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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 17:18

 


 

François FILLON intervient sur les décès des cinq soldats français en Afghanistan lors des questions d’actualité à l’Assemblée Nationale le Mercredi 13 juillet 2011.

 

 

Monsieur le Président.

Mesdames et Messieurs les Députés.



C’est dans la matinée que nous avons appris la mort en Afghanistan de cinq de nos soldats et d’un civil afghan. Quatre autres militaires français et trois civils afghans ont été également blessés. Ce drame est survenu près de Tagab, un des principaux villages de la zone française de Kapisa. Il s’agirait d’un attentat suicide pendant une «shura» c’est-à-dire une réunion des autorités de village à laquelle participaient des militaires français.

Les familles des victimes sont en train d’être informées et c’est d’abord vers elles que je tourne mes pensées fraternelles. Je leur adresse au nom du Gouvernement et en votre nom un message de solidarité et d’affection.

Je pense à nos hommes tués en accomplissant leur mission, ce sont des combattants, mais leur tâche est aussi de reconstruire, de sécuriser, de soigner. Leur cause est juste, car l’Afghanistan de 2012 n’est plus le sanctuaire du terrorisme international et n’est plus gouverné par le fanatisme. Leur courage est grand et leur professionnalisme est reconnu. C’est pourquoi leurs adversaires usent des méthodes les plus lâches. Malgré les coups durs, la volonté de servir de nos soldats est toujours intacte.

Le Président de la République était hier en Afghanistan pour témoigner à nos forces du soutien de la Nation et pour indiquer qu’en 2014, à l’issue du processus de transition, il appartiendrait aux autorités afghanes de prendre pleinement en main leur destin. Aujourd’hui, la Nation rend hommage à ces hommes qui, en son nom, servaient l’idéal de la paix et de la sécurité contre le terrorisme.





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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 18:50

 


 

François FILLON prononce la déclaration du Gouvernement sur l’intervention des forces armées en Libye à l'Assemblée Nationale, le mardi 12 juillet 2011.

 

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Messieurs les Présidents des Commissions des Affaires étrangères et de la Défense,

 

Le 22 mars dernier, j’informais la représentation nationale des raisons et des conditions de l’engagement militaire français en Libye. Et depuis, Alain Juppé et Gérard Longuet ont été constamment à la disposition du Parlement pour répondre à ses questions.

Aujourd’hui, en vertu de notre Constitution, vous avez la responsabilité de décider la poursuite des opérations.

 

Il faut d’abord revenir quelques mois en arrière parce que nul ne doit oublier les origines de notre intervention.

 

Quelle était la situation au début du mois de mars ?

Manifestations sauvagement réprimées à Tripoli, bombardements à l’arme lourde sur des civils désarmés, déplacements massifs de population, bilan faisant état, selon la commission d’enquête du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, de plus d’un millier de morts en quelques semaines seulement.

 

Tous les faits attestaient de la fuite en avant d’un régime qui n’était plus dirigé par la raison.

En février, sur toutes les ondes, Kadhafi qualifiait les manifestants de «rats» et de «drogués».

L’un de ses fils promettait des «rivières de sang» aux habitants de Benghazi.

 

C‘est dans ces circonstances dramatiques qu’un pas décisif a été franchi par la communauté internationale : pour la première fois, le principe de la «responsabilité de protéger», adopté en 2005 par l’ONU, a été mis en œuvre dans une situation concrète.

 

De fait, le Conseil de Sécurité s’est expressément appuyé sur l’échec des autorités libyennes à remplir leur responsabilité de protéger leur population pour assurer lui-même une telle protection, en prenant des mesures dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise le recours à la force.

 

Certains ont prétendu que notre intervention avait été décidée pour contrebalancer notre surprise face aux révoltes tunisienne et égyptienne.

C’est faire injure au Gouvernement. La France n’engage pas ses forces à la légère.

Lorsque le Président de la République a envoyé nos premiers aviateurs au-dessus de Benghazi, les chars de Kadhafi entraient dans ses faubourgs.

La France ne prend pas davantage ses décisions seule.

Plus d’une vingtaine de pays occidentaux et arabes et d’organisations internationales ont participé au Sommet de Paris du 19 mars, rassemblant ainsi dans l’urgence tous ceux désireux de tout mettre en œuvre pour sauver la Libye libre et appliquer les résolutions du Conseil de Sécurité.

Et au premier rang d’entre eux, le Royaume-Uni sous l’impulsion déterminée de David Cameron.

 

Notre décision a été mûrie, elle a été pesée, et elle ne fut prise qu’à l’issue de plusieurs semaines de pressions diplomatiques et d’avertissements, délibérément ignorés par Kadhafi.

La résolution 1973 du 17 mars autorisant le recours à la force avait, en effet, été précédée de la résolution 1970 du 26 février dans laquelle le Conseil de Sécurité exigeait la fin des violences, saisissait le Procureur de la Cour Pénale Internationale et adoptait un premier régime de sanctions.

 

Le colonel Kadhafi a ignoré ce message.

Comme il a ignoré, tout au long des mois de février et de mars, les multiples appels, ceux du Conseil européen, du G8, de l’Union Africaine, de la ligue des Etats arabes, de la conférence des Etats islamiques condamnant les violations des droits de l’homme et soulignant la légitimité des demandes du peuple libyen.

 

C’est ce jusqu’au-boutisme qui a contraint la communauté internationale à intervenir militairement et en dernier recours.

 

En revanche, il est tout à fait vrai que le vent de liberté qui soufflait sur le monde arabe en ce printemps 2011 a imprégné notre décision.

S’il n’y avait pas eu ce souffle de liberté, si prometteur pour la région, il est possible que la France et la communauté internationale eurent limité leur action à la seule dénonciation de la répression.

Il est possible que le réalisme le plus froid et l’attachement prudent à la stabilité, si coutumiers dans les relations internationales, auraient eu raison de notre audace.

 

Oui, le contexte régional a pesé sur nos choix.

 

Et il a pesé en ce sens, qu’à nos yeux, la victoire de la répression aurait signifié que la démocratie dans le monde arabe n’était qu’un feu de paille, étouffé par le premier dictateur venu.

 

Il a pesé en ce sens qu’après la Tunisie et l’Egypte, les chances de voir le monde arabe traversé par des changements démocratiques nous sont apparues crédibles et porteuses d’avenir pour tout le bassin méditerranéen. Il a pesé car pour nous la Libye ne devait pas être l’hiver du printemps arabe !

 

Il a pesé en ce sens que la France croit que la cause de la liberté et des droits de l’homme est en mesure de progresser dans le monde, comme l’atteste l’évolution en Côte d’Ivoire, et comme le confirme l’arrestation de Ratko Mladic.

Les dictateurs, les tyrans, les bourreaux, sont peu à peu mis en demeure de rendre des comptes à la communauté internationale, et ce progrès, qui est un formidable espoir pour les peuples martyrisés, ne devait pas se briser à Benghazi.

 

Comme je l’ai précisé la semaine dernière en réponse au courrier que m’a adressé le Président Ayrault, 4.400 hommes et femmes sont engagés, à un titre ou à un autre, dans l’opération Harmattan, dont 800 en métropole sur un certain nombre de bases aériennes.

Avec 40 avions de combat, 6 avions de soutien, 8 navires et 18 hélicoptères d’attaque engagés, la France est le premier pays contributeur, aux côtés de ses partenaires de l’Otan et du monde arabe.

 

A cette tribune, je veux avec l'Assemblée Nationale rendre hommage au professionnalisme, au courage de nos soldats, de nos aviateurs, de nos marins et de nos équipages d’hélicoptères, qui se battent avec une grande maîtrise pour une cause juste.

 

Depuis le lancement de l’intervention le 19 mars, la situation militaire n’a cessé d’évoluer dans la bonne direction.

Le tout premier objectif, qui était d’éviter un bain de sang à Benghazi, a été atteint.

La région orientale du pays est aujourd’hui presque entièrement à l’abri des assauts de Kadhafi.

Ce dernier n’en est pas moins décidé à continuer sa guerre contre le peuple libyen dans l’Ouest du pays.

 

Mais là aussi, sa stratégie est en train d’échouer.

Partout, les Libyens libres gagnent du terrain; et c’est désormais sur Kadhafi, dont l’aviation et la marine ont presque entièrement été détruites, que l’étau se resserre.

Les capacités militaires du régime ont été très sérieusement dégradées : 2500 objectifs ont été touchés au cours des quatre mois d’opérations, parmi lesquels 850 sites logistiques, 160 centres de commandement, 450 chars, 220 véhicules et 140 pièces d’artillerie.

 

Les soutiens du régime ne cessent de s’effriter.

 

Les défections se multiplient et Kadhafidoit recourir à des voyous et à d’anciens prisonniers pour poursuivre sa répression.

Beaucoup de ces mercenaires ne sont d’ailleurs plus payés.

 

Que les choses soient claires : nous n’avons jamais dit ou pensé que l’intervention en Libye allait être facile et se conclure en quelques jours.

Kadhafi, on le sait depuis le début, dispose d’importants moyens et il n’est tenu par aucun scrupule pour continuer de martyriser son peuple.

Kadhafi est acculé et il se dit lui-même «dos au mur».

Certes, le point de rupture n’est pas encore atteint. Mais c’est maintenant qu’il faut être plus ferme et c’est maintenant que la communauté internationale doit se montrer inflexible.

 

Certains parlaient d’enlisement dès les premiers jours de l’opération.

A cela, je veux leur répondre constance et détermination.

Si les mots ont un sens, alors le terme d’enlisement devient sans objet pour qui regarde une simple carte de la Libye libre, qui ne cesse de s’étendre depuis la fin mars.

 

A partir de Benghazi, les forces du CNT ont pu reconquérir l’ensemble de la Cyrénaïque jusqu’à Brega.

 

Ces dernières semaines, l’étau sur Misratah a été desserré et les rebelles ont progressé de plusieurs kilomètres à l’ouest de la ville.

L'aéroport en particulier a été reconquis.

Dans le Djebel Nefoussa, les unités de Kadhafi perdent chaque jour un peu plus de terrain sur l’axe stratégique qui mène à Tripoli.

Dans le sud du pays, plusieurs villes sont depuis la fin du mois de juin, aux mains des forces du CNT.

 

Devant vous, mesdames et messieurs les Députés je ne veux occulter ni esquiver aucun des débats.

Oui, il y a eu des dommages collatéraux. L’OTAN a reconnu deux erreurs survenues les 18 et 19 juin. Et rien ne peut justifier la mort de civils innocents.

Mais ce drame qui est survenu à Tripoli doit être envisagé au regard des milliers de sorties aériennes effectuées par l’OTAN depuis le début de son engagement.

Dois-je en outre rappeler que nous sommes confrontés à un régime qui n’hésite pas à opérer depuis des zones habitées, jusque dans les écoles, les hôpitaux ou les mosquées, et qui s’agissant des populations civiles, ne cherche pas à les épargner.

 

La France, depuis le début de l’intervention, s’en tient strictement au mandat défini par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Et ce mandat n’est pas d’éliminer Kadhafi.

 

L’action de l’OTAN vise des cibles d'intérêt militaire, et en aucun cas des individus.

 

Au début du mois de juin, nous avons livré des armes légères dans le Djebel Nefoussa.

Ces livraisons ont suscité des interrogations.

Nous y avons répondu en rappelant que ces opérations respectent la résolution 1973 du Conseil de sécurité qui autorise les Etats-membres des Nations Unies à prendre toutes les mesures nécessaires, malgré l’embargo sur les armes, pour protéger les populations civiles menacées.

Cette décision a été prise de manière ponctuelle et dans un contexte très particulier, en raison des menaces graves et imminentes que courrait alors la population du Djebel Nefoussa.

 

Dès lors que toute intervention au sol est exclue pour aider la résistance, qu’aurait-il fallu faire lorsque ces populations civiles ont été bombardées à leur tour à l’arme lourde ?

Laisser les massacres se poursuivre ? Rester les bras croisés ?

Telle n’était pas notre conception.

Le respect du droit international est l’un des fondements de notre intervention et doit le rester.

Mais nous avons en face de nous un homme qui est accusé par le Procureur de la Cour pénale internationale de crimes contre l’humanité.

 

L’usage de la force n’est pas une fin en soi.

La solution politique en Libye est plus que jamais indispensable et, d’ailleurs, elle commence à prendre forme.

Les conditions de la suspension des opérations militaires sont connues: un cessez-le-feu authentique et vérifiable qui, suppose notamment le retour des forces de Kadhafi dans leurs casernes; la fin des exactions contre les populations civiles, le libre accès de l’aide humanitaire; et enfin le retrait du Colonel Kadhafi du pouvoir.

 

La France défend une vision claire de l’avenir du pays: celui-ci ne peut appartenir à personne d’autre qu’aux Libyens eux-mêmes.

Et pour la France, si l’avenir de la Libye ne peut pas s’écrire avec Kadhafi ou avec ceux qui ont du sang sur les mains, il doit pouvoir l’être autour du Conseil National de Transition.

 

A l’initiative du Président de la République, notre pays a été le premier à reconnaître ce Conseil.

Certains ont cru bon de critiquer cette initiative française. En réalité, cette initiative a ouvert la voie !

Puisque trois mois plus tard, près d’une trentaine de pays, sur tous les continents, considèrent le CNT comme leur interlocuteur politique privilégié, sinon unique, en Libye.

 

Pourquoi, mesdames et messieurs les Députés ?

Parce que le CNT est la seule autorité légitime sur place, qui regroupe des représentants de l’ensemble du pays et qui a un projet crédible pour édifier la future Libye libre et démocratique.

Parce que le CNT manifeste une réelle volonté de mettre en place un Etat de droit, dans le respect de l’unité du pays et dans le respect de l’intégrité du territoire, avec Tripoli comme capitale.

 

Dès lors que la chute de Kadhafi sera avérée, la feuille de route du CNT prévoit successivement la formation d’un gouvernement provisoire, la tenue d’un Congrès national rassemblant l’ensemble des représentants de la Libye, la formation d’une assemblée constituante, l’adoption d’une Constitution par referendum, sous la supervision des Nations Unies, avant des élections générales.

Eh bien nous soutenons cette feuille de route, et demain, nous serons vigilants dans sa mise en œuvre.

 

Naturellement, l’avenir de la Libye sera difficile.

Faut-il pour autant ne voir que les risques et jamais les chances offertes par le changement ?

Car, enfin, de quoi parle-t-on ?

De la fin de 42 ans de dictature en Libye.

Il appartient aux Libyens d’écrire leur histoire car il s’agit de leur révolution, pas de la nôtre ! Mais la France, avec ses partenaires, est prête à y apporter toute sa contribution.

 

C’est l’enjeu du groupe de contact, qui est chargé du pilotage politique et de la coordination de l’action internationale en faveur de la Libye et qui ne cesse de s’élargir depuis sa création en particulier à des Etats africains ou arabes.

L’appui au CNT sera le premier sujet à l’ordre du jour de la réunion du Groupe de contact, auquel Alain Juppé a pris une part prépondérante, à Istanbul vendredi prochain.

Le moment venu, comme l’a proposé le président de la République, une grande conférence des amis de la Libye, au service de sa reconstruction, de sa reconstruction politique, économique, humanitaire pourra être organisée.

 

Dans ce contexte, les efforts de médiation se multiplient pour trouver une issue politique à la crise, dont ceux conduits par la Russie, par l’Union Africaine, dont la France appuie l’engagement croissant.

Lors de son dernier Sommet, l’Union Africaine a confirmé que Kadhafi ne saurait prendre part à la négociation de la transition politique.

On voit bien que les positions respectives des uns et des autres sur les modalités de cette transition sont en train de se rapprocher.

L’envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies doit jouer un rôle central pour coordonner les différentes initiatives de médiation et faciliter la mise en place, le plus tôt possible, d’un processus politique inclusif et représentatif autour du CNT.

 

Indépendamment des opérations militaires, la communauté internationale a décidé de mettre en place un mécanisme financier pour assurer les dépenses d’urgence humanitaire de la Libye libre.

L’Italie, le Koweït, le Qatar, l’Espagne, la Turquie, les Etats-Unis, ont annoncé qu’ils y contribueraient.

La France, quant à elle, a annoncé le dégel de 290 millions de dollars d’avoirs libyens jusqu’à présent sous sanction.

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

On ne peut évoquer la Libye en faisant abstraction de ce qui se passe dans le monde arabe depuis le début de l’année.

Pourquoi agir en Libye et pas dans d’autres Etats où sévissent meurtres et massacres d’innocents ? Cette interrogation est aussi ancienne que les relations internationales et je ne la balaye pas d’un revers de main.

 

Nous ne voulons pas de «deux poids, deux mesures», car nous soutenons toutes les aspirations des peuples à la liberté et à la dignité.

Mais c’est ainsi: il y a des lieux, des moments, des circonstances qui font que ce qu’il est possible de faire pour un peuple n’est malheureusement pas possible de le faire ailleurs parce qu’il n’y a pas de consensus international.

 

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que notre exigence morale se heurte souvent à des réalités géopolitiques empêchant le Conseil de Sécurité de jouer tout son rôle.

 

Ceux qui nous disent «pourquoi la Libye et pourquoi pas partout ailleurs ?» ne sont pas seulement candides, ils sont en vérité pour l’inaction.

Ce n’est pas parce que l’on ne peut ni ne veut intervenir partout que l’on ne doit intervenir nulle part !

Entre l’aventurisme et le renoncement, il y a un choix et c’est le choix de la responsabilité.

 

J’ai entendu les critiques qui dénoncent les prétendues visées impérialistes des pays conduisant la coalition en Libye.

C’est une vieille rengaine qui n’a pas de sens et qui surtout néglige l’essentiel.

Face au bombardement de populations civiles désarmées, il y a ceux qui veulent faire quelque chose et il y a ceux qui assistent aux massacres sans réagir.

Eh bien, la France se range dans la première catégorie, et c’est à son honneur.

Et, pour être franc, j’aurais aimé que certains pays, davantage prompts à critiquer ce qu’ils perçoivent comme une ingérence qu’à agir pour défendre une cause qui le mérite, en fassent autant.

 

Aujourd’hui, les villes de Benghazi, Misratah, Zentan ou Brega sont connues dans le monde entier.

C’est dans ces villes que se joue une partie de l’avenir des valeurs universelles qui sont les nôtres depuis longtemps.

C’est dans ces villes que sera battu en brèche le prétendu choix binaire des pays arabes entre régimes autoritaires et régimes islamistes.

Et c’est la responsabilité des chefs d’Etat de la région de se montrer courageux et visionnaires pour répondre aux aspirations de leurs peuples.

 

A cet égard, quel contraste entre le Maroc et la Syrie !

Au Maroc, des réformes pacifiques sont en train de se faire jour sous l’impulsion du Roi Mohamed VI.

En Syrie, les massacres continuent tandis que des centaines de milliers de citoyens continuent de braver les fusils et les chars pour réclamer le droit de vivre dignement.

Eh bien, je veux leur rendre hommage.

Je veux leur dire que la France ne déviera pas de sa route, qu’elle continuera de condamner sans faiblesse la répression.

La France appelle à la mise en œuvre de réformes profondes à Damas. Elle milite pour le renforcement des sanctions, elle tente inlassablement de mobiliser le Conseil de sécurité.

Nous ne relâcherons pas nos efforts parce qu’il est intolérable que le Conseil de Sécurité reste muet sur une telle tragédie.

De même, il est intolérable qu’avec l’évident assentiment des autorités syriennes, des ambassades soient violemment attaquées.

Ce qui s’est produit à Damas autour des ambassades de France et des Etats-Unis contrevient à toutes les règles diplomatiques.

Nous ne céderons pas aux intimidations, et nous tenons les autorités syriennes pour responsables de la sécurité de nos représentations et de leurs agents en Syrie.

 

Mesdames et messieurs les Députés,

Tous les peuples de la région peuvent être assurés de notre soutien dans leurs efforts d’affranchissement et de progrès.

Par le «partenariat de Deauville» adopté à l’occasion du Sommet du G8, par la mobilisation de 40 milliards de dollars sur trois ans, la communauté internationale a tracé le cap de son action pour les prochains mois: appui aux transitions démocratiques et à l’Etat de droit, ouverture et renforcement des sociétés civiles, développement économique et intégration régionale.

 

C’est dans le même esprit d’exigence et de rejet du fatalisme que la France multiplie les initiatives pour sortir de l’impasse le Processus de Paix au Proche-Orient.

Je veux redire que le statu quo n’est pas une option et que l’heure n’est pas à l’immobilisme.

 

L’heure doit être aux négociations, afin que Palestiniens et Israéliens puissent vivre enfin côte à côte dans deux Etats souverains, aux frontières internationalement reconnues et en pleine sécurité.

Tel était le message porté par Alain Juppé il y a quelques jours dans la région.

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

L’usage de la force armée est toujours lourd de conséquences, et cela serait inquiétant pour notre démocratie si un tel acte ne soulevait pas des questions.

Mais que vaudraient aujourd’hui toutes nos interrogations, toutes ces critiques, si Benghazi était tombé, et si, sous nos yeux impuissants, des milliers de civils supplémentaires avaient été exécutés ?

Ceux qui aujourd’hui nous reprochent notre activisme auraient sans doute été les premiers à nous reprocher notre passivité.

Souvenons-nous de Srebrenica.

Comme vous et avec vous, je préfère le risque de l’action plutôt que la certitude de la défaite morale !

 

Avec le Président de la République, avec Alain Juppé et Gérard Longuet, nous avions quelques jours pour prendre nos responsabilités.

Nous les avons prises !

 

Notre pays a été au rendez-vous de ses valeurs.

Avec la communauté internationale, nous devons rester mobilisés pour soutenir le peuple libyen et pour l’aider à réaliser son rêve, qui n’a rien d’irréaliste : une Libye libre, une Libye démocratique, dotée d’un Etat de droit.

