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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 18:00

François Fillon clôture le colloque de l'Institut Montaigne "qu'est ce qu'être français" et prononce un discours sur l'identité nationale le vendredi 4 décembre 09.


Monsieur le Ministre, cher Eric,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,


D'abord je voudrais vous dire que je ne connais pas de débat plus passionnant et en même temps plus vital que celui auquel nous nous consacrons aujourd’hui.

Toute l’entreprise de modernisation que nous poursuivons depuis deux ans, on peut au fond la résumer à une idée simple: comment permettre à la France de tenir son rang dans la mondialisation.

Et, pour relever ce défi, tout ne se réduit pas à des réformes de structures aussi nécessaires et aussi urgentes soient elles. Beaucoup, j'ai envie de dire l'essentiel, dépend de l’énergie nationale qui inspire nos concitoyens.

Les 65 millions de Français doivent faire bloc. Mais pour cela, encore faut-il être convaincu que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

Si nous en venons à douter de nous-mêmes, si nous n’inscrivons plus nos destinées personnelles dans un destin collectif, alors la France ne peut que décliner et se disloquer, faute d’être aimée et servie par les Français eux-mêmes.


Nous sommes les héritiers d’une Histoire exceptionnelle dont nous n’avons pas à rougir.

Nous sommes les dépositaires d’une culture brillante, dont le rayonnement international doit être fermement défendu.

Nous avons nos mœurs et un certain art de vivre dont il faut bien dire que les observateurs étrangers le perçoivent, souvent mieux que nous-même.

Alors est-ce qu'il faut négliger, est-ce qu'il faut ridiculiser, est ce qu'il faut balayer tout cela ?

Et au profit de quoi ?

D’une société sans âme, dominée par un individualisme forcené ?

D’une Europe encore, malgré les efforts qui sont faits, souvent plus technocratique que politique ?

D’une mondialisation désincarnée qui ferait de nous des pions anonymes ?

Je pense que nous pouvons nous accorder pour dire que les Français ne peuvent pas souscrire à un tel déracinement.



Vous savez que je n'ai jamais été de ceux qui pensent que le temps des nations est révolu.

Notre nation c'est notre protection et c'est notre tremplin.

Elle nous rassemble, elle nous solidarise, elle nous grandit, elle nous permet, dès lors que nous sommes fiers de nous-mêmes, de nous ouvrir sur d’autres peuples et sur d’autres horizons sans crainte de nous perdre.



L’Europe politique que nous voulons, c’est l’Europe des nations qui ont la volonté de se placer au service d’un dessein collectif. Sans nations fortes, nous sommes convaincus qu'il ne peut y avoir d’Europe forte !

Et dans la mondialisation, c’est la richesse des patries, des langues, des héritages qui peuvent déjouer l’unilatéralisme des Etats les plus puissants et la standardisation appauvrissante qui guette notre humanité.


A l’occasion de la campagne présidentielle, Nicolas SARKOZY a eu le courage de formuler cette analyse, et de réactualiser la question nationale.

Il a identifié les menaces dont les Français s’inquiétaient: l’étiolement des vertus civiques; la résurgence des communautarismes; la puissance croissante des flux migratoires; la globalisation sans visage.

Il a dénoncé la vogue de la repentance, parce que notre passé abonde en éclats magnifiques.

Mais il a aussi rappelé les forces et les espoirs dont le sentiment national était porteur; parce que c’est bien du sentiment national que procèdent notre solidarité, notre conviction républicaine, notre confiance dans le progrès, notre estime en nous-même.


La fierté d’être Français ça n'est pas quelque chose qui se célèbre une fois par an, le 14 juillet: elle conditionne, tous les jours, la pérennité de notre modèle politique, et la solidité de notre pacte.


Je ne crois pas qu’on puisse être un républicain de circonstance, de même que je ne crois pas qu'on puisse être un patriote de hasard.

Je ne crois pas qu’on puisse, en France, prôner un régime démocratique exemplaire, et en même temps entretenir par ses mots, ou par son incivisme, le discrédit du pays.

Je ne crois pas qu’on puisse protéger la République en «débinant» constamment notre nation et ses valeurs.

Aujourd’hui, dans nos stades, dans nos cités, parmi nos élites, émerge parfois la tentation de défier la République, en affichant le mépris de ses symboles.


Je refuse de penser que cette tentation puisse relever d’un véritable rejet de la France ; mais je sais aussi que le geste stupide et choquant qui consiste à siffler la Marseillaise n’est pas anecdotique; et que si nous ignorons ces défis inconséquents, alors nous serons responsables de leurs suites.


Pour raffermir nos repères historiques, civiques et moraux, le Président de la République a souhaité que soit ouvert un débat sur l’identité nationale, dont il a confié la conduite à Eric BESSON.

