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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 14:37

 


 

François Fillon s'exprime en conclusion du colloque international organisé par le Centre d’analyse stratégique sur "La croissance de demain" le lundi 12 septembre 2011 à la Maison de la Chimie.

 

 

Mesdames et Messieurs,

Depuis ce matin, vous avez entendu les témoignages de beaucoup d’experts sur la croissance de demain. Je veux remercier le Centre d’Analyse Stratégique d’avoir permis la confrontation de ces éclairages européens, américains, français, britanniques, autrichiens et de m’avoir accordé le mot de la fin. Ce qui dans les circonstances actuelles, représente un honneur redoutable.

Comment aller chercher la croissance ? Répondre à cette question en période normale cela n’est déjà pas simple. Y répondre en pleine crise relève d’un véritable défi intellectuel et politique. Au moment où les Bourses s’affolent et nous commandent d’agir vite, parler de croissance peut paraître anachronique à certains.

Pas à moi !

Parce que les investisseurs attendent des politiques une capacité de construire le long terme, une capacité à maîtriser avec sang froid le court terme sans sacrifier l’avenir. Rassurer, c’est trouver le bon pilotage entre rigueur et croissance. La crise qui nous frappe n’est pas une crise ordinaire. Y a-t-il d’ailleurs, des crises ordinaires ? Nous n’avons pas de précédent

. Cette crise n’est pas le résultat d’un choc qui aurait brutalement frappé les économies occidentales avant d’entraîner une récession classique, comme l’a fait par exemple le premier choc pétrolier. Cette crise est le fruit d’un dérèglement interne de nos économies. Elle a été causée avant tout par le surendettement, par l’accumulation de déséquilibres courants non soutenables, mais aussi par des prises de risque inconsidérées dans les pays avancés, qui ont cédé à des effets de levier excessifs. Au moment de la faillite de Lehman Brothers, beaucoup ont craint une nouvelle Grande Dépression, et c’est vrai que la chute de la production et des marchés financiers a été aussi fulgurante qu’au début des années 1930.

Mais l’Histoire ne se répète pas. Et je crois que nous avons réussi à éviter une réédition de 1929. Les pays du G 20 ont mis en place des politiques de relance coordonnées qui ont évité une contraction de la demande et qui permis d’amorcer une reprise de nos économies. En France, notre politique a permis de gérer le choc de la récession, de limiter son ampleur. La baisse de notre PIB durant la récession a été la plus faible de tous les grands pays industrialisés.

Nous avons aussi réussi à éviter le spectre d’une nouvelle année 1931, durant laquelle l’attentisme et l’égoïsme de certains Etats européens avaient précipité l’Autriche dans la déroute financière, avant d’entraîner, alors qu’une timide reprise se dessinait, l’explosion du système monétaire et bancaire de l’ensemble des pays européens et la rechute dans la dépression.

L’un des grands enseignements de cette crise et l’une de ses principales réponses, c’est la force des nations européennes unies par une même volonté.

Aujourd’hui, nous sommes de nouveau dans la tourmente. Partout, la croissance ralentit. La situation de la zone euro suscite des interrogations. Eh bien je veux vous dire que j’ai la conviction que la meilleure réponse à ces interrogations c’est une Europe plus intégrée, c’est une Europe plus puissante sur le plan politique et plus solide sur le plan économique. La crise nous a surpris alors que nous n’avions que très peu d’instruments européens de coordination et de régulation. Nous les avons, sous la pression des évènements mis en place, progressivement.

Désormais, le sommet de la zone euro se réunit dès qu’il y a une décision à prendre –cela parait être le minimum, cela n’existait pas. Et le 16 août dernier, la Chancelière allemande et le président de la République française ont proposé de renforcer le rôle de ce sommet et au fond de l’institutionnaliser.

Aujourd’hui, la mise en place d’un véritable gouvernement économique de la zone euro, au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, est ainsi amorcée. Nous avons des agences européennes de supervision pour les banques, pour les marchés financiers et pour les assurances. Nous avons un comité européen du risque systémique financier, présidé par la Banque centrale européenne. Et François BAROIN l’a rappelé tout à l’heure, nous avons créé pour protéger la zone euro, un Fonds européen de stabilité qui est doté aujourd’hui d’une capacité d’aide de 440 milliards d’euros, et à qui l’on vient de reconnaître la capacité d’agir à titre préventif, d’acheter des emprunts d’Etat sur le marché secondaire et même de participer à la recapitalisation d’établissements financiers. Ce Fonds va devenir permanent, puisqu’à partir de 2013 le mécanisme européen de stabilité sera créé, et il sera doté d’une capacité d’intervention d’au moins 500 milliards d’euros.

Tous ces progrès sont possibles parce que nous sommes revenus aux fondamentaux de la construction européenne, à commencer par la solidarité dans l’adversité. Cette solidarité ne doit pas et ne sera pas rompue. L’année écoulée a confirmé le rôle capital du couple franco-allemand et sa capacité à bâtir une convergence budgétaire et fiscale. Nous avons d’ailleurs commencé à montrer l’exemple en proposant avec l’Allemagne de mettre en place un impôt sur les sociétés commun à compter de 2013.

Dans l’ensemble de la zone euro, les outils de surveillance des déséquilibres macroéconomiques vont être renforcés et nous allons, avec l’Allemagne, faire des propositions sur le gouvernement économique de la zone euro.

Mesdames et Messieurs, il ne peut pas y avoir de doute sur notre engagement à protéger la zone euro. Il ne peut pas y avoir de doute parce que cela n’est pas une question technique. cela n’est même pas, j’ai envie de dire, malgré les difficultés, une question financière. C’est un impératif politique. L’Histoire ne recule pas. Nous avons besoin de renforcer la solidarité du continent européen face au continent asiatique, face au défi que le nouveau siècle nous lance.

Cette zone est d’ailleurs beaucoup plus homogène qu’on ne le dit : depuis la création de la monnaie unique, la dispersion des taux de croissance et des taux d’inflation n’est pas plus élevée dans la zone euro qu’aux Etats-Unis. Nous avons les moyens de réaliser l’intégration que nous appelons de nos vœux. Et pour tirer la croissance européenne, des pistes existent :

D’abord, il faut mieux dépenser les crédits alloués à la recherche et à l'innovation, en développant notamment le capital-risque, chroniquement faible en Europe. Et en constituant un "fonds européen des brevets" qui aiderait les entreprises à mieux valoriser les brevets qu'elles détiennent.

Il faut ensuite centrer les programmes sur les secteurs d'excellence européenne : l'énergie, l'aéronautique et le spatial, les bio et nanotechnologies. Les nouvelles perspectives financières en cours de négociation doivent être justement l'occasion d'opérer ce saut qualitatif en faveur de la croissance.

Enfin, il faut orienter la politique commerciale et la politique de concurrence pour que les entreprises européennes soient à égalité de concurrence avec leurs grands rivaux internationaux.

Alors aujourd’hui certains redoutent une rechute de l’activité. Et ils invoquent un dilemme entre stratégies de croissance et désendettement. Ce dilemme n’existe pas ! Gilles Carrez l’évoquait à l’instant, l’endettement excessif a été à la racine de la crise et aujourd’hui, il est un frein à la croissance. La dette publique rend les Etats vulnérables et nous savons qu’au-delà de certains seuils, elle affecte directement la croissance.

Une croissance de 10 % du ratio de dette sur le PIB ferait diminuer le taux de croissance annuel de 0,2 %. Or, dans les pays avancés, le niveau d’endettement public atteint aujourd’hui des niveaux historiquement élevés pour une période de paix. Pour retrouver des marges de manœuvre dans notre politique budgétaire, nous devons travailler non pas à stabiliser l’endettement public, mais à le faire retomber au-deçà de 60 % du PIB. C’est une évidence : pour un désendettement public réussi, il faut une politique d’assainissement budgétaire. C’est d’ailleurs le sens de l’appel de Nicolas SARKOZY et d’Angela MERKEL le 16 août dernier en faveur de la « règle d’or » pour tous les membres de la zone euro.

On sait qu’un ajustement budgétaire, même sans dévaluation, peut favoriser la croissance. Et qu’une réduction durable du déficit public renforce la confiance des ménages et des entreprises qui investissent davantage en anticipant une moindre pression fiscale à venir.

Selon le FMI, les stratégies de désendettement public produisent des gains conséquents pour l’activité économique à l’horizon de 5 ans, et ce d’autant plus que les baisses d’impôt sont engagées en faveur de l’emploi et de l’investissement. Pourtant, certains s’inquiètent des conséquences de cette politique pour la croissance. Au vu du ralentissement de la croissance au deuxième trimestre, ils jugent le moment inopportun. Cette décélération de la conjoncture était pourtant prévisible dans les pays cœurs de la zone euro. Le premier trimestre avait bénéficié d’éléments exceptionnellement favorables tandis que le deuxième a pâti de la hausse des prix des matières premières et de la catastrophe intervenue au Japon.

Sur l’ensemble du premier semestre, l’économie française a continué à évoluer à un rythme supérieur à la plupart de nos partenaires. Le repli de la consommation des ménages qui a freiné la croissance en France et en Allemagne ne devrait pas durer. La hausse des immatriculations automobiles en août en France montre que la fin de la prime à la casse est désormais absorbée. Et surtout, les fondamentaux de notre économie se sont améliorés: l’investissement des entreprises est en hausse continue depuis le 4ème trimestre 2009 ; 220 000 emplois salariés ont été créés entre juin 2010 et juin 2011 ; l’augmentation de la production industrielle a été de 1,5 % au mois de juillet. Devant ces résultats, force est de constater que les marchés financiers surréagissent en continuant d’exprimer des craintes au sujet de l’activité.

Aussi, au moment où des tensions sont réapparues sur les marchés financiers, le contexte est plus favorable qu’il n’y parait pour mettre en place des politiques de désendettement public en Europe. D’abord parce que les bilans des entreprises et des ménages dans les pays au cœur de la zone euro sont sains. Les taux d’épargne sont élevés - plus de 16 % du revenu disponible dans notre pays. Les niveaux d’investissement sont bas alors que les opportunités sont élevées, les taux d’intérêt restent également bas. Pour peu que la confiance et le sang froid soient au rendez-vous, tout doit concourir à une reprise autonome et auto-entretenue des dépenses du secteur privé.

Il y a une deuxième raison : les pays émergents vont continuer à tirer l’économie mondiale, avec une croissance toujours supérieure à 6 % en 2012. Certes, cette croissance est en phase de décélération, mais d’une certaine façon, c’est aussi une bonne nouvelle parce que cela va atténuer les pressions inflationnistes dans le monde, notamment sur les prix de l’énergie.

Enfin, nos politiques d’assainissement budgétaire s’appuient en France sur des réformes structurelles qui stimulent l’activité et ne pénalisent pas la croissance à court terme. Nous avons supprimé des dispositifs fiscaux dérogatoires dont l’efficacité ou la pertinence ne justifiait plus le maintien.

La limitation de l’exonération d’imposition des plus values immobilières ou le relèvement du taux d’imposition sur les revenus du capital ne pèseront pas sur la consommation des ménages. Et surtout, les effets cumulés des politiques structurelles engagées depuis 2007 nous permettent de conserver une trajectoire de dette soutenable.

Le choix de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux sur la période 2008-2012, c’est une économie de 225 milliards d’euros sur le long terme, soit 15 % du montant actuel de notre dette publique. Et la réforme des retraites, c’est une amélioration de la soutenabilité de nos finances publiques de près de 1 point de PIB à compter de 2014.

Grâce à ces réformes, nous pouvons aborder le choc actuel dans de meilleures conditions. Moins les pays ont pris les mesures nécessaires pour restaurer la soutenabilité à long terme de leurs finances publiques, plus les mesures qu’ils doivent prendre pour ajuster leurs budgets à court terme sont brutales, sévères et potentiellement coûteuses sur le plan de la croissance. Je voudrais d’ailleurs au passage, rappeler que nous sommes avec l’Allemagne l’un des pays dont la dette a le moins progressé pendant la crise : +18 points entre 2008 et 2010, contre près de 30 pour les Etats-Unis et 21 en moyenne pour l’Europe.

Mesdames et Messieurs, La croissance française doit cesser de s’appuyer sur la progression des dépenses publiques qui représentent plus de 56 % de la richesse produite. Notre modèle de croissance doit changer. Au lieu de reposer sur de la consommation financée à crédit par la dépense publique, il doit prendre élan sur l’économie de la connaissance, le progrès technique, l’éducation, la formation, l’esprit d’entreprendre.

Comme vous l’avez évoqué ce matin, il doit s’appuyer sur une base industrielle forte, pour assurer une balance commerciale équilibrée. C’est l’objectif poursuivi par notre politique depuis 2007. Nous avons desserré le carcan des 35 heures, ce carcan qui porte une lourde responsabilité dans la dégradation de la compétitivité des entreprises françaises au tournant des années 2000.

Nous avons modernisé le droit du travail en offrant aux entreprises et aux salariés un nouveau mode de rupture du contrat de travail, la rupture conventionnelle. Avec la suppression de la taxe professionnelle, nous avons levé un frein à l’investissement et à la croissance.

L’industrie et les PME sont les principaux bénéficiaires de cette réforme, avec une baisse de la charge fiscale correspondante de l’ordre de 50% pour les PME réalisant moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Avec le triplement du crédit impôt recherche, notre pays est devenu l’un des plus attractifs pour les investissements de recherche et pour les centres de recherche qui investissent sur notre territoire. D’ailleurs les premiers résultats sont au rendez-vous puisque malgré la crise, l’intensité en recherche et développement du secteur privé a progressé en France en 2008 alors qu’elle diminuait chaque année depuis 2003.

La réforme de l’université est un des changements majeurs initiés par ce quinquennat. Il s'est accompagné d'une augmentation du budget de l'enseignement supérieur de 15 milliards d'euros cumulés sur 5 ans. Le passage à l'autonomie est un véritable tournant. Conjugué avec l’opération campus, qui doit faire émerger des campus d'excellence grâce à un investissement de cinq milliards d'euros en faveur de l'immobilier universitaire, il confère à l'université française une attractivité et un rayonnement dont elle avait besoin. Nous l’avons encore appuyé par un effort inédit pour valoriser la recherche publique.

Et parce que la croissance se construit aussi en renforçant la compétitivité de nos territoires, nous avons investi dans les transports.

Les investissements dans le ferroviaire sont sans précédent. Quatre nouvelles lignes seront construites d'ici 2017 ! Pour que cet effort d'investissement public soit soutenable, il doit trouver une contrepartie dans l'amélioration de la productivité de nos systèmes de transports.

Enfin, nous avons lancé le programme d’investissements d’avenir. Lorsqu’il a été annoncé en 2009, beaucoup se sont interrogés sur le sens qu’il y avait à se projeter vers le long terme alors même que notre pays faisait face à des difficultés conjoncturelles liées à la crise financière.

Et c’est vrai qu’il aurait été plus facile d’utiliser ces 35 milliards d’euros pour accroître la relance, comme le demandait certains, et pour obtenir ainsi des résultats immédiats. Mais en sacrifiant ainsi l’avenir au présent, nous aurions en réalité été rattrapés par le présent. Parce que les difficultés de court terme qu’éprouvent aujourd’hui certains de nos partenaires sont souvent liées au manque de confiance des investisseurs dans leur potentiel de croissance à long terme.

Alors, retrouverons-nous dans l’avenir une croissance vigoureuse ? Au regard de l’actualité, la prudence est de mise. Pourtant, nous ne devons pas sombrer dans le pessimisme.

La France a des atouts solides : des grands groupes leaders dans des secteurs stratégiques – et je réclame une nouvelle fois qu’on n’oppose pas en permanence les succès de ces grands groupes aux Petites et aux Moyennes Entreprises, il nous faut les deux pour réussir.

Des infrastructures performantes, une main d’œuvre qualifiée, des entrepreneurs innovants, une démographie dynamique.

A moyen terme, dans le monde, les opportunités de croissance sont élevées : une nouvelle vague d’innovation devrait émerger. Le processus de désendettement des ménages américains prendra fin, ouvrant la voie à un redémarrage de la consommation ; et avec la hausse vertigineuse des revenus dans les pays émergents, la demande ne peut que croître. Le marché automobile chinois est désormais le plus important au monde et à nos portes l’Afrique devrait être d’ici 2050 la zone géographique qui connaît la plus forte croissance de son PIB au monde.

Dans la compétition mondiale et face aux défis économiques, aucune situation n’est jamais acquise. Dans tous les domaines qui nous intéressent, le marché dans 5 ans ne sera déjà plus le même qu’aujourd’hui. L’amélioration de notre compétitivité est par conséquent la clé de la croissance de demain. Nous ne sommes pas installés dans une trajectoire toute écrite de déclin de l’Europe face aux pays émergents.

Bien sûr, nos économies ne vont pas connaître les élans de rattrapage comparables à ceux de ces pays. Mais entre les pays européens, les innovations se propagent de plus en plus vite et offrent des potentiels de croissance élevés. D’ores et déjà, nous sommes à la pointe de bien des technologies et je suis convaincu que l’Europe a tous les atouts pour construire un chemin de croissance original.

Je pense à la croissance verte. A l’échelle mondiale, l’impératif écologique crée des besoins nouveaux ; c’est là que nos devons aller chercher l’activité. Et en se fixant des objectifs exigeants, l’Europe acquiert une expertise qui la destine à occuper le premier rang sur ce marché en pleine expansion. Pour que la France compte parmi les champions, nous avons dédié plus de 5 milliards du programme d’investissements d’avenir aux nouvelles technologies dans le domaine du développement durable.

Je pense au développement de l’économie numérique. Le numérique est à la source de plus du quart de notre croissance et c’est un enjeu majeur en terme d’emplois.

Parce que nous mesurons son caractère stratégique, nous nous sommes engagés à favoriser son développement, notamment avec le Plan France numérique 2012. Avec la mise en œuvre d’un programme national pour le déploiement de la fibre optique avec l’attribution prochaine des licences de téléphonie mobile de 4ème génération, nous avons engagé le chantier du très haut débit qui permettra une explosion des usages et qui renforcera la compétitivité et l’attractivité de nos territoires.

Mais pour prendre tout son sens, cet investissement doit s’accompagner d’une offre de contenus et de services attractifs. Il doit s’appuyer sur des technologies innovantes et sur des PME dynamiques. Et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de consacrer 2,5 milliards d’euros du programme d’investissements d’avenir à ces technologies, à ces contenus et 2 milliards d’euros pour les infrastructures.

Nous avons choisi d’engager une démarche ambitieuse d’ouverture des données publiques. Cette volonté de transparence, c’est le choix des grandes démocraties. Mais les gains de la transparence sont aussi des gains économiques.

La nouvelle économie, fondée sur la notion d’exploration, s’est trop souvent heurtée dans notre pays aux cloisons artificielles qui brident l’innovation. En favorisant l’accès libre et gratuit aux informations dont dispose l’Etat, nous confortons la confiance des entrepreneurs dans les institutions publiques, ce qui est un facteur clé du développement économique et nous leur permettons d’investir pour créer de nouveaux services.

Voilà, Mesdames et Messieurs, contre les théoriciens de la décroissance, nous croyons à la croissance.

Pour y parvenir, le général de Gaulle exhortait déjà les Français à ancrer leurs plus hautes ambitions nationales dans une modernisation économique et financière intransigeante. Il disait : « Sans l'effort de remise en ordre avec les sacrifices qu'il requiert et les espoirs qu'il comporte, nous resterions un pays à la traîne, oscillant perpétuellement entre le drame et la médiocrité. Eh bien ce message de 1958 n’a rien perdu de son actualité.

Je fais confiance aux Français pour accepter l’idée que les efforts doivent être portés collectivement. Et j’ai l’espoir que dans cette crise se forge une unité nationale renforcée. Je vous remercie.

 

 

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 09:23

François Fillon rencontre les militants et les sympathisants de l’UMP à Nimes dans le Gard le 11 septembre 2011.

 

 

Mes amis,

Je viens toujours avec plaisir dans le Gard rencontrer les militants et les sympathisants de l’UMP.

C’est l’occasion de retrouver Jean Paul Fournier qui sait toute l’estime que je porte à son travail au service de sa ville.

C’est l’occasion de saluer les parlementaires de notre majorité, Max Roustan, Etienne Mourrut, Jean-Marc Roubaud, le président du groupe du nouveau centre à l’Assemblée Nationale Yvan Lachaud et, venant de l’Hérault voisin, Jacques Domergue.

 

Nous sommes le 11 septembre.

Nous commémorons les attentats de New York et de Washington qui ont bouleversé, il y a 10 ans, tous les Français et qui ont contribué aux changements considérables qui ont affecté le monde depuis le début du 21° siècle.

 

Je pense à cet instant à toutes les victimes innocentes de cet acte barbare !

Je pense au courage et aux sacrifices des pompiers et des policiers new-yorkais !

Je pense à la douleur des familles qui vécurent souvent en direct l’agonie des leurs.

Je pense au peuple américain blessé dans sa chair et dans son âme qui a su réagir avec dignité, dans le respect des valeurs que nous partageons avec lui.

Dans cette terrible épreuve, l’amitié franco américaine, forgée dans les tranchées de la grande guerre et sur les plages de Normandie, s’est encore renforcée.

 

Le 11 septembre restera dans l’histoire une date charnière, un jour qui aura marqué le siècle d’une empreinte indélébile.

Les terroristes pensaient que les américains ne s’en remettraient jamais ; ils se sont relevés comme savent se relever les grandes nations.

Les terroristes espéraient que nos démocraties se dissoudraient dans la peur. Elles ont réagi et engagé le fer contre tous les réseaux qui se réclamaient d’Al-Qaïda.

En Afghanistan, le régime des Talibans qui abritaient ces réseaux a été chassé.

Après 10 années de traque, Ben Laden a eu le sort qu’il méritait.

Les terroristes voulaient provoquer le chaos, déclencher le choc des civilisations, défier l’occident pour creuser un fossé infranchissable entre les peuples.

 

Ils auraient pu réussir.

La guerre en Irak n’a pas été une bonne réponse au crime du 11 septembre, mais les révolutions arabes et le succès des insurgés libyens appuyés par les forces de la coalition marque l’échec des terroristes.

A Tunis, au Caire, à Tripoli, au Yémen, en Syrie, les peuples ne se soulèvent pas contre l’occident, ils veulent la liberté, la démocratie, ils veulent des dirigeants qui les respectent, ils veulent l’éducation pour leurs enfants, ils veulent la justice et la paix pour leur pays. Et nous devons soutenir de toutes nos forces les hommes et les femmes de progrès de ces pays pour que les jeunes et fragiles démocraties ne soient pas à la merci des extrémistes qui voudraient les faire basculer dans la violence.

 

Dix ans après le 11 septembre, la guerre de libération menée par le peuple libyen avec notre appui, marque bien plus que la mort de Ben Laden le terme d’une période qui aurait pu voir le monde s’embraser dans une guerre sans fin et sans issue !

La France a joué un rôle clé dans cette conclusion heureuse.

Sans l’audace et la clairvoyance du Président de la République les insurgés de Benghazi auraient été massacrés et leur révolution noyée dans le sang.

 

La tragédie du 11 septembre doit être méditée.

La solidité de la démocratie ne dépend pas seulement de ses institutions, elle dépend aussi de notre force de caractère.

Le mal triomphe devant la peur, mais il échoue devant le courage et le sang froid des peuples libres et soudés.

La France que nous aimons nous oblige à l’unité nationale lorsque l’essentiel est en jeu.

Elle nous oblige à croire encore et toujours aux valeurs républicaines, ces valeurs dont la solidité dépend du civisme qui anime chacun d’entre-nous.

Oui la France nous garantit des droits, mais en retour n’oublions jamais les devoirs qui s’attachent au maintien de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité.

 

Mes Amis,

Le monde où nous vivons ne garantit plus aux vieilles puissances occidentales des positions dominantes immuables.