 

Je me tourne vers la majorité et l’opposition avec la certitude qu’il existe sur tous les bancs la même volonté de faire plier le régime libyen.

Notre cause est juste, et c’est parce que cette cause est juste que le Gouvernement et le Parlement ne tremblent pas devant leurs responsabilités.

 

Comme le veut notre Constitution, vous êtes les codécideurs et les gardiens de nos actions militaires.

En application du troisième alinéa de son article 35, j’ai l’honneur de vous demander l’autorisation de prolonger l’intervention de nos forces armées françaises en Libye.

 

 

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 17:37

 


 

François FILLON rencontre la Communauté française du Cambodge à Phnom Penh le samedi 2 juillet 2011.

 

 

 

Mesdames et messieurs,



C’est un immense plaisir de vous rencontrer, en ouverture de la visite officielle que j’effectue au Cambodge. Et je voudrais tout d’abord remercier notre ambassadeur, Monsieur Christian CONNAN, et son épouse, pour son accueil et pour l’organisation de cette visite.

J’aurai l’occasion dans quelques instants de m’entretenir avec le Premier ministre HUN Sen, et d’être reçu en audience par sa majesté le roi NORODOM Sihamoni et par sa majesté le Roi-père NORODOM Sihanouk.

Je serai demain à Siem Reappour célébrer la fin des travaux de restauration du temple de Baphuon, un chantier titanesque, de plus de 15 ans, dont je m’enorgueillis d’avoir été en tout cas au moins à l’origine de la signature, il y a 15 ans, du document qui a lancé la coopération pour son financement, mais dont les origines remontent bien plus loin : au début du 20esiècle et à la création de l’Ecole Française d’Extrême-Orient. Cette grande entreprise archéologique est une très belle illustration des liens d’amitié anciens qui unissent la France et le Cambodge, et je veux dire que ces liens ne sont pas près de s’éteindre.

Dans cette ville de Phnom Penh, le Général De GAULLE avait prononcé en 1966 un discours historique, qui appelait à une résolution politique de la guerre du Vietnam, mais qui exhalait aussi – et on l’a souvent oublié – la profondeur et la richesse des relations franco-cambodgiennes.

« L’amitié, la confiance entre le Cambodge et la France, disait-il, quelle que soit la diversité des origines et des latitudes, que d’affinités ! De part et d’autre, une histoire chargée de gloire et de douleur, une culture et un art exemplaires, une terre féconde, aux frontières vulnérables, entourée d’ambitions étrangères et au-dessus de laquelle le péril est sans cesse suspendu. »

Quarante-cinq ans plus tard, ces périls ne sont heureusement plus aussi grands, ni pour la France ni pour le Cambodge, mais l’amitié, la confiance et les affinités évoquées par le Général De GAULLE, elles, restent entières. Elles s’enracinent dans des relations vieilles de plusieurs siècles, des relations préservées, notamment grâce au lien maintenu avec la France par des milliers de Cambodgiens, et par sa majesté NORODOM Sihanouk, même dans les périodes les plus sombres de l’histoire du Cambodge, et grâce à l’attachement personnel de ce souverain au développement de la francophonie.



Des relations qui aujourd'hui sont tournées vers l’avenir du Cambodge. Ce n’est pas, je le disais à l’instant, la première fois que je viens au Cambodge : j’y étais venu en 1994, j’étais alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et cette visite est donc pour moi aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis cette date.

Au milieu des années 90, le Cambodge se remettait lentement des séquelles de la barbarie khmère rouge.

La situation n’était pas encore stabilisée, l’insécurité était forte en ville et sur une grande partie du territoire ; les populations, longtemps maintenues dans une extrême pauvreté, s’interrogeaient sur leur avenir immédiat. Beaucoup d’entre vous étaient déjà présents à l’époque et pourraient évoquer cette période bien mieux que moi.



Je vois aujourd'hui un pays transformé et une société en mouvement.

 

D’abord, parce que la paix est là. C’est essentiel, parce que dans leur histoire récente, les Cambodgiens ont rarement connu une telle stabilité ; ils ont rarement connu une telle liberté de circuler, sans craindre pour sa vie ou celle de ses proches. Ensuite, le Cambodge est en plein essor économique, avec toutes les tensions que cela peut impliquer. C’est un pays qui est entré de plain-pied dans la modernité, et qui sortira au cours des prochaines années de la catégorie des pays les moins avancés.

C’est un pays qui attire les entreprises, et en particulier les entreprises françaises, dont la présente se renforce. C’est un pays dont la jeunesse se forme, et la France y contribue, à travers des bourses d’études et des appuis aux universités locales.

Et c’est un pays qui enfin peut à présent envisager de jouer un rôle plus important sur la scène internationale. Il y a vingt ans, le Cambodge devait bénéficier de la protection d’une opération de maintien de la paix de l’ONU ; désormais, il participe lui-même à ces opérations. Ce pays qui a payé un lourd tribut au fléau des mines anti-personnelles, a été, aux côtés de la France, parmi ceux dont les efforts ont permis l’adoption de la Convention d’Oslo sur l’interdiction des armes à sous-munitions, même s’il lui reste encore aujourd'hui à y adhérer.

En 2012, il succédera à l’Indonésie à la présidence de l’ASEAN, et sera pour la première fois candidat à un siège de membre non-permanent du Conseil de Sécurité.


Ces évolutions, la France veut continuer à les promouvoir, et elle va le faire en adaptant son dispositif de coopération à la réalité nouvelle du Cambodge. C’est d’ailleurs ce qui a conduit, en octobre dernier, à l’adoption d’un nouveau document d’orientation pour la coopération entre la France et le Cambodge.

Ces succès récents de l’histoire du Cambodge, vous y avez, pour la plupart d’entre vous, largement contribué.

Et la première chose que je veux faire en arrivant ici à Phnom Penh, c’est vous rendre hommage. Beaucoup d’entre vous, installés ici dans les années 90, ont pris toute leur part au développement de ce pays à travers leurs investissements, à travers leurs activités professionnelles, à travers leur appui aux institutions cambodgiennes, ou leur engagement au sein des organisations gouvernementales ou non-gouvernementales. Vous l’avez fait dans des conditions souvent difficiles, et vous avez ouvert la voie à d’autres, de telle sorte qu’à présent, si j’en crois les chiffres de notre consulat, la population résidente française connaît une progression remarquable.

Et ce mouvement ne va pas s’arrêter. Plusieurs dirigeants de sociétés françaises m’accompagnent aujourd'hui ; je ne peux que les engager à suivre votre exemple, et à venir investir au Cambodge. Je sais que le contexte n’est pas des plus simples, pour les entreprises qui veulent s’installer ici, et je vais naturellement évoquer, avec le Premier ministre HUN Sen, les efforts qui doivent encore être entrepris par le Cambodge pour fournir aux entreprises un environnement des affaires qui soit plus incitatif, plus transparent et plus protecteur.

Je veux en profiter pour saluer les efforts de la Chambre de Commerce franco-cambodgienne, de son président et de ses membres. Avec plus de 130 membres, c’est le premier club d’affaires au Cambodge, et elle a été à l’origine de deux manifestations remarquables : le Forum des Carrières, dont l’édition 2011 vient de s’achever, et la Première Semaine française de Phnom Penh, qui a été, me dit-on, un très grand succès. Elle sera, je n’en doute pas, la force motrice de la Chambre Européenne qui vient d’être créée.

Je veux aussi rendre hommage aux représentants locaux de notre société civile. Plus de 150 ONG françaises ou francophones ont développé leurs activités au Cambodge ; elles témoignent des liens de cœur qui unissent nos deux peuples, et elles portent très haut nos valeurs de solidarité, en aidant le Royaume du Cambodge sur la voie du développement et de la démocratie.

La tâche est difficile, et je sais que les progrès sont parfois jugés lents, mais lorsque l’on voit le chemin qui a été parcouru en 17 ans, je dis que les efforts de toutes ces ONG sont récompensés, et nous pouvons être confiants dans l’avenir du Cambodge.

Cet avenir, il est pour une grande partie entre vos mains. Et je sais que votre communauté a aussi besoin d’être soutenue dans ses activités. C’est la raison pour laquelle nous avons investi pour réhabiliter l’ensemble des bâtiments du Lycée Descartes ; et nous serons là, aux côtés de votre communauté éducative et de l’association des parents d’élèves gestionnaire de l’établissement, pour faire aboutir le projet d’extension défini par le programme Descartes 2012.


Je voulais vous dire aussi que nous avons décidé de répondre à une demande ancienne, exprimée à maintes reprises, depuis plus de trente ans, qui concerne la représentation au Parlement des Français de l’étranger. Vous étiez jusqu’alors représentés par des sénateurs, qui font d’ailleurs un travail remarquable – je veux saluer ceux qui m’accompagnent ici –, mais vous ne l’étiez pas par des députés ; eh bien, aux prochaines élections législatives, vous aurez la possibilité d’élire vos députés, et vous pourrez même voter par le biais d’internet, ce qui est une exception.

Cette réforme est à mes yeux, et à ceux du Président de la République, évidente et nécessaire, parce qu’elle témoigne de vos activités au service du rayonnement de notre pays.

 

Mesdames et messieurs,

Vous qui vivez dans ce continent asiatique, qui est en train de jouer un rôle de plus en plus puissant sur la scène internationale, vous savez ce que signifie la mondialisation ; et vous mesurez l’ampleur des bouleversements économiques et politiques qu’elle entraîne avec elle.

Beaucoup de nos concitoyens en France continuent de vivre comme si les quelques pays occidentaux développés dominaient toujours le monde. La vérité, c’est qu’aujourd'hui plus de 50 % de la production industrielle est au sud, 80 % des réserves monétaires sont au sud, et 30 % de la capitalisation. C’est justement pour essayer de donner à notre pays les moyens de faire face à ces changements radicaux, que nous avons lancé, avec le président de la République, en 2007, un programme très ambitieux de réformes.

Depuis plusieurs années, la compétitivité de l’économie française stagnait, et dans le même temps, le niveau de nos dépenses publiques ne cessait d’augmenter. Il était urgent de regarder avec lucidité nos forces et nos faiblesses, pour redéployer les unes et pour réduire les autres. Il était urgent de mettre fin à cette tradition qui consistait à gouverner la France comme si elle était à l’abri des évolutions internationales, comme si notre pays était tellement prospère qu’il suffisait de vouloir pour avoir, de demander pour obtenir, et de rêver pour être exaucé.

Trop de décisions nécessaires avaient été remises au lendemain ; nous avons cherché à remettre en mouvement la société française, et nous l’avons fait malgré une crise économique et financière sans précédent, qui a provoqué une récession de l’ensemble de l’économie mondiale.


Nous avons donné l’autonomie aux universités françaises ; ces universités qui, depuis les lois de 1984, reculaient sans cesse dans les classements internationaux, justement parce qu’elles n’avaient ni les moyens ni l’organisation pour faire face aux défis de l’excellence, aux défis du savoir.

Nous avons augmenté de 40 % les moyens de fonctionnement de ces universités et de nos laboratoires de recherche.

Nous avons lancé un programme de 35 milliards d’euros d’investissements d’avenir, pour aider les meilleures équipes de recherche françaises, pour aider les meilleures entreprises françaises dans les secteurs les plus porteurs pour l’avenir de notre économie.

Vous savez, l’économie française aujourd'hui repose sur des moteurs de croissance qui, pour beaucoup d’entre eux, ont été créés il y a trente ou quarante ans. Nous célébrons cette année le centième anniversaire de la naissance de Georges POMPIDOU : c’est sous Georges POMPIDOU qu’ont été lancés, la même année, le programme électronucléaire français, le programme d’avions AIRBUS et le programme de Trains à Grande Vitesse. Trois moteurs puissants de la croissance française en 2011, qui en réalité sont liés à des décisions publiques qui ont été prises sous Georges POMPIDOU.

Eh bien, nous avons voulu faire la même chose, dans un contexte différent, dans une économie plus ouverte, en tenant compte de la globalisation, mais en mettant de l’argent sur l’excellence, sur les meilleures équipes de recherche, sur les entreprises françaises les plus prometteuses pour l’avenir de notre pays.


Nous avons instauré le service minimum dans les transports, pour empêcher qu’une petite minorité puisse contraindre le gouvernement et la majorité à reculer lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des réformes importantes pour le pays.

Nous avons réformé la représentativité syndicale – vous savez, cette spécificité française qui faisait que les organisations syndicales dans notre pays étaient figées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, on avait décidé qu’il y aurait cinq organisations syndicales, dont l’existence était liée en particulier à leur conduite pendant la Seconde Guerre mondiale ; et quarante ans après, ces cinq organisations étaient toujours figées, en l’absence de toute démocratie, de toute évolution possible. Désormais, les organisations syndicales verront leur représentativité mesurée tout simplement par le vote des salariés dans les entreprises.


Nous avons rationalisé nos structures administratives ; nous avons réduit le nombre de nos fonctionnaires, pour faire face aux difficultés budgétaires qui sont liées à 35 ans de déficits continus.

Nous avons créé le statut de l’auto-entrepreneur, pour qu’on puisse en France créer son entreprise avec deux clics sur internet. Nous avons supprimé la taxe professionnelle, cet impôt sur l’investissement qui n’existait que dans notre pays. Nous avons défiscalisé les heures supplémentaires, pour desserrer les contraintes des 35 heures. Nous avons réformé notre imposition sur le patrimoine.

Nous avons sauvegardé notre système de retraite, en nous rapprochant progressivement des solutions qui ont été mises en œuvre dans tous les autres pays européens.

Et enfin, nous sommes en train d’apporter au défi démographique de la dépendance de nouvelles réponses. En un mot, nous n’avons cessé, depuis quatre ans, d’agir pour redonner du souffle à notre économie, pour miser sur l’innovation, pour sécuriser notre modèle social, et pour contenir nos dépenses.


Alors bien entendu, aucune de ces réformes n’a été facile, et beaucoup d’entre elles n’ont pas été populaires. Mais je suis convaincu que la légitimité de ces changements va s’imposer de plus en plus.

Parce que les Français sentent que la nouvelle donne mondiale sera sans complaisance pour les nations qui choisissent la facilité.


Ces réformes commencent d’ailleurs à produire leurs effets.

Grâce au plan de relance que nous avons mis en œuvre en 2009, la France a subi moins sévèrement et moins longtemps la récession que la plupart de ses partenaires européens.

Notre économie est entrée dans une dynamique favorable, avec une croissance de 2 % prévue pour 2011 – peut-être même un peu plus, selon certains observateurs –, avec le retour progressif de la création d’emplois, avec aussi une crédibilité budgétaire, qui reste au niveau le plus élevé, dans un contexte, vous le savez, de menace sur les dettes souveraines, qui frappe de plein fouet plusieurs Etats européens.


Notre ambition est simple : notre ambition, c’est de faire de la France un pays qui soit en capacité de garder sa liberté d’agir. Ceux qui n’ont pas fait les réformes à temps, ceux qui ont continué à creuser les déficits, ceux qui ont dissimulé la réalité de leurs chiffres en matière de finances publiques, sont aujourd'hui obligés de céder une partie de leur souveraineté au Fonds Monétaire International, à l’Union Européenne, qui décident à leur place quelles sont les politiques qui doivent être conduites.

Eh bien, ça n’est pas le sort que je souhaite pour mon pays.

Et lorsque je parle de gérer rigoureusement les finances publiques de la France, c’est simplement parce que je veux que la France reste un pays indépendant, un pays qui décide lui-même de son avenir, un pays qui n’a pas à tendre la main pour essayer de trouver les financements dont il a besoin.



Et à l’aune de cette ambition, nous n’avons pas à rougir du bilan qui est le nôtre, et qui est surtout celui de tous les Français, qui ont accepté ces changements. Nous n’avons pas à rougir de notre réactivité face à la crise économique mondiale. Et nous n’avons pas à rougir de notre implication dans les nouvelles formes de la gouvernance mondiale.

A l’approche des échéances électorales, propices aux contestations systématiques et aux utopies de tous ordres, nous maintiendrons notre ligne de vérité et de réalisme. Ceux qui font croire que l’on pourrait « démondialiser » l’histoire, et se ménager le confort d’une politique solitaire, sans contraintes extérieures, ceux-là entretiennent une illusion dangereuse.

Ceux qui prônent, sous un masque de générosité, le retour à l’augmentation de la dépense publique, font preuve d’un manque de responsabilité, qui compromettrait l’équilibre de notre situation actuelle, et qui compromettrait le renouveau de notre dynamisme.

Ils le savent bien, d’ailleurs. Mais, entre le printemps des promesses électorales et l’automne de l’exercice du pouvoir, la réalité se charge de faire tomber les feuilles mortes des programmes inconséquents.



Quant à ceux qui veulent sortir la France de l’euro, si par malheur ils arrivaient aux affaires, ils mettraient en péril notre économie, notre modèle social, notre niveau de vie, au nom d’une fausse idée de la souveraineté nationale.

Et surtout, ils mettraient en danger l’une des plus belles et des plus modernes idées de la fin du 20e siècle, qui est le rassemblement des pays européens ; ce rassemblement des pays européens qui, vu de l’extérieur, apparaît souvent comme un facteur de complexification, comme un facteur de division parfois, tant les débats entre nous, à 27, sont rudes, mais qui est en réalité la condition de la paix, et surtout, la condition du maintien d’une puissance économique européenne au premier plan dans la bataille de la mondialisation.



Vous lisez souvent, dans les journaux, le récit de tous ces débats difficiles entre les Européens, pour aider la Grèce, pour se mettre d’accord sur la Politique Agricole Commune, ou pour se mettre d’accord sur tel ou tel aspect de la politique étrangère – tout cela est vrai.

Mais si on regarde les choses un peu différemment, on s’aperçoit que depuis le début de la crise économique et financière en 2008, l’Europe a toujours su apporter des réponses efficaces.

C’est l’Europe qui a empêché que le système financier international ne se bloque dans une crise systémique qui aurait été dramatique. Je vous le rappelle, les Etats-Unis avaient laissé filer la banque LEHMAN BROTHERS ; c’est de cette faillite qu’est née la crise financière internationale.

Si Nicolas SARKOZY, Gordon BROWN, et plusieurs autres gouvernants européens, n’avaient pas dit, avec une extrême fermeté : « Il n’y aura pas de faillites de banques en Europe, parce que nous allons garantir les banques européennes », c’est tout le système financier mondial qui aurait été détruit.

De la même façon, lorsqu’il s’est agi d’aider le Portugal, qui était en difficulté, nous avons eu des débats difficiles, mais nous l’avons fait.

Lorsqu’il s’est agi d’aider l’Irlande, dont les banques avaient fait beaucoup d’erreurs, il y a eu des débats complexes, mais nous avons aidé l’Irlande.

Et lorsqu’il s’agit aujourd'hui d’aider la Grèce, qui a commis beaucoup de fautes, nous sommes présents pour aider la Grèce.



A chaque crise, finalement, l’Europe sort renforcée. Et à cause de ces crises, ou grâce à ces crises, nous avons mis en place un fonds de garantie qui permettra désormais d’aider les pays qui seraient en difficulté, sans avoir tous ces débats préalables ; nous avons amorcé le début d’un gouvernement économique de la zone euro, qui nous permettra de piloter l’économie européenne ; nous avons mis en place des sanctions bien plus sévères pour les Etats qui ne respectent pas les engagements qu’ils ont pris, notamment s’agissant de la stabilité de notre monnaie.

Crise après crise, l’Europe apporte des réponses, se renforce, et incarne à mon sens l’avenir de l’organisation mondiale : l’avenir est au regroupement, à l’association, à la communauté d’Etats qui choisissent, sur tous les continents, d’unir leurs forces, de se rassembler, pour être plus efficaces dans la mondialisation.



Voilà, toutes ces propositions laxistes ou populistes, je veux vous dire que je les combattrai de toutes mes forces, parce qu’elles font peser sur nous le risque du déclin.

Et ce combat ne doit pas être un combat partisan. Parce que je sais qu’il existe des hommes et des femmes de vérité et de bon sens dans tous les camps.



La mondialisation, c’est un fait ; ça n’est pas une hypothèse, que l’on pourrait accepter ou refuser selon son bon plaisir.

La souveraineté, ça n’est pas la politique du repli, ou la politique du cavalier seul. C’est une politique d’action, c’est une politique d’influence, c’est une politique appuyée sur une économie en mouvement, sur une crédibilité budgétaire assurée, sur une prise de responsabilité des grands enjeux internationaux.

La souveraineté, c’est être là, avec nos partenaires de tous les continents, pour réguler, pour maîtriser les risques de la mondialisation.

Mais c’est aussi et surtout être au rendez-vous des promesses de cette mondialisation. Parce qu’il est juste que des nations nouvelles, qui sont souvent d’ailleurs héritières de civilisations très anciennes, puissent équitablement peser sur la scène mondiale. Après des siècles qui ont été marqués par la domination de quelques empires occidentaux, cette équité entre les nations, cette équité entre les continents, elle ne doit pas être perçue comme une menace ; et c’est d’ailleurs la grandeur de la France que d’avoir défendu depuis longtemps le principe de cette équité.

Ça n’est pas parce que des nations émergent, que nous sommes condamnés à reculer. Notre destin n’est pas inscrit dans le ciel ; il est dans nos mains. A condition naturellement que nous soyons capables de nous renouveler, là où cela est nécessaire. A condition de refuser deux types d’illusions, aussi dangereux l’un que l’autre : l’illusion que tout nous est dû, et l’illusion que tout est perdu ; l’illusion qu’il sera toujours assez tôt, et l’illusion qu’il est déjà trop tard. A condition aussi d’écarter le défaitisme, d’être conscients de nos atouts, d’affirmer nos talents.