Avec ce débat - dont les premières échos montrent qu’il intéresse voire même qu'il passionne nos concitoyens - nous avons interpellé les Français sur l’essentiel : qu’est-ce que la France au XXI ème siècle ? Quelles sont nos valeurs communes ? Qu’est-ce qu’être Français ?


Je veux dire d'abord que l'abondance des contributions, quelles qu'elles soient, ne doit choquer personne. Ce qui compte c'est d'écouter ce que le peuple a à dire, et d'en tirer des conséquences.


C'est un débat qui n’est ni de droite, ni de gauche.

La France est notre bien commun, et chacun a le devoir de s’interroger sur la meilleure manière de mieux aimer et de mieux servir notre pays.


Refuser ce débat et stigmatiser l’idée même que notre peuple puisse avoir une identité singulière, c’est laisser le champ libre aux extrémistes, eux dont justement le succès repose sur la prétendue faiblesse de notre sentiment national.

Et c’est aussi baisser notre garde devant tous ceux qui contestent les fondements de la République.


Certains ont pourtant rejeté d’emblée le principe même de ce débat.

On nous a soupçonnés d’instrumentaliser la question nationale, comme si cette question n’était pas lancinante, et cela depuis longtemps.

D’autres, par crainte d’évoquer le sujet, préfèrent le passer sous silence. Comme si ce silence était, à leurs yeux, la meilleure façon de vivre ensemble.

Eh bien, ce mutisme assumé, je pense qu'il révèle bien des malentendus qu’un siècle de critiques a pu creuser entre les Français et l’idée même de la Nation.


Ici où là, on a prétendu que ce débat était dangereux; qu’il allait raviver les défiances.

Mais le danger c'est justement de ne pas débattre !

Le danger, c’est de laisser monologuer les tenants du repli national, les nostalgiques qui sont prêts à emboucher le clairon de Déroulède et de Vichy.

Le danger, c’est de laisser courir de bouche à oreille les diatribes irrationnelles où une part de notre jeunesse apprend le mépris de la France.


Le danger, c’est de croire que la notion d’identité nationale plane au dessus de nous et qu’il suffit de l’évoquer une fois par siècle pour la rendre évidente à tous.


L’identité nationale elle n’est pas conservée au pavillon de Sèvres !

L’identité nationale, c’est une construction vivante, et pour l’entretenir, il faut bien prendre le risque de nous parler, de nous écouter, de faire des choix et de marquer des préférences ! 

 

Je veux dire que ceux qui discernent dans ce débat des relents xénophobes font un contresens.

La folie nationaliste atteint les peuples justement dont le patriotisme naturel et éclairé, a été étouffé au profit d’un individualisme délétère qui vire toujours à l’extrémisme.

Un peuple uni et fier, est un peuple ouvert et généreux.

En revanche, le poison xénophobe s’insinue dans le cœur des hommes dès lors que l’âme fédératrice de la nation est desséchée et qu'elle est brisée.

Débattre de notre identité, et agir pour la renforcer, c’est justement resserrer notre pacte national, c'est raviver nos idéaux républicains. C’est aussi répondre à la soif de fraternité qu’expriment les jeunes générations.

Diluer notre identité en pensant que ça va nous permettre de mieux nous intégrer dans le monde, je veux dire que cela relève d’une illusion naïve.

Nous ne pouvons pas saluer les peuples qui nous entourent en leur disant : «Nous ne sommes personne».


Nous ne pouvons pas intégrer ces milliers d’étrangers qui reçoivent chaque année la nationalité française en leur disant «Bienvenue nulle part».

La France ce n’est pas une fiction sans traits et sans visage.


Alors avec ce débat, nous ne voulons pas ressusciter évidemment le spectre d’une identité défunte. Nous voulons tracer les contours de la nôtre, en essayant de comprendre quels instruments et quelles références l’Histoire nous lègue ; et tout d’abord, comment le sentiment national s'est lui-même construit.


Se disait-on Français à Dijon sous les comtes de Bourgogne ?  

Est-ce qu'on se sentait Français à Nantes sous les ducs de Bretagne ?

Pouvait-on être Français à Toulouse quand on y parlait occitan, ou à Pau quand on y parlait béarnais ?

Comment était-on Franco-anglais en Guyenne ? Franco-flamand à Lille ? Franco-espagnol à Besançon ?

Comment devenir Français à Nice en 1860 ?

Comment rester Français à Strasbourg de 1870 à 1918 ?


Comment vivait-on sans déchirement ces chevauchements de langues et de frontières qui répondent si curieusement aux nationalités multiples d’aujourd’hui ?


Voilà des questions qui peuvent éclairer notre époque ! 

Voilà des sujets qui importent aux historiens, aux responsables politiques, mais aussi aux citoyens d’aujourd’hui.