C’est un monde où les défis se multiplient.

C’est un monde où rien n’est acquis; où aucune grandeur n’est à l’abri.

 

Notre souveraineté nationale est aujourd’hui défiée par la crise des dettes souveraines.

Cet été, les Etats-Unis, la première puissance mondiale a vu ses finances publiques placées sous surveillance par certains observateurs.

 

C’est la crise d’une civilisation européenne qui a préféré vivre au dessus de ses moyens en s’endettant plutôt que de se remettre en cause.

 

Cette crise exige du sang froid et une volonté politique sans faille.

 

Elle commande d’agir au niveau européen.

Ceux qui parlent de sortir de l’euro et de revenir au franc n’ont aucune crédibilité.

C’est la solidarité européenne qui peut tous nous protéger.

La France et l’Allemagne se sont montrées à la hauteur de leurs responsabilités en instaurant des instruments communs pour sauver la Grèce, défendre l’euro et solidifier la gouvernance économique et budgétaire de l’Europe.

On peut toujours pointer les retards ou les difficultés des Européens à se mettre d’accord. Et c’est vrai qu’il n’est pas facile de mettre d’accord 27 pays différents, et que quand on a mis d’accord 27 gouvernements,il faut mettre d’accord 27 parlements.

Souvenons quand même que les Etats-Unis partagent une monnaie commune depuis 1788, et qu’il a fallu attendre les années 1930 pour qu’ils créent des institutions capables de gérer leur espace monétaire de manière optimale !

 

L’Europe a été plus rapide.

Face à la catastrophe qui se profilait, les Européens ont toujours su trouver les solutions, qui ont permis de protéger notre pays et de protéger l’Europe et les européens.

Désormais, le sommet de la zone euro se réunit dès qu’il y a une décision à prendre.

Aujourd’hui, la mise en place d’un véritable gouvernement économique de la zone euro, au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, est amorcée.

Nous avons des agences européennes de supervision pour les banques, pour les marchés financiers et pour les assurances.

Nous avons créé, pour protéger la zone euro, un Fonds européen de stabilité financière.

Tous ces progrès ont été possibles parce que nous sommes revenus aux fondamentaux de la construction européenne, à commencer par la solidarité dans l’adversité.

 

L’année écoulée a confirmé le rôle capital du moteur franco-allemand, et sa capacité à bâtir une convergence budgétaire et fiscale.

Elle a aussi démontré l’expérience et la réactivité de Nicolas Sarkozy.

Dans l’opposition, aucun de ses concurrents n’offre la même solidité devant l’adversité.

 

Il faut agir au niveau européen, et il faut agir au niveau national.

Là, il faut nous concentrer sur deux priorités.

D’un côté, il faut aller chercher la croissance en investissant dans les secteurs d’avenir, en accentuant la compétitivité de nos entreprises, en misant puissamment sur la recherche.

De l’autre, il faut être inflexible sur nos finances publiques.

Nous avons un socle pour appuyer ces deux priorités.

 

Nous avons desserré le carcan des 35 heures, qui porte une lourde responsabilité dans la dégradation de notre compétitivité.

Nous avons encouragé les entreprises à investir.

Auparavant, plus une entreprise investissait en France, plus elle était taxée, même lorsque ses investissements n’étaient pas rentables. Avec la réforme de la taxe professionnelle, nous avons levé ce frein à la croissance.

Avec le triplement du crédit impôt recherche, nous sommes devenus un des pays les plus attractifs pour les investissements de recherche-développement et les centres de recherche.

Les premiers résultats sont au rendez-vous.

Malgré la crise, l’intensité en recherche et développement du secteur privé a progressé en France en 2008 et 2009, alors qu’elle diminuait depuis 2003.

Cela signifie que nos entreprises vont être en mesure, dans les prochaines années, de mettre sur le marché des produits nouveaux qui leur permettront de conquérir des parts de marché et de créer des emplois.

Nous avons réformé nos universités et donné à nos équipes de recherche des moyens financiers exceptionnels.

Enfin, nous avons lancé le programme d’investissements d’avenir. Ce sont 35 milliards d’euros qui sont concentrés sur l’industrie, la science, la formation.

 

D’un côté la croissance, de l’autre la rigueur budgétaire.

Chaque année, depuis 35 ans, notre pays vote son budget en déséquilibre; 35 ans que nous dépensons plus que nous ne gagnons.

Eh bien, c’est fini !

Nous nous sommes fixé une trajectoire de retour à l’équilibre qui n’est pas négociable : 4,5% de déficit en 2012, 3% en 2013 et 2% en 2014.

 

Face à l’évolution de l’environnement international, nous avons décidé, cet été, de revoir nos perspectives de croissance à la baisse et de proposer un plan d’économies supplémentaires de 11 milliards d’euros.

Comme toujours, chaque fois qu’il faut faire des économies, ça grince.

Comme toujours, le voisin du voisin du voisin, aurait préféré que cela tombe sur l’autre voisin.

 

Contre les critiques, contre les illusionnistes, contre tous ceux qui viennent dire à la télévision qu’une autre voie est possible, sans jamais dire laquelle, j’assume cet effort national !

 

Je lis quelquefois dans la presse que je promets aux Français «du sang et des larmes».

Mais la vérité n’est pas dans l’excès des formules.

Nous avons besoin d’effort.

Mais nous ne sommes pas dans une situation aussi difficile que d’autres nations européennes.

Notre crédibilité financière et budgétaire est l’une des meilleures au monde et les efforts que nous engageons sont là pour consolider cette position favorable qui est un atout.

 

Cet atout, il n’a pas surgi en un jour.

Dès le début du quinquennat nous avons réduit les effectifs de la fonction publique, dès 2008 nous avons enclenché le gel des dépenses de l’Etat et des collectivités territoriales, dès les premières secousses, nous avons lancé la réforme des retraites qui sécurise leur financement.

Grâce à tout cela nous sommes considérés comme une nation sérieuse et nous pouvons financer notre endettement à un coût historiquement bas.

 

Au parti socialiste, certains prétendent être au fait de l’importance de la réduction de nos déficits.

 

Mais quelle crédibilité peut-on accorder à un parti où l’on n’a jamais hésité à promettre l’augmentation des dépenses publiques et la multiplication du nombre de fonctionnaires, au mépris de toute rationalité ?

Quelle crédibilité peut-on accorder à un parti qui exprime toujours la volonté de revenir à la retraite à 60 ans, au risque d’asphyxier tout le financement de notre système social ? Quelle crédibilité peut-on accorder à un candidat, François Hollande pour ne pas le nommer, dont la seule ambition pour le service public est d’augmenter le nombre des fonctionnaires, sans même se demander comment ils seront payés ? Même ses amis socialistes commencent à se dire que tout cela n’est pas sérieux.

 

J’entendais récemment Martine Aubry proclamer qu’elle voulait «changer la vie».

Je ne croyais pas qu’on puisse ressusciter un tel slogan, dans des circonstances historiques aussi périlleuses.

Crise financière, crise économique, crise des dettes souveraines : depuis quatre ans nous subissons tous les chocs. Et je vous mentirais si je vous disais que nous sommes sortis de la bourrasque.

 

Ici, à Nîmes, je viens me battre avec vous pour faire en sorte que le quinquennat de Nicolas Sarkozy soit le socle d’une modernisation française qui n’est pas encore achevée.

 

La bataille électorale qui s’annonce sera décisive pour notre pays.

 

Nous devrons la mener dans l’unité, en écartant de nous le démon de la division qui a toujours fait le désespoir de nos électeurs.

Bien sûr qu’il existe parmi nous des sensibilités différentes.

Bien sûr les ambitions des uns ou des autres ne sont pas illégitimes.

Mais n’oublions jamais l’essentiel : il s’agit de gagner pour servir la France pas de participer à un rendez-vous sans conséquence.

Unité d’abord, unité toujours, unité jusqu’au bout : voilà la discipline que nous devrons nous assigner autour du Président de la République.

 

Ensemble, nous devrons assumer ce que nous avons fait; sans nous vanter, mais sans nous excuser non plus.

Oui nous avons rencontré des obstacles, oui nous avons dû parfois ajuster le tir et remiser certaines de nos espérances.

 

Je mesure parfaitement les inquiétudes et le scepticisme des Français.

Ils attendent impatiemment la reprise économique : nous faisons tout pour cela, mais je n’ai pas de baguette magique.

 

Ils attendent que le chômage se remette à baisser comme nous avions réussi à le faire avant la crise: nous faisons le maximum pour épauler les demandeurs d’emploi, nous mettons le paquet sur l’apprentissage qui est la filière la plus solide pour les jeunes en quête d’un travail.

Ils veulent que la sécurité soit toujours la plus ardente de nos obligations républicaines.

Nous avons obtenu des résultats, mais rien n’est acquis. C’est un combat qui se mène dans la durée.

Ca n’est pas seulement le combat des forces de l’ordre, c’est aussi le combat de tous les citoyens, de toutes les familles, qui doivent s’opposer à la culture de la violence qui imprègne notre société. Et cela commence avec l’éducation de nos enfants.

 

Non, mes chers amis je n’ignore pas ce que ressentent les Français.

Je ne fuis pas mes responsabilités, je ne cherche pas d’excuses.

Nous avons agi avec sincérité, non dans l’espoir de plaire, mais dans l’espoir d’être dignes de le confiance que vous avez placée en nous.

Ce quinquennat qui devait se dérouler dans un contexte de croissance a été marqué au fer par la crise.

Et pourtant, sans vaciller, nous avons réformé, nous avons tenu le choc de la récession, nous avons réussi à protéger les Français, leur épargne, leurs emplois, leur mode de vie.

 

En Grèce toute la société vacille. En Espagne le chômage atteint les 20% de la population active et aux Etats-Unis, il a doublé.

 

Avec Nicolas Sarkozy nous avons agi selon les devoirs que nous dictaient les épreuves et nous sommes restés fidèles à nos idéaux.

 

2012 approche.

Trois camps vont s’affronter :

D’abord, celui du conservatisme désormais incarné par la gauche.

L’impôt plutôt que la réforme.

L’allocation plutôt que la responsabilité.

Le nivellement plutôt que le mérite et le succès. Voilà la philosophie du projet du parti socialiste.

 

De l’autre côté, il y aura le camp du populisme.

Les populistes jouent et misent sur nos angoisses, sur nos peurs et nos penchants les plus sombres.

Les populistes extrémistes n’ont jamais rien apporté d’autre à la France que la division, le repli, l’amertume, bref, le contraire de la grandeur et de l’honneur.

 

 

Après trois années de récession, beaucoup de nos concitoyens sortent de l’épreuve angoissés face à l’avenir.

Nous devons les écouter, les sécuriser, les entraîner à choisir la responsabilité plutôt que le vote protestataire.

Le vote protestataire est un cri qui ne mérite pas le mépris. Mais les partis extrémistes, eux, ne méritent rien d’autre que notre fermeté.

 

Entre le conservatisme socialiste et l’extrémisme populiste, il y a nous, la majorité présidentielle, progressiste, fière de ses valeurs nationales et européennes, fière de défendre le travail, le mérite, l’ordre républicain, la justice sociale, je veux parler de la vraie justice, celle qui n’est pas fondée sur des discours généreux mais des actes courageux.

 

Mes amis, nous gagnerons si nous rassemblons nos forces, et si nous maintenons notre ligne de vérité.

Ne vous laissez pas intimider par des sondages qui n’ont jamais fait la vérité des suffrages.

Il ne sert à rien d’être acclamé par les sondages si c’est pour être ensuite disqualifié par l’Histoire.

Et il ne sert à rien de ménager les statu quo, les susceptibilités, si c’est pour être un peu plus tard désigné comme le responsable des occasions manquées

 

Nous avons engagé des réformes qui auraient dû l’être depuis des années.

Nous modernisons notre pays pour qu’il soit en mesure de relever les défis mondiaux, et il y est aujourd’hui mieux préparé qu’il y a quatre ans.

 

Contre les conservateurs, contre les populistes, nous maintiendrons notre cap.

Nous irons vers les Français et vers la victoire avec la force de ceux qui savent qu’il n’y a pas d’espérance sans vérité.

Voilà l’intérêt national, voilà la République en action, et voilà la France que nous servons.

 

Vive la République, et vive la France.

 

 

 

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 20:00

 


 

François FILLON rend hommage aux soldats français à l'occasion d'une question de Yves NICOLIN (Groupe UMP) sur la Libye lors des questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale le mercredi 7 septembre 2011.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs les Députés,

L’été ne nous a pas apporté beaucoup de bonnes nouvelles mais il nous a apporté celle de la victoire des insurgés libyens, du peuple libyen contre la dictature. Et je voudrais ici d’abord rendre hommage à tous les combattants libyens et nous savons qu’il y a eu beaucoup de pertes dans leur rang, qui sont ceux qui par leur courage et par leur volonté ont obtenu la chute du dictateur KADHAFI. Mais je voudrais associer à cet hommage les soldats français, les soldats de l’ensemble des pays de la coalition qui ont pris aussi des risques pour faire en sorte que le droit international soit respecté. Enfin je voudrais remercier tous ceux qui sur ces bancs, dans la majorité comme dans l’opposition ont apporté leur soutien à l’initiative du Président de la République et du Gouvernement d’intervenir en particulier pour sauver la ville de Benghazi du massacre permettant ainsi à la rébellion de s’installer dans la durée, de s’armer et d’entreprendre la reconquête du pays. Alors aujourd’hui vous l’avez dit même si nous restons vigilants sur quelques combats qui demeurent et si nous nous interrogeons sur le sort du colonel KADHAFI, dont nous souhaitons qu’il soit jugé, et sur le plan national en Libye et par les juridictions internationales ; l’essentiel maintenant c’est d’aider le peuple libyen a organiser la transition vers la démocratie, la mise en place d’institution respectueuse du droit international, respectueuse des droits des personnes et c’est la reconstruction de ce pays. C’est dans cet esprit que nous avons tenu à Paris à l’initiative du Président de la République une conférence la semaine dernière qui a rassemblé plus de 60 pays, que nous avons décidé immédiatement le déblocage de 15 milliards de dollars d’avoirs libyens qui seront immédiatement mis à disposition du CNT pour qu’il engage les dépenses nécessaires à la reconstruction. Nous avons passé un accord avec le CNT sur une coopération immédiate en matière de reconstruction d’écoles et en matière de logements d’urgence. Le CNT s’est engagé sur un calendrier précis, sur la mise en place de rendez-vous démocratiques, sur la mise en place d’une assemblée constituante, et nous allons naturellement être très vigilants sur la mise en œuvre de ces engagements. Je crois que ce qui s‘est passé en Libye, grâce d’abord au peuple libyen, mais grâce aussi au soutien que nous lui avons apporté, permet aujourd’hui d’envisager des changements très profonds dans le monde arabo musulman. La situation qui prévaut aujourd’hui en Syrie est une situation qui est inacceptable, qui n’est pas tenable et ce qui s’est passé en Libye devrait faire réfléchir le Président ASSAD. De la même façon, ce qui vient de se passer en Libye et le fait que les occidentaux aient été au côté des révolutionnaires libyens doit permettre d’engager une discussion sur la résolution du problème israélo palestinien dans un contexte qui n’est plus un contexte d’affrontement nord sud, qui n’est plus le contexte de l’affrontement des civilisations. Tout cela nous le devons au courage du peuple libyen, mais nous le devons aussi à la clairvoyance du Président de la République et au courage des soldats français.

 

 

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 19:25

 


 

François FILLON rappelle que la France est l’un des 10 pays qui a la meilleure signature financière en répondant à une question de Yvan LACHAUD (Groupe Nouveau Centre) lors des questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale le mercredi 7 septembre 2011.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Président LACHAUD, nous avons connu, cet été, une amplification de la crise des dettes souveraines. Cette amplification de la crise des dettes souveraines, elle est liée, d’abord, aux délais de mise en œuvre des mesures qui ont été annoncées le 21 juillet, elle est liée à des incertitudes qui pesaient en particulier sur la position de l’Allemagne en raison des recours qui avaient été déposés devant la Cour constitutionnelle et qui ont été levés aujourd’hui. Elle s’est aussi aggravée parce que la situation de l’économie américaine s’est aggravée, que le débat politique aux Etats-Unis a donné le sentiment, à tort ou à raison, aux opérateurs qu’une solution était difficile à trouver et pour couronner le tout, parce que la croissance s’est ralentie au 2ème trimestre dans l’ensemble des pays développés. Face à cette situation, le gouvernement français, sous l’autorité du Président de la République, a réagi. Nous avons d’abord réagi en organisant un sommet franco-allemand qui a permis de franchir une nouvelle étape en direction de la mise en place d’un vrai gouvernement économique de la zone euro, qui, je voudrais le dire à tous ceux qui brandissent la solution des Eurobonds comme étant une solution miracle aux problèmes qui pèsent aujourd’hui sur les finances européennes. Le Gouvernement économique de la zone euro, c’est le préalable à la mise en place de tout système de mutualisation des dettes et des risques des pays de la zone euro. Et nous avons, à l’occasion de ce sommet franco-allemand, pris une décision très symbolique, celle de mettre en œuvre, dans le cadre de la convergence fiscale, un impôt sur les sociétés commun à la France et à l’Allemagne et je vois que depuis quelques jours, les pays du Benelux proposent de rejoindre cette initiative. Et puis, nous avons immédiatement, dès que les chiffres de la croissance ont été connus, révisé les prévisions de croissance française ; nous les avons révisées de façon réaliste, de façon sérieuse et en même temps, ambitieuse en nous fixant un objectif de 1,75 % de croissance pour l’année 2012. Et naturellement, nous avons pris les décisions en matière d’ajustement budgétaire, pour 2011 et pour 2012 qui correspondaient à la révision de ces hypothèses de croissance. Les ajustements qui vous ont été proposés, ceux dont vous discutez aujourd’hui, ceux qui vous seront proposés dans le cadre du débat budgétaire sur la loi de finances et sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, sont des ajustements qui s’inscrivent dans le cadre de la politique économique que le Gouvernement conduit et qui a déjà permis, avec la révision générale des politiques publiques, de réduire de 15 milliards, les dépenses de l’Etat ; qui a permis, avec la suppression de près de 150.000 postes de fonctionnaires, d’engager la réduction des dépenses publiques ; qui a permis, avec la réforme des retraites, de sécuriser notre système de protection sociale. Aujourd’hui, Monsieur le Président LACHAUD, les opérateurs considèrent que la France est l’un des 10 pays qui a la meilleure signature financière. C’est le fruit de la politique qui a été conduite ; c’est d’ailleurs un démenti à toutes les accusations qui sont très outrancières, qui sont portées par l’opposition sur la politique qui est conduite. La vérité, c’est que cette confiance dans les finances publiques françaises, c’est un bien précieux, c’est un bien que nous devons ensemble protéger, c’est un bien qui n’est ni de gauche ni de droite, et c’est l’honneur du Gouvernement, de la majorité et je l’espère du Parlement tout entier, que de prendre les initiatives qui permettront de protéger les Français.

 

 

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 18:53

 

 

François Fillon demande au parti socialiste de renoncer à promettre de revenir sur l’âge de la retraite à 60 ans et d’engager le débat sur l’introduction dans la Constitution de règles qui permettraient de protéger nos concitoyens en réponse à une question de Jean-Marc AYRAULT (Groupe SRC) lors des questions au Gouvernement àl'Assemblée Nationale.

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Président AYRAULT, ce débat les Français vont le trancher. Et ils vont le trancher sur la base des réalités. Les réalités c’est, aujourd’hui, que l’action du Gouvernement et de la majorité a permis de protéger notre pays des attaques qui sont en train de mettre en grande difficulté une grande partie des pays européens. Je le disais à l’instant en répondant à Monsieur LACHAUD : nous sommes dans les dix pays au monde qui bénéficient de la meilleure confiance des opérateurs dans leurs finances publiques. Nous avons connu comme tous les pays développés, une augmentation forte de l’endettement depuis trente ans et nous avons connu cette augmentation, comme les Etats-Unis, comme les autres pays européens parce que nous n’avons pas suffisamment réagi à la compétition que nous imposaient et qui est une compétition inéluctable, les pays émergents. Nous n’avons pas suffisamment réformé notre organisation économique, notre organisation sociale. Et nous avons financé par l’endettement, ce manque de compétitivité, ce différentiel de compétitivité avec les pays émergents. C’est une responsabilité collective. Je n’ai pas besoin de donner ici les chiffres, le nombre des niches fiscales et sociales dont vous êtes responsables, celles dont nous sommes responsables ; parce que depuis trente ans, dans tous les pays européens gouvernés par la gauche ou gouvernés par la droite, l’endettement a crû. Alors aujourd’hui la question qui est posée et qui est posée en particulier à l’opposition, cela n’est pas que vous renonciez à vos convictions, cela n’est pas que vous renonciez à la bataille électorale que vous avez engagée sur vos arguments, c’est simplement que dans une situation qui est une situation périlleuse pour l’ensemble de l’Union Européenne, pour l’ensemble des économies européennes, vous preniez quelques engagements qui montrent à l’ensemble de nos concitoyens, qui montrent à nos voisins européens, qui montrent aux opérateurs financiers qui nous prêtent aujourd’hui le moyen de financer notre dette ; que la confiance dans les finances publiques françaises est une confiance dans la durée. Moi, je vous demande simplement deux choses : renoncer comme vous ne l’avez pas encore fait, à promettre que vous reviendrez sur l’âge de la retraite à 60 ans parce que c’est une promesse qui est insensée  et qui, dans le contexte financier et économique aujourd’hui enlève une grande partie de la crédibilité que, par ailleurs, vous pourriez représenter. Et deuxièmement, engagez avec nous le débat sur l’introduction dans la Constitution de règles qui permettraient de protéger nos concitoyens. Personne ne vous demande de dire oui au gouvernement, sans discussion, mais au moins montrez que vous êtes des hommes et des femmes ouverts au dialogue en engageant avec nous ce débat. Parce que c’est un débat qui est fondamental pour assurer la crédibilité des finances publiques de notre pays, dans la durée.





 

 

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 12:05

 


 

François Fillon s'exprime devant le campus UMP 2011 à Marseille le dimanche 4 septembre 2011.

Mes chers amis,

 

Vous avez répondu présent au rendez-vous de ce campus d’été, et, comme toujours, les jeunes populaires ont fait entendre leur voix.

Dans les collèges, les universités, les entreprises, sur les marchés, la bataille des convictions se gagnera avec vous, sur le terrain.

 

Merci à Jean-François Copé et à tous les organisateurs, au premier rang desquels Benjamin et Franck et merci d’avoir retenu Marseille pour nous accueillir.

Merci à Jean-Claude Gaudin, inaltérable maire de Marseille, merci à tous les parlementaires, élus et militants des Bouches-du-Rhône.

Merci à tous les membres du gouvernement ici présents.

Avec Bruno Le Maire, ils contribuent à l’élaboration de notre projet, dont je rejoins la philosophie.

A travers ce projet, nos concitoyens doivent pouvoir mesurer que ce que nous avons entrepris - parfois imparfaitement mais toujours avec sincérité ! – n’est qu’un premier pas dans un monde qui commence.

D’autres étapes sont nécessaires, d’autres réformes sont indispensables.

 

Nous ne faisons qu’ouvrir la porte de l’avenir.

La gauche n’ose pas franchir ce pas.

Dans son programme, rédigé avant que la crise des dettes souveraines n’éclate, avant que la signature financière des Etats-Unis ne soit dégradée, tout est décrit comme si l’environnement international n’était qu’une donnée parmi d’autres, comme si la France disposait d’un trésor caché qu’il suffirait de débusquer pour remettre ses finances publiques à flot et satisfaire toutes les requêtes sociales, comme s’il suffisait de détruire notre bilan pour s’en bâtir un.