Le nouveau monde qui est en train de se dessiner fera la part belle à la création, à la recherche, à l’innovation technologique ; il fera la part belle à l’éducation, aux savoir-faire professionnels, à la mobilité, à l’échange des cultures. Ce ne sont pas des notions qui sont étrangères à la France.

Et je crois que nous avons encore bien des cartes à jouer, pour peu que nous en ayons la volonté.

Ce nouveau monde, il fera place aussi – en tout cas nous pouvons l’espérer, nous voulons l’espérer – à la liberté, à la justice et à la démocratie.

Les révolutions du monde arabe en donnent cette année un témoignage extraordinaire. Ces révoltes sont le signe que le sort du monde n’est pas voué au nihilisme du choc des civilisations, mais qu’il peut être marqué par l’élévation universelle du niveau des droits, de l’éducation et de la prospérité.

Eh bien, ce monde-là, nous n’avons pas à le redouter.

Ce que nous devons redouter, c’est de passer à côté de toutes ces potentialités, à cause de l’inquiétude des uns ou du fatalisme des autres.



Voilà, mes chers compatriotes, les réflexions que je voulais partager avec vous, avec vous qui incarnez les forces de notre pays, dans cette nation cambodgienne qui peut enfin se tourner vers son avenir avec confiance, dans ce continent asiatique, avec lequel nous sommes en train de construire un monde où les dialogues et les échanges vont aller croissant.

C’est le sens de ma visite en Indonésie hier, et c’est le sens de ma visite aujourd'hui au Cambodge, où je suis heureux de me retrouver, dans un pays avec lequel nous avons tellement de liens et tellement de projets d’avenir.

 

 

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 17:13

 


 

François FILLON s'exprime devant l’université d’Indonésie "Universitas Indonesia" à Jakarta le vendredi 1er juillet 2011.

 

Madame et messieurs les Ministres,

Monsieur le Recteur,

Mesdames et messieurs les Professeurs,

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs les Etudiants,

Je voudrais m’adresser non seulement à ceux qui sont ici dans cette salle, mais à ceux qui suivent cette réunion dans plusieurs autres universités sur le territoire de la République d’Indonésie et je voudrais les en remercier.

C’est pour moi un très grand honneur d’avoir la possibilité de m’adresser à vous, à Jakarta, sur le campus d’Universitas Indonesia, c'est-à-dire sur le campus de l’une des plus prestigieuses universités de votre pays. Fondée il y a plus de 150 ans, cette université est l’un des emblèmes de cette Indonésie moderne dont vous incarnez l’esprit d’innovation et dont vous serez les bâtisseurs.



L’Indonésie, mesdames et messieurs, vit un moment décisif de son histoire, un moment où elle peut amplifier le potentiel extraordinaire qu’elle recèle, un moment où elle peut choisir d’assumer de plus grandes responsabilités dans le concert des nations.

Forte de la sagesse que lui a léguée son histoire et de toutes ses richesses naturelles et humaines, l’Indonésie se développe à grande vitesse et l’Indonésie est en train de s’affirmer sur la scène mondiale.

Sur cet archipel immense, aussi étendu que l’Europe, sur ce "collier de jade de l'Equateur" où les îles se comptent par milliers, des civilisations brillantes et des hommes courageux ont légué à votre nation un héritage, un héritage spirituel et matériel, qui fonde aujourd’hui les ambitions de l’Indonésie moderne. Ils ont établi des royaumes influents et prospères ; ils ont laissé des monuments qui sont parmi les plus belles réponses données par l’humanité à ses grandes interrogations sur le cosmos ; ils ont mis en valeur des paysages et des terres où les risques naturels n’ont jamais cessé de défier l’existence.

Cette œuvre de civilisation, cette œuvre de développement, elle se poursuit aujourd’hui dans toutes les directions de la vie et de l’économie moderne, elle se poursuit à travers la mise en valeur des ressources que recèle chacune des îles de l’archipel. Autrefois le nom des Moluques ou des Célèbes faisaient rêver les Européens pour leurs épices rares, à présent vos ressources en gaz font tourner les centrales électriques du Japon, vos métaux sont utilisés par les industriels en Chine ou aux Etats-Unis, votre huile de palme est consommée sur tous les continents et, cette œuvre de civilisation, elle se poursuit dans ces vastes territoires qu’il faut encore aménager pour offrir aux 240 millions d’Indonésiens des conditions de vie meilleures tout en respectant la biodiversité et l’environnement.

Elle se poursuit en veillant sur un patrimoine culturel diversifié, un patrimoine culturel que viennent découvrir chaque année plusieurs millions de touristes, dont, au minimum, 150.000 de mes compatriotes.

Pour avoir eu l'occasion il y a quelques années de me rendre aussi à Balikpapan, à Yogyakarta et à Medan, je sais la fierté que chacun tire de son appartenance à un groupe ethnique, à une province, à une île, où l'habitat, où les productions, où les règles de gouvernement local, où les expressions culturelles sont autant d'héritages auxquels nul n’est prêt à renoncer.

Les fondateurs de votre République, Soekarno et Hatta, ont eu la sagesse de voir dans cette diversité un atout et ils ont eu surtout la sagesse de voir dans la tolérance le moyen de son épanouissement.

En faisant de «l’unité dans la diversité» sa devise nationale, l’Indonésie a défini un modèle qui est devenu une référence pour tous les peuples, au cours de ces dernières années. Ce modèle indonésien a continué de s’affirmer et de gagner en exemplarité.

La nation indonésienne avait gagné sa liberté au lendemain de la seconde guerre mondiale mais le peuple indonésien a dû attendre plus longtemps pour conquérir l’ensemble de ses droits au sein d’une véritable démocratie. C’est aujourd’hui chose faite !

Et je veux vous dire, au nom de la France, dont vous savez à quel point elle est attachée aux principes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, je veux vous dire combien nous admirons le chemin qu'a parcouru l'Indonésie depuis 1998. Un Président de la République élu au suffrage universel ; dans les provinces des gouverneurs qui sont désormais élus ; une Cour Constitutionnelle créée en 2003 ; la liberté de la presse ; la liberté des universités ; la paix en Aceh ; la coopération entre l'Indonésie et la République Démocratique de Timor Est.

Toutes ces avancées suscitent notre plus grand respect et je veux vous dire que vous pouvez tout simplement en être fiers, vous pouvez en être fiers parce qu’elles sont de votre fait, parce qu’elles sont aussi une source d’inspiration pour tous ceux qui croient dans le caractère universel des droits de l’homme et de l’aspiration des peuples à la démocratie.

Aujourd’hui encore alors que les peuples Tunisiens, les peuples Egyptiens ont fait leur révolution, alors que d’autres en Libye, au Yémen, en Syrie expriment une puissante volonté de liberté, il y a encore des voix qui s’élèvent pour prophétiser leur échec en nous expliquant que «l’Islam n’est pas compatible avec la démocratie». Et bien je crois que ceux qui s’enferment dans ce genre de raisonnement devraient venir ici à Jakarta, ils constateraient que votre dynamisme, votre réussite, votre pluralisme religieux viennent chaque jour démentir ces affirmations pessimistes.

Les institutions démocratiques dont l’Indonésie s’est dotée permettent de favoriser une économie qui connaît une progression remarquable et continue, avec une croissance de plus de 6,5% cette année, une croissance dont certains prédisent même qu’elle pourrait être la plus rapide au monde pour les dix prochaines années.

Cette croissance s’appuie sur des productions diversifiées, elle s’appuie sur des percées technologiques qui font qu’aujourd’hui des pièces des avions Airbus sont usinées à Bandung avant d'être transférées à Hambourg ou à Toulouse pour l’assemblage. Cette percée technologique fait que les transformateurs électriques qui permettent aux trains français à grande vitesse qui, comme vous le savez, sont parmi les meilleurs du monde, d’être produits à Jakarta.

Un tel essor économique doit bien sûr être avant tout au service du développement, parce qu’il ne doit pas faire oublier les millions d’Indonésiens qui vivent encore aujourd’hui dans la grande pauvreté et qu’il faut aider à accéder à un niveau de vie plus digne.

Chaque année l’Indonésie, monsieur le Ministre, consacre 20% de son budget à l'éducation, chaque année 2 à 3 millions de foyers supplémentaires accèdent à un niveau de consommation qui est comparable à celui des pays développés, chaque année la couverture santé s'élargit et l'assurance privée devient accessible à un nombre croissant de vos concitoyens, comme l'a récemment constaté l'OCDE.

Et bien l’Indonésie doit poursuivre dans cette voie, ce sera l’une des clefs de la pleine réussite de son modèle, un modèle qui combine la démocratie, la croissance et le progrès social.

Mais il est importe aussi que votre nation soit consciente des responsabilités internationales que lui confère son nouveau statut, il en est ainsi dans le cadre du G20 - le G20 que la France préside cette année - et qui, sans remettre en cause le rôle des Nations Unies et des agences spécialisées qui dépendent des Nations Unies, est une enceinte appropriée pour progresser dans le traitement des effets de la globalisation.

L'Indonésie y joue un rôle très actif, en particulier en co-présidant avec la France le groupe de travail sur la lutte contre la corruption, et les vues exposées par votre Président en matière de réforme financière internationale, en matière de sécurité alimentaire, de régulation des prix des matières premières, de protection et de droits sociaux, seront très attentivement écoutées lors du Sommet de Cannes qui se déroulera en novembre prochain.

Je veux insister un instant sur l’enjeu de ce G20.

 

 

La mondialisation ça ne peut pas être la loi de la jungle, la mondialisation ça ne peut pas être la liberté du plus fort d’opprimer le plus faible et, donc, la mondialisation ça ne peut pas simplement être les marchés qui régulent l’ensemble des activités humaines.

C’est le contraire des droits de l’homme, c’est le contraire de la démocratie.

La mondialisation ça doit être l’ouverture, la circulation des biens et des personnes, ce doit être naturellement le respect de la loi de l’offre et de la demande, du fonctionnement des marchés, mais régulé, régulé par des pouvoirs politiques qui ont la responsabilité de protéger les plus faibles, qui ont la possibilité et qui ont le devoir d’assurer la liberté de chacun.

Et c’est dans cet esprit que la France a voulu que soit inscrit à l’ordre du jour du G20 des sujets fondamentaux : la question de la régulation financière.

On ne peut pas accepter que, parce que certaines banques dans le monde prennent des risques inconsidérés, à un moment donné l’ensemble du système financier international s’écroule et que cet écroulement du système financier international se traduise par du chômage, de la pauvreté et des malheurs pour un grand nombre d’habitants dans le monde.

Les banques, dans le monde entier, doivent respecter des règles et ces règles, elles doivent être fixées par le pouvoir politique et elles doivent être fixées au plan international pour être respecté par chacun.

A quoi sert qu’il y ait des règles en Indonésie ou qu’il y ait des règles en France, s’il y a des paradis fiscaux où certains peuvent placer leur argent en ignorant toutes les règles du fonctionnement du marché financier international.

De la même façon, nous pensons que les prix des matières premières doivent être régulés.

Bien entendu il ne s’agit pas de fixer de manière administrative le prix du pétrole, le prix du gaz, le prix du maïs ou le prix du riz, nous savons que ces systèmes ont été tentés par le passé dans beaucoup de pays, ils ont abouti à des catastrophes

Mais en même temps nous ne pouvons pas accepter la spéculation sur les matières premières, une spéculation qui n’a rien à voir avec la loi du marché, une spéculation qui n’a rien à voir avec l’offre et la demande, et qui se traduit par des augmentations brutales de cours des matières premières, qui provoque des famines dans le monde, ou, lorsqu’il s’agit de l’énergie, qui provoque la baisse de la croissance dans la plupart des pays.

Alors, oui, nous voulons que le prix du pétrole varie naturellement en fonction de l’offre et de la demande, mais il doit y avoir un maximum et un minimum. Lorsque le prix du pétrole est trop bas les nations productives sont incapables de faire face à leurs engagements, lorsque le prix du pétrole est trop haut c’est l’économie mondiale qui ralentit et c’est finalement le monde entier qui en est victime.

C’est la même chose pour les produits alimentaires, il n’est pas normal que certains à la Bourse de Chicago puissent acheter des récoltes entières sans dépenser un seul dollar, ils les revendent quelques heures après en faisant un énorme bénéfice.

Et ça n’est pas la liberté des échanges, ça n’est pas la loi de l’offre et de la demande, c’est une spéculation. Une spéculation qui pèse sur les cours de matières premières et c’est donc une spéculation qui provoque l’appauvrissement des producteurs et qui provoque la famine dans beaucoup de pays du monde.

Eh bien nous voulons interdire cette spéculation, si quelqu’un veut acheter des récoltes il peut le faire, il a simplement à les payer tout de suite et, à ce moment là, on verra que bien des défauts de ce système spéculatif disparaîtront.

Il en est ainsi également aux Nations unies.

Je veux rendre hommage au rôle que joue l'Indonésie, membre du Conseil de Sécurité en 2007 et 2008, qui engage des troupes et des navires dans les opérations de maintien de la paix, c’est le cas notamment au Liban où les bataillons français et les bataillons indonésiens se côtoient pour essayer d’assurer la paix et la stabilité de ce paix.

Alors que je me rendrai demain au Cambodge, où il y a vingt ans la France et l’Indonésie ont œuvré côte à côte pour ramener la paix après des décennies de conflit, je veux rendre hommage également aux nombreuses missions de conciliation et de médiation qu’entreprend l’Indonésie en faveur de la paix au niveau régional.

Je veux rappeler l'initiative prise il y a 3 ans, de la création d'un «Forum de Bali pour la démocratie», ouvert chaque année à tous les pays d'Asie et du Pacifique et aux observateurs Américains et Européens.

Je veux dire à quel point, dans la lutte qui nous unit contre le terrorisme, j'admire la résolution de votre pays à combattre les criminels mais aussi sa capacité à intervenir pour promouvoir le dialogue entre les cultures et le dialogue entre les religions.

Enfin, je veux souligner l’attitude exemplaire qui a été celle du Président très tôt face au défi que représentent le réchauffement du climat et la dégradation de l'environnement.

A Copenhague l’Indonésie a pris un engagement courageux, celui de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 26% par un effort national et de 41% avec l'aide internationale.

Cet engagement remarquable, au moment où d’autres refusaient de prendre leurs responsabilités, mérite notre soutien, et c’est la raison pour laquelle l'Agence Française de Développement contribue à sa réalisation par un prêt de 800 millions de dollars.

Tout cela nous démontre que l’Indonésie est, au fond, bien plus qu’un simple «pays émergent».

Cette Indonésie démocratique, en pleine croissance économique, attentive au caractère durable de son développement, faisant entendre une voix responsable sur les scènes diplomatiques mondiales.

Et bien je suis venu lui témoigner de notre volonté de travailler à ses côtés.

Lorsque le Président YUDHOYONO s'est rendu à Paris en décembre 2009, Nicolas SARKOZY lui a proposé que nous établissions entre nos deux pays un "partenariat stratégique", un partenariat qui institutionnalise notre action commune sur les grandes problématiques du monde actuel, un partenariat qui incite aussi l'ensemble des acteurs de notre relation bilatérale à augmenter toujours plus leurs échanges, eh bien cette visite va être l’occasion de formaliser ce partenariat.

Cela signifie que nous procéderons désormais à des consultations politiques plus régulières, nous allons ainsi renforcer notre dialogue en matière de Défense.

Ce dialogue portera sur les enjeux stratégiques, sur la coopération entre nos Armées, sur l'acquisition d'équipements militaires et sur nos expériences dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.

Des perspectives économiques nouvelles doivent s'ouvrir entre nos entreprises.

Je ne peux me satisfaire de savoir que la France n'est que le 12ème fournisseur de l'Indonésie, nos exportations n'ont d’ailleurs pas encore retrouvé le niveau qu'elles avaient atteint en 1997 et votre pays n'est que notre 50ème client.

Le gouvernement français soutiendra les grands projets menés par nos entreprises en collaboration avec les autorités publiques et avec les partenaires indonésiens, qu’il s’agisse de l'exploitation raisonnée des matières premières, des transports routiers, ferroviaires et aériens, de la spécialisation sur des technologies de pointe ou de la consommation privée des ménages.

L'Institut français d’Indonésie poursuivra ses efforts pour offrir un enseignement de la langue française à tous ceux qui souhaiteront rejoindre les 50.000 jeunes Indonésiens qui apprennent déjà le français.

Notre coopération universitaire va s'intensifier et vous en serez, ici même à Universitas Indonesia les premiers acteurs, puisque vous qui avez déjà des accords avec de nombreuses universités et écoles françaises et vous allez en signer de nouveaux, ce qui permettra certains étudiants et certains futurs enseignants de venir rejoindre ceux qui se forment déjà dans notre pays.

Enfin, mesdames et messieurs, en cette année où l'Indonésie préside l'ASEAN, je crois que le temps est venu pour l'Europe de prendre conscience de la dynamique régionale désormais enclenchée en Asie du Sud-Est.

Nous savons bien en Europe que, au-delà des lenteurs, des obstacles inévitables, la construction d'un espace de paix et de solidarité, d’un espace générateur de développement économique et social, est l’une des plus belles œuvres que peut réaliser la volonté politique.

Aujourd'hui, la zone économique constituée par l'ASEAN est déjà un poids lourd de l'économie mondiale, le cinquième pôle économique après l'Union européenne, les Etats-Unis, la Chine et le Japon, mais devant l'Inde.

Avec 1.000 milliards de dollars d'exportations par an, l’ASEAN est même le quatrième exportateur mondial.

L'ASEAN a attiré près de 700 milliards d'investissement au cours des dix dernières années, soit plus que l'Inde et plus que la Chine réunies.

L'Europe et l'ASEAN doivent plus que jamais développer un dialogue politique, un dialogue politique confiant, en augmentant leurs échanges. Notre objectif c’est de pouvoir lancer les discussions en vue d’un accord de partenariat économique ambitieux et équilibré avec l’Indonésie et avec l’ASEAN.

Voilà, mesdames et messieurs.

Je suis venu pour dire l’hommage et l’admiration de la France devant les progrès de l’Indonésie et son intention de contribuer à ses succès futurs.

Je suis venu pour réaffirmer les valeurs et les préoccupations que nous partageons sur la scène internationale.

Je suis venu pour donner un nouvel élan aux relations entre la France et l’Indonésie.

Dans un monde qui cherche sa stabilité après la grande crise économique que nous venons de connaître, dans un monde où les équilibres sont constamment bousculés et redéfinis, dans un monde où de plus en plus nombreux les peuples réclament avec force, la justice, la liberté, la démocratie, l’Indonésie s’impose comme une nation d’avenir parce que ses forces sont solides mais aussi et surtout parce qu’elle place l’harmonie et le droit au cœur de son développement.

 

Je vous remercie.

 

 


 

François Fillon répond aux questions des étudiants de l’université d’Indonésie à Jakarta le vendredi 1er juillet 2011.

 

Bonjour Monsieur le Premier ministre. Je suis étudiante en 8èmesemestre au département de français de l’université d’Universitas Indonesia. Je voudrais vous poser une question : malgré la distance, l’Indonésie est un des pays qui a l’honneur de votre visite et quelle est donc l’importance de l’Indonésie pour la France ? Merci.


Je crois que le président YUDHOYONO a coutume de dire qu’il souhaite que l’Indonésie, je le cite, ait zéro ennemi et un millier d’amis !

Et bien, la France souhaite aujourd’hui être l’un des tout premiers amis de l’Indonésie, c’est tout le sens de la visite que j’ai décidée d’effectuer aujourd’hui à Jakarta et c’est surtout tout le sens du partenariat stratégique que nous allons signer cet après-midi.

J’ai eu l’occasion de le dire dans mon propos.

L’Indonésie est devenue un acteur majeur en Asie, un acteur majeur sur la scène internationale et c’est vrai que dans les relations entre les États, en particulier avec les vieilles démocraties européennes, nous avons des habitudes et lorsque surgissent de nouveaux acteurs, lorsque surgissent de nouvelles puissances économiques, lorsque surgissent de nouvelles puissances politiques, il faut parfois un petit temps d’adaptation à notre logiciel diplomatique et économique pour s’adapter à cette nouvelle réalité.

C’est ce que je suis venu faire aujourd’hui : remettre à jour le logiciel diplomatique et économique français, faire une sorte de « reset » sur notre ordinateur pour qu’il prenne en compte la réalité de l’arrivée sur la scène internationale du quatrième pays au monde par sa population, un pays dont la croissance économique est en train de bouleverser tous les pronostics et enfin, un pays qui a démontré par les réformes qu’il a engagées et en particulier par le choix qu’il a fait de la démocratie qu’il va compter parmi les toutes premières puissances du monde au XXIe siècle.

L’Indonésie est devenue un acteur majeur en Asie et donc nous, nous avons décidé de placer l’Indonésie sur le même pied de relation que des pays comme la Chine, comme l’Inde ou comme le Japon.

L’Indonésie est un pays dont nous apprécions particulièrement les prises de position sur la scène internationale qu’il s’agisse de faciliter le règlement pacifique des différends, qu’il s’agisse de son engagement très courageux sur le changement climatique ou encore qu’il s’agisse de la création du forum régional de Bali pour la démocratie.

Nous allons donc renforcer nos échanges dans tous les secteurs et de façon systématique, d’abord en matière culturelle et en matière d’échanges dans le domaine de l’éducation. C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à venir m’exprimer ici devant des étudiants et des enseignants indonésiens. Nous voulons qu’il y ait plus d’échanges entre les universités françaises et les universités indonésiennes.

Ca sera d’ailleurs beaucoup plus facile vu que nous avons dans notre pays profondément réformé notre système universitaire en donnant aux universités françaises une autonomie complète qui va leur permettre de nouer tous les partenariats qu’elles souhaiteront nouer.