Le débat sur l’identité nationale n’est pas de circonstance, c’est un débat complexe, c'est un débat passionnant, ça doit être un débat permanent, inséparable de la Constitution même de notre pays.

Parce que la question de l’identité nationale est aussi vieille que la France et elle est aussi plurielle que les Français.


La France n’a pas attendu l’Après-guerre pour connaître les phénomènes migratoires, pour connaître les affrontements religieux, pour connaître les scissions idéologiques.

Ouverte à toutes les influences latines, germaniques, méditerranéennes et atlantiques, hispaniques et saxonnes, helléniques et scandinaves, elle a toujours accueilli la diversité culturelle. Et à aucun moment l'identité de la France ne s’est définie de manière spontanée.

Jamais notre identité n’a résulté d’une géographie évidente.

E si cette identité a duré, je pense que c’est parce qu’à chaque époque, elle a su opposer, elle a su organiser cette pluralité, en lui opposant les vertus centralisatrices d’un principe fort.

Contre les féodaux, l’État.

Contre les langues régionales, l’ordonnance de Villers-Côteret.

Contre les privilèges, la loi.

Contre les prébendes, le droit.

Contre le communautarisme, l’école.

Contre le sectarisme, la laïcité.


Notre nation n'a jamais cessé de se bâtir, de s'agrandir, de s'unifier, fédérant des provinces

rebelles, orchestrant des religions aux cultes distincts, recevant des vagues d’immigrants aux cultures dissonantes.


Par la force de l'Etat, par la communion de la langue, par le prix du sang et par la flamme de la mémoire et des mythes, sous le sceau enfin d’une République démocratique et laïque, l'identité française s'est réalisée pas à pas.

Nous sommes les héritiers d’une nation qui fut toujours en mouvement ; nous sommes les héritiers de ce roman national ; de ce jeu d’équilibre toujours recommencé ; de cette synthèse active que le général de GAULLE appelait «une certaine idée de la France».


Au XIX ème siècle, on sent bien que l’Histoire – quel que soit le parti de l’historien – tend un miroir à son époque.

Quand l’instabilité politique guette, elle explore les périodes fondatrices : la Révolution, chez LAMARTINE et chez GUIZOT, le haut Moyen-âge chez Augustin THIERRY.

Quand l’antisémitisme et l’anticléricalisme progressent, elle inspire les études bibliques de Renan.

Au XXe siècle, Marc BLOCH avec son "Etude du monde agricole" ; Pierre CHAUNU, avec son "Etude de la démographie" ; Fernand BRAUDEL avec sa "Grammaire des civilisations", ont poursuivi cette démarche.


Aujourd’hui, ce que voulons c'est tout simplement élargir cette réflexion.

Nous voulons rappeler aux Français que l’Histoire leur a constitué un formidable trésor de références, de pistes, de suggestions, de modèles, de symboles. C’est un trésor d’exemples lumineux, mais aussi de contre-exemples que nous devons regarder en face : nos guerres de religions, l’esclavage, la collaboration.


Et puis, nous leur disons: choisissons ensemble ce qui nous rassemble et ce qui nous rend fiers d’être Français !


Je ne souscris pas à une utilisation politique de l’histoire. Mais je refuse que la politique reste sourde aux voix du passé.


Dans L’Étrange Défaite, Marc BLOCH écrivait avec un brin de provocation : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’Histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; et ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération».

Être Français, c’est entretenir avec l’Histoire de France un rapport d’émotion familière. C’est retrouver en elle ses marques.

Quand quelqu’un dit «Ma nationalité s’arrête à mon passeport», il parle le langage de l’indifférence politique, mais aussi d'une certaine façon, du désintérêt de lui-même.

Quand quelqu’un dit «Je suis Français parce que je suis né en France et je me refuse à me demander à quoi cela m’expose, à quoi cela m’engage, à quoi cela m’invite ?», il exprime une forme d’incivisme, mais aussi un désarroi.


Etre Français, c’est être ensemble.

Acquérir une nationalité ça n’est pas une formalité.

Afficher un matricule, c’est d'une certaine façon se dire prisonnier.

Afficher une identité, c’est revendiquer une liberté et un destin.


Alors, qu’est-ce qu’être Français ?

J’ai mes réponses. Et je vais les offrir pour ce qu'elles valent, parmi 65 millions d’autres, mais en redisant que j’y attache ma sensibilité, mon expérience et mes combats politiques.


Être Français, c’est d’abord appartenir à un très vieux pays d'enracinement.

Le brassage des deux derniers siècles n’a rien changé au fait que les Français se réclament toujours de lignées anciennes. La France fluctuante et mobile d’aujourd’hui recouvre, sans la remplacer, cette France des origines.