 

Aux primaires, les candidats prétendent qu’ils sont différents mais comment peut on être vraiment différent lorsque la ligne politique a déjà été fixée par le parti ?

Le programme du parti socialiste a été voté, et ce programme s’imposera au vainqueur des primaires, nous dit-on !

Le scénario est donc déjà écrit ; il suffit juste pour les électeurs des primaires de choisir parmi les acteurs celui ou celle qui tiendra le rôle principal.

Et pour tenir le rôle, c’est une fois encore, à celui qui lancera les attaques les plus viles contre le Président de la République.

 

Mais le Président n’est pas seul !

Vous êtes là, nous sommes là avec tous ces Français qui savent distinguer le vrai du faux, pour témoigner que son engagement au service de la France a été total.

Les quatre années écoulées ont été des années difficiles, au rythme des chocs qui ont frappé nos pays industrialisés.

Mais elles ont toujours été des années utiles, parce que notre pays s’est réformé, transformé, et cela sans rompre son héritage social et sa filiation républicaine.

 

Malgré la dureté de la récession, malgré l’enchaînement des réformes dont certaines, c’est vrai, ont bousculé les acquis et les habitudes, malgré les réductions budgétaires, nos concitoyens ont fait preuve de maturité.

Bien sûr qu’ils sont inquiets, impatients, sceptiques.

Ils attendent des résultats, des signes de reprise.

Dans une société confrontée à la crise, comment ne pas les comprendre ?

Comment ne pas comprendre ces parents qui s'inquiètent de l'emploi que pourront trouver leurs enfants après leurs études ?

Comment ne pas comprendre ces entrepreneurs en quête de marchés et ces salariés qui s’inquiètent pour leur emploi ?

Comment ne pas comprendre tous ceux pour qui l’emballement sur les prix des matières premières, dont l'essence bien entendu, est un véritable casse tête.

 

Mais dans ce contexte où aucun horizon n'est vraiment éclairci, où toutes les valeurs refuges traditionnelles se brouillent, où la géographie politique du monde rend caducs nos manuels diplomatiques, les Français gardent un remarquable sang froid et montrent un grand sens des responsabilités.

 

Ils ne cherchent ni la fuite en avant, ni des excuses, ni de faux semblants.

Ils demandent du sérieux, ils acceptent les efforts, ils veulent de l’équité et sont prêts à entendre la vérité.

Je veux souligner cette nouvelle exception française.

Elle prouve que dans ses tréfonds la société française a senti l’ampleur des enjeux et l’obligation de s’organiser pour les affronter.

 

Bien sûr, ce consensus se décline différemment selon la catégorie de Français à laquelle on s'adresse. Mais ce consensus existe, et c'est l'atout maître de nos stratégies présentes et à venir.

La gauche parie sur la peur et la déception.

Je parie sur le sang froid et la lucidité.

Je suis venu vous dire ma conviction, que si les Français ont tant de cran et de réalisme, c'est que notre pays a déjà changé en profondeur, que les réformes, les politiques de modernisation, notre volontarisme, portent leur fruits et ancrent la France au rang des nations qui font face.

 

Nous avons des raisons d’espérer.

 

De l’autre côté de la Méditerranée, la cause de la Liberté, cette cause lumineuse que l’on disait réservée à quelques nations a enflammé le cœur des peuples bâillonnés.

Je rends hommage au courage de ces combattants qui ont brisé leurs chaînes.

Et je salue le professionnalisme de nos soldats qui ont placé leur force au service du droit.

Les dictateurs et les tyrans constatent désormais que le vent de la liberté est plus puissant que le mur de la peur.

 

Notre siècle verra-t-il ce souffle s’amplifier et passer partout où règne la servitude ?

L’Histoire commande de rester réaliste car le chemin de la démocratie est semé d’embûches.

Mais ce que je crois, c’est que les régimes oppressifs ne peuvent plus agir en toute impunité.

Ce que je crois, c’est que le monde arabo-musulman est en train de vivre une transformation politique qui redessine l’espace méditerranéen, et l’occasion doit être saisie pour mettre un terme au conflit israélo-palestinien.

Et ce qui est sûr, c’est que si Nicolas Sarkozy n’avait pas eu l’audace de sauver Benghazi, le carnage aurait eu lieu et l’honneur de la communauté internationale aurait été bafoué.

 

Je regrette le contraste entre les critiques bruyantes suscitées par notre intervention militaire, et la relative indifférence qui a entouré le succès de notre diplomatie et de nos armes.

Avant-hier, 60 pays étaient réunis à Paris pour aider la Libye à construire son avenir. Au lieu de s’en féliciter, certains se sont empressés de déceler dans cette réussite des intérêts cyniques.

Sur la base d’un faux document émanant d’une organisation qui n’a jamais existé, ils ont voulu accréditer l’idée que «tout cela c’était pour du pétrole».

Pourquoi cette désinformation ?

Pourquoi ce plaisir malsain à salir, à rabaisser notre pays, alors qu’il s’est comporté avec noblesse ?

 

Certains ont cru discerner dans notre engagement des relents de colonialisme.

Libye, Cote d’Ivoire, Afghanistan, à quoi bon s’engager ?

Je condamne ce manque de foi en la France, et je récuse ces disciples de la neutralité qui dénoncent les massacres qu’ils n’ont pas le courage de combattre.

Que serait la France sans grandeur, infidèle à son histoire, infidèle à sa réputation ?

Ce serait une nation desséchée et sans lumière.

Le prix de la lâcheté est plus élevé que le prix du courage. Et l’isolement est bien plus risqué que le rayonnement.

Vous pouvez être fiers d’être français.

Fiers d’être un peuple qui n’est pas indifférent au sort réservé aux autres peuples.

 

Fiers et lucides sur les défis et les contraintes qui pèsent sur notre propre avenir.

Car avoir 20 ans, ça n’est pas nécessairement courir derrière des illusions, et ça n’est pas exiger de la société plus qu’elle ne peut vous promettre.

Exigez la vérité plutôt que les mirages, choisissez l’action plutôt que la commisération.

Libre à la gauche de promettre une allocation d’étude à tous les jeunes, de leur faire miroiter 300.000 emplois précaires dans les structures parapubliques, un travail à 35 heures et une retraite à 60 ans, mais libre à vous de poser les bonnes questions que de telles promesses soulèvent.

Quel est le coût de ces mesures pour mon pays ? Quelles valeurs servent-elles ? Est-ce celle de l’audace ? Est-ce celle du mérite ? Est-ce véritablement celle de la solidarité ? Où est-ce l’annonce mensongère d’une existence sans défis ?

 

Avoir 20 ans, c’est s’interroger sur le sens que l’on veut donner à la vie, c’est voir le risque comme une opportunité de se dépasser, c’est voir l’avenir comme une aventure et non comme un terrain balisé.

«La jeunesse heureuse est une invention de vieillards», écrivait Paul Guimard.

Ce que je crois et vous dis sans démagogie, c’est que le bonheur est une conquête pas un privilège de l’âge !

 

Distinguez-vous par votre courage, votre maturité, mais aussi par votre capacité à tout repenser.

Ne cédez pas à l’intransigeance de ceux qui voient le monde en noir et blanc. Récusez leurs clivages arbitraires et trompeurs.

Nous vivons des temps nouveaux, marqués par l’échec des idéologies, marqués par les déraillements du capitalisme financier, marqués par l’épuisement des ressources naturelles, marqués aussi par la révolte des peuples arabes.

 

Aucun de ces évènements n’était totalement prévisible, et aucun ne pouvait ni ne peut être traité avec des recettes anciennes.

On peut ne pas aimer ce monde-là, on peut s’en inquiéter, mais c’est le nôtre, inédit, fulgurant, et il faut s’y battre avec nos atouts, avec nos valeurs, et surtout avec la lucidité de ceux qui savent que le progrès est une quête permanente.

 

Les sceptiques vous diront que vous êtes une «génération perdue» car le sens de l’Histoire n’est plus écrit.

Moi je pense que vous êtes une génération libre car le sens de l’Histoire doit, précisément, être conduit.

Les candides vous recommanderont de vous indigner de tout, mais que vaut l’indignation sans solutions crédibles.

Le mal qui guette notre démocratie n’est pas seulement celui de la résignation, c’est celui du simplisme ! Et du simplisme à la pulsion, il n’y a qu’un pas.

 

Une large partie de l’Europe est traversée par un vent de populisme.

Contre la mondialisation, contre l’euro, contre les financiers, contre l’étranger : les voix de la radicalité sont différentes, mais toutes ont pour caractéristique d’improviser des réponses binaires qui n’en sont pas.

De l’extrême droite à l’extrême gauche, ce ne sont que des appels au protectionnisme, à l’exacerbation nationale, à la revanche sociale. Comme si la France pouvait trouver son salut dans le repli et la colère.

Le peuple français ne doit être ni l’otage du politiquement correct qui nous a si longtemps muselés, ni l’otage du prétendu politiquement incorrect qui se targue de parler de tout, n’importe comment !

 

Etre populaire sans être populiste, c’est le défi des républicains que nous sommes.

Soyez des militants de la raison.

Soyez des bâtisseurs et des rassembleurs.

Rassembleurs pour l’UMP et pour la majorité présidentielle qui ne doit pas se disperser si près du but.

L’intérêt général comme l’efficacité électorale nous interdisent d’éparpiller nos forces, et ce principe doit s’appliquer dès maintenant, pour les élections sénatoriales où l’unité doit s’imposer partout sur les ambitions personnelles.

Soyez rassembleurs pour les Français car il n’y a pas un peuple de droite contre un peuple de gauche, il n’y a que des citoyens dont l’intelligence et la grandeur d’âme doivent être sollicités.

Soyez capable de donner à la France autant qu’elle vous donne, car en ces temps difficiles, chacun doit aller au bout de ses responsabilités personnelles.

 

Sur l’essentiel, l’Etat et ses services publics répondent présent !

Mais tout ne peut pas venir d’en haut, surtout dans une période de rigueur budgétaire comme celle que nous connaissons.

Depuis trente ans, nous avons augmenté la dépense publique souvent sans progrès décisif.

Pourquoi ?

 

Parce que nous oublions qu’une part de la solution dépend de chacun de nous, de notre éthique, de notre conscience morale et civique.

Je nous invite à refonder la société républicaine en commençant par le début, et je dirais par l’essentiel, l’esprit citoyen.

Auprès des pouvoirs publics, l’association des Français, responsables, disponibles, est plus que jamais déterminante.

 

Déterminante, car l’éducation n’est pas seulement l’affaire de l’Ecole, c’est d’abord et avant tout l’affaire des parents, dont beaucoup se mobilisent déjà aux côtés des enseignants.

 

Déterminante, car le développement durable n’est pas seulement affaire de réglementation. C’est bien chacun, par ses gestes et par la maîtrise raisonnée de ses besoins qui en est aussi comptable.

 

Déterminante, car le financement de notre système de sécurité sociale n’est pas seulement l’affaire des professionnels et des partenaires sociaux. Il est de notre devoir à tous de mesurer les limites de nos droits, de lutter contre nos excès, nos abus.

 

Déterminante, car la sécurité n’est pas seulement l’affaire des forces de l’ordre et de la justice, mais aussi celle des élus locaux, des associations, des médias, des familles qui doivent ensemble faire barrage à la culture de la violence qui imprègne la société française.

 

 

 

 

Ici, à Marseille, je veux redire toute mon affection et mon soutien à Claude Guéant et je réaffirme notre volonté de riposter à la délinquance. Et j’invite Martine Aubry à moins de rodomontades car en matière de sécurité, la dame des 35 heures et les socialistes ont beaucoup à se faire pardonner.

 

Déterminante enfin, car la lutte contre les déficits n’est pas seulement l’affaire de nos administrations, c’est aussi la cause de tous les Français qui ne peuvent d’un côté souscrire au désendettement du pays et de l’autre côté réclamer toujours plus d’argent public publics et toujours plus de droits.

Nous devons tous nous mobiliser et nous organiser pour faire mieux, avec plus d’efforts, plus de responsabilité, et avec moins de dépenses.

 

Plus que jamais, les Français doivent être conscients de leurs devoirs. Voilà la vérité.

Cette vérité n’est peut être pas agréable à entendre.

Mais je préfère les paroles qui sauvent aux paroles qui plaisent !

 

Au demeurant, je ne crois pas demander l’impossible à notre peuple, lui qui bien souvent a été plus entreprenant que ses élites, lui qui a réclamé et souvent accompagné le changement, lui dont l’inventivité scientifique et technologique est toujours en éveil, lui dont les ouvriers et les salariés sont considérés parmi les plus productifs des pays développés, lui qui forme l’un des pays au monde qui compte le plus grand nombre d’associations, preuve s’il en est de notre cohésion.

 

 

Dans l’âme française, deux instincts cohabitent depuis toujours : celui du pessimisme sur lequel la gauche mise sans complexe dans l’espoir d’attirer les suffrages de l’amertume, celui de l’engagement et de la vaillance dont nous devons être les fers de lance.

Nous avons besoin de ce dévouement, de ce civisme engagé, et vous – jeunes de l’UMP – vous devez montrer l’exemple.

 

Exigez, au nom de la jeunesse, exigez au nom de votre génération, que l’élection présidentielle ne soit pas un concours d’images, de slogans, de promesses, mais le grand rendez-vous des enjeux de notre temps, et par là-même, le rendez-vous des réalités et de la vérité.

 

Cette élection ne doit pas être l’otage des petits arrangements partisans, et, à cet égard, je ne puis concevoir que la politique de la France, au XXIème siècle, soit soumise aux tractations entre le PS, les Verts et le Front de gauche dont chacun voit les divergences programmatiques irréconciliables.

 

Cette élection ne doit pas être un casting pour désigner celui des candidats qui pourra tenir de façon plaisante le rôle du Chef de l’Etat.

Ca n’est pas un rôle, c’est une mission grave, dans des circonstances historiques qui sont périlleuses.

Nous parlons du destin de notre Nation !

Destin fragilisé par la fin de la suprématie du monde occidental qui n’a plus le monopole de la puissance économique, financière, scientifique.

 

 

Désormais, les pays émergents représentent 52% de la production industrielle et 80% des réserves de change.

 

La question de la mondialisation et de la France dans la mondialisation devra être au cœur de l’élection de 2012.

Comment, de façon crédible, organiser, maîtriser, répondre à la mondialisation ?

Face à cette question centrale, l’expérience et le volontarisme du Président de la République n’ont pas d’équivalents chez ses concurrents.

Certains à gauche suggèrent de «démondialiser» le monde, ce qui a autant de chance de réussir que de désaliniser la Méditerranée.

Nous devons faire avec des puissances et des continents entiers, avec lesquels il faut négocier, qu’il faut convaincre, avec lesquels, parfois, il faut engager un bras de fer.

Et ce bras de fer ne peut réussir que si l’Europe parle haut et fort.

 

La question européenne devra, elle aussi, être au cœur l’élection présidentielle, parce que la solidarité des 500 millions d’européens est tout simplement vitale face aux continents qui nous entourent.

Face aux doutes des marchés et aux assauts des spéculateurs, l’Europe et l’euro ont été protégés, et l’avenir rendra grâce à Nicolas Sarkozy et Angela Merkel d’avoir été à la hauteur de leurs responsabilités.

Dans l’urgence, nous avons créé des instruments de coordination qu’il aurait été impensable d’imposer il y a quelques années.

Mais la crise a révélé les lacunes de notre union monétaire.

 

Celle-ci réclame une intégration plus poussée de nos économies, une coordination renforcée de nos politiques économiques, fiscales et budgétaires, et pour structurer le tout, elle réclame une architecture institutionnelle permettant de prendre des décisions fortes, courageuses et rapides.

 

Je suis un Européen réaliste qui croit au rôle des Nations dans l’Histoire.

Mais mon patriotisme me commande d’en appeler à plus d’Europe politique, plus de stratégie industrielle commune, plus de préférence communautaire, plus d’ambition internationale.

Bref, mon patriotisme s’incarne dans le projet d’une Europe puissante, une Europe qui souffre encore de ne pas avoir une âme alors même qu’elle réunit en son sein des cultures millénaires et brillantes, une Europe qui a tant d’atouts mais trop peu de colonne vertébrale, une Europe dont les démagogues ont fait la cause de tous nos maux car il est toujours plus facile d’accuser le voisin que de se regarder dans une glace.

 

Soyez les gardiens de l’héritage européen !

Soyez les vrais patriotes, je veux dire ceux qui savent que le rayonnement et la protection de la France se décident au-delà de ses frontières.

 

Enfin, la question de la dette devra être au centre du débat présidentiel.

 

 

Non pas que l’orthodoxie budgétaire soit une fin en soi, mais parce que le maintien de notre souveraineté nationale n’autorise aucun laxisme.

 

La crise des dettes souveraines doit être méditée.

Elle n’est pas qu’un problème financier.

C’est un problème de civilisation, et plus précisément le problème d’une civilisation européenne qui a préféré vivre au dessus de ses moyens en s’endettant plutôt que de se remettre en cause.

Cette crise, c’est la douloureuse rançon que doit désormais rembourser la vieille et belle société européenne qui n’a pas trouvé le courage d’ajuster ses mœurs à la réalité de ses richesses.

Mais la réalité vous rattrape toujours.

 

Tout parti et tout programme ignorant les contraintes financières devront être considérés comme inconséquents et disqualifiés pour défendre l’intérêt général.

Les contradictions du Parti socialiste sur les modalités de réduction de nos déficits doivent prises très au sérieux par les Français car tout relâchement budgétaire et toutes promesses inconsidérées replongeraient notre pays dans la crise.

 

Nous nous sommes engagés, à ramener nos déficits à 3% en 2013, et nous nous en donnons les moyens.

 

 

 

Le ralentissement de l’économie américaine et la crise des dettes souveraines nous ont obligés à revoir nos perspectives de croissance et à prévoir un plan de 11 milliards d’euros d’économies supplémentaires.

Il s’agit d’ajuster nos prévisions budgétaires à nos hypothèses de croissance, pas de changer notre stratégie économique et financière au milieu du gué.

Nous avons veillé à son équilibre afin qu’il ne pénalise pas la reprise.

Dans un souci d’équité, nous avons demandé un effort supplémentaire aux plus fortunés.

Nous avons agi vite pour consolider la confiance dans nos finances publiques.

Le temps est maintenant au débat parlementaire.

Rien n’est tabou et rien n’est abandonné !

Le gouvernement est ouvert aux critiques et aux amendements à condition qu’ils ne remettent pas en cause le volume des efforts, ni leur équilibre.

La consommation, la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des plus modestes ne doivent pas être mis en cause par les ajustements qui seront proposés.

Et plus généralement, je voudrais dire à notre majorité qu’il n’y a pas de cagnotte, il n’y a pas de trésor caché, et ce n’est pas en empruntant les slogans de la gauche que nous résoudrons nos problèmes financiers.

On peut réclamer plus d’équité sans accréditer l’illusion que la taxation des grandes entreprises et des plus riches nous dispensera d’un effort général que notre société doit conduire.

 

Notre discipline budgétaire ne date pas d’aujourd’hui, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la crédibilité de la France reste forte au regard des investisseurs.

 

La révision générale des politiques publiques nous a permis de générer 15 milliards d’euros d’économies.

Au terme du quinquennat, nous aurons réduit de 150.000 le nombre de fonctionnaires.

Nous avons gelé les dépenses de l’Etat et les dotations aux collectivités locales.

 

 

Avec la réforme des retraites nous avons sauvé notre modèle social de la faillite.

Si le parti socialiste persiste à conserver dans son programme le rétablissement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, alors nous serons devant l’une des promesses électorales parmi les plus insensées de la Vème République.

Insensée sur le plan financier, mais aussi insensée sur le plan social car c’est tout l’équilibre de nos régimes de retraites par répartition qui serait, à terme, menacé.

 

Le parti socialiste prétend être conscient de la nécessité de réduire les déficits. Il faut qu’il le prouve !

Il faut qu’il reconnaisse que la dépense publique ne peut plus être la réponse à toutes les difficultés de la société française.

Il faut qu’il accepte d’entrer dans une discussion constructive sur l’instauration dans notre Constitution d’une «règle d’or», qui s’imposerait à toutes les majorités et à tous les gouvernements.

Sous l’impulsion de l’Allemagne et de la France, tous les pays européens ont été invités à en faire de même.

En Espagne, socialistes et conservateurs ont noué un accord et leur Assemblée vient d’adopter le principe de cette règle. Ce qu’ont fait les socialistes espagnols, pourquoi les socialistes français ne le feraient-ils pas ?

Je sais bien que l’approche des élections réduit les chances de consensus.

 

Mais en matière de déficit, nous avons tous péché ! Il ne serait donc pas indigne d’essayer ensemble de nous rattraper en laissant de côté, durant quelques semaines, nos divergences politiques.

 

Que ceux qui veulent s’opposer ou s’abstenir se demandent en conscience si nous ne serons pas plus forts en répondant tous présent.

C’est un rendez-vous que nous avons avec nous-mêmes, avec l’Europe et avec nos enfants.

 

Mes amis,

Nous imaginions que le temps nous laisserait du temps et que ce tout jeune XXIème siècle nous fournirait l'espace d’une respiration.

Non, l'Histoire au repos, l'Histoire désactivée, l'Histoire au bout de l'Histoire, l’Histoire signant un traité de non ingérence avec la France, ça n'existe pas.

 

Notre problème n'est pas seulement de combattre la crise financière et économique.

Notre problème est de continuer à construire une société réaliste, je veux dire capable d'activer le meilleur d’elle même, sans état d’âme passéiste, et sans blocages corporatistes.

 

Nous aimons dire que nous sommes un " vieux et grand pays ".

Bien sûr notre culture, notre patrimoine, nos savoirs peuvent se réclamer d'un prestigieux passé. Mais ceci suffit-il pour qu’un pays soit moderne, pour qu'il sache vivre à l'épreuve de son temps ?

 

Attention aux logiques narcissiques.

Attention à ne pas confondre valeurs et préjugés.

Je suis optimiste sur l'avenir de la politique de réforme parce que suis convaincu que la société française a senti qu'elle ne pouvait pas entrer dans un nouveau siècle avec de petites nostalgies et de vieilles idées.

Je suis convaincu qu'elle est redevable à Nicolas Sarkozy d’avoir jeté les bases d'un modèle français nouveau, d'une société en état de veille et capable de se reconfigurer.

 

Oui nous avons rencontré des obstacles, oui nous avons dû parfois ajuster le tir, remiser certaines de nos espérances, oui ce quinquennat qui devait se dérouler dans un contexte de croissance a été marqué au fer par la crise.

Sans vaciller, nous avons néanmoins réformé, nous avons tenu le choc de la récession, nous avons réussi à protéger les Français, leur épargne, leurs emplois, leur mode de vie.

Nous sortons de l’épreuve renforcés, plus expérimentés, plus réactifs aussi.

 

Le temps de l’action demeure et le temps du combat électoral recommence.

Je compte y prendre toute ma part, et je sais, Jean-François, que notre mouvement s’y prépare.

J’invite l’UMP au rassemblement de toutes ses composantes.

J’invite chacun d’entre nous à prendre aujourd’hui trois engagements.

 

 

Le premier est de rester unis autour du Président de la République car l’unité est la condition de notre réussite collective.

Le deuxième de nos devoirs est de porter haut nos valeurs et de défendre notre action face au front conservateur allant de l’extrême-droite à l’extrême-gauche.

Notre mouvement doit être aux avant-postes pour dire aux Français que notre pays est mieux armé qu’il y a quatre ans pour faire face aux défis mondiaux.

Notre troisième devoir, c’est de continuer à bâtir notre projet parce qu’il n’y a pas de victoire électorale sans domination intellectuelle.

 

Mes amis, je vous invite à adhérer à ces trois engagements.

Vous serez ainsi au service d’un idéal qui dépasse chacun d’entre nous.

Cet idéal s’appelle tout simplement la République.