 

Nous voulons accroître la coopération en matière culturelle, c’est la raison de la présence ici de Frédéric MITTERRAND qui est le ministre de la Culture de mon gouvernement.

Il y a beaucoup de domaines où les échanges culturels entre la France et l’Indonésie peuvent être accrus.

Nous avons exploré tout à l’heure un domaine très important qui est celui du cinéma et de la création audiovisuelle. La France a un grand savoir-faire dans ce domaine, des artistes de renom, des écoles puissantes.

L’Indonésie a une passion pour le cinéma et a une industrie cinématographique qui est en pleine croissance. C’est vraiment un secteur où nous pouvons créer ensemble des synergies.

Et puis, enfin, j’ai amené avec moi aujourd’hui plus de 25 grandes entreprises françaises que nous voulons voir se développer en Indonésie, dans le cadre de partenariats permettant de transférer des technologies, permettant de partager des marchés en Asie du Sud-Est.

Je pense à plusieurs secteurs qui sont des secteurs d’excellence pour notre pays, qui sont des secteurs pour lesquels l’Indonésie a beaucoup de besoins : l’énergie sous toutes ses formes ; les infrastructures ; le transport ; la question de la distribution de l’eau et du traitement de l’eau où les entreprises françaises sont au premier rang mondial.

Nous avons déjà d’ailleurs une centaine d’entreprises françaises qui sont implantées en Indonésie et ce que nous voulons, c’est augmenter ces partenariats industriels et technologiques et enfin, nous voulons que la France soit un acteur privilégié du dialogue qui est en train de s’instaurer entre l’Indonésie et l’Union européenne et nous voudrions surtout que l’Union européenne et l’ASEAN puissent jeter un pont qui permettrait un dialogue politique et un dialogue économique accru entre les deux puissances qui par bien des aspects partagent beaucoup de valeurs et beaucoup d’objectifs communs.

Je sais que l’Europe n’est pas toujours facile à comprendre vue de loin.

En réalité, l’Europe, c’est aussi compliqué que l’ASEAN. Ca consiste à faire vivre ensemble des peuples qui ont des traditions différentes, qui ont des histoires différentes et s’agissant de l’Europe, des peuples qui ont été des ennemis farouches pendant des siècles et des siècles et qui ont choisi au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale de se rassembler pour faire la paix.

Mais aujourd’hui, l’Europe, c’est beaucoup plus qu’une alliance entre des pays qui ont décidé de faire la paix. L’Europe aujourd’hui, c’est une grande puissance économique mondiale, c’est même la première puissance économique mondiale si l’on ajoute l’ensemble des produits intérieurs bruts des différents pays qui composent l’Europe et c’est l’apprentissage quotidien du dialogue et du compromis à 27.

27 pays européens qui doivent se mettre d’accord sur tout, c’est très difficile, c’est très compliqué, mais en même temps, ça progresse et on s’aperçoit que face aux crises que nous venons de connaître, l’Europe a toujours réussi à surmonter les difficultés.

Je veux rappeler que c’est l’Europe qui a stoppé la crise systémique financière qui avait démarré avec la faillite de la banque LEHMAN BROTHERS.

Les Etats-Unis avaient cru que l’on pouvait laisser une banque faire faillite et que ça n’aurait pas de conséquence. En réalité, cette faute d’appréciation du gouvernement américain a conduit à une crise économique et mondiale dont les conséquences ont été désastreuses. Mais cette crise, nous en avons limité les effets en stoppant la contagion au système bancaire.

Le jour où les dirigeants européens à l’Élysée, à Paris, ont affirmé d’une seule voix « il n’y aura pas de faillite de banques en Europe parce que les États vont garantir les fonds des établissements bancaires », à ce moment là, on a stoppé la crise systémique qui était en train de se développer.

Et puis, ensuite, quand le Portugal a été en difficulté du fait de son endettement, l’Europe a soutenu le Portugal.

Et puis quand l’Irlande a été en difficulté du fait des erreurs qui avaient été commises par ces banques, l’Europe a apporté une solution à la question de la crise financière en Irlande.

Et maintenant, l’Europe soutient la Grèce malgré toutes les difficultés parce que la Grèce appartient à l’Union européenne, parce que la Grèce appartient à la zone euro et donc les pays européens seront solidaires de la Grèce pour éviter qu’elle ne connaisse à son tour le drame d’une faillite financière. Voilà tout ça pour vous dire que l’Europe, on peut la regarder comme un ensemble très compliqué à faire fonctionner et c’est la réalité, mais on peut aussi la regarder comme une véritable réussite à la fois en termes de paix et en termes de réussite économique. 

 

Bonjour monsieur le Premier ministre. Je suis la Présidente de l’association des professeurs de français d’Indonésie, à Jakarta. Et je suis aussi enseignante de l’Universitas Jakarta. Jusqu’à présent la coopération dans le domaine de l’éducation, est en priorité plutôt scientifique. Or la France est connue comme un pays riche, en culture et en littérature. Nous aimerions savoir quand le gouvernement français donnera le privilège à la discipline des langues, de la littérature et de la civilisation française en Indonésie. Merci monsieur.

 

D’abord j’ai envie de vous répondre que c’est à vous de choisir les secteurs de coopération que vous voulez privilégier avec les universités françaises.

C’est vrai que la France est un pays doté d’une culture extrêmement riche, en même temps un pays d’innovation scientifique et technologique.

Je ne néglige pas le fait qu’ici en Indonésie les sciences humaines et sociales représentent près d’un tiers des étudiants indonésiens qui sont venus en France en 2010.

Pour les étudiants de Universitas Indonesia par exemple, on me dit qu’il est possible de bénéficier des accords universitaires qui ont été établis en économie avec les universités françaises de Rennes 1. Il y a d’ailleurs je crois un double diplôme en finances publiques qui a été mis en œuvre depuis 2009, avec l’institut de l’administration des entreprises de Grenoble, avec un master de 18 mois, moitié en langue anglaise, moitié en langue française.

Il existe d’autres accords universitaires qui permettent d’étudier en littérature avec l’université de La Rochelle, en sciences politiques avec Sciences Pô Paris, ou encore dans le domaine du tourisme et de la gestion du patrimoine culturelle avec l’université Paris I, et avec l’université d’Angers.

Enfin la France dispose, ici même en Indonésie, d’un réseau culturel de quatre centres, Jakarta, Bandung, Yogyarkarta et Surabaya, et de deux alliances françaises à Kalimantan et à Bali qui répondent à une demande de plus de dix mille inscriptions d’étudiants par an.

Nous allons d’ailleurs fédérer tous ces établissements dans un établissement unique qui s’appellera l’Institut français d’Indonésie.

Mais vraiment les universités françaises sont totalement ouvertes aux demandes de coopération et d’accord qui émaneraient des universités indonésiennes.

Et comme je vous l’ai indiqué il y a un instant, désormais, les universités françaises sont totalement libres de passer les partenariats qu’elles souhaitent avec les universités du monde entier.

C’est une grande réforme que nos avons porté avec le Président de la République, et avec le gouvernement que j’ai l’honneur de conduire. Et c’est une réforme qui est en soi une réponse à votre question puisque désormais c’est votre liberté, c’est votre initiative, de passer les accords que vous voulez avec les universités françaises que vous choisissez.

Bonjour monsieur le Premier ministre. Je suis étudiant, et je vais continuer mes études en France grâce à une bourse du ministère de l’Education nationale de la République indonésienne. J’ai une question à vous poser sur la loi des 35 heures dont vous êtes l’un des acteurs principal, si je ne me trompe pas. J’aimerais savoir la situation actuelle du monde du travail en France concernant l’application de la loi des 35 heures. Merci.

D’abord, je voudrais rectifier tout de suite votre information. Je ne suis pas le créateur de la loi sur les 35 heures. Je fais même partie de ceux qui depuis quelques années essayent d’en limiter les effets, et les dégâts.

Il y a quelques années, en France, une idée assez générale courait, pour faire face au chômage, qui est assez important dans les économies européennes, et en particulier dans l’économie française : il fallait partager le travail.

Au fond, beaucoup d’économistes, beaucoup d’hommes politiques raisonnaient comme si la capacité de production de notre pays était figée une fois pour toute, et pour permettre à tout le monde de trouver un travail, dans un cadre qui était figé, il fallait diviser le travail, diviser les horaires de travail, partager le travail.

Et cette idée a eu deux applications.

La première a été la réduction à 35 heures du temps de travail hebdomadaire à partir des années 2000, et l’autre conséquence, qui est plus ancienne, consistait à mettre en retraite de plus en plus tôt des travailleurs lorsqu’il y avait une difficulté sociale dans une entreprise.

Au fond, quand une entreprise était en difficulté, un des moyens de réduire ses dépenses, de réduire ses effectifs, consistait à faire partir à la retraite des hommes et des femmes qui avaient 50, 51, 52, 53, 55 ans.

Cela a été une grave erreur.

Cela a été une grave erreur pour l’économie française, parce que ça a contribué à affaiblir la compétitivité de l’économie française par rapport aux autres économies européennes. Et deuxièmement cela a consisté à priver l’économie française de personnes qualifiées, notamment les salariés de plus de 50 ans, qui connaissaient des métiers, qui avaient un savoir-faire, qui avaient une expérience, et qui se sont retrouvés en retraite, privant leurs entreprises et privant notre économie de cette expérience.

Nous avons décidé de rompre radicalement avec cette stratégie depuis plusieurs années.

Nous l’avons fait d’abord en permettant aux salariés qui veulent faire plus de 35 heures, c’est-à-dire qui font des heures supplémentaires, de ne pas payer d’impôts et de charges, sur ces heures supplémentaires. Nous avons défiscalisé les heures supplémentaires pour inciter les entreprises et inciter les salariés à faire plus d’heures supplémentaires. Ca a été un vrai succès, puisqu’il y a aujourd’hui un volume d’heures supplémentaires très important dans notre pays.

Et puis deuxièmement, nous avons mis en place une plus grande liberté de négociation dans les entreprises, sur le temps de travail.

Désormais les salariés, les organisations syndicales et les patrons dans les entreprises peuvent débattre librement et conclure des accords pour fixer le niveau du temps de travail.

Le résultat de tout cela, c’est qu’aujourd’hui le temps de travail réel en France, le temps de travail effectif est autour de 39 heures.

Il n’est donc pas de 35 heures comme la loi l’a prévue à l’origine.

On va continuer à assouplir ces dispositifs avec un objectif qui est de donner la plus grande liberté possible aux salariés et aux entrepreneurs pour adapter le temps de travail à l’activité économique et aux besoins de chacun.

Et avec un deuxième objectif qui est de nous rapprocher toujours de notre voisin allemand. Les Allemands dont l’économie était moins compétitive que l’économie française il y a une quinzaine d’années, sont passés devant nous notamment parce que nous nous avons suivi cette voie erronée des 35 heures alors que eux-mêmes, pendant cette même période faisaient des efforts pour contenir l’augmentation des salaires, pour augmenter un petit peu le temps de travail, pour améliorer leur compétitivité.

Aujourd’hui il y a un impératif pour tous les pays européens, et en particulier pour la France : cet impératif, c’est dans la zone euro, puisque nous avons la même monnaie, d’avoir les mêmes règles en matière de durée de travail, en matière d’âge de retraite, et progressivement en matière de fiscalité.

Et c’est tout l’effort que nous devrons faire pendant les prochaines années.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que le Président de la République française se bat avec beaucoup d’énergie pour que l’on mette en place un gouvernement économique de la zone euro. Et le gouvernement économique de la zone euro, il aura notamment pour objectif de pousser à une harmonisation des conditions de travail, des conditions sociales, des conditions fiscales à l’intérieur de cette zone euro.

Donc voyez, les 35 heures, c’était une mauvaise idée. Ce n’est plus une réalité aujourd’hui dans l’économie française. Ca ne veut pas dire naturellement qu’on ne doive pas chercher à limiter le temps de travail. Les progrès de l’humanité ont été vers une limitation du temps de travail, mais simplement il faut que cette limitation du temps de travail elle soit compatible avec la compétition économique et en particulier avec la compétition économique en Europe.

 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 10:05

 


 

François FILLON s'adresse à la communauté d'affaire indonésienne à la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-indonésienne de Jakarta le vendredi 1er juillet 2011.

 

Monsieur le Président de la KADIN,

Monsieur le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-indonésienne,

Mesdames et messieurs,

On ne pouvait pas imaginer meilleure introduction au discours que je vais prononcer, meilleure introduction à notre rencontre, que la signature de ces trois accords.

Le premier pour faciliter les relations d’affaires entre l’Indonésie et la France et les deux autres pour permettre à l’Indonésie d’acquérir des biens qui sont aujourd’hui les meilleurs au monde.

Qui fabrique les meilleurs avions civils au monde ? C’est la France et l’Europe. Qui fabrique aujourd’hui les meilleurs hélicoptères civils au monde ? C’est la France et l’Europe.

Et je suis heureux que nous ayons pu à cette occasion, marquer cette excellence de l’industrie européenne.

Je voudrais vous remercier au nom de l’ensemble de la délégation qui m’accompagne pour l’organisation de cette rencontre avec la communauté d’affaires franco-indonésienne de Jakarta.



La visite que nous conduisons s’inscrit dans une perspective nouvelle, les relations entre la France et l’Indonésie étaient insuffisantes en termes politiques : c’est la première fois qu’un Premier ministre français vient en Indonésie. Le dernier voyage d’un Président de la République française remonte à il y a très longtemps et il n’y a manifestement pas assez d’échanges politiques entre nos deux pays.

Je disais tout à l’heure devant les étudiants de l’université devant lesquels je m’exprimais que ceci était dû au fait que les logiciels diplomatiques et les logiciels politiques ont besoin régulièrement d’être réactualisés. L’Indonésie est devenue une immense puissance et cette immense puissance doit bénéficier d’une relation privilégiée avec la France et avec l’Europe.



Je vais cet après-midi concrétiser le partenariat stratégique que le Président de la République française et le Président de la République indonésienne avaient souhaité signer à la fin de 2009. Ce partenariat stratégique signifie que la relation franco-indonésienne va s’intensifier de façon considérable.

Dans sa composante économique, ce partenariat a un objectif simple, il s’agit de rehausser le niveau de notre relation économique bilatérale, il s’agit de lui donner une dimension nouvelle qui soit en cohérence avec son potentiel, un potentiel qui est bien identifié mais pas encore pleinement concrétisé.

Nous sommes impressionnés par le chemin que l’Indonésie a parcouru depuis 10 ans ; nous sommes impressionnés par les réussites et par les acquis déjà remarquables de votre jeune démocratie, notamment en termes de gouvernance économique, avec cette croissance très forte, 6,1 % en 2010, 6,4 % au moins cette année, avec des perspectives spectaculaires à moyen terme, à la mesure de ce « pays continent » dont on dit qu’il représentera en 2020 45% du Produit Intérieur Brut de l’ASEAN.



A travers l’Indonésie, c’est aussi de toute cette région de l’ASEAN que les Européens et les Français doivent apprendre à mieux connaître et dont ils doivent apprendre à mieux appréhender les enjeux.

Une région de 590 millions d’habitants ; une région dont le Produit Intérieur Brut cumulé est de 25% supérieur à celui de l’Inde, et dont le taux de croissance annuel moyen d’environ 5% ; une région qui pour la France pèse plus que la Chine en termes d’investissements, et autant qu’elle en termes d’exportations ; une région, enfin, qui, comme l’Union européenne, a misé sur l’intégration économique et politique des nations, à la fois pour dynamiser son activité mais aussi pour gagner en influence sur la scène internationale, et qui s’est fixée l’ambition de constituer à l’horizon 2015 une «communauté de l’ASEAN». Un grand dessein auquel, cette année, la présidence indonésienne de l’ASEAN a donné une impulsion extrêmement forte.

L’Indonésie est devenue un grand pays émergent qui fait entendre sa voix, qui prend ses responsabilités, qui joue pleinement son rôle dans les grands débats mondiaux. Elle l’a prouvé notamment lors des négociations multilatérales sur la lutte contre le changement climatique. L’Indonésie a pris des engagements forts au moment où d’autres refusaient de réduire leurs émissions. Elle le prouve aussi au sein du G20, où nos positions sont souvent proches, en particulier sur les priorités de notre présidence en 2011, que ce soit la réforme du système monétaire international, la limitation de la volatilité des prix des matières premières, la sécurité alimentaire ou encore la lutte contre la corruption – un sujet sur lequel la France et l’Indonésie d’ailleurs co-président un groupe de travail en lien avec l’OCDE.



Je veux insister sur les enjeux considérables de cette réunion du G20 qui va se tenir à Cannes dans quelques semaines.

Nous voulons avec le Président de la République mettre sur la table des débats internationaux la question globale de la régulation de la mondialisation. La mondialisation, ça ne peut pas être la loi de la jungle. La mondialisation, ça ne peut pas être la liberté du plus fort d’écraser le plus faible. La mondialisation, ça ne peut pas être la répétition des causes qui ont été à l’origine de la crise économique et financière que nous venons de connaître.

Si les établissements bancaires font des erreurs, le monde entier n’a pas à les payer et en particulier, les plus pauvres n’ont pas à en supporter les conséquences.

Nous sommes pour le libéralisme ; nous sommes pour la liberté des échanges. Nous sommes pour la loi de l’offre et de la demande, mais nous sommes aussi pour la régulation économique par les États et si possible par des États qui s’associent dans le cadre de la communauté internationale.

Nous voulons qu’il y ait des aides en matière de régulation financière pour que les établissements financiers ne puissent pas faire n’importe quoi. C’est trop facile de prêter dans n’importe quelles conditions pour ensuite venir tendre la main et demander aux États de leur sauver la mise lorsqu’ils sont au bord de la faillite.

Nous voulons une régulation du prix des matières premières.

Il ne s’agit pas bien entendu de fixer de façon administrative le prix des matières premières. Il s’agit simplement d’éviter qu’il y ait trop de spéculation sur le prix des matières premières. Il n’est pas normal que l’on puisse à la Bourse de Chicago acheter des récoltes entières sans dépenser un seul dollar pour les revendre quelques heures plus tard en faisant un énorme bénéfice. Quelle est la justification de cette situation ? Où est l’économie de marché dans tout cela ? Est-ce que l’économie de marché peut être identifiée à cette spéculation qui n’a pas d’autre résultat que de faire grimper les prix, de mettre en difficulté certaines régions du monde ou même de provoquer des famines dans le monde entier ?

Le prix de l’énergie quand il est trop bas, les pays producteurs sont dans l’incapacité de se développer et d’assumer leurs responsabilités. Quand il est trop haut, c’est l’économie mondiale qui ralentit et c’est l’ensemble du monde qui est victime de modifications erratiques du prix de l’énergie ou des matières premières. Travailler ensemble à fixer des règles pour que les augmentations et les baisses des prix des matières premières se fassent de façon régulée, je pense que c’est un immense progrès pour l’économie mondiale, pour la communauté internationale qui s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la liberté des marchés et dans l’esprit du libéralisme.

Ce sont ces sujets là que nous voulons mettre sur la table à l’occasion de la réunion du G20.



Mesdames et Messieurs,

Pour que les relations franco-indonésiennes prennent une nouvelle dimension, nous pouvons nous appuyer sur une base solide ; cette base, elle nous est offerte par votre présence et votre action quotidienne.

Il y a un peu plus d’une centaine d’entreprises françaises qui sont aujourd’hui implantées dans votre pays. Beaucoup sont d’ailleurs représentées ici aujourd’hui. Elles emploient près de 40 000 personnes. Il y a bien sûr de grands groupes, qui sont très connus en Indonésie, mais il y a aussi de petites et moyennes entreprises. Toutes ces entreprises ont en commun la même chose : elles sont dynamiques et elles ont confiance dans le développement de leurs activités avec leurs partenaires locaux.



Notre commerce bilatéral a dépassé 2,4 milliards d’euros en 2010, c’est un chiffre qui est en hausse de 16 % par rapport à 2009, et c’est un chiffre qui est en augmentation constante depuis 2004.

Mais on peut aussi malheureusement constater que nos échanges, et en particulier les exportations françaises, n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant la crise asiatique de 97/98.

Et enfin, on ne peut pas se satisfaire d’une part de marché pour la France en Indonésie qui est de 1%, c’est-à-dire deux fois moins que celle de notre voisin, allemand.

Nous devons faire mieux, et nous devons d’autant plus faire mieux que nos spécialisations économiques sont largement complémentaires, contrairement à ce qui peut se passer avec d’autres partenaires. Et de ce point de vue, la commande d’Airbus par Citilink – la filiale de la compagnie nationale Garuda – signée à l’occasion du salon du Bourget est un signe très encourageant qui montre que les choses sont en train de changer.



Sans doute nous, Français, devons-nous aussi mieux faire connaître à l’extérieur les points forts de notre économie.



Entre 2007 et 2012, nous avons sous l’autorité du Président de la République, Nicolas SARKOZY, réalisé des réformes profondes, des réformes structurelles, des réformes qui font entrer pleinement notre pays dans l’économie globalisée du XXIe siècle.

Nous avons ainsi augmenté de 40% les moyens de nos universités.

Nous avons donné à ces universités une autonomie complète qui leur permettra désormais de jouer dans la même cour que les plus grandes universités du monde.

Nous avons renforcé nos pôles de compétitivité pour leur donner une envergure internationale.

Nous avons lancé un programme d’investissements d’avenir de 35 milliards d’euros, qui a commencé à irriguer tous les secteurs innovants de notre économie, de l’aéronautique aux nouveaux matériaux, en passant par les biotechnologies. Il s’agit pour nous d’aider de manière extrêmement sélective les meilleurs laboratoires de recherche de notre pays, les entreprises qui sont placées sur les créneaux les plus porteurs pour l’avenir de l’économie française. Il s’agit de donner une impulsion pour permettre à l’économie d’accélérer sa vitesse de croissance.