Les identités se stratifient sans s’effacer. On vit à Paris sans cesser de se dire basque, breton, provençal ou auvergnat.


Même laïque et urbaine, cette France tient aux rythmes d’une tradition chrétienne et rurale.

Elle n’oublie ni ses villages, ni ses coutumes.

Peu importe que cette France soit polonaise, portugaise, espagnole ou italienne de souche : elle a trouvé dans nos vallées, dans nos bourgs, dans nos banlieues un ancrage suffisamment durable pour que son sentiment d’appartenance soit profond.


Être Français, c’est aussi participer à un système culturel qui a fasciné l'Europe et le monde ; système hérité, cette fois, de la sociabilité urbaine, et notamment parisienne. Je ne parle pas du luxe à la française ou de l’hédonisme un peu surjoué qui l’entoure !

Je parle du goût français de la conversation; d’une dialectique armée de gaieté, de curiosité et de scepticisme.



Je parle de l’effervescence intellectuelle qui – du Moyen-âge courtois aux salons proustiens – a toujours rehaussé chez nous le divertissement de l’esprit.

Je parle de l’égalité entre hommes et femmes, dont les Français ont été les précurseurs.

Je parle de la distance qu’ils ont très vite adoptée vis-à-vis des croyances trop exclusives.

Je parle de leur goût pour la critique, pour l'expérimentation, pour l'invention.

Je parle de la considération qu’ils ont toujours manifestée pour les formes élevées du langage ; de leur amour de la rhétorique comme grâce et comme instrument ; je parle de leur plaisir de plaire, parent du plaisir de comprendre.

Pendant des siècles, la langue française bien maîtrisée a permis aux étrangers de pénétrer cette élite et d’y être pleinement accueillis.

Avec elle, une ferveur culturelle s’entretenait, alimentée par une politique volontaire, soutenue par un puissant réseau de salons, d'académies, de cénacles, de gazettes, de cabinets savants...

C’est cela la France, et l’esprit Français.


Être Français, c’est encore adopter un certain rapport au territoire; rapport qui est fait d’organisation, de centralisme et d’unité.

Au XVIIe siècle, RICHELIEU en jette les bases, en mettant sur pied un réseau administratif, un système fiscal, une flotte, une armée. Il met d'une certaine façon sur pied la modernité française.

Et NAPOLEON la rénovera deux siècles plus tard.


Tous deux partagent une même conviction : les frontières doivent être défendues, les factions intérieures abattues, et l’Etat souverain.

Je ne dis pas qu’il faille régler la politique actuelle sur celle de Richelieu, et revenir à un centralisme forcené ! Mais il me semble qu’au cours des siècles, sa vision des choses a imprégné la nôtre.

Les Français sont et restent de formidables gestionnaires de l’espace national. Ils aiment tracer des routes, élever des digues, jeter des ponts, engager un dialogue entre la raison et la matière vivante du pays.

Dans les jardins, cela donne Olivier de SERRE, Le NÔTRE, La QUINTINIE.

Dans les bâtiments, GABRIEL, LEDOUX, EIFFEL, PERRET.

Dans l’armée, VAUBAN.

Dans les institutions, CAMBACERES.

Dans le droit, PORTALIS.

A chacun de mes déplacements, je retrouve chez les Français ce tempérament d’ingénieur, et ce goût d’aborder la réalité avec les exigences d’une vision intellectuelle.


RICHELIEU et BONAPARTE mêlaient l’esprit de géométrie avec le sens de l’utopie.

Eh bien, je crois que cela reste vrai de nos industriels, de nos bâtisseurs, de nos urbanistes, de nos créateurs, de tous ceux qui au fond veulent que leur performance satisfasse à la fois le goût de la technique et en même temps le goût de l’exploit, j'ai envie de dire du merveilleux.


Etre Français, c’est avoir un lien singulier avec le jeu de l’esprit.

Pourquoi notre goût de la dialectique ?

Parce que nous sommes pluriels, et dès lors la querelle des mots et des idées est consubstantielle à l’unité même de notre communauté.

Etre Français, c’est courir le risque que toute décision enflamme la controverse ! C’est encourir la polémique à la moindre audace. C’est affronter, et même provoquer la contradiction.

C’est mériter le prix Nobel et le refuser, comme SARTRE.

C’est briguer l’approbation d’un jury qu’on refuse de satisfaire, comme BERLIOZ.

C’est mesurer son génie au rejet de toute une époque, comme COURBET. Mais au fond pourrait-il en être autrement, quand la dissension et la bravade sont inscrites dans nos gènes ?

CESAR disait que le propre des tribus gauloises était d’être toujours en guerre.