 

Vive la République, et vive la France !

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 18:35

 


 

François FILLON s'est exprimé sur la situation de l’agriculture française à l'occasion d'un déplacement à Mortagne-au-Perche dans l'Orne, accompagné de Bruno LE MAIRE, le Vendredi 2 septembre 2011.

Mesdames et Messieurs,
Je voudrais d’abord dire à Jean-Claude LENOIR toute l’estime, mais surtout toute l’amitié que j’ai pour lui, l’estime que j’ai pour son travail, pour sa personnalité, une personnalité fidèle et généreuse, et je le remercie d’avoir évoqué les longues années de travail en commun et d’amitié. J’ai beaucoup de respect pour Jean-Claude, et cela fait longtemps que j’avais promis de venir lui rendre visite. Je ne regrette pas de l’avoir fait, tant l’accueil qui m’a été réservé, avec Bruno LE MAIRE, aujourd’hui à Mortagne, a été un accueil chaleureux, en même temps qu’il nous a permis d’évoquer des sujets difficiles, en allant au fond des choses.
Je viens de visiter un groupement agricole d’exploitation en commun, qui est un groupement particulièrement entreprenant. Et j’ai évoqué avec plusieurs agriculteurs de la région les enjeux qui les concernent. Nous sommes, et ils sont au premier chef, confrontés à un environnement économique qui est un environnement économique extrêmement difficile. Mais je veux dire avant de l’évoquer, que je tire de cette visite d’abord un message de confiance, et en particulier un message de confiance pour l’avenir de notre agriculture.
L’idée-force de la politique que nous conduisons, sous l’autorité du président de la République avec Bruno LE MAIRE, consiste à placer les agriculteurs au cœur d’un dispositif dans lequel ils doivent être considérés comme des entrepreneurs, comme des entrepreneurs à part entière, comme des acteurs responsables d’un domaine économique qui est un domaine économique d’avenir, et qui est un domaine économique vital pour l’économie française et pour l’économie européenne.
Alors cette politique, nous la déployons dans trois directions. La première, c’est l’engagement que nous avons pris, et que nous avons respecté, de réagir sans délai aux difficultés conjoncturelles que rencontre l’agriculture française. Et nous savons que les agriculteurs, compte tenu de la spécificité de leur métier, sont confrontés à des difficultés, à des aléas climatiques, à des catastrophes naturelles, et à la volatilité des cours.
La deuxième direction, c’est la réforme des structures. Il faut donner aux exploitants agricoles les moyens de développer une agriculture de production, une agriculture de qualité, une agriculture qui soit rentable, et une agriculture qui soit respectueuse de son environnement.
Et enfin, la troisième direction, c’est d’être à l’initiative pour promouvoir sur la scène internationale la vision française de l’agriculture, c’est-à-dire une vision qui n’a rien d’une vision passéiste, qui n’a rien d’une vision dépassée, qui est une vision exigeante, exigeante en termes de santé, en termes d’environnement, et en termes d’équité dans les échanges commerciaux internationaux.
Bruno conduit cette politique avec beaucoup de force et avec beaucoup de talent ; il la conduit sur tous les fronts, avec une conviction et avec une rigueur qui sont unanimement respectées. Je veux aussi saluer la présence de Xavier BEULIN, qui défend avec passion les intérêts de la profession, et de tous les responsables agricoles qui sont présents ici.
Je le disais, le contexte est difficile, et le courage des agriculteurs est immense. Depuis 2008, les agriculteurs français ont été touchés par la crise mondiale ; 2009 a été une année noire pour les revenus agricoles ; 2010 a vu une amélioration ; et 2011 est une année, même si elle n’est pas encore complètement terminée, qui est contrastée : elle a été favorable pour certains, mais elle a aussi été marquée par des coups durs.
Il y a eu au printemps la sécheresse qui a occasionné pour beaucoup d’agriculteurs, et en particulier pour les éleveurs, des pertes irrattrapables. Nous avons pris nos responsabilités face à cette catastrophe naturelle : nous l’avons fait en mobilisant le Fonds national de garantie des risques en agriculture 65 départements ont été reconnus en état de calamité agricole, et l’Orne en fait évidemment partie. Les premières indemnisations vont intervenir dans les tout prochains jours, à partir du 15 septembre. Je crois qu’on n’a jamais été aussi vite face à une situation de catastrophe comme celle qu’on vient de connaître, pour mettre en place les procédures d’identification des dommages, et puis les premières indemnisations.
Il y a aussi la crise du secteur des fruits et légumes, qui est frappé à la fois par la sécheresse, qui a désorganisé le calendrier de la production, mais également par les problèmes sanitaires qui sont apparus en Allemagne au printemps, et qui illustrent bien le caractère désormais mondialisé de notre commerce en matière agricole. Dès le début de la saison, confronté à ces difficultés, le gouvernement a réagi en prenant des mesures pour soutenir la commercialisation des produits, et en obtenant – et cela n’a pas été facile – des aides européennes exceptionnelles.
Mais pour résoudre durablement les problèmes de la filière, il faut aller beaucoup plus loin. Bruno LE MAIRE a mis en place trois groupes de travail, pour étudier les relations commerciales au sein des filières des fruits et légumes, la compétitivité économique de ces filières, la régulation des marchés, et la gestion des crises. Ces groupes présenteront leurs conclusions la semaine prochaine, et nous allons ensemble travailler à leur mise en œuvre.
Je me suis engagé, c’était au congrès de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, à proposer des mesures d’allègement de charges sur le travail permanent, puisque cette question du coût du travail, notamment dans la compétition avec les autres pays européens, et avec notre grand voisin allemand, est désormais une question absolument stratégique. Nous avons engagé le travail pour aboutir sur ces mesures.
Cela suppose d’abord de négocier avec la Commission Européenne parce que, je veux le redire devant vous, je l’ai dit et Bruno l’a dit tout à l’heure devant les agriculteurs, nous ne mettrons jamais en place des aides qui n’ont pas reçu le feu vert de la Commission Européenne, parce que nous ne voulons pas faire comme certains de nos prédécesseurs, qui pour avoir la paix, ont fait verser des aides qui ensuite ont été réclamées aux agriculteurs et que ceux-ci ont dû rembourser. cela n’est pas ma conception de la crédibilité, de la confiance qui doit exister entre les pouvoirs publics et le monde agricole.
Nous avons donc engagé cette négociation à l’échelle européenne, et un député, le député Bernard REYNES, va prochainement, très prochainement, conduire une délégation parlementaire à Bruxelles pour aller explorer, avec les autorités européennes, toutes les voies qui nous permettront de mettre en place des mesures d’allègement du coût du travail en agriculture.
Mais les difficultés que rencontrent plusieurs de nos filières agricoles sont aussi liées à des problèmes d’organisation, auxquels il fallait que nous répondions. Défendre notre agriculture, c’est lui donner les moyens de conquérir sa rentabilité ; c’est mettre à sa disposition les outils nécessaires à sa compétitivité ; c’est donner aux agriculteurs des instruments pour qu’ils soient les acteurs de leur propre réussite. C’est tout le sens de la loi de modernisation de l’agriculture qui a été votée en 2010 par le Parlement, et qui commence à produire ses premiers effets.
Nous avons décidé, et c’est vraiment le cœur de ce travail de réforme, que la contractualisation devrait être désormais la règle pour sécuriser les prix et les volumes de productions, et donner des revenus aux agriculteurs. Nous avons accru le rôle de l’Observatoire des prix et des marges pour améliorer la transparence dans les circuits commerciaux. Cet Observatoire des prix et des marges a commencé à publier des résultats qui ont montré qu’il y avait des abus, qui ont montré qu’il y avait des pratiques qui devaient être corrigées. Nous allons progressivement étendre le travail de cet Observatoire à l’ensemble des secteurs de la production agricole.
Nous avons renforcé le poids des organisations professionnelles, pour que les agriculteurs soient plus unis dans la défense de leurs intérêts. Nous avons pris des mesures de simplification des procédures et de relèvement des seuils pour les installations classées, pour la protection de l’environnement, et en particulier pour l’élevage laitier – ce qui ici, dans l’Orne, prend une signification particulière. Et puis nous poursuivons les réflexions pour développer les dispositifs d’assurance contre les aléas, et en particulier contre les aléas climatiques.
Nous avons fait tout cela pour répondre aux attentes des agriculteurs, qui sont les mieux placés pour savoir que les réformes sont nécessaires au développement de leur activité. Mais je veux dire que, même si ce travail n’est pas terminé, parce qu’on n’a jamais fini de réformer, parce qu’il faut toujours adapter les dispositifs. Désormais c’est aux agriculteurs, c’est à la profession de se saisir des possibilités qui leur sont offertes pour valoriser leurs productions, en faisant en sorte que l’offre soit toujours mieux adaptée à la demande, en répondant aux attentes des consommateurs, en renouvelant et en diversifiant les débouchés par la valorisation des produits nationaux, par la vente directe, comme je viens de le voir tout à l’heure, par les circuits courts, par le développement des produits sous signe officiel de qualité, comme l’AOC, comme le Label Rouge, ou encore comme l’Agriculture Biologique.
On voit les progrès qui ont été accomplis dans notre pays depuis quelques années dans ce domaine. On est parti sur des productions qui étaient presque anecdotiques. On a longtemps considéré que l’ensemble de ces signes de reconnaissance de la qualité ne pouvait pas concerner des gros volumes, ne pouvait pas être une solution principale aux problèmes posés par la production agricole. On voit aujourd’hui le développement spectaculaire de ces signes de qualité, le développement spectaculaire de ces filières, qui correspondent bien à des attentes qui sont celles des consommateurs français.
Je veux dire qu’il n’y a pas de modèle unique, et c’est très important que toutes les pistes que je viens d’évoquer soient poursuivies, explorées, mises à la disposition des agriculteurs. Toutes ces pistes sont complémentaires, et elles sont porteuses de ressources, et elles sont porteuses de rendements. Comme l’est aussi le développement, au sein des exploitations, des énergies renouvelables – nous l’avons évoqué tout à l’heure.
Oui, nous avons été amenés à moraliser un dispositif d’incitation au développement des énergies renouvelables qui ne l’était pas. Oui, nous avons été amenés à faire en sorte que l’évolution du coût de l’électricité dans notre pays soit maîtrisée. Je ne pense pas que dans la salle on souhaiterait que l’électricité augmente de 10 % par an, simplement parce qu’il faut honorer des engagements qui n’étaient pas des engagements raisonnables.
Nous avons remis de l’ordre dans tout cela, et nous avons maintenant un dispositif qui fonctionne, avec des objectifs qui sont des objectifs ambitieux, et qui permettent une rentabilité pour ceux qui se lancent dans les énergies renouvelables, mais dans un contexte économique qui est un contexte économique acceptable. Et bientôt, la France aura rempli les engagements qu’elle a pris : 23 % d’énergies renouvelables en 2020, dans des conditions qui sont des conditions économiques acceptables.
Notre agriculture a des atouts. Notre agriculture a un potentiel remarquable. Elle peut jouer un très grand rôle dans un marché mondial où la demande ne va pas cesser d’augmenter dans les décennies à venir, à condition de produire plus, à condition de produire mieux, à condition d’être une agriculture moderne, une agriculture qui soit consciente des réalités de son environnement, qui soit décidée à s’y confronter avec efficacité ; à condition aussi, et c’est évidemment très important, que les déséquilibres qui affectent aujourd’hui le marché mondial des produits alimentaires soient aplanis.
Je veux vous dire sur ce sujet, mais vous le voyez bien, que la France est en première ligne dans le combat pour une meilleure équité dans les règles du commerce international. Il faut dire d’ailleurs que la conjoncture actuelle est paradoxale, parce que d’un côté la population mondiale se développe plus vite que prévu, elle se développe plus vite que la production agricole ; et nous savons aujourd’hui que nous devrons augmenter de 70 %, globalement à l’échelle de la planète la production agricole pour répondre aux besoins humains qui vont apparaître. Et d’un autre côté, l’agriculture est prise sous le feu de la mondialisation, elle se retrouve victime de phénomènes de spéculation, qui sont totalement étrangers à ses missions, et en particulier à sa mission essentielle, qui est de nourrir la planète.
Dans tous les pays du monde, la volatilité des prix agricoles a des conséquences dramatiques. Cette volatilité a été une des principales causes des émeutes de la faim en 2008 ; et on voit aujourd’hui la situation dramatique qui frappe les pays de la Corne de l’Afrique. Eh bien, face à cette crise, la France n’est pas restée sans agir. Nous nous sommes mobilisés, avec la communauté internationale. Nous avons d’ailleurs, s’agissant de la famine dans la Corne de l’Afrique, mis en place une aide importante.
Mais ces aides sont des aides qui ne visent qu’à, et c’est déjà fondamental, sauver des vies humaines, mais qui ne permettent pas d’assurer dans la durée la résolution des problèmes. Il faut donc empêcher que ces situations dramatiques se multiplient, et pour cela, il faut avoir une vision stratégique, et il faut avoir le courage de faire valoir les nécessités d’une régulation du marché des produits agricoles dans le monde.
Il n’est pas acceptable, en effet, que les produits agricoles deviennent des variables de produits financiers extrêmement complexes, tournés vers la seule recherche de la rentabilité à court terme. Il n’est pas admissible que des populations entières soient privées de ce qu’il y a de plus vital, parce que des spéculateurs achètent des récoltes entières uniquement pour les revendre aussitôt et réaliser un bénéfice sur cette opération de spéculation. Et il n’est pas concevable que dans les moments de crise on voit réapparaître des réflexes protectionnistes, qui ne sont en rien une solution aux problèmes de l’agriculture, mais qui au contraire aggravent les fluctuations brutales du marché, et mettent en péril l’ensemble de notre économie agricole.
Lorsque nous avons pris la présidence du G20, nous avons décidé, sous l’autorité du président de la République, de placer, pour la première fois, je vous le fais remarquer, cela ne s’est jamais produit : le G20 a parmi ses principales priorités, la question agricole. Nous avons proposé un plan d’action, et ce plan a été accepté par l’ensemble des pays membres du G20. C’est une première étape, et nous allons avoir dans quelques semaines à Cannes une rencontre des pays du G20 qui nous permettra de marquer de nouveaux développements.
Nous avons une ambition de réguler le marché mondial, une ambition d’équilibre, une ambition d’équité. Nous avons cette ambition aussi pour les relations commerciales, pour les négociations commerciales internationales. Parce que nous disons – et je sais que les agriculteurs le disent depuis longtemps, et ils n’étaient pas suffisamment entendus – qu’il n’est pas raisonnable, qu’il n’est pas légitime d’ouvrir nos frontières à des produits qui ne sont pas soumis aux mêmes normes environnementales et sanitaires que celles qui s’imposent en Europe. Cela n’est pas faire du protectionnisme que de dire cela ; c’est simplement dire qu’il doit y avoir réciprocité dans les échanges.
Si on fixe des objectifs très élevés en matière de qualité sanitaire aux producteurs français, aux producteurs européens, eh bien alors les produits qui rentrent en Europe doivent satisfaire aux mêmes critères. Le contraire est absurde ; c’est évidemment absurde parce que les éleveurs, les agriculteurs européens ne peuvent pas faire face à une concurrence qui est une concurrence déloyale, et c’est aussi absurde parce que cela veut dire qu’on accepte pour nos consommateurs des produits qui n’ont pas les mêmes normes de qualité, notamment en matière de sécurité sanitaire, que ce que nous imposons à nos éleveurs et à nos agriculteurs.
Nous défendons cette politique sur notre continent également contre tous ceux qui voudraient démanteler la Politique Agricole Commune, et qui voudraient déréguler l’agriculture. C’est une politique qui a été conduite par beaucoup d’Etats européens pendant les dernières années du 20e siècle. Les événements aujourd’hui donnent tort à ceux qui voulaient démanteler la Politique Agricole Commune, à ceux qui au fond estimaient que l’Europe n’avait plus besoin d’agriculteurs, qu’il suffisait d’acheter les produits agricoles dans d’autres pays, et de se concentrer sur des filières de services ou des filières industrielles à très haute valeur ajoutée.
C’était une erreur, on le voit : c’est une erreur pour notre pays, c’est une erreur pour l’emploi, c’est une erreur pour notre richesse nationale ; mais c’est aussi une erreur pour le monde entier parce que le monde a besoin de la production agricole européenne, et singulièrement de la production agricole française.
Nous nous battons donc pour maintenir le budget de la Politique Agricole Commune et pour que la réforme qui doit intervenir après 2013, prenne largement en compte les idées françaises en matière agricole. Nous ne le faisons pas par égoïsme national, comme je l’entends parfois dire, mais nous le faisons parce que nous pensons que c’est vraiment un enjeu essentiel pour l’Europe : préserver une agriculture forte, préserver une agriculture de haute qualité environnementale et sanitaire.
Je ne crois pas à un monde à deux vitesses, avec dans les pays du Nord la finance, la recherche, les services, et puis dans les pays du Sud l’agriculture et l’industrie. Je pense que c’est une vision dangereuse, et c’est d’ailleurs une vision qui est aujourd’hui complètement dépassée. Elle est dépassée par l’accroissement de la demande mondiale, qui rend nécessaire le développement des ressources agricoles dans toutes les nations. Oui, il faut développer l’agriculture dans les pays en développement, dans les pays du Sud, mais parallèlement il faut développer la production dans les pays du Nord ; sinon, nous n’arriverons pas à faire face à la demande de produits alimentaires dans les prochaines années.
Elle est dépassée aussi parce que nous sommes dans un monde où s’affirment de nouvelles puissances, qui ne se contenteront pas de la seule question de la production industrielle et de la production agricole, qui se sont aussi lancées sur la compétition à tous les niveaux : la finance, la recherche, les services à très haute valeur ajoutée. Et nous sommes dans un monde où les équilibres internationaux sont extrêmement fragiles ; on ne peut pas dépendre totalement des autres sur un enjeu aussi vital que celui de l’agriculture. De la même façon que nous nous sommes battus pour assurer notre indépendance énergétique, notamment avec le programme nucléaire français, eh bien, nous avons le devoir d’assurer notre indépendance alimentaire. C’est aussi important sur le plan stratégique pour notre pays.
La France est une grande puissance agricole ; l’agriculture et l’industrie agroalimentaire sont devenues le deuxième solde excédentaire de notre balance commerciale. Les agriculteurs incarnent une part essentielle de la tradition de notre pays, et je veux leur dire tout le respect que m’inspire la ferveur, la persévérance qu’ils engagent dans leur activité. Mais s’ils incarnent les traditions, ils ont aussi su se moderniser ; ils ont fait progresser la productivité de façon spectaculaire. Et si la France est une grande puissance agricole, c’est avant tout grâce à nos agriculteurs.
Mesdames et messieurs, en présence de Jean-Claude LENOIR – je suis heureux de saluer Monsieur DENIAUD, dont l’optimisme est inoxydable, j’aimerais pouvoir promettre des lendemains faciles ; mais je vais vous dire que je n’en ai pas le droit. Notre pays est confronté depuis trois ans à une crise financière, à une crise économique internationale, qui nous a demandé beaucoup d’efforts. Nous avons été plusieurs fois au bord du gouffre.
En 2008, sans l’intervention du président de la République française et du Premier ministre britannique, l’ensemble du système financier international se serait effondré. C’est-à-dire que les banques auraient fait faillite. Vous auriez été faire la queue pour essayer de récupérer vos économies. C’était la situation en 2008. Si Nicolas SARKOZY, Gordon BROWN, suivis par l’ensemble des grands pays européens, n’avaient pas dit, souvenez-vous : il n’y aura pas de faillite des banques en Europe, parce que nous allons garantir les banques ; si nous n’avions pas fait cela, nous serions aujourd’hui dans une situation économique inextricable avec des dégâts terribles sur la production industrielle, sur l’emploi, sur l’ensemble de nos sociétés européennes.
Nous avons été de nouveau confrontés à des difficultés graves pendant l’été, avec ces menaces qui pesaient sur la monnaie européenne, avec cette spéculation qui était engagée contre certains Etats européens dont la France d’ailleurs. Là encore, nous avons trouvé, avec l’Allemagne, la force de réagir pour bloquer les spéculateurs, pour rassurer les investisseurs, pour faire en sorte que notre système financier se consolide, et que ceux qui en ont besoin pour investir, pour produire, pour se développer, pour créer de l’emploi, puissent continuer à le faire.
Ceci demande des efforts de la part de tous. Il ne faut pas croire que le débat d’aujourd’hui c’est un débat seulement entre des Etats qui seraient irréprochables et des spéculateurs qui auraient tous les défauts. Quand on a un endettement comme le nôtre, ou comme ceux des autres grands pays développés, quand on accumule les déficits depuis 35 ans, quand on est obligé de rembourser chaque année 45 milliards d’euros d’intérêts à ceux qui nous prêtent de l’argent, on a nos propres responsabilités dans la situation qui est la nôtre aujourd'hui. Et ceux qu’on appelle les marchés, ce sont pour une part simplement des gens qui nous prêtent de l’argent. Et si on n’a pas envie de dépendre des marchés, il y a une solution très simple pour ne pas dépendre des marchés : c’est de ne pas être obligé de leur emprunter autant d’argent. Et alors, on ne dépendra pas d’eux.
Et pour y arriver, il faut remettre de l’ordre dans nos économies. Il faut remettre de l’ordre dans nos finances publiques. Il faut réduire nos déficits. Pendant des années, on a cru que cela allait pouvoir continuer éternellement. 35 ans de déficits ininterrompus ! Tous les gens qui sont dans la salle qui ont moins de 35 ans pensent que cela marche comme ça. Et tous ceux qui ont plus de 35 ans se disent : si cela a marché 35 ans, cela va bien marcher encore quelques années de plus. On est arrivé au bout de ces difficultés, et nous sommes aujourd’hui placés devant nos responsabilités. Nous devons retrouver l’équilibre de nos finances publiques. Nous devons réduire nos déficits. Et c’est un objectif qui concerne chacun d’entre nous. Et la première des responsabilités des hommes politiques, c’est de ne pas faire des promesses que nous ne serions pas capables de tenir.
La France est aujourd’hui, grâce aux réformes que nous avons faites, depuis quatre ans notamment, un des pays dont la crédibilité financière, malgré la dette que je viens d’évoquer, est considérée à l’échelle mondiale comme l’une des meilleures. C’est le résultat des réformes que nous avons engagées. Si nous n’avions pas fait la réforme des retraites, nous ne serions pas crédibles aujourd’hui face aux difficultés financières que je viens d’évoquer. Si nous n’avions pas engagé la réduction du nombre de fonctionnaires, dans un pays qui a aujourd’hui quasiment le record du monde de la dépense publique, nous ne serions pas crédibles sur le plan de la confiance dans nos finances publiques.
Nous avons engagé la réforme des universités pour faire en sorte que la matière grise, la création de richesses de demain, se produisent bien dans les universités françaises, et ne se délocalisent plus. Nous avons libéré les heures supplémentaires, parce qu’il fallait permettre de donner de la souplesse à un système qui était bloqué par le carcan des 35 heures.
Et puis nous avons la chance d’avoir un peuple français qui, malgré tous les défauts qu’on lui prête, a fait preuve de beaucoup de sens des responsabilités devant cette crise, et qui a assumé cette situation avec beaucoup de courage. Malgré la dureté de la récession que nous avons connue en 2009, malgré l’enchaînement des réformes, dont certaines, c’est vrai, n’ont pas été agréables, dont certaines ont bouleversé ce qu’on appelle nos acquis, nos habitudes, malgré des réductions budgétaires que nous avons dû conduire, les Français ont fait preuve de maturité.
Alors bien sûr, les Français sont inquiets, ils sont impatients, ils sont sceptiques. Et comment ne pas les comprendre, alors que nous sommes dans une société qui est confrontée à la crise ? Mais dans ce contexte, où l’horizon n’est pas encore éclairci, les Français gardent un sang-froid remarquable. Si l’on regarde autour de nous, dans d’autres sociétés européennes, il y a un vent de contestation qui souffle, alors que dans notre pays, c’est le bon sens qui l’emporte.
Cela prouve que dans les tréfonds de la société française, chacun sent l’ampleur des enjeux ; chacun sent qu’il y a une obligation de s’organiser pour affronter ces défis. Les Français ne cherchent ni la fuite en avant, ni des excuses, ni des faux-semblants. Je crois qu’ils demandent du sérieux à leurs responsables politiques. Ils acceptent les efforts ; simplement, ils veulent que ces efforts soient équitables. Et je crois vraiment qu’ils sont prêts à entendre la vérité.
Si notre nation assume la crise et ses conséquences avec tant de cran et de réalisme, je crois que c’est parce qu’elle a déjà changé en profondeur. C’est toujours difficile de mesurer les changements d’une société quand on vit en son sein – c’est plus facile quand on a le recul de l’historien. Mais regardez, déjà : on a mis en place le service minimum dans les transports –cela veut dire quoi ? Cela veut dire que désormais, une pratique qui était traditionnelle dans notre pays, qui consistait, lorsqu’une réforme était combattue, lorsqu’une réforme était critiquée, à bloquer les transports parisiens pendant une semaine pour faire reculer le gouvernement – est-ce que c’est conforme à la démocratie ?
Il y a une majorité qui a été élue par les Français, sur un programme ; elle met en œuvre ce programme. Il peut y avoir naturellement des débats, des critiques, des contentieux ; tout le monde n’est pas d’accord, c’est normal, c’est la vie. Mais est-ce que quelques personnes ont le droit de prendre en otages des millions de Français, bloquer l’économie, pour faire reculer un gouvernement qui est issu du suffrage universel ? Eh bien cela, c’est fini. Et nous avons vu, à l’occasion des dernières crises sociales dans notre pays, que le service minimum a fonctionné. Ce qui montre d’ailleurs que lorsque la loi est votée, il y a un grand  respect de la légalité par nos concitoyens.
Regardez ce que nous avons fait sur l’université. Les universités françaises étaient en train de disparaître dans les classements internationaux, simplement parce que leur organisation était mauvaise – et tout le monde le savait. Et à chaque fois qu’on voulait réformer l’université, il y avait une grève, les étudiants descendaient dans la rue, en général le ministre était remercié, et on renonçait à une réforme qui était par ailleurs jugée indispensable par tout le monde, à droite comme à gauche !
Nous avons mis en place un processus, qui est un processus de long terme, qui donne à toutes les universités françaises leur autonomie, et qui permet à ces universités désormais de s’organiser comme elles l’entendent, de recruter les enseignants qu’elles veulent recruter, en France ou à l’étranger, de les rémunérer comme elles veulent les rémunérer, pour attirer les meilleurs, d’organiser les formations pour s’adapter aux besoins de leur territoire.
Alors évidemment, il va falloir du temps pour que ces réformes donnent des résultats ; mais si on ne les avait pas faites aujourd’hui, alors c’est tout le système de l’enseignement supérieur français – donc les emplois de demain, les filières économiques de demain, les produits innovants de demain – qui n’aurait plus été à la portée de l’économie française.
Regardez le dialogue social. On caricature souvent dans la presse, dans les commentaires, le dialogue social dans notre pays – et il est parfois caricatural. Mais il a fait énormément de progrès. Nous avons eu, sur la réforme des retraites, un débat très dur avec les organisations syndicales : normal, elles étaient dans leur rôle, elles défendaient un certain nombre d’acquis, elles croyaient nécessaires de le faire. Nous avons respecté leurs positions, simplement, nous n’avons pas cédé. Au lendemain de cette réforme des retraites, adoptée par le Parlement, eh bien le dialogue social a repris dans notre pays, normalement.
Et je vais même vous dire une chose : depuis dix-huit mois, il n’y a jamais eu autant d’accords signés par les partenaires sociaux que ce qui a été fait ces derniers mois. Cela ne veut pas dire, encore une fois, que tout est pour le mieux, que tout le monde est d’accord sur tout, que les accords qui sont signés sont parfaits ! Cela veut dire simplement que progressivement la société française devient plus mature, que le dialogue social devient plus serein, qu’on se respecte plus, que chacun se sent au fond peut-être plus fort, pour être moins caricatural, moins violent dans ses réactions.
Alors bien sûr, l’approche des élections ne va peut-être pas totalement favoriser le climat que je viens d’évoquer, parce que l’approche des élections amplifie les controverses. Mais moi je voudrais vous dire que, avec le président de la République, je m’en tiens à une ligne, à une ligne que je crois conforme à l’intérêt national : c’est la ligne des réformes. C’est la ligne de la compétitivité et de la productivité ; parce qu’il n’y a aucun avenir pour la société française sans effort de productivité et de compétitivité.
C’est la ligne de l’autorité républicaine. On nous parle toute la journée  à juste titre, des questions de sécurité, mais la question de la sécurité c’est d’abord la question du respect de l’autorité ; c’est la question du respect de l’autorité républicaine. La sécurité, c’est l’affaire de la police, c’est l’affaire de la gendarmerie, c’est l’affaire des pouvoirs publics, c’est l’affaire de la justice, mais c’est d’abord l’affaire des citoyens : on ne peut pas obtenir des résultats en matière de sécurité, si chacun ne fait pas un effort pour assumer ses responsabilités, pour respecter les règlements, pour donner à ses enfants l’éducation qui leur permettra de comprendre les règles du monde dans lequel ils vivent.
Enfin, c’est la ligne de la discipline budgétaire. Je crois, Mesdames et Messieurs, le peuple Français suffisamment solide pour comprendre que le progrès économique et social, cela n’est pas un dû, mais un combat qui exige à chaque instant de donner le meilleur de nous-mêmes. Et je crois que la France est suffisamment forte pour pouvoir réussir et pour pouvoir récompenser chacun de ces efforts.
En tout cas, c’est le message de responsabilité et de confiance que Mortagne-au-Perche m’inspire, et je voulais vous l’adresser avec beaucoup d’amitié, en redisant à Jean-Claude LENOIR l’immense plaisir que j’ai eu de le retrouver, au milieu des siens, dans cette magnifique salle, au milieu d’hommes et de femmes qui sont conscients des difficultés de notre pays, mais qui savent qu’en se retroussant les manches, en faisant preuve de volonté, en acceptant de regarder la vérité en face, oui, la France est un grand pays, un magnifique pays, dont nous avons le devoir de le conduire au plus haut.


