaissait inconcevable de vous laisser vous « débrouiller » seuls, sous le regard attentiste des pouvoirs publics. Cela n’est pas dans ma conception de la République et de l’Etat.

Cette circulaire n’a pas été aisée à écrire. Les pressions furent fortes. Je n’y ai pas cédé. Entre ceux qui désiraient sur-réglementer la loi et ceux qui escomptaient la dévitaliser, j’ai cherché à définir un axe républicain qui ne soit ni angélique, ni arbitraire. Ni angélique car les velléités de contournement ne peuvent être écartées ; ni arbitraire car l’application de la loi ne doit pas être vécue par toute notre jeunesse comme un carcan abusif, ni perçue comme un instrument grossièrement tourné contre la liberté de conscience.

Cette circulaire a ses lignes de force :

celle, tout d’abord, de la fermeté républicaine sur l’essentiel : c’est à dire l’interdiction des signes religieux les plus évidemment ostensibles. Cette règle simple et nette devra s’appliquer partout et pour tous ;

cette fermeté sur l’essentiel va de pair avec une part de pragmatisme et de responsabilité laissée aux acteurs de terrain pour faire respecter la règle commune et évaluer et sanctionner ses éventuels contournements. La plupart des chefs d’établissement que j’ai pu rencontrer, si soucieux soient-ils du caractère exhaustif de la circulaire, m’ont indiqué qu’ils étaient attachés à cette responsabilité de terrain. Je mise donc sur votre autorité et celle de vos équipes ! J’ai confiance dans votre discernement pour cibler la portée religieuse qui pourrait être attachée à certaines tenues vestimentaires, et plus encore lorsque leur port contreviendrait au règlement intérieur, comme cela est indiqué dans la circulaire. J’ai confiance dans votre capacité à organiser, avec tact, le dialogue avec l’élève, et dans votre aptitude à définir les conditions dans lesquelles il doit être scolarisé dans l’établissement durant cette phase. Certains auraient souhaité inscrire dans cette circulaire le rôle de médiateurs extérieurs, d’autres voulaient multiplier les procédures... J’ai dit non ! Dans l’Ecole de la République, les responsables, c’est vous !

Voilà l’esprit de cette circulaire. Nul ne prétend qu’elle puisse tout régler, car chacun sait que derrière la question de la laïcité il y a des problématiques et des enjeux plus larges. Mais nul ne pourra cependant me convaincre que la résolution de ces enjeux, et notamment celui de l’intégration, passe par le recul des principes républicains !

Faire en sorte que ce qui nous rassemble soit plus fort que ce qui peut nous diviser : c‘est ce message d’union qui est sous-jacent à cette circulaire. Ce message fraternel, je vous demande de le faire partager et de le faire respecter !

A la rentrée, le rectorat, avec un correspondant désigné par ses soins, sera prêt à appuyer ceux d’entre-vous qui le souhaiteraient. Sachez que je serai à vos côtés pour faire appliquer la loi de la République.

Cette question de la laïcité constitue l’un des aspects d’un problème adjacent, un problème plus large encore, qui est celui de la sécurité dans les établissements. En la matière, je sais que la situation n’est pas facile. Les statistiques démontrent une augmentation de la violence. Cette violence peut littéralement « pourrir » la vie des enfants et la paix des établissements. Sur ce sujet, je crois moins aux grandes déclarations qu’à la ténacité et à la continuité des actes car c’est une bataille de longue haleine. Il faut travailler en réseau, avec les parents, les associations, les autorités municipales, les forces de police et la justice. La mobilisation doit être totale et collective. Il faut agir en amont et sévir en aval.

Mesdames et messieurs,

Derrière ces objectifs, il y a, dans chaque établissement, une organisation, un encadrement dont dépend la qualité du travail éducatif.

Votre responsabilité est forte ; vos activités sont extraordinairement diverses. On vous demande beaucoup. Votre mission est d’être en première ligne, pour une affaire grave comme pour un incident minime, pour un sujet conséquent comme pour intervention mineure. Si vous me permettez ce parallèle, je vois là quelques ressemblances avec mon propre quotidien…

Dans quelques instants, vous évoquerez, au cours de la première table ronde, les questions relatives à votre travail, à la spécificité de votre fonction et de vos missions. J’ai rencontré ces dernières semaines vos représentants syndicaux qui m’ont sensibilisé sur un certain nombre d’entre-elles.