Le fait est que dans la tempête des invasions barbares, il n'y a guère que le petit peuple franc qui ait surnagé. Sans doute parce qu’en contrepoids d’un caractère belliqueux, incontestable, la légitimité et le droit étaient déjà deux obsessions françaises. Nos valeurs se cristallisent autour d’eux.


BAINVILLE disait que ce qui était remarquable chez Jeanne d’ARC, ce n’était pas d’avoir délivré Orléans, mais d’avoir reconnu le dauphin et d’être tombée à genoux devant lui.

Je crois effectivement que l’identité française se reconnaît à ce dialogue de l’orgueil et de l’abnégation, à cette alternance entre les guerres intestines et les élans d’unité, à ce tiraillement bien français, et finalement fécond, entre la passion du «je» et la nécessité du «nous».

GOETHE remarquait que les crises ont toujours permis aux Français de se mettre en scène, et de donner à l’Europe le spectacle d’une société réglant ses comptes, entre les anciens et les modernes, entre les pascaliens et les cartésiens, entre les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires.


L’identité française se trempe dans ces conflits, dont on peut évidemment regretter les blessures, mais pas la ferveur ! Ils se poursuivent aujourd’hui. Quelle passion et quel engagement dans nos guerres scolaires ! Dans nos réformes sociales ! Dans nos débats sur les mœurs !

Tout en France fait débat, des entrées au Panthéon aux dates de la chasse, des colonnes de BUREN à la question du voile, de la hiérarchie des normes à celles des grands bordeaux.

L’identité française se nourrit de ces remises en cause perpétuelles, qui sont au fond pour nous un gage de créativité et de vigilance.


Autant dire qu’en ouvrant un débat sur l’identité française, je n’espère pas une réponse arrêtée !

L’identité nationale peut être frondeuse et j’accepte du même coup l’humour et même la raillerie.

VOLTAIRE était français et il était incisif.

HUGO était français et il était impitoyable.

DE GAULLE était passionnément Français, et Dieu sait s'il réservait de terribles sarcasmes à ses concitoyens.

Eh bien, s’il faut que nous nous bousculions un peu pour mieux nous connaître, faisons le ! Après tout, je pense que la gravité nous a rarement grandis.


Mesdames et messieurs,

Les étrangers nous accusent parfois de nombrilisme; du moins, nous ne craignons pas la fin de l’Histoire !

Car au fond, qu’est-ce qu’être Français ? C’est se sentir chez soi dans l’épopée qui va d’Alésia à Koufra, et qui ne demande qu’à se poursuivre.

C’est habiter une fresque historique où tout s’enchaîne : le Moyen-Âge chrétien, la Renaissance humaniste, la Monarchie absolue, la Révolution citoyenne, l’Empire triomphant, les Républiques progressistes…

Nous parcourons avec la même aisance la succession idéalisée des styles, roman, gothique, baroque; classique, romantique, symboliste, cubiste, surréaliste.

Naturellement, tout cela est reconstruit, réinventé, mais qu’importe ?

Nos mémoires ont intégré ces séquences, qui sont notre patrimoine collectif; elles nous rappellent que le monde globalisé où nous vivons n’est pas déconnecté de l’Histoire; et je suis convaincu qu’être Français, c’est prévoir sans trembler d’y prendre toute sa place.

Oui, les Français sont viscéralement eux-mêmes et liés.

Parce qu’ils vivent ensemble.

Parce qu’ils ont fait les mêmes guerres, cultivé la même terre, appris à parler la même langue; parce qu’ils se sont côtoyés et épousés; parce qu’ils ont placé leurs enfants dans les mêmes écoles; parce qu’ils ont fêté les mêmes victoires…

Cette proximité a ses signes de reconnaissance: le drapeau, la Marseillaise, la mairie, les monuments aux morts, le soldat inconnu…

Elle a ses valeurs : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité.


Mais si les Français sont Français, avec une intensité, une passion, une rage peut-être inconnue d’autres peuples, c’est aussi parce qu’ils ont voulu que cette proximité se transforme en destin !

C’est parce qu’ils ont choisi – comme d’autres auraient pu le faire, mais comme eux seuls l’ont osé – de jouer un rôle original dans le monde. C’est parce qu’ils ont fait en sorte que la France soit et que la France compte.

Peuple du verbe et de l’esprit, peuple pluriel choisissant d’être uni non par le sang mais par la langue, par le droit et par l’Etat, le peuple français ne pouvait que naturellement imaginer son être et son destin comme un résumé de tous les espoirs et toutes les tensions intimes qui parcourent les autres peuples du monde: c’est ici que naît l’universalisme français. C'est-à-dire la conviction que la France est porteuse d’un message pour le monde.

Au fond, je me demande si nous ne sommes pas une des rares nations à vouloir constamment vivre au-dessus d’elle-même.

Mais je pense que cette démesure d'une certaine façon fait notre grandeur.