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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 11:36

 


 

François FILLON a prononcé un discours à l’occasion de la XIXème Conférence des Ambassadeurs le Jeudi 1er septembre 2011 à 9h15 au Centre de Conférences Ministériel.

 

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Ministre d’Etat,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, 
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs.

Je voudrais d’abord vous dire le regret que j’ai de ne pas pouvoir vous accueillir pour la cinquième fois dans le parc de Matignon, comme c’est la tradition. Ceci est dû notamment à l’évènement très important qui va réunir cet après midi à l’Elysée tous ceux qui vont participer à la renaissance, à la reconstruction de la Libye. Sans doute aussi un peu aux inquiétudes de mes collaborateurs  sur la météorologie. C’est sans doute un des résultats du réchauffement climatique qui fait qu’au mois d’août on ne peut plus se réunir dans le jardin de Matignon.
En tout cas l’année qui vient de s’écouler a été rythmée par des évènements de portée historique au plan international.  Sous l’autorité d’Alain JUPPE, soutenu par Henri de RAINCOURT, Jean LEONETTI et David DOUILLET, notre diplomatie a été fortement sollicitée, et elle a parfois même  été bousculée par les fulgurances de l’Histoire.
Ces fulgurances rappellent la nécessité de nous prémunir contre les préjugés, les présupposés, bref le prêt-à-penser et le conservatisme qui nous empêchent de saisir les évolutions du monde.
Je veux tirer trois enseignements de 2011. D’abord, la puissance de la liberté est plus forte que la peur. Aucun pays, aucun peuple, n’est éternellement condamné à subir le joug de régimes totalitaires. Côte d’Ivoire, Tunisie, Egypte, Libye, Syrie : les aspirations à la démocratie, au respect des droits de l’homme et de l’Etat de droit sont universelles.
Le réalisme politique fait partie de l’action diplomatique parce que les relations d’Etat à Etat ont leur logique. Mais le souffle de ces valeurs universelles ne doit plus être sous-estimé. C’est l’honneur de la France que d’avoir pesé sur le cours des évènements en Côte d’Ivoire et en Libye.
Le deuxième enseignement concerne la régulation de la mondialisation.  La crise a eu le mérite d’accélérer la prise en charge de la globalisation par les responsables politiques. Entre le culte de la mondialisation heureuse et le repli illusoire et suicidaire du protectionnisme, nous sommes progressivement en train de fixer les règles d’un monde interdépendant.   Le temps nous est compté parce que les peuples ont le sentiment que la mondialisation est plus une menace qu’une chance.
A Cannes, nous souhaitons que le G20 achève les chantiers déjà engagés pour s'attaquer aux racines de la crise économique et financière.  Au-delà de la réforme de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, il faut poursuivre les réformes en matière de régulation financière et poser les bases d'un Système monétaire international qui soit plus stable et plus robuste.
Sous notre impulsion, le G20 et le G8 ont su innover en traitant d’enjeux  qui n’avaient jamais été abordés dans ce format. La régulation d’internet, la lutte contre le trafic de drogue, la promotion des normes de sûreté nucléaire plus exigeantes, l’appui aux transitions arabes ; Et dans le cadre du G20, une plus forte prise en compte des normes sociales et un meilleur encadrement des marchés agricoles.
Je veux d’ailleurs faire remarquer que si certaines des recommandations du plan d’action approuvé par les Ministres de l’agriculture du G20, à Paris à la fin du mois de juin, avaient pu être adoptées plus tôt, et notamment la constitution de réserves humanitaires d’urgence, la communauté internationale aurait été mieux armée pour faire face à la crise alimentaire que connaît aujourd’hui la Corne de l’Afrique.
Enfin le troisième enseignement concerne le rôle des Nations Unies. Souvent décriées, elles ont fait preuve de réactivité et se sont réaffirmées comme l’outil incontournable de l’action collective de la communauté internationale. En mettant en œuvre, pour la première fois, le principe de la responsabilité de protéger, en définissant des mandats robustes de maintien de la paix, et en ayant recours sans hésiter à la justice pénale internationale, l’ONU a été à la hauteur des enjeux de 2011.
La France a été souvent à l’initiative, au Conseil de sécurité mais aussi sur le terrain, pour faire appliquer les décisions de la communauté internationale. Je veux à cet égard rendre hommage à l’engagement du ministre d’Etat Alain JUPPE.
En allant cette année à la rencontre de nos soldats, j’ai vu partout le même engagement et j’ai ressenti la même fierté : sur le Charles de GAULLE à Djeddah, après sa mission au large de l’Afghanistan, en Côte d’Ivoire auprès des soldats de l’opération Licorne, ou encore sur nos bases au Gabon ou aux Emirats Arabes Unis. Et je veux avoir une pensée particulière pour le contingent français de la FINUL au Liban, victime d’un lâche attentat au mois de juillet, ainsi que pour nos forces en Afghanistan.
Je veux dire que nous tiendrons notre objectif de transférer rapidement aux forces de sécurité afghanes la responsabilité du district de Surobi, puis de la province de Kapisa. Le retrait progressif de nos militaires sera engagé cet automne et il s’achèvera en 2014.
Dans ce monde mouvementé où les cartes de la puissance sont redistribuées, les nations européennes doivent plus que jamais être capables d’unir leurs forces. Jamais l’Union européenne n’a été aussi nécessaire, et pourtant jamais elle n’a été aussi suspectée, critiquée, fragilisée par le scepticisme ambiant. Eh bien il faut résister au populisme anti-européen !
Nous avons fait l’Europe pour la paix. Nous poursuivons l’Europe pour protéger notre mode de vie, pour protéger notre prospérité, et plus fondamentalement encore, pour ne pas sortir de l’Histoire.
Plus de la moitié de la croissance économique mondiale, les deux tiers des réserves monétaires et un tiers de la production totale des richesses ne sont plus en Occident, mais dans le monde émergent ou en développement. Selon des projections récentes, la Chine pourrait dépasser les États-Unis en termes de PIB en 2025. Elle ne ferait d’ailleurs que retrouver la place  qui était la sienne avant le XIXème siècle, et l'Inde dépasser le Japon en 2030. Toutes ces données commandent de renforcer et de moderniser l’héritage européen.
Les turbulences financières du mois d’août ont rappelé combien notre solidarité était vitale. La crise financière mondiale de 2008 est venue frapper une Europe encore mal intégrée sur le plan financier. Et depuis trois ans, il a fallu innover et il a fallu construire dans l’urgence.
Alors on peut toujours émettre des réserves sur les difficultés des Européens à se mettre d’accord. On peut toujours pointer ici ou là les retards, les difficultés. On peut aussi voir que face à ces crises l’Europe, parfois dans la douleur, mais à chaque fois, a su trouver les solutions permettant d’éviter  la catastrophe qui se profilait. Les progrès ont été importants : désormais, le sommet de la zone euro se réunit autant que nécessaire pour prendre des décisions, et la rencontre de l’Elysée le 16 août dernier a proposé de renforcer encore son rôle. En réalité, nous sommes en marche vers la mise en place d’un gouvernement économique de la zone euro, au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, qui devra se doter d’un secrétariat permanent.
Nous avons maintenant des agences européennes de supervision pour les banques, pour les marchés financiers et pour les assurances. Nous avons un comité européen du risque systémique financier, présidé par la Banque centrale européenne.  Et nous avons créé, pour protéger la zone euro, un Fonds européen de stabilité financière doté d’une capacité d’aide de 440 milliards d’euros, à qui l’on vient de reconnaître la capacité d’agir à titre préventif, d’acheter des emprunts d’Etat sur le marché secondaire et même de participer à la recapitalisation d’établissements financiers.
Nous avons décidé de rendre ce Fonds permanent, en créant à partir de 2013 le Mécanisme européen de stabilité.  Il faut qu’avant la fin du mois de septembre, tous les pays de la zone euro aient adopté les mesures de réforme de ce Fonds, comme la France et l’Allemagne s’y sont engagées le 16 août dernier. Tous ces progrès n’ont été possibles que grâce à un retour aux bases de la construction européenne, la prise de conscience de nos intérêts communs face à l’adversité, la création de structures communes, et bien sûr, l’impulsion décisive franco-allemande.
Quand tout semblait compromis, c’est une fois de plus l’entente entre nos deux nations qui a permis à l’Europe d’avancer.  Et avancer, c’est aujourd’hui œuvrer pour une plus grande intégration budgétaire et fiscale au sein de la zone euro.
Le retour à des finances publiques saines est désormais la priorité pour tous les pays en Europe. Les déséquilibres macroéconomiques seront désormais collectivement surveillés par des instruments de surveillance des budgets nationaux qui sont en train d’être sensiblement renforcés. L’adoption par tous de ce qu’on appelle « la règle d’or», telle que proposée par la France et l’Allemagne, viendra crédibiliser l’ensemble de l’édifice. Notre pays doit montrer l’exemple, et, pour cela, je souhaite que l’opposition trouve le courage de dire qu’elle est prête à soutenir cette règle qui n’est ni partisane, ni exclusivement hexagonale.
En matière de fiscalité, les propositions de la Commission pour une assiette commune consolidée de l’impôt sur les sociétés doivent rapidement aboutir.  Et de leur côté, la France et l’Allemagne s’apprêtent à franchir une étape historique en matière d’intégration fiscale européenne en proposant de mettre en place un impôt sur les sociétés commun aux deux pays à compter de 2013.
A côté de la discipline budgétaire, nous devons créer les conditions du retour à une croissance durable.  L’Europe doit favoriser la recherche, l’innovation, la formation et l’enseignement supérieur, conformément d’ailleurs aux objectifs du Pacte «euro plus».
Ca signifie que les investissements doivent être dirigés vers l’économie numérique, les énergies décarbonées, l’électromobilité, l’aéronautique, le spatial, les biosciences, les nanotechnologies.
Il ne s’agit pas pour l’Europe, dans cette période où elle doit réduire ses déficits, de dépenser plus, mais de se concentrer sur les secteurs d’avenir, en associant au maximum les capitaux privés, en diminuant le coût administratif des programmes européens de recherche, et en mettant en œuvre notamment les idées françaises concernant un fonds européen de capital risque et un fonds européen de brevets. Au-delà des fonds européens, l’ensemble des politiques européennes doit viser la croissance économique.
Je note qu’il y a déjà des progrès visibles, la politique commerciale cherche  désormais à intégrer le concept de réciprocité, en particulier pour les marchés publics ; la législation européenne s’efforce désormais de développer ces facteurs de croissance que sont le commerce électronique et la création d’entreprises numériques ;  et enfin, la politique de concurrence elle-même semble mieux prendre en compte la réalité du contexte international et la nécessité de développer les secteurs d’avenir.
Si la priorité européenne est clairement aujourd’hui économique et financière, l’Europe doit aussi continuer de se renforcer en matière de sécurité. L’efficacité de Schengen doit être améliorée. Les décisions prises par le Conseil européen de juin vont dans ce sens et elles doivent être appliquées de façon rigoureuse. Ces décisions prévoient une évaluation plus crédible des mesures prises par les Etats en matière de sécurité aux frontières, des moyens européens accrus pour aider les Etats confrontés à des difficultés de gestion de leurs frontières, ainsi qu’une clause de sauvegarde à actionner en cas de défaillance manifeste d’un Etat vis-à-vis de ses obligations dans le cadre de Schengen.
Nous devons poursuivre dans cette voie. Il est très important  pour l’avenir de l’Europe de ne pas laisser accréditer l’idée que l’Europe serait laxiste, sous peine de fragiliser le principe même de la liberté de circulation.
Enfin, je veux vous dire un mot sur l’Europe de la politique étrangère et de la défense. Il est trop tôt pour juger de l’efficacité des nouvelles structures, en particulier le Haut Représentant – Vice-président de la Commission et le Service européen d’action extérieure,  instituées par le Traité de Lisbonne.
Mais pour trouver sa légitimité, cette nouvelle mécanique doit rapidement apporter aux Etats européens des analyses nouvelles et pertinentes, des options justifiant une action en commun, bref une vraie plus-value européenne.
En Libye, c’est surtout l’action franco-britannique qui a été le fer de lance de l’action européenne et même de l’action internationale.   D’ailleurs depuis le Sommet de novembre 2010, la coopération entre Paris et Londres est à l’avant-garde des évolutions en matière de défense européenne. On sait que nos deux pays totalisent à eux seuls la moitié du budget européen de la défense et les deux tiers des dépenses de recherche militaire. Si cette coopération franco-britannique est absolument nécessaire, elle ne peut pas suffire à l’Europe toute entière. Et c’est la raison pour laquelle la France soutient les efforts de la Présidence polonaise pour relancer la politique européenne de défense, sans dogmatisme et sans exclure personne.
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, le nouveau monde qui se dessine sera implacable pour les nations faibles et insouciantes. Depuis 2007, nous avons choisi de réformer notre pays en tenant un discours de vérité. Vérité sur la croissance qui ne va pas sans compétitivité accrue et donc sans réforme. Vérité sur la solidarité qui ne va pas sans efforts partagés.  Vérité enfin sur nos déficits publics.  Quand on a plus de 1.500 milliards de dette, quand on n’a jamais connu l’équilibre budgétaire depuis plus de trente cinq ans, quand chaque année, on doit verser 45 milliards d’euros d’intérêts, il est dérisoire de s’en prendre aux agences de notation parce que c’est la souveraineté nationale  en réalité qui est mise en cause.
Nous avons défini une trajectoire de finances publiques intangible, qui prévoit le retour à un déficit de 5,7% cette année,  de 4,5% en 2012,  de 3 % en 2013, et de  2 % en 2014.  Pour la première fois en 2010, les dépenses d’assurance-maladie sont strictement restées dans les limites fixées en début d’année. La réforme des retraites a largement contribué à  consolider nos comptes sociaux sur le long terme. Depuis 2008, nous avons réduit le nombre de fonctionnaires, nous avons rationalisé nos structures publiques, nous avons strictement gelé les dépenses de l’Etat et les dotations aux collectivités locales.
Cette discipline permet aujourd’hui à notre pays de conserver l’une des meilleures signatures financière. Et je veux dire que cette signature financière c’est un atout pour notre indépendance que je ne suis pas prêt à sacrifier. Des efforts supplémentaires sont nécessaires. Le ralentissement de l’économie américaine et la crise des dettes souveraines nous ont obligés à revoir nos perspectives de croissance et à prévoir 11 milliards d’euros d’économies supplémentaires.  Cet effort doit être équitablement réparti et intelligemment ciblé afin de ne pas étouffer les moteurs de la reprise économique.
Malgré le contrecoup de la crise, nous cherchons sans cesse, avec le Président de la République, à redonner du souffle à notre économie et de l’élan à notre compétitivité. Comme aucun gouvernement par le passé, nous avons  investi sur la recherche, sur l’université,  sur l’innovation, sur la technologie, ou encore sur la croissance verte. 14 milliards d’euros supplémentaires ont été dégagés pour l’enseignement supérieur, pour la recherche et pour la modernisation de nos campus.  Les 35 milliards d’euros des investissements d’avenir soutiennent déjà 300 projets et 1700 entreprises ;  avec l’autonomie des universités, avec les investissements d’avenir ; avec l’instauration du service minimum qui a changé profondément le climat social dans notre pays ; avec la réforme de la représentativité syndicale qui donne lieu, notamment depuis dix huit mois, à un dialogue social extrêmement fécond, puisque même si ça n’est pas un détail que les commentateurs soulignent  volontiers, il n’y a jamais eu autant d’accords signés entre les partenaires sociaux que depuis les deux dernières années ; avec la réforme de la taxe professionnelle ; la défiscalisation des heures supplémentaires, nous avons, au fil de ces quatre ans, cherché à remettre la société française en mouvement.
Alors bien sûr, aucune de ces réformes n’a été facile.  Mais j’ai une conviction, c’est que leur légitimité va s’imposer, parce que les Français sentent  bien que la nouvelle donne mondiale sera sans complaisance pour les nations qui choisissent la facilité.
Pour faire connaître cette France qui se transforme, cette France qui innove, nous avons besoin de vous.  Certes, les entreprises étrangères implantées en France contribuent déjà à hauteur de 40% aux exportations françaises et réalisent plus de 20% de la recherche et du développement dans notre pays. Mais l’attractivité de notre territoire n’est jamais acquise ! Nous avons fait un progrès considérable avec le crédit impôt-recherche, nous avons  rendu l’implantation des centres industriels et de recherche en France plus intéressante et nous en avons déjà touché les bénéfices, mais il y a des préjugés qui sont souvent  tenaces. Avec l’appui de l’Agence française pour les investissements internationaux, vous devez rester mobilisés pour relayer auprès des décideurs économiques le message d’une France qui a changé.
Vous devez aussi continuer à soutenir  notre effort d’exportation. Les exportations françaises ont beau avoir connu un rebond en 2010, les chiffres de notre commerce extérieur sont médiocres. Nos exportations ne représentent plus que 40 % de celles de l’Allemagne alors qu’elles en représentaient  55% en 1999. Sur la même période, notre part dans le total des exportations de la zone euro a reculé de plus de 4 points pendant que celle de l’Allemagne en gagnait 2,5.
Nous devons aider nos entreprises à réagir. L’essentiel de l’effort porte sur les réformes permettant d’améliorer la compétitivité  de l’économie française, mais nous avons aussi, et vous avez aussi un rôle à jouer. D’abord pour  renforcer le soutien aux grands contrats.  Ces grands contrats ont atteint  21 milliards d’euros en 2010, c’est un accroissement de 38% par rapport à 2009.  Mais c’est une progression qui ne doit pas faire oublier la compétition sévère à laquelle nos entreprises doivent faire face.  Partout, les appels d’offre remplacent le gré à gré et une nouvelle catégorie de concurrents, issus des pays émergents, est apparue. Ce sont des concurrents qui combinent une maîtrise technologique croissante, des prix de revient extrêmement avantageux et des offres de financement très généreuses.
L’Etat va encore renforcer ses moyens pour accompagner les entreprises dans la bataille des grands contrats, avec des mécanismes de financement innovants à l’export et avec l’assouplissement de l’assurance-crédit pour nous aligner, quand il le faut, sur les offres des autres pays.
Mais le rôle des ambassades restera indispensable en particulier pour nous informer sur l'offre des concurrents et sur les véritables attentes des  clients.  Il faudra aussi continuer à soutenir les PME et les Entreprises de Taille Intermédiaire à l’international. Nous avons donné à UBIFRANCE  les moyens d’être présent dans 46 pays qui représentent  90 % de nos exportations. Et en février dernier  j’ai présenté avec Pierre LELLOUCHE un plan d’action pour l’export qui crée une chaîne cohérente pour l’accompagnement des PME, allant de chaque région française aux missions UBIFRANCE à l’étranger, et qui regroupe dans un catalogue unique les offres de financements d’ UBIFRANCE, d’ OSEO et de la COFACE.
Je compte sur vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, pour être les promoteurs incessants d’une France qui continue de se réformer, d’une France sérieuse, d’une France qui tient ses engagements, d’une France qui réduit ses déficits sans ligoter sa croissance, d’une France qui entend donner à l’Europe la puissance qui lui fait parfois défaut, d’une France qui ne craint pas la mondialisation mais qui est bien décidée à mieux l’organiser.
Ce sera d’ailleurs le sens des visites que je compte effectuer d’ici la fin de l’année, en Corée, au Brésil et en Inde.
Au cours des dernières années, monsieur le Ministre d’Etat, le Quai d’Orsay s’est modernisé en s’engageant dans la Révision générale des politiques publiques. Des efforts considérables ont été consentis, mais votre ministère a consolidé son rôle pilote dans la conduite de la politique extérieure de la France.  Il a renforcé ses capacités d’analyse et de gestion des crises, et je veux à cet égard saluer l’action menée ces derniers mois par le Centre de crise, en lien avec nos ambassades.
Il s’est doté d’outils au service de notre diplomatie d’influence.  Je pense au lancement de l’Institut français présidé par Xavier DARCOS ou à la prochaine mise en place du nouvel opérateur Campus France pour favoriser la mobilité étudiante vers la France.
Je sais que certains d’entre vous ont exprimé des inquiétudes concernant leurs moyens d’action.  Comme tous les autres, votre ministère doit participer à l’effort de réduction de nos déficits publics. Et pas plus qu’Alain JUPPE, je ne dispose d’une baguette magique budgétaire.
Pour autant, s’agissant des réductions d’effectifs qui vous sont demandées entre 2011 et 2013, j’ai veillé à prendre en compte le poids des efforts déjà menés dans le passé et à préserver le cœur du réseau diplomatique et consulaire.  Les crédits pour notre réseau scolaire et éducatif à l’étranger seront consolidés en 2012. De même que ceux dédiés à la venue en France d’étudiants et de jeunes chercheurs étrangers, et ceux qui concernent notre aide au développement. Quant aux financements affectés à la sécurité de nos personnels et de nos implantations, ils seront, une fois encore, augmentés.
Enfin, après un long travail interministériel coordonné par le Quai d’Orsay à ma demande, la réforme des indemnités de résidence à l’étranger entre en vigueur. C’est une réforme qui, permettra d’instaurer plus d’équité et plus de cohérence dans la rémunération des 15.000 agents expatriés de l’Etat.
Les événements de ces derniers mois ont rappelé combien votre tâche est décisive. Les conditions dans lesquelles vous accomplissez votre mission sont parfois très difficiles, y compris pour vos familles. C’est la raison pour laquelle je veux les associer, ainsi que tous vos collaborateurs, aux remerciements que je veux vous adresser aujourd’hui.
Récemment, certains se sont interrogés sur le fait de savoir si la France avait encore les moyens de sa politique étrangère et de défense. Eh bien vous avez la réponse. Oui, elle conserve les moyens de parler, elle conserve les moyens d’agir sur le monde, et surtout elle en conserve la volonté. Telle est mesdames et messieurs les Ambassadeurs la France, la France fière et ardente que vous servez, et dont nous défendons les intérêts et les valeurs.