Et faisant cela, nous sommes finalement les héritiers d’une tradition française qui n’a pas que des défauts et qui a consisté souvent pour l’Etat à impulser des grands projets industriels.

Nous célébrons cette année le centième anniversaire de la naissance du Président de la République française Georges POMPIDOU.

Eh bien, c’est Georges POMPIDOU qui a décidé la même année de lancer le programme électronucléaire français qui a placé la France au premier rang dans le monde en matière d’excellence s’agissant de l’énergie nucléaire civile, le programme Airbus dont on voit aujourd’hui les retombées et enfin, le programme des trains à grande vitesse qui place aussi la France parmi les tout premiers au monde en matière d’industrie ferroviaire.

Bref, quand vous chercherez des solutions technologiques à vos problèmes, quand vous chercherez des partenaires industriels, vous trouverez très souvent des entreprises françaises capables de répondre à vos besoins !



Notre coopération dans le domaine du développement durable me paraît être un axe déterminant pour le renforcement de nos relations économiques dans les années à venir.

Il y a d’ailleurs de nombreux représentants du secteur qui m’accompagnent aujourd’hui, des représentants de l’entreprise Total, de GDF-Suez, d’Eramet, mais aussi des entreprises spécialisées dans la géothermie, dans la capture et le stockage de CO2, ou encore dans l’énergie hydrolienne.



Le lancement d’un plan ambitieux pour l’accélération du développement économique de l’Indonésie à l’horizon de 2025 – avec des secteurs prioritaires qui ont été clairement identifiés : l’énergie, les transports, les infrastructures urbaines, l’eau et l’assainissement – offre à nos entreprises de nouvelles perspectives pour mettre en valeur leur savoir-faire et leur expérience des projets de partenariat public-privé, expérience acquise en France ou dans d’autres pays émergents.

Je pense ici à Suez Environnement qui a une très longue expérience des partenariats public-privé, je pense à Alstom ou à Thales, sans oublier le rôle que peut jouer un armateur comme le groupe Louis Dreyfus dans le développement d’un pays insulaire comme l’Indonésie.

Le gouvernement français apportera tout son soutien à l’approfondissement de la relation économique entre la France et l’Indonésie. J’en veux pour preuve les deux accords que allons signer cet après-midi dans le secteur de l’énergie et des matières premières d’une part, et enfin dans celui du tourisme d’autre part.

J’en veux aussi pour preuve les projets d’infrastructures prioritaires que nous soutenons, avec les instruments financiers que le gouvernement français a mis en place, à hauteur d’environ 200 millions d’euros dans les secteurs de la météorologie, du transport ferroviaire et de la sécurité aérienne. Enfin, j’en veux pour preuve l’ouverture, en septembre 2010, d’une Mission Économique Ubifrance à Jakarta.



Pour favoriser le développement des entreprises françaises en Indonésie, il leur est évidemment nécessaire de disposer d’un cadre d’affaires incitatif, stabilisé et protecteur de leurs intérêts. C’est la raison pour laquelle nous encourageons la Commission européenne à négocier et à conclure rapidement avec l’Indonésie un accord de promotion et de protection des investissements, un accord impliquant aussi de réduire certaines difficultés persistantes dans l’accès au marché indonésien.

Je pense en particulier aux produits d’origine animale, au secteur des vins et spiritueux, au secteur cosmétique et pharmaceutique, aux marchés publics et enfin aux questions de propriété intellectuelle.



L’Europe, qui est le premier investisseur en Indonésie et qui est le deuxième marché pour les exportations indonésiennes, doit demeurer un partenaire privilégié pour votre pays. Elle ne peut pas être absente du réseau d’alliances que l’Indonésie et l’ASEAN sont en train de tisser avec leurs partenaires dans la zone Pacifique. C’est la raison pour laquelle il importe aussi pour l’Europe de ne pas perdre de vue l’objectif d’un accord de partenariat économique ambitieux, équilibré, avec l’Indonésie et à terme avec l’ASEAN.

La séquence d’événements qui va nous amener jusqu’au sommet de Cannes nous donne l’occasion de poursuivre le dialogue de nos communautés d’affaires entre elles d’abord et avec nos gouvernements respectifs.



Il y aura, en effet, la tenue en France du Business Summit du G20 ; il y aura le dialogue d’affaires Union européenne -Indonésie, qui sera le troisième du genre ; et cet automne, il y aura une opération de promotion de l’Indonésie en France que vous allez organiser pour la première fois, autour de 200 entreprises indonésiennes qui viendront présenter sur le territoire français leur savoir-faire, leurs produits, leurs compétences.

A l’issue de ces rencontres, nous aurons établi la feuille de route qui nous permettra de concrétiser les orientations de notre partenariat stratégique dans le domaine économique.



Voilà, c’est la première fois, mesdames et messieurs, qu’un Premier ministre français se rend en Indonésie.

Je pense que c’est le signe que nos relations sont un train de prendre un tournant décisif, que les relations entre la France et l’Indonésie sont en train d’entrer dans une nouvelle époque.

Elles vont s’intensifier considérablement ; elles vont s’intensifier au bénéfice de nos deux pays et je sais que vous allez y jouer un rôle extrêmement important. Ce sont donc ces perspectives inédites, ces perspectives pleines de promesses, que je voulais aujourd’hui tracer et partager avec vous.

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 20:29

 

François FILLON répond à une question de Pierre MEHAIGNERIE sur la libération des otages Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier lors des questions au Gouvernement le mercredi 29 juin 2011.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs les députés,



Je veux vous confirmer que depuis quelques heures nos deux otages français en Afghanistan sont entre les mains des forces françaises, sur la base de Tagab et nous attendions pour faire circuler cette information simplement que les familles de ces deux journalistes aient été directement informées de cette nouvelle qu’ils attendaient avec tellement d’impatience.

Nos deux otages sont en bonne santé et ils seront dans quelques heures sur le sol français.

Je veux à cette occasion d’abord souligner la souffrance et l’épreuve qui a été la leur, mais je veux aussi dire que depuis la première minute, l’ensemble des services de la République ont concouru à leur libération.

Et je veux dire toute la gratitude qui est la notre pour ces hommes et ces femmes, qui souvent dans l’ombre, ont travaillé à cette libération en prenant beaucoup de risque. Beaucoup de risque personnel. Ce sont des hommes et des femmes que l’on ne remercie jamais, que l’on ne voit jamais, et sans lesquels rien n’aurait été possible.

Enfin je veux dire que naturellement cette libération nous fait penser à tous les Français qui sont encore retenus en otages au Sahel, en Somalie, au Yémen. Nous allons œuvrer avec la même détermination pour obtenir leur libération.

Et j’en profite pour lancer un appel à ceux qui les détiennent. Nous venons d’assister dans le monde arabe à des révolutions qui ont suscité beaucoup d’espoir. Beaucoup d’espoir s’agissant de la victoire de la démocratie, s’agissant du respect des droits de l’homme. Eh bien ce vent de liberté qui a soufflé ou qui souffle sur le monde arabe, il doit aussi être pris en compte par ceux qui ont pris nos otages, qui doivent se rendre compte que ça n’est pas la méthode pour atteindre des objectifs qu’ils poursuivent. Ils doivent libérer ces hommes et ces femmes et s’intégrer dans le débat démocratique.

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 09:32

 

François Fillon s'exprime devant la communauté française de Jakarta lors de sa Visite officielle en République d’Indonésie, le Jeudi 30 juin 2011.

 

 

Mes chers compatriotes,

Je voudrais vous dire que c’est un très grand plaisir pour moi de passer cette première soirée de ma visite en Indonésie avec vous et je voudrais d’abord remercier notre ambassadeur, Monsieur Philippe ZELLER et son épouse d’avoir organisé cette rencontre, et j’en profite, puisque chacun sait qu’il est sur le départ, pour le remercier pour le travail qui a été le sien, ici en Indonésie, au service de notre pays et à votre service.

Vous êtes de plus en plus nombreux à vous installer à Java, à Bali, et aussi désormais à Kalimantan, et au-delà des apparences, qui font souvent rêver nos compatriotes, je sais que la vie n'est pas toujours aussi simple dans une mégalopole comme Jakarta, ni même à Bali. Mais vous avez choisi un pays qui sera sans nul doute l'un des grands acteurs du XXIème siècle. La communauté française en Indonésie est une communauté jeune, elle est active et je crois qu’elle est solidaire. En venant travailler dans l’archipel, vous avez voulu saisir toutes les opportunités qui s’offrent ici, et je veux saluer cet esprit d’initiative qui vous honore et qui honore notre pays.

La France n’a pas suffisamment, dans le passé, fait attention à l’Indonésie. Et le fait que ce soit, avec ma visite, la première visite d’un Premier ministre français en Indonésie, tout simplement, et que la dernière visite d’un de nos chefs d’Etat remonte à 1986, illustrent cette situation. Avec le Président de la République, nous avons voulu changer les choses. Et nous avons voulu élever le niveau de nos relations bilatérales avec l’Indonésie.



Je suis venu accompagné de plusieurs ministres : Frédéric MITTERRAND, Ministre de la Culture et de la Communication, Thierry MARIANI, le Ministre des Transports, Pierre LELLOUCHE, le ministre chargé du Commerce extérieur.

Valérie PECRESSE, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, aurait dû m’accompagner, mais comme certains d’entre vous le savent peut-être, nous avons procédé, hier, à un remaniement ministériel pour remplacer Christine LAGARDE qui a pris la direction générale du Fonds monétaire international et Valérie PECRESSE est devenu ministre du Budget. Quant à son successeur, il était un peu court en temps pour pouvoir m’accompagner dans ce voyage, mais c’est l’occasion pour moi de vous dire l’immense fierté qui est la nôtre d’avoir pu permettre que le nouveau directeur ou la nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international soit une Française, soit Christine LAGARDE, soit une femme qui a désormais deux records au moins à son actif : celui d’avoir été la première femme ministre des Finances en France, et sans doute celle qui aura été le plus longtemps à ce poste, et aujourd’hui la première femme directrice générale du Fonds monétaire international.



Je suis aussi venu accompagné de nombreux parlementaires, Serge GROUARD, qui est député du Loiret et qui est maire d’Orléans, Nicolas FORISSIER, qui est député de l’Indre, Chantal BRUNEL, députée de Seine-et-Marne, Catherine PROCACCIA, qui est sénateur du Val-de-Marne et Ambroise DUPONT, qui est sénateur du Calvados. J’espère que je n’en oublie aucun parce qu’après ils vont m’en vouloir terriblement. Et enfin, je crois qu’il y a un peu plus de vingt-cinq chefs d’entreprise qui m’accompagnent dans ce déplacement.





L'Indonésie, c’est aujourd'hui un pays démocratique et vous qui vivez ici, vous avez été témoins de la formidable évolution qui a caractérisé l’Indonésie depuis dix ans. Et dans le contexte des « printemps arabes », l’exemple indonésien nous donne à voir une transition politique réussie dans un pays qui abrite la plus grande communauté musulmane au monde.

L’Indonésie est aussi l'un des nouveaux grands pays émergents, avec une croissance exceptionnelle, dont certains prédisent qu’elle pourrait devenir la plus rapide au monde d’ici dix ans. Membre du G20 et promoteur actif de l'ASEAN, l’Indonésie est engagée avec sa population, qui est la 4ème au monde, dans un grand essor économique et social. Si elle reste encore confrontée aux difficultés propres à un pays en développement, elle est entraînée dans la dynamique du continent asiatique tout entier.

Et ce que la France veut aujourd’hui, c’est adapter ses relations à cette réalité que représente l’Indonésie. Le 14 décembre 2009, le Président de la République française a exprimé cette volonté en recevant le Président YUDHOYONO à l'Elysée et en lui proposant de sceller un partenariat stratégique entre nos deux pays, et c'est ce partenariat qui sera adopté demain à l’occasion de la rencontre que j’aurais avec lui.

Nous signerons plusieurs accords qui vont faire progresser notre relation bilatérale, dans le secteur de l’énergie, dans celui des matières premières, du tourisme, de l’enseignement supérieur, de la muséologie.

Bien entendu, je ne prétends pas que nous ne partions pas de rien, s’agissant de notre relation avec l’Indonésie, et je ne veux pas évoquer l’épisode qui vit, il y a deux cents ans, le drapeau français flotter six mois sur Batavia après que NAPOLEON eut décidé de rattacher directement le Royaume de Hollande, et donc ses colonies, à l'Empire. Non, je parle de l’attitude de la France, qui, dès le début de l'année 1950, fut parmi les tout premiers Etats à reconnaître l'indépendance officielle de l'Indonésie, ce qui nous permet aujourd’hui de célébrer soixante ans de relations bilatérales.



En soixante ans, des milliers d'étudiants indonésiens ont été formés en France, devenant pour nous des interlocuteurs privilégiés, comme aujourd’hui le ministre de l'Education, le Gouverneur de la Banque centrale, et bien d’autres responsables publics ou privés.

La France a aussi été aux côtés de l’Indonésie lorsqu’elle a dû affronter l’adversité, je pense à la générosité du peuple français à l'égard des centaines de milliers de victimes du tsunami de décembre 2004.



Aujourd’hui, l'Europe tout entière commence à prendre conscience de l’importance de la dynamique régionale enclenchée en Asie du Sud-est. Et pour affirmer notre présence nous avons à le faire d’une voix commune, comme Européens, partenaires d'une Asie du Sud-est qui se veut au cœur de l'architecture du continent asiatique.

Nous avons un dialogue à développer ; un dialogue à développer au niveau politique, mais nous avons aussi, sur le terrain, à renforcer nos échanges et nos coopérations.



Et mes chers compatriotes, c’est vous, qui êtes les acteurs directs de cette relation. Vous êtes très nombreux à travailler dans des entreprises françaises, franco-indonésiennes ou internationales. La centaine de sociétés françaises présentes en Indonésie porte de nombreux projets qui concernent l’exploitation des ressources minières, la sous-traitance du pétrole, du gaz, les transports, les produits de haute technologie, la grande consommation, le tourisme. Je veux vous dire que le gouvernement français les soutiendra, et au fur et à mesure qu’ils se concrétiseront, nos entreprises accueilleront ici de nouveaux emplois. Je sais que les produits et le savoir-faire français sont reconnus en Indonésie, mais en même temps, je ne peux pas ne pas constater que la France reste le 12ème fournisseur de l’Indonésie.

C’est dire si nous avons une marge de progression.



Pour nous aider à progresser, justement, je salue le travail de la Chambre de commerce franco-indonésienne et des vingt conseillers du Commerce extérieur de la France. Ils sont appuyés par la Mission économique UBIFRANCE que nous avons ouverte le 1er septembre dernier au sein de l'Ambassade pour accompagner nos entreprises sur le marché indonésien.



Notre coopération scientifique est aussi en pleine progression, notamment dans le domaine de la protection de l'environnement.

Cela se traduit par la présence de plusieurs de nos institutions publiques de recherche, dans des partenariats entre universités françaises et universités indonésiennes, et dans l'action de l'Agence Française de Développement.



Je sais aussi qu’il y a parmi vous des personnes qui s’investissent dans des actions sociales et de développement ; comme volontaires de solidarité internationale, comme bénévoles ou membres d’ONG. Je veux saluer votre engagement ; votre engagement au profit d'une population dont une part trop importante est encore exposée à une grande pauvreté.



Quelles que soient vos activités, je veux que vous sachiez que l'Ambassade est à vos côtés. Elle sera d’ailleurs dotée d'ici peu de nouveaux locaux, reconstruits sur le site actuel. Tous les services de l'Etat y seront regroupés, y compris le Centre culturel français de Jakarta, qui porte désormais le nom d'Institut Français d'Indonésie. Dès l'an prochain, ce Centre culturel fédèrera nos 4 Centres en incluant ceux de Bandung, de Yogyakarta et de Surabaya, et il donnera un nouvel élan à la saison culturelle française, ce « Printemps français » qui s'achève cette année dans quelques jours.

Dans un pays aussi vaste, dans un pays aussi dispersé, que viennent d’ailleurs visiter chaque année un peu plus de 150.000 de nos compatriotes, l’action consulaire n'est pas toujours simple.

Mais l’ambassade est là ; elle est là pour vous assister en cas de difficultés, elle est là aussi lorsque votre sécurité en en jeu. Je pense en particulier à nos compatriotes qui habitent à côté du volcan Merapi et dont plusieurs ont dû quitter leur domicile pendant la phase d'éruption, en novembre 2010.



Vous vivez, mes chers compatriotes, dans un pays en pleine évolution ; vous vivez au cœur de ce Sud-est asiatique dont l’essor économique interpelle le monde entier et pour tout dire, le bouleverse. Pour les vieilles nations européennes, c’est un défi vital. Face à la mondialisation des enjeux, nous devons être plus réactifs, nous devons être plus compétitifs pour défendre notre rang. Depuis le début du quinquennat, nous avons, avec le Président de la République, lancé une politique de réformes, une politique de réformes structurelles qui visent à changer en profondeur la société française et qui commence à porter ses fruits.

Je voudrais en prendre quelques exemples devant vous pour que vous mesuriez les changements qui sont en train d’intervenir.



Nous avions une université française qui était en déclin continu depuis quarante ans. Avec ici ou là, naturellement quelques exceptions, mais elle était en déclin depuis que cette université avait été affublée d’un statut qui empêchait toute initiative, toute autonomie, toute possibilité pour les universitaires, de prendre les décisions qu’ils estimaient nécessaires, pour atteindre l’excellence dans la compétition internationale. Tout le monde le savait que l’université française était frappée d’un mal profond et il y a bien eu quelques tentatives pour la réformer ; elles se sont, en général, toujours terminées par le recul du gouvernement devant les manifestations et devant la contestation.

Eh bien nous n’avons pas reculé, nous avons donné aux universités françaises un véritable statut d’autonomie, et nous avons investi fortement dans le développement de l’université et de la Recherche. Ca veut dire que désormais, les universités françaises peuvent recruter leurs enseignants, elles peuvent choisir leur pédagogie, elles peuvent passer tous les accords qu’elles souhaitent avec d’autres universités, françaises ou étrangères, elles peuvent s’associer avec des laboratoires de recherche, publics ou privés, elles peuvent s’associer avec des entreprises ; bref, elles ont le statut d’autonomie qu’on toutes les grandes universités dans le monde ! Bien entendu, il faut un peu de temps pour que les universités françaises, après tellement d’années d’un système égalitaire comme les Français l’aiment tellement, pour que ces universités se saisissent des avantages de cette autonomie, et puis ensuite il faudra un peu de temps pour que les étudiants, formés dans ces universités, sortent dans la vie active pour qu’on voie les résultats de cette réforme profonde. Mais c’est une réforme qui change en profondeur la société française et sur laquelle, naturellement, personne ne reviendra jamais.



Le deuxième exemple que je voudrais prendre, c’est celui du dialogue social.

Notre pays est tellement habitué à un dialogue social violent, à un dialogue social heurté, à un dialogue social qui débouche en général sur des crises qui conduisent beaucoup de gouvernements et beaucoup de majorités à reculer devant les réformes nécessaires.

Eh bien nous avons fait deux réformes structurelles extrêmement importantes.

La première a consisté à changer le mode de représentativité des syndicats dans notre pays. Vous savez, les syndicats en France, ils étaient représentatifs en fonction d’une loi qui avait été votée juste après la Seconde Guerre mondiale. Et puis leur statut et leur représentativité étaient figés pour toujours. Eh bien nous, nous avons décidé que désormais, les organisations syndicales françaises seraient représentatives en fonction des résultats qu’elles obtiendraient aux élections dans les entreprises. Et donc il va y avoir, année après année, des élections de représentativité et on verra le paysage syndical français se modifier. Et on peut penser, parce que nous ne sommes pas génétiquement différents des autres Européens, qu’un jour ou l’autre, il y aura en France, un grand pôle syndical réformiste qui permettra, comme en Allemagne, comme dans les autres pays d’Europe du Nord, de mettre en œuvre un dialogue social plus apaisé, pas forcément plus facile pour le gouvernement et pour le patronat, mais plus apaisé, permettant de réformer le pays sans à-coups, sans violence, et avec la réactivité qui est nécessaire dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui.

Et puis nous avons mis en place, s’agissant toujours du dialogue social, une autre mesure très importante, c’est le service minimum dans les transports. Parce que, autrefois, dans notre pays, quand on voulait réformer dans le domaine du travail ou dans le domaine des affaires sociales, bien souvent, il suffisait qu’une petite minorité bloque les transports, notamment en Région parisienne, pour qu’après quelques jours d’épreuves, le gouvernement renonce et que la réforme soit mise au placard. Eh bien désormais, il y a un service minimum dans les transports et on a vu que dans les grands débats sociaux que nous avons eus ces dernières années et en particulier à l’occasion de la réforme des retraites, 50 % des transports en Région parisienne fonctionnaient et du coup, on ne peut plus prendre en otage un gouvernement et une majorité en bloquant le pays ! Parce que la démocratie, ça n’est pas quelques personnes qui bloquent les trains et les métros pour empêcher la majorité et le gouvernement de mettre en œuvre les engagements qui ont été pris devant les Français. Ca, ce n’est pas la démocratie.

Nous nous approchons de quelque chose qui ressemble plus aux démocraties modernes qui ont permis, en Europe, de faire évoluer la situation des uns et des autres.



Nous avons rationalisé l’organisation de l’Etat. Nous avons réformé nos régimes de retraite. Nous avons triplé le crédit impôt recherche, ce qui fait désormais que les entreprises qui s’installent en France ont un véritable avantage compétitif par rapport à la plupart des autres pays européens en matière de soutien à la Recherche et à l’innovation.