Avec mes équipes, nous avons commencé à y travailler. Permettez-moi de vous présenter un certain nombre de points précis que nos débats pourront utilement enrichir.

En terme de carrière, les éléments que je veux vous livrer sont les suivants :

il me paraît important d’assurer une plus grande fluidité du corps en ouvrant à davantage de personnels la possibilité d’accéder à la hors-classe grâce à un ajustement du pyramidage du corps. C’est un élément de reconnaissance auquel je suis attaché ;

dans le même esprit d’équité, je vous annonce que je fais actuellement étudier la possibilité d’indexer, comme cela se fait pour d’autres corps, vos indemnités ;

enfin, il y a, je le sais, un dossier sensible pour vous et sur lequel je serai intéressé de vous entendre : c’est celui de la fin de carrière. J’y suis attentif car il recouvre une forte dimension humaine. Il témoigne de l’intérêt que porte l’institution à ses personnels. C’est pour cela que la règle de mobilité, qui est pertinente en termes fonctionnels, doit être clairement appliquée avec souplesse et discernement, notamment lorsqu’elle concerne des personnels en fin de carrière. J’ai donné les instructions nécessaires à la direction de l’encadrement ;

dans le même esprit, et pour tenir compte de l’évolution de l’âge de départ en retraite, je veux vous dire qu’il me paraît légitime de pouvoir maintenir, au-delà de 60 ans, le bénéfice de la prime liée à l’établissement d’origine, en cas de mutation dans un établissement de catégorie inférieure.

En termes de gestion quotidienne, l’idée que je me fais de votre responsabilité me conduit à penser que l’efficacité exige plus de clarté.

Votre charge de travail déjà très lourde, ne doit pas être alourdie par une forme de « harcèlement textuel ». D’expérience, je sais qu’on n’avance pas dans un environnement aux allures kafkaïennes. Certes, il est nécessaire que les établissements rendent compte et renseignent l’institution. Mais la multiplication des enquêtes ou des sollicitations rendues plus faciles par le courrier électronique, sont des éléments de perturbation auxquels il faut mettre bon ordre. J’ai donné des instructions précises aux directeurs de centrale, aux recteurs et aux inspecteurs d’académie pour mettre un coup d’arrêt aux sollicitations multiples et désordonnées qui vous sont adressées sans justification impérieuse.

Il faut promouvoir un autre mode de relations entre les établissements et les autorités académiques, reposant sur la proximité. Il est nécessaire que vous puissiez nouer avec le recteur, l’inspecteur d’académie, des rapports plus étroits reposant sur la connaissance et la pratique du terrain par les autorités académiques. Je sais que recteurs et inspecteurs sont attachés à la qualité de ce lien de terrain, mais l’alourdissement de leurs tâches administratives peut les dissuader d’aller au contact. Je leur demande, quelles que soient leurs charges, de veiller à maintenir ce lien indispensable à la qualité du travail de l’encadrement.

Dans cette perspective, nous devons réfléchir ensemble aux fonctions de l’encadrement administratif de vos établissements pour que soit, à vos côtés, pleinement reconnue et identifiée cette fonction essentielle  dans la vie de l’établissement. Enfin, vous êtes responsables de l’organisation du temps de travail dans l’EPLE. Vous avez en charge, en particulier, l’organisation des services de vacances. Compte tenu des évolutions survenues ces dernières années la circulaire de 1996 sur les congés est aujourd’hui dépassée. Je sais que sa révision est difficile, mais je la crois nécessaire.

D’autres sujets vous préoccupent. Je pense, par exemple, à la formation. Elle est un élément capital de votre métier ; elle accentue votre capacité à maîtriser les situations complexes auxquelles tout personnel de direction est appelé à être confronté. Cette formation doit être optimisée et pleinement reconnue. Je suis, parmi d’autres sujets, particulièrement attentif à la valorisation des acquis de la formation sous des formes qu’il nous faudra ensemble préciser. Nous pourrions, par exemple, approfondir l’idée d’une reconnaissance universitaire.