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:19

 


 

François FILLON a visité la centrale nucléaire du Bugey dans l'Ain avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et Eric BESSON afin d'évoquer le sujet de la sûreté nucléaire, le lundi 29 août 2011.(video 1/2)

 

 

Mesdames et Messieurs.
Je viens de visiter la centrale nucléaire du Bugey et, en particulier, le bâtiment qui abrite son réacteur numéro 5 qui est actuellement à l’arrêt. Comme le prévoit la loi française, tous les 10 ans chacune de nos installations nucléaires est soumise à une visite de contrôle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, avec l’expertise de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.

A l'occasion de cette visite décennale, comme vous avez pu le constater, l’exploitant met à l'arrêt l’installation concernée, il engage un programme de travaux qui participent à l’amélioration de la sûreté et qui sont validés par l’ASN. Il met en œuvre à cette occasion les derniers retours d’expérience acquis sur l'ensemble du parc nucléaire français. Concrètement cela signifie qu’en France, toutes les centrales nucléaires tournent sur des équipements constamment améliorés et régulièrement révisés.

C’est un engagement intangible des pouvoirs publics et, particulièrement, de mon Gouvernement que d’assurer ainsi, dans un processus continu et exigeant, la qualité et la sûreté de notre parc nucléaire. Nous accompagnons et nous soutenons son évolution. Nous avons d’ailleurs décidé dans le cadre du programme d’investissement d’avenir de doter le programme nucléaire du futur – et notamment de 4ème génération – d’un milliard d’euros.

Dans ce domaine, nous pouvons en être fiers, notre pays conserve une avance technologique et une maîtrise internationalement reconnues. Nous bénéficions de l’expertise solide d’entreprises d’EDF au premier rang, d’AREVA, qui peuvent elles-mêmes s’appuyer sur la compétence scientifique du Commissariat à l’Energie Atomique. Il y a 50 ans, la France a fait le choix résolu du nucléaire civil. C’est un choix stratégique, c’est un choix qui s’est révélé judicieux mais c’est aussi un choix qui impose un grand sens des responsabilités.

L’accident nucléaire de Fukushima a rappelé de façon dramatique qu’on ne transige pas avec la sûreté nucléaire, et qu’il est de notre devoir d’envisager tous les scénarios, même les plus improbables. Ce drame nous a aussi rappelé qu’il était impératif d’informer constamment la société civile, et de lui faire la démonstration concrète des progrès permanents réalisés en matière de sûreté. En 2006, la France a d’ailleurs inscrit cette exigence de transparence dans la loi. De là est née notre autorité de sûreté indépendante, l’ASN. Désormais, l’indépendance de l’ASN est l’aiguillon indispensable à la crédibilité de notre parc nucléaire. Ses critiques, ses observations et ses prescriptions sont toujours rendues publiques. Et cette transparence est un gage de sûreté majeur. Elle oblige en effet nos pratiques à évoluer en permanence et aujourd’hui, tous les exploitants en connaissent bien le processus.

Sur la sûreté nucléaire, nous sommes et nous serons intransigeants ! Après l’accident de Fukushima, le Gouvernement s’est immédiatement mobilisé pour tirer les enseignements de cette catastrophe.  Nous avons, sans attendre, décidé de soumettre toutes les installations françaises à des tests de résistance. Et dans un souci de transparence totale, nous associons à ces tests les pays frontaliers de la France qui, eux aussi, sont directement intéressés par la sûreté de notre parc, dans une logique d’inspections croisées. Qui plus est, les résultats de ces tests seront soumis à une revue européenne par les pairs, et ils seront partagés avec des représentants de la société civile, notamment à travers le Haut comité à la transparence, à l’information et à la sécurité nucléaire.

Pour la réalisation de ces tests, l’ASN a élaboré un cahier des charges, dont je voudrais indiquer qu’il va bien au-delà du projet adopté au niveau européen. D’abord, le champ d'application de ce cahier des charges est plus large : il ajoute aux centrales de production d’électricité les autres sites nucléaires d’importance, comme par exemple l’usine de retraitement des déchets d’AREVA à La Hague ou les installations de recherche du Commissariat  à l’Energie Atomique.

Ensuite, l’évaluation portera non seulement sur les mesures de prévention, mais aussi sur les mesures de réduction des conséquences d’un éventuel accident. Nous avons aussi choisi d’accorder une place privilégiée aux facteurs humains, sociaux et organisationnels en évaluant, par exemple, la capacité de l’exploitant EDF à associer étroitement ses partenaires aux démarches et aux procédures de sûreté. Je sais que c’est une préoccupation des organisations syndicales, et je veux remercier le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire d’avoir proposé à l’ASN d’approfondir sur ce point le cahier des charges. Dès la fin de cette année, l’ASN rendra ses premières conclusions, nous saurons alors par quels moyens et par quelles procédures améliorer encore nos procédures de sûreté, en prenant en compte les leçons de Fukushima. C’est un exercice d’une ampleur exceptionnelle qui viendra compléter les études et travaux habituels de l’ASN.

Sur le plan international, la France a également pris des initiatives, pour que soient partagées par le plus grand nombre, les exigences qui incombent aux Etats en matière de sûreté nucléaire. Sous l’impulsion de la France, les pays du G8 se sont engagés à promouvoir les plus hautes normes de sûreté, à mettre en place des tests de résistance des installations nucléaires existantes et à réaliser des évaluations périodiques de la sûreté des installations. Le 7 juin dernier, nous avons accueilli en France le séminaire de l’Agence pour l’Energie Nucléaire qui associe les ministres de 33 pays. Ce séminaire a permis d’élaborer des lignes de consensus qui reprennent une grande partie des propositions françaises. Mais nous voulons que les coopérations puissent aller encore plus loin que le stade de consensus auquel nous sommes parvenus. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le dire à Kiev au mois d’avril : la communauté internationale doit mettre sur pied un mécanisme d’intervention rapide, sous la forme de mises à disposition d’experts, d’équipements spécialisés pour répondre, si le besoin s’en fait sentir, à la demande en urgence d’un pays victime d’un accident nucléaire.

Depuis le mois d’avril, la France porte ce message sans relâche, à  chaque occasion. C’est une initiative qui ne peut fonctionner que si elle obtient la mobilisation de tous. Et je veux vous dire que la France est déterminée à obtenir un accord sur le principe de la part du plus grand nombre de pays possibles.  Nous sommes aussi convaincus que la création d’un centre de formation à la gestion de crise, pour les exploitants nucléaires et les autorités gouvernementales, constituera un socle efficace pour organiser la meilleure riposte en matière d’accident nucléaire. Cette conviction, nous voulons aussi la faire partager. Et parce qu’il n’existe pas aujourd’hui de corpus commun de connaissance et de méthodes sur ces réponses d’urgence, nous voulons le construire, nous voulons le diffuser et nous voulons promouvoir l’échange des bonnes pratiques.

S’il faut impérativement un processus de convergence, ce centre international n'a pas nécessairement vocation à être une structure unique ; on pourrait envisager une organisation à deux niveaux étroitement coordonnés : d’un côté les pays disposant d'une expérience réelle, qui mettraient en place une structure nationale de formation ; et d’autre part, un niveau de consolidation internationale né de la mise en réseau de quelques structures nationales labellisées et qui serait doté d’un secrétariat permanent qui pourrait être assuré par exemple par l'AIEA. Cette organisation à deux niveaux permettrait à la fois de mobiliser les responsables nationaux, en maintenant un lien avec la réalité de terrain, et de renforcer le partage des expériences au niveau international.

Après Fukushima, nous devons reconsidérer les moyens de gestion de crise à tous les nivaux. C’est vrai pour les exploitants nucléaires, qui doivent assurer la sûreté de leurs installations dans des circonstances analogues, en cas de rupture d’alimentation électrique, de perte des circuits de refroidissement, pour prendre deux exemples qui nous ramènent à cette catastrophe. C’est vrai aussi pour les pouvoirs publics qui ont le devoir de protéger les populations. Après Tchernobyl, nos trois exploitants – EDF, AREVA et le CEA – ont développé un Groupement d’Intérêt Economique, le « GIE INTRA » qui leur permet de mutualiser les outils à moyen et long terme face à un accident nucléaire. Je les invite aujourd’hui à réexaminer le dimensionnement de ce Groupement d’Intérêt Economique pour tirer les enseignements de Fukushima.

Toutes les réflexions que nous conduisons en France pourront servir de creuset à une initiative internationale en faveur d’un centre de formation de crise, qui permettrait de mutualiser l’ensemble de nos connaissances, et qui alimenterait le travail sur la mise en place d’un mécanisme d’intervention rapide. L’efficacité de tels dispositifs reposera sur une cohérence sans faille de l’action des exploitants et des pouvoirs publics dans la gestion de la crise. Je souhaite que ces propositions puissent être développées dans le plan d’action que l’AIEA va détailler dans les prochaines semaines. Sous son pilotage, nous allons devoir construire des référents uniques en matière de gouvernance, de normes et de moyens interopérables.

Mesdames et Messieurs, après Fukushima chaque pays a réagi à sa façon. L’Allemagne a pris une décision radicale, celle de fermer toutes les centrales nucléaires en fonctionnement d’ici 2022. En France aussi, certains demandent un moratoire sur le nucléaire. Des inquiétudes se sont exprimées ; il est légitime d’y répondre avec précision, avec sang-froid et sans aucun tabou. Nous avons clairement affirmé au cours des derniers mois que nous continuerions à assumer, avec une clairvoyance renforcée, le choix du nucléaire et la place essentielle que le nucléaire occupe dans notre économie et notre bien-être quotidien.

En même temps, plusieurs facteurs nous encouragent à ouvrir nos modèles énergétiques vers de nouvelles perspectives complémentaires : la hausse inévitable sur le long terme du prix du baril de pétrole, notre engagement contre les effets du changement climatique, et récemment encore le débat sur les gaz de schiste. C’est la raison pour laquelle Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et Eric BESSON réfléchissent, avec le Centre d’analyse stratégique, aux scénarios concernant l’offre et la demande énergétique française à l’horizon 2030/2050.

Permettez-moi sur ce sujet de vous livrer mes convictions. Le nucléaire est une source d’énergie aux qualités incomparables : c’est une énergie fiable, c’est une énergie disponible, parce que non soumise aux aléas météorologiques, peu émettrice de CO2 et donc respectueuse de nos engagements dans la lutte contre le changement climatique, et c’est une énergie compétitive qui nous assure des prix de l’électricité parmi les plus abordables en Europe. C’est une source d’énergie irremplaçable.

Lorsque le président POMPIDOU a lancé le programme électronucléaire français, lors du premier choc pétrolier, il l’a fait pour réagir à la montée des prix de l’énergie sans perspective d’accalmie. Grâce à ce choix, nous avons réduit notre dépendance énergétique de 75% à 50%. Nous avons offert à tous les Français un accès à l’électricité à un prix modéré et, par un mécanisme de solidarité nationale, nous avons étendu ce bénéfice à tous nos territoires qui ne sont pas raccordés aux centrales nucléaires comme la Corse et les territoires d’Outre-Mer.

Si l’accident de Fukushima nous rappelle que le nucléaire comporte des risques potentiels, il ne doit pas occulter ses avantages considérables. Je récuse fermement les approches manichéennes dans lesquelles beaucoup voudraient nous enfermer, entre la sortie du nucléaire et le tout nucléaire, il y a une voie responsable ! La France a besoin du nucléaire. Mais j’ai aussi conscience que nous avons  besoin de développer les énergies renouvelables.

En 2007, nous avons choisi de diversifier notre bouquet énergétique. Avec le Grenelle de l’environnement, un virage a été amorcé et il va se poursuivre, conformément aux engagements européens que la France a pris. D’ici 2020, notre consommation d’énergie devra être issue à hauteur de 23 % de sources renouvelables, et nous sommes en train de nous en donner les moyens. Ce sont des secteurs où le potentiel industriel a besoin d’investissements importants en matière de recherche et développement. Nous travaillons à construire des filières qui, à terme, devront devenir exportatrices et porteuses de valeur ajoutée pour l’économie française.

Notre effort en matière de recherche et développement dans les énergies renouvelables et des technologies d’amélioration de l’efficacité énergétique, de captage et de stockage du Co², de l’hydrogène, porte notre engagement à parité avec celui en faveur du nucléaire. Au sein des programmes consacrés aux investissements d’avenir, 1,350 milliard d’euros sont dédiés aux énergies renouvelables et aux procédés de production décarbonée. Comme nous avons misé dans les années 70 sur le nucléaire, nous misons aujourd’hui aussi sur ce futur secteur d’excellence.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les réflexions que je voulais partager avec vous. L’après-Fukushima nous fixe un cadre renouvelé, dans lequel nous allons continuer d’assumer toutes nos responsabilités. Notre choix aujourd’hui et pour l’avenir, c’est d’investir fortement dans la sûreté, c’est la priorité des priorités. Et les Français doivent savoir que la vigilance des pouvoirs publics, notre exigence, notre transparence sur ces sujets sont absolues. Ils doivent savoir aussi que les équipes qui assurent la sûreté dans les installations nucléaires sont d’une très grande qualité, et qu’elles ont un très grand sens des responsabilités.
Et c’est l’occasion pour moi, pour terminer, de dire à tous les personnels, notamment ici dans cette centrale du Bugey, le respect et la confiance que m’inspire le travail qui est le leur. Voilà Mesdames et Messieurs, je suis à votre disposition pour répondre à quelques-unes de vos questions.

 

 


 
François FILLON répond aux questions de la presse lors de sa visite de la centrale nucléaire du Bugey dans l'Ain avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et Eric BESSON afin d'évoquer le sujet de la sûreté nucléaire, le lundi 29 août 2011.(2/2)
JOURNALISTE
Bonjour Monsieur le Premier ministre, Géraldine AMIEL, Dow Jones Wall Street Journal. Deux questions, vous réitérez un appel à la création de standards internationaux, de normes internationales. Et dans ces cas-là, vous dites que ça va prendre du temps, est-ce que notamment l’une de vos difficultés ne serait peut-être pas d’enrôler les Etats-Unis puisque, notamment lors de la réunion du 7 juin, le régulateur américain a bien dit que ce qui s’était passé à Fukushima était un accident japonais, un problème japonais et qu’eux allaient très, très bien. Ma deuxième question c’est : une centrale française actuelle n’est pas capable de résister à un acte terroriste si je ne m’abuse, en tout cas tel qu’envisagé pour la conception de réacteurs de 3ème génération, est-ce que vous ne pensez pas que ça, ça pose un vrai problème,  notamment parce que maintenant, le nucléaire s’est invité dans le cadre de la campagne électorale et que l’opinion publique n’a pas le même temps que le temps des stress tests ? Merci.

FRANÇOIS FILLON
Il ne faut pas tout mélanger, la campagne électorale et la sûreté nucléaire, heureusement ça n’a rien à voir. D’abord sur notre volonté de parvenir à des standards internationaux au plus haut niveau de sûreté, c’est exactement la politique que conduit la France en se basant sur deux choses : d’abord sur notre expérience qui est très grande dans ce domaine. Et puis deuxièmement sur une constatation qui est une évidence, un accident nucléaire a des conséquences internationales, il concerne l’ensemble de la communauté internationale et, donc, il est naturel que cette communauté internationale se dote des plus hauts standards de sûreté. C’est vrai que jusqu’à maintenant, chaque pays avait ses méthodes et ses standards, ça ne peut pas continuer et tout l’effort de la France, l’effort conduit par les ministres, l’effort qui sera conduit dans le cadre des organisations internationales vise à amener l’ensemble de la communauté sur ces standards. Alors qu’il y ait des résistances, qu’il y ait des discussions c’est normal, la route sera longue mais on ne lâchera pas sur ce sujet. Et je pense que chacun doit bien comprendre que c’est une des conditions de la crédibilité du nucléaire. Si on veut rassurer l’ensemble de nos concitoyens sur ces questions de sûreté, il faut que les standards soient les mêmes dans tous les pays qui exploitent des centrales.
Sur la question de la sûreté face aux attentats terroristes, les centrales sont naturellement dimensionnées et surveillées pour résister à un certain nombre d’attaques terroristes. Le sujet auquel vous faites allusion, c’est l’idée d’un gros porteur qui serait lancé contre une centrale, à l’image de ce qui s’est passé aux Etats-Unis le 11 septembre. Nous avons d’ailleurs conçu les nouvelles centrales que nous construisons pour résister à ce type d’attaque. En même temps, il y a d’autres moyens que le béton pour empêcher ce type d’attaque. Et je n’ai pas besoin d’en dire plus, sachez simplement que nous sommes extrêmement vigilants sur tout aéronef qui s’approche d’une centrale nucléaire. Et il y a toute une série de dispositions en matière de surveillance et d’intervention qui est prévue pour assurer cette sécurité. Monsieur ?

JOURNALISTE
Monsieur le Premier ministre bonjour. Fabrice NODE-LANGLOIS du FIGARO. Vous venez de le dire, la sûreté est la priorité des priorités, elle a un coût, elle a un prix et, sauf erreur de ma part que Monsieur PROGLIO pourra corriger, il a déclaré (il me semble) il y a quelques semaines que la sûreté notamment pourrait justifier de porter le fameux tarif AREN à 46 € contre 41 aujourd’hui. Est-ce que vous le suivez sur ce point ?

FRANÇOIS FILLON
D’abord, il y a des décisions qui ont été prises sur le tarif AREN qui, je crois, ont été des décisions de bon sens et qui ont été saluées par tout le monde comme telles. Bien sûr, il faudra prendre en compte les dépenses liées à la sûreté mais pas seulement les dépenses liées à la sûreté. Il faudra prendre en compte aussi toutes les dépenses qui sont liées au développement des énergies renouvelables. Vous savez que pour développer ces énergies renouvelables, nous avons choisi de mettre en place des tarifs qui sont très incitatifs, mais ces tarifs incitatifs ont des conséquences sur le prix de l’énergie. Donc oui, il y a une augmentation du prix de l’énergie liée à l’ensemble de ces contraintes, mais le rôle du Gouvernement c’est de veiller aussi à ce que cette augmentation soit la plus maîtrisée possible, qu’elle ne vienne pas peser de façon brutale par des accoups sur le pouvoir d’achat des Français, qu’elle ne vienne pas mettre en cause la compétitivité de l’industrie française qui bénéficie d’un avantage de compétitivité grâce au nucléaire. Et donc nous avons une discussion permanente avec les exploitants sur ce sujet, pour faire en sorte de lisser l’ensemble de ces investissements. Madame ?

JOURNALISTE
Oui, Tara PATEL de BLOOMBERG. Est-ce qu’il y aura d’autres centrales nucléaires construites en France après Penly pour compenser l’arrêt en Allemagne, c'est-à-dire de renforcer le pouvoir d’exportation d’énergie nucléaire ?

FRANÇOIS FILLON
Ecoutez, pour l’instant on a lancé la construction de deux nouvelles centrales, qui sont des centrales d’un type nouveau, qui apportent une amélioration considérable en matière de sûreté. L’objectif de la France, c’est d’abord d’assurer son indépendance énergétique. Naturellement, il y a un maillage de l’ensemble des réseaux européens qui permet à ces réseaux de se soutenir les uns les autres, et d’étaler des pointes qui ne sont pas forcément les mêmes dans tous les pays. Enfin l’objectif de la France, ce n’est pas de construire des centrales nucléaires à la place de l’Allemagne qui n’en veut plus. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas des échanges entre l’Allemagne et la France, mais il faut qu’il soit clair que la solution au problème énergétique allemand ne se trouve pas dans la construction de centrales nucléaires en France. Une autre question ?