Nous avons lancé enfin le grand programme des investissements d’avenir qui va voir un investissement public de 35 milliards sur les projets du futur, essentiellement sur les universités et les laboratoires de recherche, mais aussi sur les entreprises qui représentent les secteurs les plus porteurs pour l’avenir de l’économie française.



On célèbre cette année, le 100ème anniversaire de la naissance de Georges POMPIDOU.

Georges POMPIDOU avait pris 3 décisions stratégiques qui constituent aujourd’hui les principaux moteurs de la croissance de l’économie française. C’est lui qui a décidé du programme électronucléaire français, le programme nucléaire civil. C’est lui qui a décidé de lancer AIRBUS, et c’est lui qui a décidé de lancer le train à grande vitesse.

Voilà 3 moteurs de l’économie française aujourd’hui, 3 fiertés technologiques que nous exportons, qui sont des décisions qui ont été prises par Georges POMPIDOU il y a maintenant un certain nombre d’années.

Eh bien il faut que nous fassions la même chose, avec naturellement les méthodes qui sont celles du XXIème siècle, dans un monde ouvert, en Europe, ce n’est plus tout à fait de la même façon que l’on peut procéder, mais c’est ce que nous faisons avec les investissements d’avenir et j’étais très fier, la semaine dernière, de visiter le Salon du Bourget qui a été un formidable succès pour l’industrie française et européenne, au cours duquel AIRBUS a pris près de 800 commandes d’avions durant un seul salon, pour plus de 50 milliards d’euros, et nous avons annoncé des programmes publics de soutien à l’industrie aéronautique, par exemple sur les nouveaux matériaux, ou sur les nouveaux moteurs qui consommeront moins, qui pollueront moins et qui permettront à l’industrie aéronautique française et européenne de rester au premier rang mondial.



Enfin, s’agissant de ces investissements d’avenir, je veux ajouter un dernier mot pour dire que, là aussi, nous avons rompu avec une tradition française qui consistait, lorsque l’on mettait en place des systèmes de soutien public, à donner un peu d’argent à tout le monde. Parce qu’il fallait ne vexer personne. Parce qu’il fallait satisfaire tous les parlementaires. Parce qu’il fallait satisfaire toutes les régions.



Eh bien quand on est dans un monde en compétition comme celui que nous connaissons, et que l’argent public est rare, pardon, mais on ne gaspille pas 1 euro à le mettre sur une équipe de Recherche qui est médiocre.

On met tout l’argent qu’on a sur la meilleure équipe de recherche disponible dans un domaine que l’on a décidé de soutenir. Et s’agissant des investissements d’avenir, nous avons mis en place une méthode d’attribution des crédits qui est révolutionnaire dans notre pays puisqu’on prend des jurys scientifiques, des jurys internationaux et on respecte strictement les préconisations qu’ils nous font.

Les élus, les responsables d’université peuvent écrire autant qu’ils veulent au Premier ministre et au Président de la République, nous lisons leurs lettres, naturellement, par égard et par politesse, mais nous nous en tenons aux choix qui ont été faits par des jurys ; c’est encore une rupture par rapport à de vieux défauts qui avaient fait beaucoup de mal à notre pays.



Voilà, toutes ces réformes, évidemment, elles ont besoin de temps pour donner leur pleine mesure. Elles ont provoqué beaucoup de débats, elles ont suscité des crispations. Certaines, naturellement, ont choqué, comme celle qui a consisté à revenir sur l’âge de la retraite à 60 ans, et je comprends qu’elles aient pu choquer.

Ce n’est jamais agréable d’être obligé de modifier ses projets, de changer les perspectives qui sont les siennes en matière professionnelle, mais en même temps comment ne pas regarder autour de nous !

Comment ne pas regarder le fait que les autres pays européens ont tous un âge de départ à la retraite qui est entre 65 et 67 ans !

Et nous, nous pourrions, seuls, rester avec un âge de départ à la retraite à 60 ans ?

Mais au nom de quoi ? Simplement parce qu’on est meilleurs que les autres, plus intelligents ?

Parce qu’on est français ? Parce qu’on est tellement géniaux qu’on doit pouvoir réussir à faire une sorte de barrage aux effets du vieillissement de la population et aux effets de la mondialisation ?

Il y a d’ailleurs un débat formidable en France qui doit, j’imagine, interpeller certains d’entre vous qui vivent au cœur d’un monde de compétition, il y a un débat sur la « démondialisation ». Il y a des gens qui voudraient « démondialiser » notre pays. On verra ce que sera le résultat de ce grand débat.

En tout cas, ces mesures, elles sont en train de porter leurs fruits et je crois profondément que, même si nous avons dû affronter des crises, même si, naturellement, il y a des hommes et des femmes qui sont mécontents de l’action qui est celle du gouvernement, je pense que ces réformes ont fait bouger les mentalités.

Et je pense qu’en quatre ans, il y a une idée qui s’est ancrée, c’est l’idée que le changement est une nécessité, et que l’immobilisme, ça n’est pas une option protectrice face aux enjeux du XXIème siècle.



D’ailleurs l’économie française est entrée dans un cycle positif, après la crise économique et financière que nous avons connue. Nous allons avoir au minimum 2 % de croissance cette année, c’est désormais quasiment acquis, compte tenu des chiffres du 1er trimestre. La création d’emplois a redémarré, on a créé presque deux fois plus d’emplois en 2010 que ce que nous avions prévu nous-mêmes dans nos prévisions, et les chiffres de l’année 2011 seront positifs.

Et enfin, les efforts de maîtrise des finances publiques, auxquels j’ai été très attaché depuis quatre ans, sont récompensés puisque la France a, aujourd’hui, une des meilleures signatures financières en Europe, ce qui nous évite d’avoir à nous refinancer à des taux d’intérêts qui seraient des taux d’intérêts prédateurs pour l’économie française.



Ces résultats encourageants, nous les devons à notre réactivité face à une crise financière qui aurait pu nous mettre à genoux. Et je veux rappeler aujourd’hui que le monde a été à deux doigts d’une crise financière systémique, c’est-à-dire d’une faillite en chaîne des établissements financiers qui aurait causé des dégâts que l’on n’ose pas imaginer sur l’économie mondiale.

Je pense franchement que l’on a été à 48 heures de cette crise systémique.

Et cette crise systémique, elle a été stoppée par une décision, par une réunion qui a eu lieu à l’Elysée, à l’initiative du Président de la République française et du Premier ministre britannique Gordon BROWN, où les principaux chefs de gouvernement européens, à la suite de cette réunion, ont dit publiquement : « Il n’y aura pas de faillite de banques en Europe parce que les Etats apporteront leur soutien aux banques ».

Et la crise s’est arrêtée. Parce que la garantie était suffisante. Il n’y aurait pas eu cette décision (je rappelle que les Américains avaient laissé filer la faillite de la banque LEHMAN BROTHERS, ce qui a d’ailleurs occasionné le début de cette crise systémique) si les Européens et si singulièrement, Nicolas SARKOZY et Gordon BROWN n’avaient pas pris cette décision, je pense que nous serions rentrés dans une crise d’une tout autre ampleur.



Voilà.

Les échéances politiques approchent, mais je veux vous dire que ces échéances politiques ne vont pas modifier notre volonté d’adaptation nationale.

Nous n’allons pas faire, de cette année 2011 ou de ce qu’il en reste, une année électorale. Nous n’allons pas en faire une année où, comme si souvent dans notre pays, on ouvre les vannes de la Dépense publique, on ouvre les vannes des subventions, on arrête de réformer, on se tient immobile dans la crainte de ce que pourraient penser les électeurs à la veille des élections présidentielles et des élections législatives.

Nous ne le ferons pas ; parce que ça n’est pas notre conception de l’intérêt national, parce que ce n’est pas la conception que je me fais de mon devoir, en tant que chef du gouvernement.



Dans le débat qui s’ouvre sur la mondialisation, où certains jouent beaucoup sur les peurs que cette mondialisation engendre, nous devons être à l’offensive.

La France accentue sa compétitivité, et elle avait beaucoup d’efforts à faire et elle en a encore beaucoup ; la France mise à fond sur l’innovation et sur la Recherche ; la France rénove son pacte social ; et enfin la France joue sans état d’âme la carte de l’Europe politique, parce que l’Europe, aujourd’hui, nous protège et nous devons chaque jour comprendre à quel point elle est nécessaire à notre protection.



Et je voudrais juste, pour finir, dire un mot sur ce point.

Vous lisez sûrement dans les journaux d’articles de commentateurs très pessimistes sur l’avenir de l’Europe, qui expliquent que la crise grecque, la difficulté de se mettre d’accord à 27, tout ça fait peser sur l’Europe une sorte de menace sur son avenir. On peut évidemment regarder les choses comme ça.

Mais on peut aussi les regarder de façon beaucoup plus positive.

On peut dire que, depuis le début de la crise, l’Europe, malgré tous ses défauts, a toujours réussi à surmonter les difficultés. C’est elle, je le disais à l’instant, qui a donné le coup d’arrêt à la crise systémique qui était en train d’emporter le système financier.

Lorsqu’il s’est agi de sauver le Portugal, qui était en situation de quasi faillite, on a eu des discussions difficiles mais on l’a fait.

Quand il s’est agi de sauver l’Irlande dont les établissements financiers avaient commis des erreurs considérables, on a eu des débats difficiles, mais finalement, on a sauvé l’Irlande.

Et aujourd’hui, alors qu’il s’agit de sauver la Grèce, nous avons, une première fois, pris nos responsabilités en apportant à la Grèce le soutien financier dont elle avait besoin ; on est en train de le prendre une deuxième fois, et ce sera effectif dans les prochains jours, pour peu que les Grecs fassent les efforts nécessaires pour assainir leurs finances publiques et nous savons que, depuis hier soir, leur Parlement en ayant décidé ainsi, l’Europe et le FMI vont pouvoir continuer à aider la Grèce.



Voilà, malgré toutes nos difficultés, l’Europe avance.

Nous avons désormais un Fonds de garantie qui a été mis en place pour venir en aide aux pays qui seraient en difficulté à l’avenir. Nous avons mis en place, après beaucoup de difficultés, des règles beaucoup plus strictes, beaucoup plus rigoureuses pour sanctionner les Etats qui ne respecteraient pas les critères nécessaires au maintien d’une monnaie européenne forte.

Nous avons commencé à poser les bases d’un gouvernement économique européen. Oh, c’est très difficile, il faut y aller avec beaucoup de prudence, il y a beaucoup de résistance et c’est bien normal, compte tenu du nombre de pays qui composent la zone euro, mais souvenez-vous simplement – et je reviens à Georges POMPIDOU – qu’avant Georges POMPIDOU, les chefs de gouvernements européens ne se réunissaient jamais.

Il n’y avait jamais de contacts entre les chefs d’Etat de l’Union européenne ! De ce qu’on appelait à l’époque, la Communauté économique européenne ! Il y avait des réunions de ministres – je ne veux pas dire que les ministres, ce n’est pas grand chose mais enfin les ministres, ce n’est pas eux qui décident tout – il y avait la Commission ; il n’y avait jamais de réunion des chefs de gouvernement.

C’est Georges POMPIDOU qui, le premier, a eu l’idée de créer une réunion régulière des chefs de gouvernement pour piloter l’Europe, la Communauté européenne. Puis c’est devenu le Conseil européen. Et puis le Conseil européen dans le Traité de Lisbonne, s’est vu coiffé par un président de l’Union européenne qui est désormais élu pour cinq ans. Voilà, tout cela est long, tout cela est difficile, mais en même temps, on voit bien que l’Europe sort renforcée de toutes les crises qu’elle a eu à affronter.

Voilà ce que je voulais, ce soir, vous dire, Mesdames et Messieurs, vous qui êtes au contact de cette Asie qui est en pleine effervescence.

Vous offrez de la France, un visage innovant, un visage ouvert sur le monde. et c’est pour que vous ayez toute votre part à la représentation nationale que nous avons décidé, avec le Président de la République et la majorité, de répondre à une demande formulée depuis trente ans, en faisant en sorte que désormais, les Français vivant à l’étranger aient une représentation à l’Assemblée Nationale, puisque, à partir des prochaines élections législatives, vous serez représentés non seulement par des sénateurs des Français de l’étranger, mais vous serez aussi représentés à l’Assemblée nationale par 11 députés, et vous aurez même la possibilité de voter par le biais d’Internet, ce qui est une exception.



Enfin, depuis hier, innovation du remaniement, vous avez même un Secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger, en la personne d’un champion olympique de judo, David DOUILLET, qui aura pour mission de venir vous rencontrer, d’écouter les demandes qui sont les vôtres et d’apporter les réponses que l’Etat français doit apporter.

Cette réforme, Mesdames et Messieurs, c’est une marque de reconnaissance à l’égard de votre action et c’est le signe que nous sommes fiers que la France soit représentée en Indonésie par des citoyens audacieux.



Et je ne peux pas terminer ce propos avec vous sans avoir une pensée pour les deux otages français qui ont été libérés, qui sont arrivés ce matin sur le sol français, sur la base de Villacoublay où ils ont été accueillis par le Président de la République et son épouse, par leur famille, par tous leurs amis. Depuis plus de 580 jours je crois, le gouvernement français se battait pour essayer d’obtenir leur libération.

C’était une manœuvre extrêmement difficile, sur un territoire, le territoire afghan, fort complexe, complexe par sa géographie, mais complexe surtout par l’éclatement des groupes politiques, des groupes ethniques qui le dirigent, pour assurer la libération de ces deux journalistes, je veux dire devant vous que nous n’avons reculé devant aucun effort. Les diplomates, naturellement, étaient mobilisés, les militaires français étaient mobilisés, mais surtout – et je voudrais une nouvelle fois leur rendre hommage – ce qu’on appelle les hommes et les femmes de l’ombre, ceux qui œuvrent pour la sécurité de nos concitoyens sans qu’on les connaisse, ce qu’on appelle les « Services », ont pris beaucoup de risques. Beaucoup de risques pour aller au contact des ravisseurs, beaucoup de risques personnels, beaucoup de risques physiques pour essayer d’établir un dialogue avec ces ravisseurs, et puis ensuite pour négocier avec eux la libération de ces otages et je voudrais avoir une pensée pour ces hommes et ces femmes qu’on ne voit jamais et qu’on ne remercie jamais, comme je voudrais avoir une pensée pour les Français qui restent encore otages, que ce soit au Sahel, que ce soit au Proche-Orient, que ce soit au Yémen ou en Somalie.

Il y a encore des Français qui sont en danger, et je veux vous dire que le gouvernement est mobilisé pour obtenir leur libération.



Vive la République, vive la France.

 

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 09:50

 

François FILLON s'est rendu à Verdun (Meuse) pour la commémoration du 95ème anniversaire de la bataille de Verdun le Dimanche 26 juin 2011.

 

 

Monsieur le ministre,

Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus,

Messieurs les officiers généraux,

Monseigneur,

Mesdames, Messieurs,

 

Le soldat Biron avait 31 ans, et on l’évacuait de Verdun, lorsqu’il écrivit la lettre suivante :

« Ma chère mère,

Par quel miracle suis-je sorti de cet enfer ? Je me demande parfois s’il est bien vrai que je suis encore vivant. Nous sommes montés mille deux cents, et redescendus trois cents. Pourquoi suis-je de ces trois cents, je n’en sais rien. (…) Personne ne pourra jamais savoir par quelles transes et quelles souffrances horribles nous avons passé. (…) huit jours sans manger et presque sans boire, huit jours à vivre au milieu d’un charnier humain, couchant au milieu des cadavres, marchant sur nos camarades tombés la veille. Ah ! J’ai bien pensé à vous, durant ces heures terribles. »

Le 11 septembre 1916, à l’hôpital de Chartres, Gaston Biron mourait de ses blessures.

 

 

Il existe tant de lettres comparables, tant de lettres d’amour et d’adieux écrites en enfer, et chacune d’entre elles pouvait être la dernière.

Un matin, l’épouse, les parents, découvraient la missive officielle et l’atroce nouvelle, puis venait le temps de l’absence, du deuil, et parfois de la course éperdue pour savoir, pour comprendre, pour accepter.

 

Trois raisons m’ont conduit à laisser à un «poilu» les premiers mots de cette allocution.

La première est symbolique. Elle tient au respect des morts, à l’ombre dans laquelle leur héroïsme nous relègue, à la préséance éternelle que le sacrifice leur a acquise.

La deuxième est historique. Depuis la mort de Lazare Ponticelli, en mars 2008, il n’y a plus de combattants français de la Grande Guerre. Les soldats de Verdun ne vivent plus qu’à travers nous. Il nous incombe de relayer leurs voix, de perpétuer leur témoignage.

La troisième, enfin, vient du cœur : elle vient du choc que m’inspirent les lettres retrouvées des soldats, leur nombre, leur fièvre, leur anxiété.

 

 

 

A Verdun la guerre n’avait donné lieu à cette rage d’écriture, à cette profusion de courriers, de récits poignants, de notes griffonnés du bout du crayon, sous les balles, sur un coin de planche, à la veille du dernier assaut.

A Verdun, le soldat écrit pour prouver qu’il reste humain.

A sa femme, à ses enfants, pour se convaincre qu’il peut encore aimer. A ceux de l’arrière, pour leur dire qu’il est toujours là, qu’il tient, qu’il reste aussi capable de s’indigner.

Aux vivants, pour crier qu’il appartient encore à leur monde – quand chaque jour qui passe lui donne de nouveaux défis et de nouveaux motifs d’en douter.

 

Le 21 février 1916, comme un symbole, le premier obus allemand tombe dans la cour de l’évêché de Verdun.

En 24 heures, un million d’autres le suivent, formant ce que le commandement allemand nomme un feu «en roulement de tambour». Un million d’obus qui ressemblent déjà à une fin du monde et qui ne sont, en réalité, que les prémices de neuf mois d’affrontements.

 

 

Le 24 février, le général de Castelnau arrête les troupes allemandes sur la rive droite de la Meuse, mais il ne peut empêcher que le lendemain, le fort de Douaumont, le plus vaste de la région, tombe sans combats.

 

Très vite, la bataille s’enlise. Elle était mobile, elle devient statique.

On n’avance plus, on s’arc-boute, on s’enterre, on se rencogne dans des abris qu’on imagine provisoires.

Les semaines passent.

Le provisoire s’éternise. L’approvisionnement tarde.

Les tirs d’artillerie fixent chaque camp dans ses boyaux, dans ses casemates de fortune. La tranchée devient un tombeau, dont on n’émerge que pour tenir et pour mourir.

Les hommes perdent leur vie dans des offensives de dix mètres, au gré desquelles on conquiert un fossé, un talus, un parapet qu’on perd le lendemain. Dans les deux camps, tout se défait et s’épuise – pugnacité, force d’âme, soif de revanche.

 

Pour forcer le destin, on masse toujours plus de troupes.

 

En avril, 500 000 Français se tiennent au coude à coude, du Mort-Homme à Châtillon. 500 000 soldats sur lesquels les tirs de mortiers projettent une grêle continue de boue et d’éclats.

Sous les explosions, la terre semble fondre. Ses formes se creusent, s’arasent, se soulèvent par vagues.

Des unités entières se dissolvent avec elle, comme aspirées par les cratères des bombes.

 

En première ligne, les nouvelles unités perdent en moyenne le quart de leur effectif le premier jour. 10 000 fantassins tombent pour défendre la cote 304 – une crête si dérisoire qu’elle n’a même pas de nom.

Pour les remplacer, on organise le «tourniquet des combattants».

Sur la Voie Sacrée, route unique, décisive, mal empierrée, le commandant Girard et le capitaine Doumenc envoient 6 000 camions par jour.

Des 330 bataillons de l’infanterie française, 259 se relaient.

Valides et mutilés se croisent dans la même noria.

La relève permanente masque l’échec d’une stratégie. Depuis longtemps, à Verdun, il n’y a plus de triomphe possible. Victoire et défaite sont indistinctes.

 

Le général Mangin croit reprendre le fort de Douaumont le 22 mai. Il le perd le 24.

Le 11 juillet, Falkenhayn pense détruire le fort de Souville. Le 12, les mitrailleurs du fort brisent son ultime assaut.

Lorsque le 2 novembre 1916, Nivelle, ayant investi le fort de Vaux, repousse les Allemands sur leurs lignes initiales, la bataille a fait près de 800 000 morts, disparus ou blessés.

 

Mesdames et messieurs,

La guerre ne commençait pas à Verdun, où elle ne devait d’ailleurs pas finir.

Dès 1914, la France avait connu la bataille de la Marne.

En 1915, l’armée avait souffert en Artois, en Champagne.

Fin 1916, elle combattrait sur la Somme, plus meurtrière encore...

Pourtant, c’est à Verdun que la Première guerre mondiale a gravé son horreur dans l’esprit des peuples européens. Et c’est ici, devant ce saillant, sur cette rive de la Meuse, que leurs angoisses les plus terribles ont pris corps.

Parce que la guerre des tranchées était monstrueuse, informe, terrifiante d’indécision.

 

Parce que la guerre moderne – celle des gaz, des lance-flammes, des premiers avions – semblait faite pour accuser encore la fragilité dérisoire de l’homme.

De la mêlée, beaucoup ne revinrent pas; et ceux qui revinrent, revinrent trempés par l’épreuve, brisés aussi.

Les uns avaient perdu leurs membres, leurs poumons, leur visage; d’autres - qui n’étaient pas moins atteints – avaient perdu leur jeunesse.

Dans leurs familles, ils ramenaient la fierté, mais aussi le deuil et le silence.

Chaque survivant avait l’ombre d’un mort à son côté.

La France entière portait comme une blessure sa terrible victoire.