Mesdames et messieurs,

La France n’a jamais cessé d’être en mouvement.

Elle n’est pas, et elle n’a jamais été, l’expression d’une race, pas plus qu’elle ne fut et qu'elle ne doit être la juxtaposition de communautés repliées sur elles-mêmes.


De Philippe AUGUSTE à HENRY IV et de RICHELIEU à Georges CLEMENCEAU, la sédimentation progressive de notre creuset national et la ferme volonté politique d’unir nos différences se sont imposées sur nos particularismes et sur nos vieux penchants pour la division.

Transcendant nos provinces, nos origines et nos religions, nous sommes depuis le début, une nation, une nation qui est fondée sur la volonté d’être précisément… une nation !

Et depuis 1789, nous sommes une nation de citoyens, ce qui impose, au demeurant, plus de devoirs que de droits, plus de volonté d’adhérer à une communauté de destin que d’indifférence.

Nation citoyenne, la France est une République laïque.

C’est le fruit d’une histoire douloureuse qui s’est conclue par un pacte qui respecte toutes les croyances et toutes les confessions. Catholiques, protestants, juifs, musulmans, chacun est libre de vivre sa foi librement dès lors qu’il respecte ce pacte.

Le récent référendum suisse sur les minarets suscite des débats.

Je l’aborde avec quelques convictions simples et claires.

Dans notre République, chacun est libre de croire ou de ne pas croire, mais chacun doit afficher ses choix avec sensibilité et avec respect de l’autre. Toutes les confessions sont respectables, mais ce qui ne l’est pas, c’est le prosélytisme agressif.


La France est laïque, mais la France est tout naturellement traversée par un vieil héritage chrétien qui ne saurait être ignoré par les autres religions installées plus récemment sur notre sol.

Il est normal et légitime que les pratiquants puissent exercer leur foi dans des conditions dignes. Et on ne dira jamais à quel point il faut préférer des mosquées ouvertes à des caves obscures. Quant aux minarets, qui sont d'ailleurs assez peu nombreux en France, je dis simplement qu'ils doivent s’inscrire de façon raisonnable et harmonieuse dans notre environnement urbain et social.

Et la meilleure façon qu'ils le soient, c'est de faire confiance pour cela aux maires de nos villes.

Ce qui doit être combattu, mesdames et messieurs, c’est l’intégrisme, mais surtout pas les musulmans. Il ne faut pas tout confondre.

Ce qui doit être recherché, c’est un Islam de France, plutôt qu’un Islam qui s'impose en France. Et c’est cet objectif que le gouvernement poursuit avec les représentants de la communauté musulmane.


Mesdames et messieurs,

Nation citoyenne, la France accueille et a assimilé depuis des siècles des générations et des générations d’étrangers qui lui ont apporté leur énergie, qui lui ont offert leur force de travail mais aussi ce vent du large qui enrichit celui qui l’accueille.

Si nous avons créé un grand ministère regroupant l'immigration, l’intégration et l'identité nationale, c’est parce que les étrangers d’aujourd’hui seront souvent les Français de demain.

Chaque année, plus de 100.000 d’entre eux acquièrent la nationalité française.

Ils nous font l’honneur de rejoindre notre communauté nationale et nous leur faisons l’honneur de les recevoir au sein de l’une des plus belles patries du monde.

Il n'y a rien de choquant à dire que les étrangers qui s'installent régulièrement chez nous ont vocation à s'approprier l'héritage du pays des droits de l'homme.

Il n'y a rien d'outrageant à ce que notre patriotisme soit mis en partage.

Et il est naturel que nous voulions que nos valeurs soient aussi les leurs.

C’est aux étrangers qu’il revient de faire l’effort d’intégrer la France, avec ses lois, sa langue et ses mœurs, et non à la France de se plier à des coutumes ou à des règles qui ne seraient pas conformes à son pacte républicain.

Nous sommes une nation d’intégration.

Et l’intégration signifie que celui qui vient légalement en France adopte la France, et, dès lors, la France l’adopte comme l’un des siens.

Mais, mesdames et messieurs, pour qu’il y ait intégration, encore faut-il que l’étranger qui rejoint notre communauté nationale sache et sente qu’elle est animée par une foi commune.

Il est impossible de s’intégrer s’il n’y a rien à intégrer !


Etre Français et vivre en France, c’est une chance mais c'est aussi une charge.

Dans une grande nation comme la nôtre, chaque citoyen tient entre ses mains une part du succès de la France.

Chacun est porteur d’un héritage historique, culturel, spirituel, qu’il se doit de connaître et de prolonger. Chacun est porteur d’une responsabilité civique.

Cette exigence, je veux dire qu'elle est valable pour les Français qui sont les premiers concernés par le sort de la nation, mais elle l’est aussi et naturellement pour les étrangers qui nous rejoignent.