JOURNALISTE
Journaliste pour l’Agence Environnement et Développement durable. Comment réagissez-vous au rapport de l’ASN concernant l’EPR de Flamanville paru cette semaine dans Le CANARD ENCHAINE, qui remet en cause… qui pointe notamment le coût et des problèmes de sûreté et de maintenance ?

FRANÇOIS FILLON
Alors d’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas besoin du CANARD ENCHAINE pour connaître ce rapport puisqu’il est sur le site Internet de l’ASN depuis le début. Donc j’invite tous ceux qui ont besoin de s’informer sur les questions de sûreté nucléaire, ce n’est pas la peine de lire Le CANARD ENCHAINE, il suffit d’aller sur le site de l’ASN, vous aurez l’ensemble des informations avant qu’elles soient publiées naturellement dans cet excellent journal. L’ASN fait son travail, elle analyse le chantier qui est un chantier d’une tête de série, donc d’un premier réacteur. Elle l’analyse au regard de l’expérience que nous avons acquise dans la gestion des installations nucléaires. Et donc elle fait des suggestions. Elle a fait notamment une suggestion pour faire en sorte que le bâtiment de contrôle de cette nouvelle centrale nucléaire soit résistant aux séismes. EDF va devoir mettre en œuvre, comme c’est une obligation pour l’exploitant, toutes les suggestions de l’ASN. Donc il n’y a pas de secret, il y a une totale transparence et un mécanisme qui permet en continu d’apporter des améliorations, y compris sur un chantier comme celui de l’EPR.

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 16:24

 


 

François FILLON s'est rendu à Beauvais sur le thème de l’emploi des jeunes, il a visité l’entreprise Telecoise, accompagné de Xavier BERTRAND, de Luc CHATEL, de Laurent WAUQUIEZ, de Nadine MORANO, de Jeannette BOUGRAB, le Vendredi 26 août 2011 à 11h00

 

 

Madame le Maire,

Mesdames et messieurs,

Je voudrais vous dire que c’est un immense plaisir pour moi, accompagné de presque le quart du Gouvernement, celui qui est plus spécialement en charge des questions de l’Emploi, de la Formation, de la Jeunesse, c’est un immense plaisir pour nous de retrouver la ville de Beauvais et de saluer Caroline CAYEUX qui agit ici avec autant de ténacité et autant de cœur.

Nous sommes avec Caroline amis depuis très longtemps, et elle sait toute l’estime et toute l’admiration que je porte au travail qui est le sien. Je voudrais la féliciter en particulier d’avoir su mobiliser en cette fin de mois d’août autant de monde dans cette mairie de Beauvais. Je voudrais vous saluer tous en vous disant que votre présence me va droit au cœur, mais vous me permettrez de dire un mot particulier pour élèves de l’EPIDE, je suis particulièrement heureux de les voir ici au premier rang.

Nous avons connu un été difficile avec cette crise des dettes souveraines, c'est-à-dire des dettes des Etats, qui est entrée dans une nouvelle phase. Personne n’aurait imaginé, il y a quelques mois, que la signature financière des Etats-Unis, la première puissance économique du monde, allait être remise en cause. On peut d’ailleurs contester, beaucoup l’ont fait, le bienfondé de cette dégradation. Mais il reste qu’elle a frappé les esprits et qu’elle a eu des effets bien réels puisque c’est notamment cette décision qui a plongé cet été les marchés dans une inquiétude plus ou moins rationnelle.

En tout cas c’est un signe de plus de ce que j’appellerai le vacillement de la prédominance occidentale, et c’est un signe de plus du basculement croissant vers l’Asie, du centre de gravité de l’économie mondiale.

Alors il y a des débats sur le rôle des agences de notation, il y a des débats sur la compétence des experts. On peut, à juste titre, s’interroger sur le sens que cela a d’évaluer un Etat selon les critères qu’utilisent les agences de notation. Mais je voudrais dire que dans le contexte actuel, quels que soient ces débats, il serait irresponsable de gouverner un pays en prétendant faire cavalier seul, en prétendant ignorer les avertissements, en ignorant les conséquences dramatiques pour certaines nations de la perte de leur crédibilité financière, en ignorant les risques qui sont encourus par les Etats qui remettent à plus tard la question des déficits et la question du remboursement de leur dette.

Nous avons la chance dans notre pays d’avoir une signature financière qui est créditée de la meilleure évaluation qui soit. C’est un atout, c’est un atout qui récompense les efforts budgétaires et les réformes que nous avons engagés, notamment depuis quatre ans sous la présidence de Nicolas SARKOZY, et c’est une force que nous devons aujourd’hui à tout prix consolider.

Nous ne sommes pas menacés, comme peuvent l’être certains Etats européens. Nous ne sommes pas contraints à des mesures d’austérité drastiques comme le sont aujourd’hui certains de nos partenaires. Mais ce que nous devons faire c’est veiller à maintenir et à renforcer la position solide qui est la nôtre.

Alors, dire cela ça n’est pas se soumettre, comme je le dis si souvent à je ne sais quel diktat des marchés. Dire cela c’est chercher à garantir notre capacité d’agir, c’est chercher à garantir notre indépendance nationale, c’est chercher tout simplement ce que le Général de GAULLE appelait « Le maintien du rang de la France ». C’est la raison pour laquelle nous avons pris des décisions pour tenir nos objectifs de réduction de déficits. J’en ai annoncé avant-hier la teneur. La question des déficits est une question qui n’est ni de droite, ni de gauche, parce que depuis un peu plus de trente cinq ans tous les gouvernements qui se sont succédés ont participé à alimenter la dette et à creuser les déficits. La vérité, c’est que tous les Français qui ont moins de trente cinq ans pensent que ça fonctionne comme ça. Et tous les Français qui ont plus de trente cinq ans se disent que si ça a duré trente cinq ans, ça va bien durer encore un peu.

Malheureusement nous sommes arrivés au bout d’une période qui a consisté pour les Etats industrialisés, pour les Etats occidentaux, concurrencés par les pays émergents, qui perdaient des parts de marché, qui perdaient de la compétitivité, à maintenir leur mode de vie, à maintenir leur train de vie en le finançant simplement par l’endettement. Eh bien nous sommes arrivés au bout de ce processus. Réduire les déficits c’est une priorité, c’est une obligation, c’est une ambition républicaine, c’est une ambition qui doit être partagée par tous ceux qui veulent le meilleur pour notre pays.

C’est un effort qui doit être assumé par toute la nation et en particulier par les plus aisés. Et je constate que dans leur majorité les Français sont désormais conscients des enjeux auxquels nous sommes confrontés.

Dans cette période de bouleversement économique, il y a d’un côté la dette, mais il y a aussi le front de la croissance et l’emploi. Et il ne faut pas opposer, comme on le fait si souvent de manière schématique, la vertu budgétaire et la croissance.

La vérité c’est qu’il est impossible de créer de la croissance, si l’on n’est pas crédible sur le plan budgétaire et financier. La vérité c’est que pour investir il faut que l’Etat dispose d’un budget qui inspire confiance. La vérité c’est que le prix d’un endettement public excessif, ce sont à terme des taux d’intérêt trop élevés qui viennent pénaliser le secteur privé.

Alors j’ai bien entendu les critiques suscitées par le plan que nous avons présenté hier. Je trouve surtout qu’elles manquent de cohérence ces critiques. Certains ont estimé que ce plan avait des allures d’une cure d’austérité, quand d’autres considèrent qu’il n’est pas assez sévère. Et parfois ce sont d’ailleurs les mêmes, qui nous reprochaient avant l’annonce de ces mesures, de compromettre la croissance en soumettant la France à ce qu’ils appellent « la dictature des marchés » et qui nous reprochent aujourd’hui de ne pas en faire assez.

Ce n’est pas le rôle le plus agréable que celui qui consiste à présenter des mesures d’économie comme j’ai eu l’occasion de le faire. Mais je veux dire que je préfère être dans ce rôle que dans celui de ceux qui prétendent résoudre les problèmes économiques et financiers de notre pays, mais qui ont combattu la réforme des retraites ou qui aujourd’hui nous expliquent qu’il n’est pas nécessaire d’introduire – comme le font tous les autres pays européens - dans notre constitution des règles qui feraient qu’à l’avenir les majorités quelles qu’elles soient seraient contraintes de respecter l’équilibre budgétaire.

Il ne faut pas être laxiste, il ne faut pas non plus être jusqu’au boutiste. Il faut simplement être rigoureux, il faut être discipliné, sans pour autant étrangler la reprise économique. Et les mesures que nous avons proposées sont des mesures qui ont été choisies parce qu’elles ne pèseront pas sur la consommation, parce qu’elles ne pèseront pas sur l’investissement, parce qu’elles ont été choisies avec le souci de ne pas brider les moteurs de la croissance. Notre ligne politique c’est la conciliation de la responsabilité budgétaire et en même temps de l’action pour la croissance et pour l’emploi.

Nous avons enregistré hier des chiffres du chômage qui sont mauvais. Le chômage augmente pour le troisième mois consécutif dans notre pays, il augmente essentiellement parce que la croissance s’est ralentie à la suite de difficultés qui sont liées à l’économie mondiale. Nous avions prévu, il y a encore quelques semaines, une prévision de croissance à 2 % pour cette année, à 2,2 % pour l’année prochaine. Nous avons été contraints de revoir à la baisse ces prévisions à 1,75 %. Cette baisse, elle a des raisons. Nous sommes touchés par les difficultés de l’économie américaine, nous sommes touchés pas la conséquence du séisme au Japon, et nous sommes touchés par la hausse du prix du pétrole qui a notamment des conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages.

Certains de ces phénomènes, je pense à la situation japonaise ou à la hausse du prix du pétrole, ou en tout cas à ses conséquences, vont progressivement se résorber. Mais il faut rester prudent et il faut ajuster notre politique en tenant compte de prévisions qui sont moins favorables pour 2011 et pour 2012.

C’est ce que nous faisons avec les mesures d’économie budgétaire, et c’est ce que nous faisons en cherchant en permanence des solutions au problème du chômage. J’ai commencé à en débattre avec les partenaires sociaux que je reçois en ce moment même. La hausse du chômage que nous venons d’enregistrer ne doit pas d’abord nous faire oublier d’où nous partons et tout le chemin qui a été parcouru depuis 2009. Il faut se souvenir du choc considérable sur l’emploi qu’a représenté la crise en 2009. Un choc qui aurait d’ailleurs été beaucoup plus fort que ce que nous avons connu sans les mesures exceptionnelles que nous avons prises.

En 2010, grâce à ces mesures et grâce à la reprise, l’économie française a recommencé à créer des emplois. Nous avons 140 000 emplois en 2010 et 120 000 pour le seul premier semestre de l’année 2011. Et pour la première fois depuis très longtemps dans notre histoire le secteur des emplois industriels est de nouveau en croissance.

Alors vous me direz : « Dans ces conditions pourquoi le chômage augmente ? » Eh bien le chômage augmente parce que la France a - et c’est plutôt une chance pour nous – une population active qui est en forte croissance. Et avec une démographie qui est une démographie très dynamique, il faut que nous mettions en place de nouveaux outils plus performants pour aller vers la réduction du chômage. Nous avons décidé de mettre à contribution tous les leviers d’actions. Le déploiement du contrat de sécurisation professionnelle qui avait été annoncé au début de l’année va se mettre en œuvre effectivement au 1er septembre, et nous avons élargi ses conditions d’éligibilité. La programmation des contrats aidés sur l’année 2011 intègre les évolutions à venir de l’emploi. Et pour les jeunes qui sont en première ligne face aux fluctuations du marché de l’emploi, nous avons décidé de miser à fond sur l’alternance parce que c’est une solution d’insertion durable et parce que c’est une solution d’insertion qui a prouvé son efficacité.

Je viens de visiter l’entreprise TELECOISE et ce que j’y ai vu illustre la pertinence du choix que nous avons fait. Chez TELECOISE il y a une vingtaine d’apprentis, soit près de 10 % des effectifs, avec une proportion de 95 % des apprentis qui restent dans l’entreprise à l’issue de leur formation. On peut faire un calcul rapide, si toutes les entreprises de France avaient 10 % d’apprentis, la question de l’insertion des jeunes serait résolue depuis longtemps.

Nous avons donc lancé un grand plan d’action avec l’objectif d’avoir 800 000 jeunes en alternance. Ce plan est dans sa phase de mise en œuvre sous l’impulsion de Xavier BERTRAND et de Nadine MORANO. Avec ce plan nous agissons dans trois directions.

La première direction consiste à inciter les entreprises à se lancer dans l’apprentissage, c’est évidemment la base de tout. Nous avons mis en place une aide à l’embauche des jeunes dans les entreprises de moins de 250 salariés équivalent à une exonération totale de charges sur douze mois. Et pour les grandes entreprises nous avons instauré un système de bonus-malus pour porter le nombre de jeunes en alternance au-delà des 4 % des effectifs de ces entreprises.

La deuxième direction consiste à développer les capacités de formation et d’hébergement. Ce sont souvent des freins au développement de l’apprentissage. Avec la nouvelle génération des contrats d’objectif et de moyens que nous négocions avec les régions, l’Etat consacre 1 milliard 750 millions d’euros au développement de l’appareil de formation.

A ce jour onze régions se sont d’ores et déjà engagées en faveur de l’apprentissage en contractualisant avec l’Etat. J’invite naturellement celles qui ne l’ont pas encore fait à se joindre à cet effort qui est fondamental pour l’avenir de la jeunesse française.

Cela passe aussi par le programme d’investissement d’avenir. Nous avons réservé, dans ce programme d’investissement d’avenir qui se met en œuvre, 500 millions d’euros pour créer des solutions d’hébergement et pour créer des places de CFA. En Mai dernier nous avions déjà retenu quatre projets pour 19 millions d’euros. Je vous en annonce trois nouveaux pour 21 millions d’euros : Le campus des métiers de Brest, le projet Prémica à Reims et la Résidence d’Illkirch. Au total ces trois projets représentent plus de 2500 places en CFA et plus de 400 places supplémentaires d’hébergement.

Enfin la troisième direction consiste à revaloriser les formations en alternance. Je pense notamment à l’institution de la carte « étudiant des métiers » qui permettra de donner aux jeunes qui sont en alternance exactement les mêmes avantages que la carte étudiant.

Mesdames et messieurs la France a proposé de mettre le thème de l’emploi des jeunes au premier rang de l’agenda du G20 social, et je suis heureux de saluer Gilles De ROBIEN pour son engagement dans cette direction. En cette période de crise économique, de contrainte budgétaire, en cette période de bouleversement des équilibres mondiaux, il est normal que notre jeunesse s’interroge sur cet avenir, sur son avenir.

Nous n’avons pas le droit de mentir à la jeunesse. Nous n’avons pas le droit de lui promettre tout et n’importe quoi comme le font certains. Mais nous avons le devoir de lui donner les moyens de réaliser ses aspirations. Et nous devons faire en sorte qu’elle ait en main les clés de son entrée dans la vie active. Et c’est tout le sens du plan jeunesse que le président de la République a lancé à Avignon et que Luc CHATEL, Xavier BERTRAND, Nadine MORANO et Jeannette BOUGRAB mettent en place.

Nous avons lancé le Revenu de Solidarité Active Jeunes pour aider financièrement les jeunes actifs qui s’engagent très tôt dans la vie active. Nous avons choisi de lutter avec force contre le décrochage scolaire. Il y a chaque année près de 180 000 jeunes qui quittent le système de formation initiale sans aucun diplôme et qui connaissent naturellement de très grandes difficultés d’insertion. Pour répondre à cette situation nous avons mis en place des plateformes d’appui afin de repérer ceux qui décrochent et de leur proposer des solutions en lien avec tous les acteurs de la politique de l’emploi. Nous avons créé un service public de l’orientation tout au long de la vie qui est en train de se mettre en place et qui sera entièrement finalisé pour la rentrée de 2012. Nous avons lancé une réforme des bourses sur critères sociaux. Le nombre des boursiers est passé de 478 000 en 2007 à 595 000 en 2011. Et je voudrais tout de suite dissiper les fausses polémiques sur la question du dixième mois de bourse. Nous avons pris l’engagement de mettre en œuvre le dixième mois de bourse et dès cette année universitaire cet engagement sera tenu.

Nous avons agi pour améliorer et développer les stages. Je veux rappeler l’effort sans précédent qui a été mené en lien avec les partenaires sociaux. Nous avons veillé à prévenir les abus conduisant à assimiler stage et contrat de travail. Nous avons aussi voulu que les stages comme outil d’insertion ne soient plus cantonnés aux écoles de commerce ou aux seules écoles d’ingénieurs. Il faut que tous les établissements d’enseignement supérieur s’investissent, qu’ils s’investissent pour proposer aux étudiants des stages de qualité. Cela passe par un renforcement de la contractualisation entre ces établissements d’enseignement supérieur et les entreprises. Et j’ai demandé à Laurent WAUQUIEZ de me faire des propositions pour favoriser cette contractualisation d’ici le mois de novembre.

Enfin nous avons crée le Service Civique Volontaire. Ce service civique va concerner 15 000 jeunes à la fin de cette année. Notre objectif c’est de faire en sorte qu’à terme le service civique concerne au moins 10 % d’une classe d’âge. Deux décisions vont permettre d’atteindre cet objectif. D’abord la valorisation du Service Civique Volontaire dans les cursus post Baccalauréat ; un décret a été publié ce matin au Journal Officiel qui permet cette valorisation. Et d’autre part la création de 5000 places supplémentaires qui vont permettre à 25 000 jeunes d’être engagés dans le Service Civique Volontaire en 2012.

Toutes ces mesures, mesdames et messieurs, nous les prenons pour permettre aux jeunes de s’insérer dans la vie professionnelle et pour qu’ils puissent être réellement les acteurs de leur destin. Ce sont des mesures concrètes. Ce ne sont pas des idées démagogiques. Ce ne sont pas des allocations financées par l’endettement. Ce ne sont pas des faux espoirs, parce qu’il faut que les promesses que nous faisons à la jeunesse soient tenues.

Je le répète, nous sommes dans une période difficile, et dans cette période difficile on attend des responsables politiques qu’ils apportent des perspectives crédibles et responsables. Notre objectif c’est de créer les conditions d’une France qui soit plus compétitive, qui soit plus solidaire, et d’une France qui continue en même temps à peser sur le cours du monde.

Cette perspective exige des efforts, et je veux dire que tout autre discours est mensonger. La France ne réussira pas cette transition, dans ce XXIème siècle qui a complètement bouleversé les cartes, sans effort. La question à laquelle nous devons répondre c’est celle-ci : quel est pays que nous allons laisser à ceux qui ont aujourd’hui quinze ou vingt ans ? Est-ce que c’est un pays qui vit à crédit sur les générations futures ? Est-ce que c’est un pays qui, faute d’avoir pris à temps les décisions courageuses qui étaient nécessaires, sera dépassé dans la compétition mondiale ? Est-ce que c’est, en résumé, un pays qui sera sorti de l’histoire ? Eh bien nous agissons ensemble pour qu’il n’en soit pas ainsi. Nous agissons pour que la France préserve le dynamisme, l’influence, la stature qui sont dignes de son héritage. Nous agissons pour que ceux qui feront la France de demain ne puissent pas venir un jour nous reprocher de n’avoir rien fait, de n’avoir pas pris à temps les décisions qui s’imposaient, d’avoir laissé filer les conditions de notre souveraineté, de notre rayonnement.

Agir pour la jeunesse c’est donc d’abord agir pour l’avenir de la France. Et c’est ce que nous avons cherché à faire tout au long de ce quinquennat en réformant notre pays, en renouvelant ses structures, en adaptant son système économique et social.

Je veux à ce sujet saluer le travail des Parlementaires, de tous les Parlementaires naturellement mais plus particulièrement de ceux de la majorité qui ont soutenu la politique du Gouvernement. Je pense ici dans l’Oise à Philippe MARINI et Alain VASSEL, je pense à Lucien DEGAUCHY qui pour une fois a une veste d’une couleur normale, à François-Michel GONNOT, à Olivier DASSAULT, à Jean-François MANCEL, à Edouard COURTIAL.

Je pense aussi aux élus locaux qui assument la crise avec responsabilité, et qui savent que la maitrise des dépenses publiques les concerne également. Nous avons tous en charge le redressement financier de notre pays, les responsables des collectivités locales comme les responsables de l’Etat.

Enfin, rassurez-vous je ne l’avais pas oublié, je pense – et je l’avais gardé pour la fin – à Eric WOERTH qui a été l’artisan de cette réforme si essentielle des retraites.

J’en profite pour redire une nouvelle fois que tant que l’opposition n’aura pas reconnu la nécessité de cette réforme des retraites tout son discours sur la réduction des déficits n’aura aucune espèce de crédibilité.

Mesdames et messieurs notre action a pu être contestée, mais je pense que personne ne pourra nous reprocher d’avoir choisi la facilité. Réformer la France n’a jamais été facile. Et la réformer en pleine récession internationale c’est encore plus difficile. La critique fait partie du débat républicain, et naturellement je l’accepte comme telle et je la considère comme constructive. Mais je veux dire que je suis certain qu’à moyen terme notre action produira des effets bénéfiques pour l’ensemble de nos concitoyens et pour ceux qui vivront dans la France de demain. Et je suis sûr que la plupart des réformes que nous avons accomplies et qui ont été contestées parfois avec tellement de vigueur feront un jour consensus. En tout cas c’est ce message de responsabilité et c’est ce message de confiance et d’unité républicaine que je suis heureux de partager avec vous aujourd’hui, dans cette mairie de Beauvais au côté de Caroline CAYEUX.

 

 

 

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 15:19

 


 

Intervention du Premier ministre sur les mesures nécessaires au respect strict des objectifs de déficits publics, le mercredi 24 août 2011, à Matignon.

 

Mesdames et Messieurs,

La crise que traversent les pays industrialisés depuis 2008 est une crise de l’endettement ; un endettement excessif c’est moins de croissance, ce sont des taux d’intérêt plus élevés, c’est une charge indue qui est laissée aux générations futures et au bout du compte, c’est l’enlisement économique.

Eh bien le seuil de tolérance à l’endettement est désormais dépassé.

Dans ce contexte, la situation de l’économie américaine et les tensions sur les dettes souveraines entraîne un ralentissement très sensible de la croissance, notamment en Europe au second trimestre ; ralentissement dont chacun doit tenir compte.

C’était justement l’objet de la réunion présidée par le Président de la République cet après-midi, à laquelle participaient les ministres de l’Economie, du Budget, du Travail et des Solidarités. Depuis 2007 notre pays a conduit une politique de réformes structurelles et une politique de maîtrise des dépenses publiques et c’est cette politique qui nous permet aujourd’hui de ne pas être contraints comme beaucoup d’autres pays européens à prendre dans l’urgence des mesures d’austérité pour préserver la confiance des investisseurs et des marchés.

Les mesures que je vais dans un instant présenter devant vous ont peu de chose à voir avec celles qui sont prises aujourd’hui par l’Italie, par l’Espagne, par le Portugal, par l’Irlande sans parler évidemment de la Grèce. La réforme des universités, le triplement du crédit impôt recherche, dont nous avons d’ailleurs vu ce matin au Conseil des Ministres, qu’il avait donné des résultats extrêmement vertueux sur l’économie française ; Le programme d’investissements d’avenir ont permis de préserver notre potentiel de croissance à moyen terme.

La réforme des retraites dont on ne dira jamais assez l’importance qu’elle a eue dans la confiance qui est celle des investisseurs aujourd’hui dans l’économie française ; la réforme des retraites a permis d’adapter notre système à l’évolution démographique tout en consolidant les comptes sociaux à long terme.