 

Verdun est l’une de ces batailles que la paix n’efface pas.

Ceux qui l’ont traversée ont voulu que leurs souffrances ne restent pas sans leçons.

Au cœur des combats, ils ont découvert la fraternité profonde de ceux qui risquent leurs vies ensemble.

Héros, ceux qui s’élancèrent sous les balles avec la certitude qu’un compagnon sur quatre serait fauché.

Héros, ceux qui feignirent la confiance, pour ne pas gagner les autres à leur désespoir.

 

Héros ceux qui se battirent pour la victoire sans perdre leur âme.

 

La paix venue, ils ont voulu qu’on honore le soldat et refusé qu’on exalte la guerre.

Mieux encore : dans ces Allemands qu’à vingt mètres d’eux, ils entendaient vivre, parler, chanter - et sur lesquels ils devaient pourtant faire feu - ils ont reconnu des frères.

 

Ils ont crié : plus jamais ça ! Et leur cri a été entendu.

Nous savons que leur pacifisme n’a pas empêché le retour de la guerre.

Mais nous savons aussi que Verdun reste, dans nos consciences, l’une des pierres d’angle de la réconciliation européenne.

 

La France enracine à Verdun une part de sa légende.

Elle entretient avec les traces de la guerre, avec les blessures du paysage, avec les croix des cimetières militaires, avec les monuments et les mémoriaux, avec les vestiges de la fureur passée le dialogue d’un pays qui ne veut ni oublier, ni répéter ses drames.

 

 

Je veux remercier ceux qui entretiennent la mémoire de ces lieux et celles de nos braves.

Dans trois ans, le centenaire du déclenchement de la Première guerre sera l’occasion de commémorer, avec une solennité particulière, leur courage et de méditer leurs avertissements.

 

Dès à présent, l’œuvre mémorielle se renouvelle dans nos villes, dans nos villages, et sur les sites des combats.

Avec le temps, l’attachement des Français à leurs lieux de mémoire évolue. S’ils viennent à Verdun, ce n’est plus sur les traces d’un père ou d’un grand-père, mais c’est à la rencontre d’un patrimoine bouleversant.

L’Etat s’engage pour que ce patrimoine soit respecté, qu’il soit entretenu, qu’il soit expliqué.

 

En 2009, il a conclu avec le département de la Meuse, un accord cadre relatif au tourisme de mémoire. Cette année, il contribuera à la mise en place une nouvelle signalétique des sites militaires et de la Voie Sacrée.

Ici même, à Douaumont, il poursuivra son soutien pour mener à bien la restauration de l’ossuaire et d’ici 2014, conduira celle de la Nécropole.

Enfin, il appuiera d’autres chantiers: la refondation du mémorial-musée de la bataille de Verdun ; l’ouverture au public des forts de Vaux et de Douaumont, dont l’État vient de transférer la propriété au Conseil général ; la mise en valeur de la « tranchée des baïonnettes », ce lieu symbolique autour duquel le mythe et la vérité agitent encore tant de débats.

 

L’homme a vécu à Verdun l’une des pires épreuves de sa condition mortelle. Ici, plus que sur aucun front, il a vu sa raison déchirée sur les barbelés. Ici, plus qu’en aucun combat, son abnégation l’a porté au sacrifice.

Nulle part on n’a tant obtenu du courage de tant d’hommes. Et nulle part la vaillance et la désespérance ne se sont si douloureusement entremêlées.

 

Mesdames et messieurs,

Peut-on aujourd’hui, en ces temps de paix, ces temps où nul adversaire ne nous menace d’invasion, ces temps où le bonheur de la vie est légitimement célébré, oui peut-on prononcer devant toutes ces tombes, le mot: «merci».

Les plus sceptiques diront que cette reconnaissance se perd dans le vent.

Ils diront que mes mots ne ressuscitent personne, qu’ils ne sauvent pas tous ceux qui auraient dû être épargné il y a 95 ans.

Et pourtant, je les prononce.

Je les prononce pour chaque homme tombé pour la France, tombé pour l’honneur, tombé sous les ordres, tombé pour les copains, tombé pour une raison intime qui ne tenait plus qu’à un fil.

Je les prononce en imaginant que la terre de Verdun porte encore un peu de la vie de tous ceux qui n’en revinrent pas.

Je prononce ces mots, pour nous, bien vivants, si vivants et parfois insouciants devant le sacrifice de ceux qui périrent sous le feu dans l’espoir que nous n’ayons jamais à choisir entre la servitude et l’hécatombe.

Parce que la guerre de 1914-1918 fut une épreuve atroce, certains voudraient que le temps nous en libère. Mais les Français sont-ils prisonniers de leur mémoire ?

Non, ils ne le sont pas, et je veux, bien au contraire, qu’ils en soient les gardiens.

 

La France salue ceux de Verdun. Elle salue ses poilus à qui elle doit sa liberté.

Sous leur regard, elle salue la paix reconquise.

Vive la République ! Vive la France !

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 09:22

 


François FILLON répond à une question sur l'aide à la Grèce de Pierre LEQUILLER lors des questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale le mercredi 22 juin 2011. 

 

 

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Monsieur le président de la Commission des Affaires européennes

 

 

Depuis le début de la crise des dettes souveraines, l'Europe a montré finalement malgré toutes les difficultés qui sont inhérentes à sa structure,au nombre des ses membres, une grande capacité de réactivité, d'adaptation, et nous avons pu faire preuve de solidarité. Nous avons trouvé des solutions à la crise portugaise, nous avons trouvé des solutions à la crise irlandaise, nous avons mis en place de nouveaux instruments de solidarité financière. Nous avons fait des pas, sans doute insuffisants, mais qui constituent une avancée très importante dans le sens d’une plus grande discipline budgétaire des Etats membres de la zone euro, et surtout dans le sens de la mise en place d'un véritable gouvernement économique de cette zone euro. Eh bien je vous le dis, nous serons solidaires de la Grèce, nous l'avons déjà été une première fois, en apportant notre concours, et je voudrais remercier le Parlement français qui, dans une très grande unanimité, a soutenu (protestations sur les bancs de l’opposition, ndlr)- j'ai dit très grande, cela veut dire qu'elle n'est pas totale, elle n'est pas totale… J'essayais de vous faire passer pour des gens généreux, mais j'ai échoué, je ne recommencerai pas.

 

Eh bien nous sommes décidés à faire preuve de nouveau, de solidarité avec la Grèce, à condition bien sûr que la Grèce poursuive ses efforts de redressement, et que la Grèce tienne tous les engagements qu’elle a pris devant la communauté internationale. De ce point de vue, le vote du Parlement grec hier soir, qui a approuvé de nouvelles mesures de consolidation budgétaire et un programme ambitieux de privatisation, va permettre de lever les obstacles qui subsistaient au versement d’une nouvelle tranche d’aide venant des pays européens et du Fonds monétaire international, qui aura lieu au début du mois de juillet.

 

Nous sommes solidaires de la Grèce, mais en étant solidaires de la Grèce, finalement, nous défendons notre monnaie et nous défendons la stabilité des institutions financières. Je veux le dire très solennellement, ce n’est pas au moment où il y a une véritable reprise économique en Europe, où il y a une véritable reprise économique dans le monde, que nous pourrions prendre le risque de créer par nos décisions une nouvelle crise financière. En tout cas c’est le sens de l’accord qui est intervenu entre la France et l’Allemagne cette semaine et c’est la tâche du Conseil européen, qui se réunira demain, que de le confirmer.

 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 11:53

 


François FILLON visite le 49ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget le jeudi 23 juin 2011. 

 

 

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais faire un point sur la visite que je viens de faire du salon de l’Aéronautique. J’étais venu en 2009, le contexte était extrêmement morose puisque nous étions en pleine crise économique. Et deux ans après, le contexte a complètement changé, les perspectives sont bien plus favorables. Entre le moment où cette note a été écrite et le moment où je m’exprime, tous les chiffres sont explosés. Airbus a pris près de 800 commandes et engagements, je crois qu’il y a déjà plus de 47 milliards de commandes enregistrées contre 13 milliards en 2009. C’est le signe que la reprise économique est là et c’est le signe que nos entreprises peuvent aborder 2012 avec confiance.

 

Derrière cette confiance, c’est l’unité européenne qui est récompensée, ce sont des entrepreneurs qui ont su surmonter les difficultés, qui ont su repartir à la conquête des marchés mondiaux, et qui ont su faire preuve d’innovation avec une main-d’œuvre qualifiée, motivée, des ouvriers aux ingénieurs.

 

Les efforts que nous avons entrepris depuis le début de la crise portent leurs fruits.

Et si on parle souvent des mesures qui ont bénéficié à l’industrie automobile, on parle moins de celles qui ont permis à l’industrie aéronautique de passer le creux de la crise. Je viens de visiter les stands des grands acteurs de notre industrie, nous avons toutes les raisons d’en être fiers, je pense à l’A400M, je suis certain que cet avion permettra de répondre aux besoins opérationnels des armées de l’air dans le monde entier.

C’est la démonstration, malgré des difficultés liées au nombre des partenaires de ce programme, c’est la démonstration que la voie européenne, la voie de la coopération est la seule qui puisse permettre à l’industrie aéronautique européenne de continuer à se développer et à innover. Dans les opérations que nous menons actuellement en Libye aux côtés de nombreux pays, les qualités du Rafale et de ses armements sont reconnues. Et tout milite pour que nous accentuions nos efforts en matière d’exportation.

 

Cette fierté à l’égard de notre industrie aéronautique elle doit être partagée avec les PME.

J’ai tenu à m’entretenir avec plusieurs de leurs représentants.

La créativité des PME, le dynamisme des PME sont les meilleurs garants d’un succès qui est celui de toute la filière, et qui ne peut se construire que grâce à la synergie entre les acteurs.

C’est d’ailleurs pour favoriser une relation plus équilibrée entre les grands groupes et les fournisseurs que nous avons créé le comité stratégique de filière aéronautique en septembre dernier.

Ce comité se réunira, avec Eric BESSON, cet après-midi, notamment pour travailler sur la question de la structuration de la sous-traitance, qui est un enjeu majeur pour tout le monde.

 

L’aéronautique, je le disais à l’instant aux responsables des entreprises avec lesquelles je m’entretenais, c’est à la fois une passion française, mais c’est une passion française qui a débouché sur la création d’un moteur essentiel en matière de croissance économique.

 

C’est un secteur dont le dynamisme est très largement porté par l’export : en réalité c’est les trois quarts de l'activité du secteur aéronautique qui sont à l'export. Ce qui me permet de dire devant vous, au moment où s'ouvrent tous ces débats sur la mondialisation, que la mondialisation peut réussir à l'industrie française et à l'industrie européenne, et que nous n'avons pas de raison de la redouter, nous avons au contraire toutes les raisons d'avoir confiance dans l'ouverture de ces marchés, pour peu que nous continuions à faire les efforts nécessaires de compétitivité, d'innovation, de création, de recherche, pour rester au premier rang.

Le renforcement de la compétitivité, c'est la priorité absolue du Gouvernement, nous sommes engagés à l'origine de la filière aéronautique, nous sommes engagés par les programmes publics qui ont été lancés, par les soutiens qui ont été mis en place à ces programmes, mais nous avons aussi beaucoup contribué ces dernières années à améliorer la compétitivité de cette économie, de cette industrie, notamment avec le Crédit d’impôt recherche qui a changé l’image de notre pays pour les investissements de recherche, et qui profite évidemment beaucoup à l'industrie aéronautique.

 

Le programme des investissements d’avenir, c'est le deuxième levier que nous avons mis en œuvre, apporte également un soutien sans précédent à la recherche.

Le Président de la République, lundi dernier en inaugurant le salon, a annoncé les premiers projets retenus.

Il y a déjà plus de 1,2 milliards de crédits qui ont été alloués à l’aéronautique civile et 500 millions pour l’espace.

Tous les secteurs en bénéficient, qu’il s’agisse des démonstrateurs technologiques ou de programmes plus directement opérationnels.

Nos structures de recherche et de développement sont également les bénéficiaires de ce programme, je pense en particulier aux pôles de compétitivité.

 

Et enfin, sur les six instituts de recherche technologique qui ont été retenus en mai dernier, deux concernent l'aéronautique : l’Institut de recherche technologique EASA à Toulouse, qui va accueillir des projets à hauteur de 600 millions d’euros et l’Institut de recherche technologique Jules Verne à Nantes, consacré aux matériaux composites, qui va comprendre un très large volet aéronautique.

 

Je veux insister sur le fait que ces investissements d’avenir constituent d’abord un acte de foi dans le développement de l’industrie française, dans le développement de notre recherche et de l’innovation dans notre pays mais c’est aussi une révolution culturelle dans la manière d’apporter les aides d’Etat aux laboratoires de recherche et aux entreprises. Ces aides d’Etat ont été apportées sur la base de jurys totalement indépendants qui ont choisi les meilleurs projets. Quand on est dans une situation de pénurie d’argent public et qu’on est dans une situation de compétition internationale extrêmement rude, on n’a pas le droit de dépenser un euro pour autre chose que les projets les meilleurs. C’est l’excellence qui doit attirer l’argent public.

 

Dans le passé, les critères d’aménagement du territoire, les critères politiques, le critère d’égalité qui est tellement défendu dans notre pays ont conduit parfois à saupoudrer, à gaspiller de l’argent public sur des projets de recherche, sur des projets d’innovation, sur des projets industriels qui n’étaient pas au niveau de la compétition internationale. Moi, je suis très fier de pouvoir dire à tous ceux qui me remettent des missives, me téléphonent pour défendre leur projet que je n’interviendrai jamais, que personne n’interviendra jamais, que seuls seront choisis les projets qui auront réussi à passer l’examen de ces jurys.

 

Depuis 2007, nous avons agi avec beaucoup de détermination pour soutenir le développement de notre outil industriel, je pense aux aides de la DGAC, je pense au soutien d’OSEO aux PME qui a été considérablement accru, et puis je pense à l’intervention du Fonds stratégique d’investissement dont on a vu aujourd’hui un exemple au cours de cette visite qui a permis à plusieurs entreprises de ce secteur de passer un cap difficile ou d’aborder dans de meilleures conditions de nouveaux développements. Nous voulons inscrire cet effort avec la mise en œuvre de ce fonds stratégique dans la durée  et je veux dire que le Gouvernement l’assumera complètement. Voilà, pour dire une nouvelle fois l’admiration qui est la nôtre pour l’industrie aéronautique de notre pays. Dans quelques minutes je vais m’envoler pour Bruxelles et je veux dire que c’est avec des projets majeurs, comme Airbus, comme Ariane, qu’on rend l’Europe plus forte, qu’on la rend plus concrète pour nos concitoyens. Ce sont des projets qui nous rappellent que dans la compétition internationale, la France et l’Europe ont toute la capacité pour être à l’offensive en tout cas, c’est la leçon que je tire de ce remarquable Salon du Bourget qui a démontré d’abord une nouvelle fois que c’était le plus grand salon aéronautique du monde mais surtout qu’il était soutenu par une industrie aéronautique française et européenne qui est au premier rang. Si vous avez des questions, je suis prêt à y répondre.

 

 


 

François FILLON répond aux questions de la presse.

 

Questions-réponses

 

Journaliste AFP 

Monsieur le Premier ministre, Bonjour. Vous avez visité un certain nombre d’équipements militaires, vous me permettrez donc d’en venir directement à l’Afghanistan. Le Président de la République a annoncé dans un communiqué un retrait progressif d’Afghanistan manifestement comparable en termes d’échéance avec les Etats-Unis. Est-ce que vous pouvez nous donner un petit peu plus de précisions et est-ce qu’on pourrait avoir votre réaction aussi à la déclaration de l’opposition qui parle d’aveu d’échec de la part du pouvoir.

 

François FILLON

Quelle est la stratégie que nous avons suivie avec nos alliés en Afghanistan avec nos alliés américains en particulier ? C’est une stratégie de montée en puissance des forces afghanes pour qu’elles soient capables d’assurer la sécurité de leur pays et pour qu’elles soient donc capables de permettre le retrait progressif et ordonné des forces alliées. C’est la stratégie qui a été développée depuis plusieurs années .C’est celle qui a justifié le renforcement des moyens français en particulier, qui ont été décidés et soutenus par la majorité parlementaire. Cette stratégie, elle donne des résultats. Et il est normal - et c’est la décision qui a été prise par le Président OBAMA, c’est le sens de l’entretien que le Président OBAMA a eu hier avec le Président SARKOZY - il est normal, au fur et à mesure que cette stratégie donne des résultats que les alliés réduisent le nombre de leurs forces en Afghanistan.

J’ajoute que la mort de BEN LADEN et la désorganisation d’Al-Qaïda qui était un des objectifs de la campagne initiale conduite en Afghanistan est un élément qui vient renforcer cette perspective. Et donc la France naturellement - puisque la France est dans une alliance, cette alliance est largement dominée par les Etats-Unis en nombre - s’agissant de leur engagement, la France va engager le retrait de ses forces dans les mêmes proportions et, grosso modo dans le même calendrier que les Etats-Unis.

 

Les critiques de l’opposition n’ont pas beaucoup de sens. Je rappelle d’abord que cette opération, enfin la participation française aux opérations en Afghanistan, a été décidée à une époque où l’opposition était au pouvoir. Les conditions n’ont pas changé en fonction du résultat des élections en France. Et par ailleurs, il est normal que la France dans cette opération conduise sa stratégie en liaison étroite avec les Etats-Unis ; nous sommes dans une Alliance, c’est un dispositif allié qui a été mis en place, et il y a une grande cohérence dans la décision qui vient d’être annoncée par le Président de la République.

 

Journaliste France Inter

 Vous avez souligné  le succès d’Airbus avec plus de 700 commandes prises au cours de ce Salon, aucune commande pour le Rafale. Quelle est votre analyse de la situation, et que vous a-t-on dit chez Dassault à ce propos ?

 

François FILLON 

Les besoins du monde en avions de combat ne sont pas exactement les mêmes qu’en avions de transport, heureusement. Le succès d’Airbus est remarquable, et le chiffre que vous venez de citer est déjà largement dépassé puisque Monsieur GALLOIS me parlait de 800 à l’instant. S’agissant du Rafale, nous faisons tous nos efforts pour aider Dassault Aviation à commercialiser cet avion .C’est évidemment difficile, parce qu’il s’agit d’un avion de très haut niveau technologique, donc d’un avion qui implique un investissement, à la fois financier et un investissement en termes de technologie, de capacité à mettre en œuvre son système d’armes, qui est réservé à quelques pays qui en ont les moyens. Par ailleurs, la compétition avec les Etats-Unis est extrêmement rude, et donc nous ne dissimulons aucune de ces difficultés, mais les discussions que nous avons engagées avec plusieurs pays sont toujours en cours, et nous avons bon espoir de pouvoir réussir à exporter le Rafale dans l’un ou l’autre de ces pays dans les prochaines semaines ou dans les prochains mois. Voilà, je vous remercie beaucoup.

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 10:16

 

François FILLON Inaugure le monument à la mémoire du corps expéditionnaire russe de la Première guerre mondiale au Pont des Invalides, le mardi 21 juin 2011.
 

Mesdames et Messieurs,

Nous voici réunis pour célébrer ce qui est au cœur de l’amitié que se vouent la France et la Russie : leur fraternité d’armes, forgée dans les combats que nos deux nations ont menés ensemble pour la liberté, lors des deux grands conflits du XXe siècle.

Nous connaissons bien l’épopée du régiment Normandie-Niemen qui a vu des aviateurs français engagés sur le front russe aux côtés des militaires soviétiques lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Et vous avez honoré cet épisode glorieux, Monsieur le Premier ministre, en inaugurant à Moscou en octobre 2007, avec le Président de la République, le monument qui témoigne de la grandeur de ces faits d’armes.

Aujourd’hui, à Paris, c’est avec la même ferveur que nous célébrons une autre page, tout aussi glorieuse mais beaucoup moins connue, de notre histoire commune.

Elle s’est écrite sur la terre de France, pendant la Première Guerre Mondiale, par des soldats russes qui vinrent se battre aux côtés des Français.

Ils furent plus de 20 000, soldats et officiers, choisis parmi les meilleurs. Ils venaient de Moscou, d’Ekaterinbourg ou de Samara. Après un long périple à travers la Sibérie et la Chine, après avoir franchi le Golfe d’Aden et le Canal de Suez, les premiers d’entre eux débarquèrent à Marseille au printemps 1916. D’autres brigades arrivèrent ensuite à Brest et la Rochelle, en provenance d’Arkhangelsk.

Ils défilèrent sous les acclamations des Français, avant de partir pour le front, dans l’un des moments les plus meurtriers de la guerre.

Leur engagement démontrait la fidélité de la Russie à son alliance avec la France. Au nom de cette fidélité, comment ne pas rappeler l’immense sacrifice des troupes russes sur le front de l’est, qui fut pour nos armées alliées un soutien inestimable ?

A leur arrivée, les 20 000 hommes du corps expéditionnaire russe furent rassemblés dans l’Aube où le général JOFFRE les passa en revue. Ils montèrent en ligne en Champagne à partir de l’été 1916, et en avril 1917 l’ensemble des régiments participa à l'offensive Nivelle. Ils attaquèrent les positions allemandes au nord-ouest de Reims. Ils s’emparèrent de plusieurs sites stratégiques et surent tenir ces positions. Ils capturèrent un millier de prisonniers.

Ils furent ensuite relevés par des unités françaises, après avoir perdu 8000 hommes, tués, blessés ou disparus.

Pour ces faits d'armes, pour leur héroïsme, les troupes russes furent citées à l'ordre de l'armée.