Voilà, au terme de mon propos, j’ai conscience de vous avoir parlé, non en Premier Ministre, mais en citoyen.

La France ce n’est pas un sujet clinique.

Ma France à moi, elle est parsemée, comme la vôtre, de souvenirs personnels, de rencontres, de paysages. Au fond, c’est une affaire charnelle que les mots ne peuvent que partiellement ressusciter.

Ma France à moi elle est naturellement traversée d’Histoire, de culture, de gestes épiques. Chacun est libre d’écrire son roman national.

Ma France à moi est républicaine, mais je prends l'Histoire comme un bloc, avec ses grandeurs et ses faiblesses.

Ses grandeurs m’encouragent à regarder l’avenir avec courage et confiance. Et ses faiblesses m’enseignent les erreurs à ne pas commettre.

Ma passion française me porte à respecter et à mesurer l’intensité mais aussi la fragilité de toutes les autres nations. Et en ce sens, je me sens profondément européen.


J’aime nos cultures et nos héritages si différents mais en même temps tellement entremêlés.

Il y a dans la civilisation européenne un répertoire de valeurs qui, aux frontières de l’Union, signent justement notre différence.

L’humanisme. La tolérance. La liberté de conscience. La solidarité.

L’individu pris comme référence de toute justice.

L’Etat de droit, seul fondement légitime du pouvoir.


Alors, qu’est ce qu’être Français ? Mais vous le voyez, il n’y a pas de réponse unique, mais il existe des lignes de force qui nous rassemblent.

Avec le Président de la République, avec Eric, nous sollicitons une réponse articulée par 65 millions de réflexions, éclairée par 65 millions de sensibilités et de consciences.

Je ne crois pas qu’on puisse être Français sans y réfléchir.

Les Français n’ont pas reçu, fortuitement, la révélation d’un destin transcendant.

Ce privilège, ce destin, ils l’ont constitué en surmontant leurs différences.

Ils l’ont constitué en rédigeant les Cahiers de doléances.

Ils l’ont célébré sur les tribunes publiques.

Ils l’ont défendu sur des champs de bataille.

Il n’y a pas de France sans l’effort de se vouloir Français, de se dire Français, de se penser Français.


Il ne s’agit pas, mesdames et messieurs, de magnifier la France, il s'agit simplement de l’aimer avec cœur et avec lucidité.

C’est dans la pleine reconnaissance des lumières mais aussi des ombres de notre passé que la nation s’instruit.

Et c’est dans l’affirmation de ses valeurs qu’elle se rassemble et qu'elle se grandit pour mieux se projeter vers l’avenir.


Je vous remercie.



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Publié par François Fillon - dans TRIBUNES ET DISCOURS
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commentaires

Valois 08/01/2010 22:52


M. Fillion,
Permettez moi de vous corriger.
Vous qui citez si bien l'Histoire, notez que le "petit peuple Franc" faisait partit des "barbares envahisseurs" ! 


cunegondo Jean Paul 05/01/2010 12:20


pour moi qui suis petit fils d'émigrés Italiens affirmer mon identité de Français est tres importante. J'appartiens au pays ou j'ai toujours vécu, à sa culture et a ses valeurs républicaines, j'y
ai accompli mes devoirs de citoyen avec honneur et fidélité et j'en suis fier. Je trouve honteux et pitoyable le procès qui est fait au principe qui consisterait à affirmer
qu'un Français doit aimer son pays, sa langue, ses coutumes, ses traditions Respecter son drapeau, ses institutions, ses lois, ne signifie pas racisme ou xénophobie.
Il serait temps de rappeler à ceux qui se disent Français quand ça les arrange, que s'ils ne se plaisent pas en France le monde est vaste ils n'ont que l'embarras du choix !      
  


gaetan 30/12/2009 17:20


Etre français, c'est d'abord avoir cette aptitude instinctive dûe à notre histoire et à notre creuset à se sentir dépositaire de valeurs universelles et cette capacité pour certains à se lever et à
dire non au fatalisme ou à l'oppression.

Pour le reste, l'identité nationale, cela aurait pu être un débat, mais vous vous êtes mal débrouillés avec ce machin. J'ai appris par la radio local qu'une réunion avait eu lieu près de chez moi
avec un sous préfet ou je ne sais quel officiel, après qu'elle ait eu lieu. A mon avis, ils n'ont pas dûs être nombreux à cette réunion.