De même, l’évaluation est pour tout personnel de direction un moment fort de sa carrière, mais aussi dans la relation qu’il entretient avec sa hiérarchie. Il est important que l’évaluateur connaisse personnellement le personnel évalué et son établissement. J’y veillerai et cela rejoint la nécessaire relation de proximité qui doit s’établir entre vous et l’autorité académique.

Sur tous ces sujets, un groupe permanent de concertation et de suivi sera mis en place auxquelles vos organisations syndicales représentatives seront invitées à participer étroitement. J’attends aussi de ce groupe une forme d’expertise sur l’action du service public au jour le jour.

Confiance, clarté, proximité… Tous ces termes que j’ai évoqués renvoient vers un principe qui doit être sans doute réactualisé : celui de l’autonomie de l’établissement. L’autonomie, ça n’est pas la liberté de faire n’importe quoi ; ça n’est pas détricoter l’Education Nationale qui a ses règles communes. L’autonomie, c’est et ce doit être davantage encore, la contrepartie naturelle de la responsabilité, qui est elle même à la source de l’efficacité ; une efficacité qui vise à une meilleure adaptation de l’action aux réalités et aux besoins du terrain.

Ce thème devra être traité dans le cadre de la loi d’orientation sur l’école.

Mesdames et messieurs les Proviseurs, Principaux et Adjoints,

Voilà ce que je voulais dire, ici, à Lille, à votre intention, et, à travers vous, à celle de tous vos collègues de France .

Je réunirai à la rentrée de septembre, l'ensemble des personnels de direction nouvellement intégrés dans le corps. C’est un symbole, mais je veux qu’ils sachent que je suis à leur côté dès leur entrée en fonction.

Nous le savons, notre pays est confronté à un double défi : un défi extérieur avec la constitution d’un monde ouvert et concurrentiel auquel nous devons répondre, et un défi intérieur marqué par la nécessité de recomposer des repères collectifs. Au cœur de ce double défi, j’ai l’intime conviction que le nerf du progrès économique et social et de l’unité nationale se situe dans notre stratégie éducative.

Notre mission commune est donc importante, elle est même vitale.

Vous pouvez compter sur ma détermination et je compte sur vous.

Cette rencontre doit nous permettre de croiser nos réflexions pour mieux conjuguer nos efforts.

Merci pour votre accueil et votre engagement.

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31 mai 2004 1 31 /05 /mai /2004 23:00
Mesdames et messieurs,
Mes amis et chers compagnons,

Le 13 juin, nous avons rendez-vous avec l’Europe.

Une Europe qui ne ressemble pas à celle de nos aînés. Elle compte 25 nations, 453 millions de citoyens, elle est la première puissance commerciale du monde, elle est appelée à être coiffée par une constitution. En somme, c’est un continent entier qui s’organise pour bâtir un espace de paix et de prospérité.

Jamais dans l’Histoire du monde, on a ainsi vu tant d’Etats et de peuples converger librement et pacifiquement les uns vers l’autres. Les empires d’autrefois étaient édifiés par la force et scellés par la peur. Notre Europe s’assemble, elle, sur des valeurs radicalement contraires : celle de la coopération et de la fraternité.

On peut tout penser de la question Européenne et de cette élection… Mais il y a une chose qu’on ne peut pas dire : c’est que son enjeu soit anodin ou médiocre.

Il n’est ni anodin, ni médiocre, parce qu’il nous renvoie aux grandes mutations de notre temps.

La première mutation est d’ordre géopolitique : le monde est désormais lié, global comme on dit. Ce qui se passe à l’autre bout du monde peut avoir une forte incidence sur notre propre pays. Ceux qui sous estiment cette interdépendance, placent la France en situation de marginalisation.

La seconde mutation est d’ordre stratégique. Nous assistons à la fin d’un cycle historique qui a vu les anciennes puissances industrielles, dont nous sommes, dominer de tout leur poids économique, scientifique et militaire, le système international. Désormais de nouveaux Etats, dont la Chine et l’Inde, puis un jour le Brésil ou la Russie, entrent sans complexe dans un jeu dont nous avons pendant plusieurs siècles fixé les règles.