Mais entre-temps, leur patrie était entrée dans une période de crise et de déchirement. Le Tsar avait abdiqué. La révolution était en marche. Après les attaques du front de Reims, le contingent évacué puis regroupé à l’arrière des lignes se scinda entre communistes et loyalistes, partisans du Gouvernement KERENSKY.

Après la prise du pouvoir par les bolcheviks, la plupart d’entre eux fut rapatriée à Odessa en 1919. Mais une poignée de soldats, 400 hommes, décida de rejoindre l’armée française et d’y former une légion russe. Ils s'illustrèrent en 1918 dans les batailles de la Somme et du Chemin des Dames.

Citée deux fois à l'ordre de l'armée, cette petite unité reçu le nom de «Légion russe d'honneur».

De nos jours, trop peu de nos concitoyens, aussi bien en France qu’en Russie, connaissent cette épopée. Le temps était venu de rendre solennellement hommage au courage de ces soldats, eux qui combattaient en portant le casque français frappé de l’aigle bicéphale.

Beaucoup trouvèrent la mort loin de leur patrie et reposent dans la terre de France qu’ils ont contribué à sauver de l’envahissement.

Sur une proposition de Frédéric MITTERRAND, Vladimir POUTINE et moi étions convenus à la fin de 2009 d’ériger un monument à leur mémoire avec le soutien de la ville de Paris.

Cette œuvre réalisée par l’artiste russe Vladimir SOUROVTSEV prend place dans un site qui est depuis longtemps un véritable lieu de mémoire de l’amitié franco-russe.

A quelques mètres, il y a le Pont Alexandre III, dont la première pierre fut posée par le Tsar en 1896, et bientôt sera bâti le Centre culturel et spirituel russe qui se dressera de l’autre côté de la Seine, sur le Quai Branly.

Il y a 95 ans, ici même, devant le Petit et le Grand Palais, un détachement de ce corps expéditionnaire participa au défilé du 14 juillet 1916, et reçut l’hommage fervent de la foule parisienne.

Aujourd’hui, ce monument contribue à rendre à ces hommes la place qu’ils méritent dans notre histoire. Il préserve la mémoire des soldats russes qui payèrent de leur vie leur engagement au service de notre liberté. Ces braves symbolisent notre fraternité d’armes, et au-delà, ils symbolisent, Monsieur le Premier Ministre, l’unité retrouvée du continent européen.

Vive la France ! Vive la Russie ! Vive l’amitié franco-russe ! Et vive l’amitié franco-russe.

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 09:27

 

François FILLON s'est rendu à La Mure (Isère) pour un déplacement sur le thème de l’action de l’Etat dans les territoires, en présence de Claude GUEANT le Lundi 20 juin 2011.

 

 

Mon cher Fabrice,

 

Après les visites à la fois passionnantes et émouvantes, simples, que nous avons effectuées à l’instant avec Claude GUEANT, au fond, ce discours est assez superflu. Cette visite que j’avais voulue pour illustrer la politique de proximité de l’Etat est parfaitement symbolisée par les haltes que nous avons faites sur les projets de la commune de La Mure.

 

Je voudrais remercier tous les élus qui ont accepté de participer à cette journée qui incarne le respect que la République se porte et je voudrais, en particulier, remercier le président du Conseil général de sa présence.

Enfin, je voudrais dire à Fabrice que je savais, en venant à La Mure, que je serais impressionné, impressionné par son dynamisme, impressionné par son éloquence, impressionné par sa capacité à réaliser des projets qui peuvent parfois paraître sans doute aux habitants de La Mure, lorsqu’il les leur présente, inatteignables. Je veux juste lui dire que 27 ans, c’est un très bel âge, c’est celui auquel j’ai été élu maire de Sablé, auquel je suis rentré au Parlement. Voilà, je vous laisse simplement imaginer quel peut être l’avenir de Fabrice.

 

J’ai voulu venir à La Mure pour évoquer avec vous l’action de l’Etat dans les territoires. Si nous avons voulu, avec le Président de la République, engager des réformes profondes de notre pays, et au fond si nos concitoyens nous ont confié ce mandat, c’est pour remettre un certain nombre de structures anciennes au diapason des mouvements qui traversent notre société et qui traversent le monde qui nous entoure.

 

L’Etat est là pour soutenir l’ambition des territoires, leur activité économique, leur offre de service, leur offre culturelle, comme on a pu le voir tout à l’heure avec l’inauguration de cette magnifique médiathèque. Il doit être là aussi pour garantir l’égalité territoriale, la même sécurité, la même protection, la même santé, le même accès aux nouvelles technologies, pour tous nos concitoyens sans distinction.

 

Et pour répondre à tous ces enjeux, il est impératif que l’Etat se renouvelle, se renouvelle dans ses structures, dans son organisation.

On le voit bien avec l’exemple de la sécurité, nos territoires ont traversé des mutations très profondes, mais en même temps on est resté très longtemps figé sur des schémas, sur des organisations, sur des découpages entre police et gendarmerie, quasiment immuables. Eh bien, c’est cela que nous avons choisi de changer.

En inaugurant la gendarmerie de La Mure, je suis venu rendre hommage aux gendarmes et à l’ensemble des forces de sécurité qui sont engagées ces dernières années dans des évolutions qui sont des évolutions importantes et qui ont suscité naturellement bien des craintes et des critiques et des appréhensions.

Je suis venu leur dire toute la confiance et tout le respect que leur action, leur sens des responsabilités, leur dignité dans l’épreuve inspirent au Gouvernement et au-delà du Gouvernement, à l’ensemble de nos concitoyens. Je suis venu pour évoquer les enjeux du présent et de l’avenir que symbolisent d’une certaine façon les nouveaux bâtiments que nous avons vus tout à l’heure.

La loi Gendarmerie du 3 août 2009 est venue se substituer à une loi qui remontait au 17 avril 1789 et à un décret organique du 20 mai 1903. Eh bien, il fallait s’adapter aux réalités économiques et sociales. Il fallait répondre aux mutations de la délinquance. Il fallait resserrer les liens entre les gendarmes et les policiers.

 

Mais l'unité n'est pas l'uniformité. La Gendarmerie nationale a conservé dans la réforme son originalité, c'est-à-dire ce statut de force à statut militaire, au service de missions d'ordre civil en France, ou en opérations extérieures, comme ce fut le cas récemment en Haïti il y a un an ou tout récemment en Côte d'Ivoire, et je veux dire combien les gendarmes s'y sont particulièrement distingués. Je veux aussi évoquer l'Afghanistan, où près de 200 gendarmes assurent en ce moment même l'encadrement et la formation des futurs policiers afghans.

 

Avec le rapprochement entre la police et la gendarmerie, nous avons cherché à rationaliser des moyens dont nous savons qu'ils ne sont pas illimités. Mais surtout ce rapprochement relève d'une logique opérationnelle, parce que les deux forces sont appelées à lutter contre les mêmes phénomènes de délinquance. D'un côté la Police nationale a développé le concept de police d'agglomération, de l'autre la Gendarmerie met en place celui de police des territoires. Et l'objectif est simple : il s'agit d'assurer partout et pour chaque citoyen un niveau de sécurité identique, une même réponse en matière d'assistance, de prévention et de répression.

 

Sous l'impulsion du Président de la République et grâce à l'action qui est celle des gendarmes et des policiers, cette politique de sécurité a gagné en impact et elle a donné des résultats. Je n'ai pas besoin de rappeler les chiffres, je veux simplement dire qu’une politique de sécurité qui réussit c'est une politique qui fait reculer la délinquance, c'est une politique qui permet d'augmenter le taux d'élucidation des affaires, c'est une chaîne pénale qui fonctionne. Mais, nous sommes en face d'une délinquance qui évolue presque plus vite que les méthodes nouvelles que nous mettons en place, que les réformes que nous réalisons, que les adaptations qui sont les nôtres, et donc, il faut en permanence avoir présent à l'esprit cette nécessité d'adapter les structures, de faire appel aux technologies les plus modernes, comme on l'a vu tout à l'heure, tout en respectant les traditions et les valeurs qui sont celles de nos forces sécurité.

 

Je veux évoquer la lutte pour la Sécurité routière qui a connu elle aussi une évolution marquée, c'est un sujet évidemment extrêmement sensible, et je ne peux pas en venant ici dans ce département ne pas me souvenir du terrible accident de la descente de Laffrey il y a quatre ans, où étaient décédés des pèlerins polonais. Vous savez, en 1976, il y avait 20.000 morts sur les routes françaises. Il y a dix ans, il y avait encore 8.000 morts sur les routes françaises, et en 2010, on est passé pour la première fois en dessous des 4.000 morts, et 4.000 morts c'est encore beaucoup trop.

Je regardais les chiffres tout à l'heure pour votre département ; même s'ils sont en baisse, 27 décès, je crois, pour l'année passée, ce sont des chiffres qui sont considérables à l’échelle de notre pays et nous avons le devoir de continuer la lutte pour assurer la sécurité de nos concitoyens sur les routes.

Et assurer la sécurité de nos concitoyens sur les routes, c’est d’abord leur demander de respecter les règles. J’entends bien toutes les remarques et toutes les critiques de tous ceux qui sont confrontés, parce qu’ils roulent beaucoup, aux contrôles, mais enfin, les règles sont les mêmes pour tout le monde. Elles doivent être respectées, elles doivent être respectées parce qu’elles sauvent des vies, la limitation de la vitesse, le respect du code de la route, le respect des règles qui conduisent à ne pas prendre la route après avoir bu ou encore pire s’être drogué. Mais le respect des règles c’est aussi et tout simplement le respect de la vie en société. Et quand on commence à choisir les règles que l’on veut respecter et celles que l’on ne veut pas respecter, alors c’est l’ensemble de l’organisation de notre société qui est menacé.

 

Nous ne nous satisfaisons pas de ce bilan sur la sécurité routière comme sur la lutte contre la délinquance. On ne peut pas seulement produire des chiffres. Il faut répondre à l’attente légitime des Français dont l’insécurité mine la confiance dans l’avenir. Nous devons poursuivre notre effort face aux nouvelles formes de délinquance et nous devons continuer à chercher les solutions les plus efficaces et les modes de fonctionnement les plus pertinents.

 

C’est dans cet esprit que le ministre de l’Intérieur, Claude GUEANT, vient de donner des directives pour renforcer la synergie entre les forces et il s’est appuyé sur un certain nombre d’expériences qui ont été conduites et en particulier sur des expériences qui ont été conduites ici dans l’Isère. Il y a en effet des problématiques de sécurité communes à la police et à la gendarmerie qui demeurent dans les zones charnières entre les agglomérations, les territoires ou les départements c’est-à-dire entre les aires de compétences respectives des gendarmes et des policiers.

C’est l’objet de la coordination opérationnelle renforcée entre les agglomérations et les territoires que d’y remédier et le préfet de l’Isère, Eric Le DOUARON , en est l’un des promoteurs depuis sa prise de fonction, il y a près d’un an maintenant.

 

Cette coordination opérationnelle c’est un atout.

En Isère, les résultats sont là avec une délinquance qui continue d’enregistrer une baisse avec un taux de résolution des affaires qui progresse de près de 8 % par rapport à la même période en 2010. Mais la sécurité n’est pas le domaine exclusif de l’Etat. Les élus et leur police municipale sont tout particulièrement impliqués. Les contacts directs entre les maires, les gendarmes et les policiers ainsi que la coordination entre les polices municipales et les forces de gendarmerie ou de police nationale garantissent une sécurité globale qui bénéficie de tous les leviers d’action locaux.

 

Le renforcement du lien de confiance noué entre les forces de l’ordre et les habitants, permet également d’associer la population à sa propre sécurité. Il s’agit de promouvoir la solidarité citoyenne pour une meilleure sécurité de tous. Je veux dire que la sécurité c’est l’affaire des forces de sécurité, c’est l’affaire de la justice, c’est l’affaire des responsables publiques, mais c’est aussi l’affaire de chaque citoyen et c’est en éduquant ses enfants, c’est en veillant à ce qu’ils aillent à l’école, c’est en leur donnant l’exemple, s’agissant du respect des règles, y compris en matière de sécurité routière, que l’on participe à construire une société plus sûre.

 

Ce renouveau de notre politique de sécurité, il est à l’image de l’ambition de réforme qui nous anime depuis 2007. La France est un pays riche de traditions anciennes et profondes et cela n’est pas renier notre héritage que de les moderniser. Tout le monde reconnaissait l’enchevêtrement, la complexité accumulée au fil du temps de notre organisation territoriale. Tout le monde le reconnaissait, mais lorsque des habitudes sont en passe d’être bousculées, beaucoup préfèrent trouver soudain des vertus au statu quo. Est-ce qu’il fallait une fois de plus ne rien faire, ne rien changer pour ne bousculer personne ? Ca n’est pas l’esprit qui nous anime. Et nous avons engagé la loi sur la réforme des collectivités locales en 2010 et le tableau des effectifs des conseillers territoriaux vient d’être voté par le Parlement. C’est donc une réforme qui est maintenant en ordre de marche.

 

Dès 2014, le conseiller territorial sera l’acteur essentiel de cette nouvelle décentralisation. Elu dans un canton, ce sera un élu de terrain, c’est le conseiller territorial qui portera la voix de la Matheysine, à la fois à Grenoble et à Lyon. Et c’est par cet élu que la cohérence se fera entre le département et la région.

C’est une évolution d’autant plus essentielle que la répartition des compétences et des financements sera clarifiée, avec une clause de compétence générale maintenue pour les communes et une spécialisation des compétences des départements et des régions et la possibilité pour toutes les collectivités de s’investir dans des domaines nouveaux d’intervention non encore prévus par la loi, comme ce fut le cas pour les technologies de l’information et de la communication au cours des dernières années.

 

Cette réforme des collectivités locales produit déjà ses premiers effets, les tableaux de rationalisation de l’intercommunalité sont entamés sur l’ensemble du territoire.

La procédure d’élaboration des schémas départementaux de coopération intercommunale a été engagée.

Cette démarche accorde une place très importante au dialogue avec les élus. Je sais qu’ici en Isère cette concertation est intervenue très en amont, et je sais que l’association des maires y a joué un rôle très important.

 

Je sais aussi que dans la Matheysine, il y a un enjeu fort de rapprochement de trois intercommunalités, qui existent sur ce territoire du sud de l’Isère.

Ici comme dans d’autres départements, des élus ont regretté les délais d’élaboration du schéma qui leur paraissait court au regard des ambitions affichées. Ces délais ont été voulus par le Parlement, qui a souhaité que la rationalisation de l’intercommunalité soit achevée suffisamment longtemps avant les élections municipales de 2014. Et c’est donc la date du 1er juin 2013 qui s’impose, parce qu’elle a été votée par l’Assemblée nationale et le Sénat.

Mais j’ai déjà eu l’occasion de le dire et je veux le répéter devant vous, il ne faut pas s’attacher à la seule question du respect scrupuleux des délais, ce qui compte c’est l’intensité de la concertation, c’est la solidité des orientations posées. Et c’est la raison pour laquelle avec le ministre de l’Intérieur nous avons offert la possibilité dans les cas où c’est nécessaire de se donner un peu plus de temps pour conduire les discussions. L’important c’est d’aboutir. Si on aboutit dans les délais c’est mieux, si on aboutit un peu après les délais, cela n’est pas grave du moment que l’état d’esprit général qui préside à la réflexion et à la concertation est bien celui de rationaliser notre organisation, d’être plus efficace, d’aller vers une plus grande mutualisation des moyens et au fond d’adapter notre pays aux enjeux qu’il doit chaque jour affronter.

 

Donner une nouvelle impulsion aux territoires c’est aussi consolider les finances des collectivités locales.

Depuis la loi de finances pour 2010, nous avons mis en œuvre la réforme de la taxe professionnelle. Elle a été évidemment considérablement critiquée. Je pense que chacun constate aujourd’hui qu’une bonne partie de ces critiques étaient très excessives. Et nous avons en face de cette réforme une reprise considérable des investissements des entreprises. Pour l’année 2011, c’est près de 17 % d’investissements supplémentaires que les entreprises vont faire. Il y a une part naturellement qui est liée à la reprise de l’activité, à la croissance économique. Mais il y a une part aussi qui est liée aux mesures que nous avons prises pour alléger de 5 milliards d’euros la fiscalité des investissements des entreprises ou encore pour aider les entreprises qui investissent dans la recherche et dans l’innovation.

 

Après une année de transition en 2011, tous les nouveaux outils fiscaux seront donc en place en 2012. Au-delà des ajustements qui ont été nécessaires pour une réforme d’une ampleur considérable, je retiens que les nouveaux outils créent des ressources dynamiques en lien direct avec les activités économiques dans un contexte de croissance qui repart.

Nous avons aussi porté une attention particulière à la péréquation des ressources entre collectivités et cette péréquation bénéficie largement aux communes des espaces ruraux.

 

Des ressources fiscales plus efficaces, des ressources fiscales plus dynamiques, une péréquation renforcée, c’est autant de marges de gestion pour les collectivités locales, tout en restant dans la trajectoire de redressement des comptes publics qui conditionne l’indépendance financière de notre pays.

Nous ne sommes pas dans une compétition entre l’Etat d’un côté et les collectivités territoriales pour savoir qui fait le plus, qui fait le moins, qui aide le plus, qui aide le moins. Nous sommes devant un défi à relever qui est de réduire l’endettement de notre pays.

1.500 milliards d’euros de dettes accumulées depuis 36 ans, 45 milliards d’intérêts payés chaque année aux banques qui nous prêtent de l’argent, c’est une situation dangereuse. Et c’est une situation qui ne peut pas durer. Et on a bien vu, on voit bien avec ce qui se passe autour de nous en Europe que l’époque où on pouvait considérer que les Etats étaient intouchables et que leur situation financière était sans conséquence, cette époque-là est révolue. Et désormais, si nous voulons rester un pays indépendant, si nous voulons continuer à emprunter à des taux bas, c’est-à-dire à financer notre développement, si nous voulons que les générations qui nous suivent ne portent pas un regard extrêmement critique sur l’action qui a été la nôtre, alors il faut désendetter notre pays . Et pour désendetter notre pays, il n’y a pas trente six solutions, il faut que toutes les sources de la dépense publique fassent l’objet d’un effort de rationalisation, de modernisation, l’Etat, les collectivités territoriales, l’ensemble de notre système social. C’est un impératif. Je dis d’ailleurs que cet impératif, au-delà des joutes préélectorales, c’est un impératif qui s’imposera à tout le monde.

Nous avons aussi décidé de redonner des marges de manœuvre aux collectivités locales en desserrant les contraintes des normes.

Nous avons mis en place en 2010 un moratoire des normes nouvelles.

Une commission d’élus a été mise en place qui examine désormais les projets de textes réglementaires avant leur publication.

Et cette commission est de plus en plus exigeante, et c’est normal, vis-à-vis des services de l’Etat qui élaborent les normes, souvent sans se préoccuper des conséquences qu’elles auront sur les collectivités locales, et sur leurs finances.

A l’automne, une proposition de loi d’allègement de normes opposables aux collectivités territoriales sera examinée.

Je tiens à ce que ces travaux d’allègement soient menés à bien avant 2012.

Enfin, notre attention aux territoires ruraux est renforcée.

Il y a un peu plus d’un an, le comité interministériel d’aménagement du territoire consacré aux territoires ruraux, qui a fait suite d’ailleurs à une large consultation, a pris des décisions pour favoriser l’égalité territoriale.

Je veux évoquer la mobilisation des investissements d’avenir sur le haut et le très haut débit.

Nous avons en effet décidé de consacrer près de 30 milliards d’euros aux investissements d’avenir pour stimuler la reprise de notre économie, une partie importante de ces dépenses d’avenir sera dirigée vers les nouvelles technologies de l’information, et dans ce cadre-là, vers l’accès de tous les territoires à ces nouvelles technologies.

C’est aussi le financement de 250 maisons médicales.

C’est la signature d’un accord avec 11 opérateurs de services publics pour expérimenter, dans 23 départements, la mutualisation des points d’accès aux services au public.

C’est l’engagement d’une deuxième génération de pôles d’excellence rurale, aujourd’hui mise en place.

C’est encore la création d’une dotation d’équipement des territoires ruraux, d’un montant de 615 M€, destinée à cofinancer les projets locaux.

J’avais aussi, à l’occasion des 25 ans de la loi « montagne », annoncé le lancement d’un bilan de ce texte emblématique.

Les inspections générales et le Conseil national de la Montagne viennent d’achever ce travail de bilan.

Je réunirai donc à l’automne le Conseil national de la Montagne pour tirer tous les enseignements du travail qui a été fait, et je sais que vous y serez très attentifs.

Voilà, mesdames et messieurs, monsieur le maire et mon cher ami, le mouvement de réforme que nous avons lancé en 2007 est en train de porter ses fruits et je veux croire qu’avec le temps, malgré les débats, malgré les difficultés, sa pertinence s’imposera de plus en plus dans les esprits et dans les faits.

Mais il y a une chose qu’il me tient à cœur de dire ici aujourd’hui : c’est que contrairement à ce discours convenu, que j’entends d’ailleurs depuis trente ans, dans la bouche des élus de droite quand ils sont dans l’opposition, et dans la bouche des élus de gauche quand ils sont dans l’opposition, cette politique n’est pas une politique de «casse des services publics». Ça n’est pas une politique d’abandon des territoires. Rien n’est plus faux et rien n’est plus injuste.

Il s’agit d’adapter la France. Il s’agit d’adapter la France pour lui permettre de tenir son rang dans la mondialisation. Nous modernisons les structures de notre pays pour améliorer les missions, pour améliorer les services. Nous réformons notre organisation pour soutenir nos territoires. Nous essayons simplement de faire vivre la République. Et faire vivre la République, ce n’est pas sans arrêt invoquer ses mânes, c’est mettre au goût du jour une organisation qui doit être au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

 

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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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