Nonque ferdinand 10/12/2009 00:04


 

http://www.dailymotion.com/video/xbdlu9_fillon-etre-francais_news


génération 59 répond à François Fillon,


 


Bonjour Monsieur le Premier Ministre,


 


Etant français et apportant ma voix au débat, je vous écris ce commentaire en réponse à votre ouverture affiché sur la réflexion de l'identité nationale,


 


Je commencerai malheureusement par une critique aussi bien générale que particulier à votre discour,


 


Je vous parlerai de cohérence entre votre action politique et votre discour,


je vous accorde la construction de l'identité sur notre histoire, de sa connaissance , elle nous sert de racine et de nourriture,


avec l'histoire, nous évitons l'erreur du passé et grandissons notre réflexion au contact d'exemple de grand du passé, et vous en avez nommé de nombreux et de glorieux,


 


toutefois, comment puis-je ne pas voir en même temps votre action de réduire la place de l'histoire et de la géographie dans notre enseignement notamment en classe scientifique,


 


Et de politique, action au service de la collectivité, vous glissez ainsi vers un sens politicard, de cette volonté de séduire au détriment d'associer l'acte au discour, débat platonicien
d'ailleurs


 


Chose génante si l'on veut concerné la population française au débat,


 


Je tenais à souligner cette incohérence et à remarquer qu'à mes yeux cela réduit la portée du reste du discours,


 


Aussi, j'apprécie le gout du débat mis en avant et de la remise en cause et par là même j'accueillerai votre réponse


 


de manière constructive, je vous interpelle sur la définition de l'égalité, de la fraternité et de la liberté, et j'ouvre le débat avec vous car loin de moi la volonté de critiquer sans
proposer,


 


De cette manière, j'avance une idée politique le service civile volontaire,


l'identité française, c'est d'abord un être ensemble,


 


et malgré le côté régressif du service militaire, nous reconnaissons souvent la vertu d'avoir réuni une génération sur tout le territoire en égalité vis à vis de la religion et de l'origine
sociale,


 


alors pour retrouver le creuset du service militaire sans en avoir l'inconvénient de l'arme et du combat, je présente cela comme je parlerai du progrès d'une population désarmée,


 


ici,le crime nous l'avons au couteau, aux Etats Unis, nous l'avons à l'arme à feu,


voilà une grande différence


 


la prudence de l'armement, voilà une valeur européenne,


 


Je pourrais vous détailler mon projet de service civile obligatoire, je le réduirai à trois points fondamentaux:


1. donner une seconde chance à l'illetré et au désociabilisé,


2. permettre une activité sociale associative et non lucrative,


3. de rayonner au niveau artistique et au niveau culturel à l'internationale,


 


Vous voyez dans le débat j'enrichis aussi, réponse à votre ouverture affichée,


 


Je reprendrai trois dualités que je definirai comme intelligente dans votre discours,


celle de la légitimité et du droit, entre le particulier et le commun, entre la liberté et l'égalité


celle de l'orgueil et de l'abnégation, vous remarquerez que l'orgueil pour l'autre, l'orgueil d'un père pour son fils devient une qualité!


celle de Je et Nous, là je nuancerai la dualité de part la critique de cohérence,


 


Et puis nous allons du Je vers le nous, ou du nous vers le Je, nous revennons au débat de la légitimité et du droit, commun ou particulier, l'un vers l'autre ou l'autre vers soi,


 


Sur le principe d'universalité, je pense que nous devons oser encore aujourd'hui, non pas au niveau de la nation mais au niveau de la civilisation,


Avec la fin de la peine de mort, je ne suis plus responsable d'un crime collectif, vous avez rappelé l'ombre et la brillance du passé, de notre passé,


Aussi, je suis encore responsable d'un autre crime collectif, celui de vendre des armes à l'étrangers, on se tue en Afrique ou en Chine avec nos armes, notre intelligence, je trouve cela
révoltant


 


serait-ce un fait de civilisation d'arreter de l'armement pour ne construire que notre défense, serait ce un fait de société de dissocier rentabilité et commerce de l'armement,


je le pense.


 


Voilà un combat universel,


 


Enfin je reviendrai à votre réforme de la collectivité, j'entends une possibilité de suppression de la commune, alors en même j'entends dans votre discour, la mairie comme un principe fondateur
de la nation tout comme le drapeau et la marseillaise,


valeur datant de la révolution et de Napoléon, tout comme le département.


 


Enfin, j'apprécie de voir l'équilibre du droit et du devoir et je milite pour expliquer cela à notre jeunesse,


 


Je vous présente ma réflexion


comme citoyen tout d'abord,


comme journaliste amateur sur génération59


enfin comme militant du mouvement démocrate,


 


cordialement


 


en vous souhaitant une excellente journée


www.génération.blogspot.com



JF Blanc 09/12/2009 13:18


Bonjour, je suis surpris du distinguo que vous semblez faire entre le béarnais (l'occitan parlé en Béarn) et le languedocien (l'occitan parlé à Toulouse). Est-ce seulement une figure de style



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