Face a cette nouvelle donne, il est évident que les schémas d’hier sont dépassés.

Les nations faibles et frileuses, ne résisteront pas à l’accélération de l’histoire. En revanche, le temps des nations fortes, unies et décidées n’est pas clos.

Plus que jamais nous aurons besoin de la France.

Une France fière et parlant haut !

Une France qui croit en son avenir ! Qui modernise ses atouts et non qui sacralise ses conservatismes ! Qui remet ses finances en ordre et non qui subventionne à crédit leur désordre ! Qui noue des alliances avec ses partenaires et non qui s’abrite derrière une illusoire ligne Maginot.

Bref, les temps appellent à une France qui se tient droite.

Une France animée par un patriotisme éclairé destiné à servir la cause d’une Europe qui doit être respectée et indépendante et non le ventre mou d’une mondialisation débridée et d’une américanisation déplacée !

Mes amis,

Cette élection, certains tentent de la dévoyer pour des raisons tactiques.

Dans la bouche de nos opposants, qu’importe l’Europe, il s’agit «  de sanctionner le gouvernement et sa majorité ». Pour ce faire, tous les moyens sont « bons »…

La gauche oublie tout ce qu’elle à fait de l’Europe et qu’aujourd’hui elle dénonce sans scrupule.

Elle oublie toutes les directives qu’elle a accepté en son temps comme celles de la libéralisation du secteur des télécommunications, de l’énergie ou des transports, mais fustige sans complexe les conséquences de tout cela…

Elle stigmatise l’Europe prétendue « ultra libérale » pour mieux vanter les mérites d’une Europe socialiste qu’aucun Etat européen - notamment ceux gouvernés par la gauche ! - n’appelle de ses vœux.

Dans son projet, le parti socialiste propose d’étendre la réduction du temps de travail … Il faut être obtus pour proposer de généraliser à tous les pays une mesure qui a échoué là où elle a été testée.

Croyez-moi, Tony Blair, Gerhard Schroëder ou José Luis Zappatero, ne courent pas après le projet de François Hollande. Ils ont même plutôt tendance à le fuir de peur qu’il puisse porter la poisse économique à leur pays.

Oui, cette élection n’est pas aisée car la démagogie y est à son aise.

Qu’importe, je vous propose d’aborder ce rendez vous avec passion et hauteur de vue.

Avec passion, parce que nous devons être fidèles au formidable événement que l’élargissement représente. L’Histoire est bien là sous nos yeux : 10 pays, hier emprisonnés, martyrisés, rejoignent notre communauté.

Ne faisons pas la fine bouche !

Nous avons gagné notre pari contre le totalitarisme, contre cette division idéologique et militaire qui brimait l’unité de l’Europe. Dans sa tombe, le Général de Gaulle doit sourire devant cette revanche de l’Histoire qu’il pressentait, mais que personne n’envisageait il y a quinze ans à peine.

Avec passion, parce que le monde a besoin de l’Europe. Face aux défis planétaires le système international réclame une force d’équilibre et d’expérience. Cette force, si nous le voulons, c’est l’Europe ! C’est elle qui pourra équilibrer la puissance américaine qui, comme lors de la guerre en Irak, n’est pas toujours des mieux inspirée.

A ce sujet, on n’insiste pas assez sur la vision du Président de la République. Le large consensus politique autour de l’action de la France pour empêcher cette guerre ne peut masquer le fait que Jacques Chirac a rompu avec une attitude bien plus suiviste qui prévalait depuis 20 ans… Pour tout dire, je ne suis pas sûr que la gauche française eut, dans des conditions identiques, agit avec autant de courage et de clairvoyance. Pas contre, je suis convaincu que sans ce refus gaullien, l’Europe aurait toute entière basculé du coté des Etats-Unis et n’aurait ainsi pas pris date pour l’avenir. Le monde multipolaire que nous appelons de nos vœux aurait alors subi un revers fondamental. Jacques Chirac a évité à la France comme à l’idéal européen, de sombrer dans cette impasse.

Enfin, il faut aborder cette élection avec passion parce que nos concitoyens attendent, je le crois, qu’on leur parle de politique autrement, c’est à dire qu’on leur parle de la France différemment.