La révision générale des politiques publiques a déjà permis de générer 15milliards d’économie et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, a permis de supprimer un peu plus de cent trente mille emplois publics et surtout d’inverser pour la première fois depuis au moins quarante ans le mouvement inéluctable d’augmentation des emplois publics.

Alors naturellement la crise économique et financière mondiale nous a conduits en 2008 à creuser les déficits. Je veux rappeler qu’avant la faillite de la banque Lehman Brothers, nous avions préparé un projet de budget 2009 avec un déficit de 1,7% du Produit Intérieur Brut. Ce qui signifie que sans cette crise économique et financière mondiale, nous serions sans doute aujourd’hui à l’équilibre. Nous sommes passés du fait de la crise, de cette prévision de 1,7 à un déficit en 2009 de 7,5% ; en raison des mesures de relance de l’économie que nous avons prises, en raison des mesures de protection du pouvoir d’achat des plus défavorisés, et en raison des rentrées fiscales moindres entraînées par la récession. Je veux dire que nous n’avons pas à regretter ces choix, parce que ce sont ces choix, c’est cette stratégie, qui nous a permis de connaître une récession moins sévère que beaucoup d’autres pays industrialisés. Je veux d’ailleurs dire que les propositions de l’opposition en 2008, qui suggéraient la nationalisation des banques et une baisse importante de la TVA, auraient eu pour effet un accroissement bien plus élevé de la dépense publique.

Je veux d’ailleurs dire à ce sujet que pour être crédibles, les dirigeants de l’opposition devraient faire preuve de plus de rigueur intellectuelle. Ignorer les conséquences de la plus grave crise économique mondiale depuis un demi-siècle sur les finances publiques ; refuser d’admettre la responsabilité partagée des gouvernements de droite comme de gauche sur le creusement des déficits depuis trente cinq ans, cela n’est pas une preuve de sérieux et cela augure mal des capacités de l’opposition à affronter les réalités économiques du monde d’aujourd’hui.

D’ailleurs les faits parlent d’eux-mêmes. La confiance dont jouit notre dette qui détient la notation la plus élevée confirme la pertinence de notre stratégie et de nos choix. Cette confiance c’est un bien précieux, c’est un bien précieux pour notre indépendance, c’est donc un bien qu’il convient de préserver. La réduction de nos déficits – j’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises – c’est un objectif intangible. C’est une obligation économique mais c’est aussi une obligation sociale parce que notre pays ne peut pas vivre éternellement au-dessus de ses moyens, au risque de briser son pacte républicain.

Nous nous sommes fixés une trajectoire. Un déficit maximum à 5,7% de la richesse nationale cette année ; à 4,6% en 2012. A 3% en 2013. A 2% en 2014 avec naturellement pour objectif final l’équilibre. Cette trajectoire, elle nous engage et en particulier elle nous engage vis-à-vis de nos partenaires européens dans le cadre du programme de stabilité. Pour respecter cette trajectoire nous nous sommes fixés des règles de maîtrise de l’évolution des dépenses publiques qui sont des règles que nous respectons déjà depuis plusieurs années et que nous allons continuer à respecter en 2012 et par la suite. C’est le gel des dépenses de l’Etat et des dotations aux collectivités locales. C’est la poursuite de la révision générale des politiques publiques. C’est le réexamen systématique de l’ensemble des dépenses d’intervention et de fonctionnement des ministères. C’est le non-remplacement d’un départ sur deux à la retraite dans la Fonction publique et c’est enfin une progression strictement limitée des dépenses de santé. Je veux dire que ces mesures ont déjà porté leurs fruits.

En 2010, les dépenses publiques n’ont progressé que de 0,6% alors qu’elles progressaient en moyenne sur les trente dernières années d’un peu plus de 2,6%. Et pour la première fois, les dépenses de l’Etat ont baissé, les dépenses strictement de l’Etat ont baissé de 0,3% en proportion de la richesse nationale entre 2008 et 2012. Mais évidemment le ralentissement de l’économie nous conduit à prendre des mesures pour consolider cette stratégie, pour l’adapter à une situation exceptionnelle.

Il ne faut pas sur réagir aux variations quotidiennes des marchés. Il ne faut pas non plus sombrer dans un pessimisme excessif alors que les fondamentaux économiques de la France sont solides comme l’atteste d’ailleurs le dynamisme de l’investissement des entreprises.

Les effets négatifs de la hausse des prix du pétrole au début de l’année sur le pouvoir d’achat des ménages vont progressivement s’estomper et le commerce international qui a beaucoup souffert de la catastrophe au Japon devrait repartir avec le redémarrage plus rapide que celui qui avait été anticipé de l’économie japonaise. Pour autant il serait irresponsable de ne pas tenir compte de cette situation et de faire reposer notre stratégie de réduction des déficits sur des hypothèses en matière de croissance qui seraient à juste titre considérées comme exagérément optimistes. Le réalisme nous conduit donc à ajuster aujourd’hui ces hypothèses de croissance.

Pour cette année, nous anticipons désormais une croissance de 1,75 % au lieu des 2 % qui était notre prévision initiale, qui était d’ailleurs une prévision qui était en ligne avec la plupart des experts, certains organismes – je pense à l’OCDE – nous donnant encore, il y a quelques mois, 2,2 %.

Pour 2012, la prudence est encore davantage de rigueur, et nous tablons sur une croissance de 0,5 % de moins qu’initialement prévu, soit 1,75 % ; donc nos hypothèses de croissance sont identiques pour 2011 et pour 2012, autour de 1,75 %.

Evidemment, du fait de ces nouvelles hypothèses, nous devons faire face à un nouveau défi ; une moindre croissance, c’est évidemment moins de recettes fiscales pour l’Etat et nous devons en tenir compte pour l’équilibre des finances publiques. Pour compenser la révision à la baisse de ces hypothèses de croissance, nous allons prendre les mesures nécessaires au respect strict de nos objectifs de déficits publics.

Avec le Président de la République, nous avons retenu un certain nombre de mesures nouvelles qui vont procurer 11 milliards d’euros d’économies supplémentaires, enfin 11 milliards d’euros supplémentaires en 2012. Ceci nous permettra de respecter notre objectif de déficit et même de nous fixer un objectif un peu plus ambitieux, à 4,5 % en 2012, cette marge permettant de sécuriser notre trajectoire contre tout aléa supplémentaire de croissance.

En sélectionnant ces mesures, nous avons veillé à ne pas casser le moteur de la croissance. Et donc l’effort supplémentaire proposé va passer pour l’essentiel, par de nouvelles réductions ou par la suppression de dispositifs fiscaux dérogatoires dont l’efficacité ou la pertinence ne justifie plus le maintien dans une période de contrainte budgétaire.

Nous avons donc retenu les principales suppressions ou réductions de niches fiscales ou sociales suivantes.

D’abord sans remettre en cause l’exonération dont bénéficie la résidence principale, nous modifierons la taxation des plus-values immobilières en remplaçant l’abattement forfaitaire pour durée de détention qui s’applique à compter de la 5ème année de détention, par la seule prise en compte de l’inflation. Nous nous proposons ensuite de relever de 3,5 % à 7 % le taux de taxe spéciale sur les conventions d’assurances applicables aux contrats solidaires et responsables, tout en maintenant un différentiel favorable à ces derniers en relevant à 9 % le taux applicable aux autres contrats de complémentaires santé. Nous proposons d’intégrer les heures supplémentaires dans le calcul des allégements généraux de charges de façon à préserver les avantages sociaux et fiscaux des heures supplémentaires tout en limitant les effets d’aubaine et d’optimisation pour les entreprises. Il s’agit donc de prolonger l’annualisation décidée l’année dernière et – je veux insister sur ce point – nullement de remettre en cause la loi TEPA qui a fait des heures supplémentaires un instrument pour la flexibilité en entreprise et pour le pouvoir d’achat des salariés. Les salariés continueront de bénéficier exactement des mêmes avantages que ceux prévus par cette loi.

Nous proposons de fixer à 2 % le taux de l’abattement pour frais professionnels applicables aux revenus d’activité pour le calcul de la CSG et de restreindre son champ d’application pour les salariés aux seuls revenus ayant la nature de salaire. Nous augmenterons le forfait social de 6 % à 8 % avec un objectif qui est de réduire la discordance entre le niveau des prélèvements sociaux sur les différentes rémunérations, sans atteindre l’avantage dont bénéficient l’intéressement et la participation dans son principe. Enfin, nous prévoirons également dans le projet de loi de finances pour 2012 une nouvelle étape de réduction générale des niches fiscales en ajoutant un 2ème coup de rabot de 10 % à celui qui a été voté l’année dernière.

Une seconde préoccupation nous a également guidés, c’est celle de l’équité. Nous avons veillé à retenir des mesures qui renforcent la justice fiscale et sociale. L’effort sera donc équitablement réparti entre ménages et entreprises, mais je veux dire qu’il sera plus demandé aux grands groupes qu’aux PME ; de même qu’il sera plus demandé aux ménages aisés et aux détenteurs de patrimoine qu’aux ménages modestes. Ainsi notamment, nous proposons d’une part l’harmonisation de nos règles de report des déficits en matière d’impôts sur les sociétés avec les règles applicables en Allemagne, dans un souci de convergence rapide et concrète, et dans le même esprit, nous relèverons de 5 à 10 % la quote-part pour frais et charges appliquée aux plus-values de long terme.

De la même façon, il sera plus demandé aux détenteurs de hauts revenus qu’aux ménages modestes. Comme nous l’avons déjà annoncé, une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus sera mise en place. Le projet que nous allons présenter s’inspire largement des propositions qui ont été faites, notamment par Gilles CARREZ. Ce sera donc une contribution de 3 % sur le revenu fiscal de référence, dont je rappelle qu’il concerne à la fois les revenus du travail et les revenus du capital, à partir de 500.000 euros. Cette mesure sera complétée d’un relèvement de 12,3 % à 13,5 % des prélèvements sociaux sur les revenus du capital, toujours dans un souci de rapprochement de la taxation des revenus du travail et de ceux du capital.

Enfin, nous cherchons à infléchir la progression des dépenses d’assurance-maladie par le renforcement de nos outils de santé publique. Nous prévoyons ainsi de freiner la consommation de produits dont une consommation excessive est fortement facteur de risques pour la santé, de majorer, via la fiscalité, le coût du tabac, de l’alcool et des boissons contenant des sucres ajoutés.

Dès la semaine prochaine, nous allons présenter plusieurs de ces mesures au Conseil des ministres, afin de les intégrer dans le collectif budgétaire qui sera discuté au Parlement au début de septembre pour permettre leur mise en œuvre dès l’automne. Ces mesures permettront un rendement d’un peu plus de 1 milliard d’euros dès l’année 2011, et de 11 milliards d’euros en 2012.

Sur les dépenses, comme vous vous en êtes déjà fait l’écho, j’ai prescrit aux ministres une annulation de crédits en 2011 pour un total de 500 millions d’euros, et j’ai décidé de travailler avec la majorité parlementaire, dans le cadre de la préparation du budget 2012, sur une diminution supplémentaire de 1 milliard d’euros sur les dépenses de l’année 2012.

Enfin, je majorerai le gel traditionnel imposé à titre de précaution en début d’année 2012 de 1 milliard ; il sera donc porté de 5 à 6 milliards d’euros.

Enfin en dernier lieu et en accord avec Madame BACHELOT, nous avons choisi de continuer à travailler sur le dossier de la dépendance. La concertation nationale, menée depuis le début de l’année, a montré l’ampleur des changements que nous devons assumer pour faire face à la nécessaire solidarité envers les personnes les plus âgées, mais je veux dire que traiter ce dossier dans le contexte économique et financier que nous connaissons aujourd’hui et dans l’urgence ne serait pas responsable. L’adaptation de notre modèle social, c’est une nécessité de long terme. Il nous faudra tenir compte des recommandations du Haut conseil de l’assurance-maladie, il nous faudra trouver des ressources adaptées, nous devons y travailler encore d’ici le début de l’année 2012 avec tous les acteurs de ce secteur.

Voilà, mesdames et messieurs, ce que le gouvernement proposera au Parlement. C’est une politique rigoureuse pour permettre à la France de rester souveraine sur le plan économique et sur le plan social.

Grâce aux efforts de modernisation que nous avons entrepris depuis 2007, notre pays est en mesure d’assumer, dans l’ordre et la justice, cette discipline budgétaire qui ménage la croissance et qui permet de soutenir l’emploi. Les efforts nécessaires et les réformes structurelles devront être menés dans la durée. Avec le Président de la République, nous les assumons et nous continuerons de le faire parce que notre pays doit tenir ses engagements ; il y va de l’intérêt de tous les Français.

Je veux redire enfin, pour conclure, à quel point ma conviction est que la France a besoin de vérité et qu’elle a besoin d’unité nationale. Et c’est dans cet esprit que je continuerai à défendre le principe de la règle d’or dont je veux dire qu’elle n’est ni de droite ni de gauche. Au-delà des clivages partisans, cette règle de bon sens marquera la volonté infaillible de notre pays de se libérer du poids de ses déficits.

Voilà, je suis maintenant à votre disposition pour répondre à quelques-unes de vos questions, en sachant naturellement que les ministres seront, dans les heures qui viennent, à votre disposition pour répondre complètement sur des sujets dont vous avez noté qu’ils sont, pour certains, complexes.

 

 


 

Le Premier ministre répond aux questions de la presse à l'occasion de son Intervention sur les mesures nécessaires au respect strict des objectifs de déficits publics, le mercredi 24 août 2011, à Matignon.

 


Gaëlle MACKE, journaliste à CHALLENGES

Bonjour, Gaëlle MACKE, à Challenges, je voulais vous demander s’il était possible d’avoir des chiffres détaillés sur ce que rapporte chaque mesure, notamment il avait souvent été évoqué le chiffre de 300 millions concernant la taxe exceptionnelle sur les plus hauts revenus ; je voulais savoir si elle était bien exceptionnelle donc je voulais savoir si c’était un chiffre exact. Il me semble que c’est peut-être un peu plus, d’après ce que vous… D’après le pourcentage et 500.000 euros que vous dites. Mais en gros, je voulais savoir s’il était possible d’avoir un chiffre détaillé par mesure.



François FILLON

Vous aurez un dossier complet avec le chiffrage de l’ensemble de ces mesures ; je veux indiquer, s’agissant de cette taxation sur les revenus les plus élevés, qu’il s’agit d’une taxation exceptionnelle, dont nous fixons la durée, dont nous lions la durée à l’objectif d’atteindre les 3 % de déficit, et donc dès que nous aurons atteint cet objectif de 3 %, cette mesure sera supprimée.



Guillaume DARET, journaliste à FRANCE 2

Monsieur le Premier ministre, bonjour, Guillaume DARET, FRANCE 2. Pour ce qui est sur la taxe, quand vous avez parlé du tabac et des autres secteurs alcool, comment ça va se décliner et concrètement, combien est-ce que ça va rapporter ?



François FILLON

Nous aurons – là aussi vous aurez les chiffres dans le dossier – nous aurons une augmentation de 6 % du prix du tabac quasi-immédiate, qui va donc rapporter dès 2011, puis une taxation qui sera mise en place en 2012 supplémentaire sur l’alcool et sur les boissons dans lesquelles on ajoute du sucre. J’indique naturellement que celles dans lesquelles on n’ajoute pas de sucre, donc les boissons qui permettent de lutter contre l’obésité, ne seront pas taxées de la même manière.



Hervé NATHAN, journaliste à MARIANNE

Bonjour, Hervé NATHAN, MARIANNE. Monsieur le Premier ministre, vous annoncez une modification du régime des impôts sur les sociétés. Est-ce que ces modifications que vous annoncez vont permettre, enfin à ce que certains grands groupes contribuent à l’effort national, au même niveau, par exemple, que les PME ? Puisque selon les calculs de la Cour des comptes, il y a un taux moyen de seulement 8 % de l’IS pour les très grands groupes, qui est plus du double – si je ne me trompe pas – pour les PME et même certains groupes. Si on enlève les entreprises nationalisées, l’IS tombe à quasiment zéro ; enfin nationalisées ou pas d’ailleurs, possédées par l’Etat.

François FILLON

Il faut relativiser ces chiffres en tenant compte du fait que ces grands groupes font une grande partie de leurs résultats en dehors de notre territoire, du territoire national. Mais cependant, l’objectif que nous poursuivons à travers les mesures que je viens d’annoncer, c’est bien celui de rapprocher la fiscalité des grands groupes et celle des PME . 80 % des mesures que je viens d’indiquer, s’agissant des entreprises, concernent les grands groupes. Et en particulier la mesure concernant les reports de déficit, qui est une mesure importante qui commencera à rapporter d’ailleurs dès 2011, ne concerne que les grandes… Principalement les grandes entreprises. Je rappelle qu’ensuite, l’engagement qui a été pris par le Président de la République et Madame MERKEL, de mettre en place une fiscalité harmonisée entre la France et l’Allemagne dans ce domaine, qui permettra de continuer à progresser dans ce sens.



Jean-Michel LAMY, journaliste NOUVEL ECONOMISTE

Oui, bonjour, Monsieur le Premier Ministre, Jean-Michel LAMY, NOUVEL ECONOMISTE. En France, il y a 3 fonctions publiques, vous insistez beaucoup sur l’Etat, un petit peu sur la Sécurité sociale, mais vous passez sous silence les économies ou les actions sur les collectivités locales. Pourquoi cette pudeur ?



François FILLON

D’abord, je veux vous rappeler que pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, nous avons décidé de geler les dotations aux collectivités locales qui représentent une très grosse part de leurs ressources, comme nous avons décidé de geler les dépenses de l’Etat. Dans le milliard d’économies supplémentaires dont nous allons discuter avec le Parlement dans le cadre de la préparation du budget 2012, naturellement, une part de ces économies devra être assumée aussi par les collectivités locales. Enfin, je veux vous rappeler que nous avons engagé une réforme structurelle de l’organisation du territoire qui doit conduire, d’une part à supprimer les doublons avec la suppression de la clause de compétence générale pour les régions et pour les départements et qui doit, à plus long terme, conduire à un rapprochement des régions et des départements à travers l’élection du conseiller territorial. Donc, il faut poursuivre cet effort. Mais pour nous, les collectivités territoriales doivent prendre toute leur part de l’effort de réduction de la dépense publique.



Dominique LEROUX, du journal ACTUEL-RH

Bonjour, Dominique LEROUX, du journal ACTUEL-RH. Est-ce que la hausse du forfait social et l’intégration des heures supplémentaires dans le mécanisme, dans le calcul de l’allégement de charges figureront dans les mesures proposées la semaine prochaine en Conseil des ministres et donc dans le collectif budgétaire, ou est-ce qu’elles figureront dans…

François FILLON

Ce sont des mesures qui seront…



Dominique LEROUX

Dans le PLFSS…

François FILLON

Prévues dans le cadre du budget, du PLFSS 2012.

Dominique LEROUX

D’accord, merci !



Jean-Baptiste VEY, de l’Agence REUTERS

Jean-Baptiste VEY, de l’Agence REUTERS. Est-ce que selon vous de nouvelles réformes structurelles seront nécessaires après 2012 pour assurer la soutenabilité à long terme et l’inversion de la trajectoire de dette ?



François FILLON

Bien sûr, il y a beaucoup de mesures de modernisation de notre pays, de notre économie qui doivent être poursuivies, mais ce sera le débat de la campagne présidentielle de 2012 et donc nous n’avons pas à l’anticiper aujourd’hui.



Monsieur MUSSANI, journaliste italien, VENTIQUATRORE

Monsieur MUSSANI, journal italien VENTIQUATRORE. Si je ne me trompe pas, vous n’avez pas répondu à la question sur le montant total que vous envisagez d’encaisser avec la contribution extraordinaire sur les hauts revenus.



François FILLON

C’est autour de 200 millions d’euros, grosso modo. Autour de 200 millions d’euros. C’est des chiffres qui méritent d’être affinés.



François FILLON

cela aussi, c’est des chiffres qui méritent d’être affinés parce que, là, nous avons décidé de prendre en compte le revenu fiscal de référence –vous savez ce qu’on trouve sur la déclaration de revenus – et donc c’est un chiffre qui intègre tous les revenus, y compris les revenus du capital, les revenus du patrimoine. Donc il y a un petit calcul à affiner sur le nombre de personnes concernées par cette mesure. Voilà, peut-être une dernière question ?



Journaliste

Est-ce que le relèvement des prélèvements sociaux sera exceptionnel ou pérenne ?



François FILLON

Qu’est-ce que vous appelez « le relèvement des prélèvements sociaux » ? Sur le capital ?



Le journaliste

Du capital…

François FILLON

Non, sur le capital, il s’agit d’un mouvement de convergence des prélèvements sur le capital et sur les revenus du travail que nous considérons comme devant être maintenus dans la durée. Voilà, merci beaucoup, mesdames et messieurs.

 

 


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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 18:51

Je m’étonne des insinuations contenues dans un article paru ce jour sur le site Rue 89, à propos d’un aménagement de la future Ligne à Grande Vitesse Bretagne - Pays-de-la-Loire.

 

 L’auteur de l’article semble s’appuyer sur le seul fait que cet aménagement soit communément appelé “Virgule de Sablé” pour en déduire, non sans une certaine mauvaise foi, que sa seule utilité serait de servir la “grandeur” (sic) de la commune de Sablé-sur-Sarthe, sous prétexte que j’en serais le président de la communauté de commune tout en étant le Premier ministre de la France.

 

Afin de lui éviter d’écrire des contre-vérités, il eût été utile que la journaliste de Rue 89 consulte les associations d’usagers, les partis de gauche, les élus locaux, départementaux et régionaux de tous bords qui ont poussé ce projet. Ou mieux encore, les usagers eux-mêmes, qui pourront à l’avenir relier par exemple Angers à Laval plus vite et sans avoir besoin de changer de train, au lieu d’attendre une correspondance sur un quai au Mans ou de prendre un autocar comme ils le font aujourd’hui. Le temps de trajet entre Angers et Laval passera ainsi d’environ 1h30 à une quarantaine de minutes. La Fédération nationale des Usagers des Transports Pays de la Loire avait d’ailleurs réclamé depuis longtemps cet aménagement.

 

Ils auraient pu également lui expliquer que Sablé-sur-Sarthe est déjà desservi par le TGV depuis Paris depuis 20 ans et que sa desserte ne sera pas modifiée par la “virgule”. Les bénéficiaires de ce futur aménagement sont en effet, non pas les seuls habitants de Sablé-sur-Sarthe mais tous les habitants des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire qui verront ainsi leurs liaisons régionales et interrégionales grandement facilitées. C’est d’ailleurs pour cela que toutes les collectivités locales concernées ont largement soutenu ce projet et notamment la région des Pays-de-la-Loire, présidée par le socialiste Jacques Auxiette. En mai dernier, la région s’était d’ailleurs félicitée de ce progrès majeur en ces termes: « Le projet de la Virgule de Sablé, pour lequel la Région milite depuis plusieurs années, est emblématique de son action » (communiqué de presse du Conseil Régional des Pays de la Loire du 26 mai)

 

Quant à penser que la construction de la seule “virgule de Sablé” créerait 10.000 emplois, j’en serais le premier ravi. Mais c’est l’ensemble de la construction de la LGV Bretagne-Pays-de-la-Loire qui générera un tel nombre d’emplois et non la seule “virgule”.

 

Qu’après autant d’erreurs factuelles l’article tire des conclusions fausses n’a donc rien d’étonnant. Ce ne serait pas trop grave si à l’erreur il n’ajoutait la suspicion à l’égard d’un élu, pour ne pas dire le soupçon. Le respect des faits aurait évité à l’auteur une grave erreur d’analyse. La vérité mérite d’être respectée. La démocratie et les élus aussi.

 

François Fillon, Premier ministre,

Président de la Communauté de communes de Sablé-sur-Sarthe

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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