A l’occasion de notre défaite aux régionales, j’ai dit avec franchise que c’était un « 21 avril à l’envers ». Je persiste et signe !

Quand un pays zappe à chaque élection, c’est que ses ambitions nationales ne sont plus perçues avec acuité.

Les Français sont un grand peuple qui a pris l’habitude, au cours des siècles, d’être confronté à la grande Histoire. Notre nation a besoin d’un horizon politique transcendant l’hexagone. Un horizon qui explique pourquoi nous nous réformons, pour quels buts, pour quelle civilisation.

C’est cette passion, cette hauteur de vue, que je vous propose, avec Roseline Bachelot et ses colistiers, d’incarner. Au Parlement européen, je sais que la voix de Roseline et de son équipe ne passera pas inaperçue. Je sais qu’avec eux, on entendra parler de notre pays et de notre région.

Dans cette campagne, l’UMP est le parti de ceux qui veulent l’Europe sans défaire la France.

Une Europe plus politique, dotée d’une stratégie militaire et diplomatique indépendante et non à la solde de quiconque.

Une Europe de la sécurité qui face au terrorisme, aux réseaux internationaux du grand banditisme et des trafics de drogues, recoupe ses informations et ses moyens d’action.

Une Europe de la croissance, dotée d’une meilleure coordination économique ; une coordination qui ne soit pas ligotée par les seuls critères financiers ou monétaires et qui nous permets de repousser les assauts des grands groupes étrangers.

Une Europe de la connaissance qui structure son potentiel industriel, scientifique et culturel. C’est ici l’Europe d’Airbus qui a vendu plus d’avions que Boeing en 2003 ; c’est l’Europe de la fusée Ariane et du projet ITER qui pourrait être situé à Cadarache et qui serait destiné à découvrir, à travers la technique de la fusion, une source d’énergie inépuisable ; c’est enfin l’Europe de la diversité culturelle et des échanges universitaires…

Savez-vous que dix sept ans après le lancement du programme d’échange que l’on appelle ERASMUS, 1,2 millions d’élèves ont pu faire des études dans des pays européens autre que le leur, dont 20.000 jeunes français. A l’avenir, se seront tous nos enfants qui pourront enrichir leur cursus scolaire par des séjours en Europe.

Voilà, mesdames et messieurs, l’Europe que nous voulons et que nous devons continuer de construire.

Alors bien sûr, il y a des difficultés et des interrogations à l’égard de l’Europe et j’en ai moi-même soulevées un certain nombre dans ma carrière.

Cela est naturel. Croyez-vous qu’il soit simple de faire vivre 15,20,25 nations ensemble ? Non, cela n’est pas simple.

Seuls les idéalistes ou les cyniques peuvent être tentés de faire croire que l’aventure européenne est, ou devrait-être, un chemin parsemé de pétales de roses. Comme dans toute famille, il y a des incompréhensions, des grincements… Pour autant, la famille européenne doit elle en conclure qu’il vaut mieux vivre divisé qu’uni ? Naturellement non !

Dans cette élection, il y a finalement, face à nous, trois options :

    * 1 ère option : celle de l’Europe socialiste qui est une supercherie, dans la mesure ou aucun de nos partenaires européens, y compris ceux de gauche, n’aspirent à rejoindre les lubies de François Hollande et de ses amis ;

    * 2 ème option : celle de l’Europe fédérale qui est une triste utopie puisqu’elle part du principe que la France n’a plus les ressorts nécessaires pour exister par elle même et pour elle même ;

    * 3 ème option : c’est l’Europe des souverainistes. Vous le savez, j’ai partagé plusieurs batailles avec certains d’entre eux, comme celle qui m’opposa au traité de Maastricht. Mais aujourd’hui, je veux leur dire que l’Europe élargie édulcore une partie de leurs craintes. Dans cette Europe à 25 et un jour à 30, la politique devrait, plus que par le passé, retrouver ses droits naturels. Les règles les plus uniformes céderont la place à la souplesse dans l’action. Les principes de la géométrie variable et des coopérations renforcées vont progressivement devenir réalité. S’il en était autrement, alors l’Union européenne serait condamnée au surplace. Les griefs adressés par les souverainistes à la future constitution européenne ne sont pas tous erronés… Je les mesure. Mais soyons sincères : cette constitution est à l’évidence un compromis. Dans ce compromis institutionnel, il y a des marges de manœuvres que nous devrons saisir pour donner un relief plus politique aux initiatives européennes. Cette constitution, l’UMP – sous l’impulsion avisée d’Alain Juppé – a souhaité qu’elle fasse l’objet d’un référendum. A titre personnel, j’y suis favorable !

Mesdames et messieurs,

Cette Europe du XXIème siècle, c’est à la France de l’impulser. Mais soyons clairs : notre volonté européenne ne peut être convaincante que si notre pays est en position de force.

On revient là à la politique nationale ; à la nécessité de poursuivre la modernisation de notre pays ; de libérer son potentiel économique ; de former notre jeunesse ; de rétablir l’autorité et la fraternité du pacte républicain.

Réforme des retraites, réhabilitation de la valeur du travail, rétablissement de la sécurité, recadrage de nos finances publiques, réaffirmation de l’intégration républicaine avec par exemple l’interdiction du voile à l’école, réforme de l’assurance maladie… Depuis deux ans, le gouvernement travaille au redressement de la France. Il n’est pas peut être pas toujours bien compris, il se peut qu’il se montre parfois maladroit, mais nul ne peut nier qu’il répare les dégâts du passé et qu’il se montre plus audacieux que ses prédécesseurs.

Je sais bien, ce qu’il nous faudrait pour être populaires : avancer l’âge de la retraite, passer aux 33 heures, multiplier sans compter les emplois dans la fonction publique, faire mine d’interdire les licenciements, légaliser les drogues douces…

J’arrête ici la liste, qui n’est pas si caricaturale que cela, puisque bon nombre de tout cela inspire la gauche. François Hollande court derrière l’agitateur Noël Mamère, qui lui-même galope derrière Marie Georges Buffet, qui elle-même cavale derrière le jeune mais très préhistorique Besancenot, qui lui-même chasse sur les terres en jachères de José Bové. Et pour clarifier les choses, revoilà Lionel Jospin qui, après avoir sombré dans la bataille, revêt les habits du stratège électoral.

Cette course azimutée de la gauche, ne facilite pas le débat démocratique car la réforme de notre pays est la cible permanente de ce sprint aux allures de surenchères.

Qu’importe. Nous devons faire avec.

L’avenir ne se négocie pas. Il y a ceux qui voit la France en haut de l’affiche et ceux qui l’utilise en bas d’un tract.

Nous n’avons pas été élu pour renoncer à la modernisation de notre pays.

Cette modernisation est vitale. Dans notre monde ouvert, compétitif, nous devons nous adapter, nous réinventer. On ne peut avoir l’un des meilleurs systèmes de santé des pays développés, l’un des régimes de retraites les plus généreux, l’un des dispositifs d’assurance chômage les plus protecteurs, l’Ecole et l’université gratuite pour tous, sans – en contrepartie – nous retrousser les manches.

On ne peut avoir un pacte social fort en étant faible !

On ne peut recevoir de son pays que si on lui donne le meilleur de soi-même !

C’est cette France valeureuse et moderne qui fera battre le cœur de l’Europe.

Mes amis,

Après les élections régionales qui ont été pour nous comme un coup de tonnerre, il n’y a pas d’autre voie possible que celle de l’audace intellectuelle et du courage politique.

Le moment venu, les Français nous jugeront, non sur l’habilité de nos reculs, mais sur la sincérité de nos actes.

Abordons cette élection avec nos convictions. Traçons notre route.

Au sein du parlement européen, la parole de la France doit être forte, cohérente et respectée.

L’opposition ne rêve que de « sanctionner » la majorité. C’est un songe de rez-de-chaussée.

Je vous invite à un autre idéal : celui d’une France, dans la lumière de son histoire doublement millénaire, avançant fièrement dans l’Europe élargie ; cette Europe de paix que nous construisons sous les yeux des enfants européens, qui, un jour, se diront que leurs aînés n’avaient pas tort de croire à cet idéal.

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Publié par Francois Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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